01 – vendredi 10 mai 2024
02 – l’homme au sac à dos
03 – cuisine ouverte
04 – en circulant
05 – un album
06 – on dit que
07 – tentative d’index
08 – ébauche d’une liste
09 – le fleuriste
10 – les deux Paul
11 – les tiroirs à dessin
12 – les livres partis pour Ginasservis
13 – l’histoire du petit immeuble
14 – les derniers
01 – vendredi 10 mai 2024
Ce vendredi 10 mai 2024 à 7 heures trente du matin, il arrive devant le rideau de fer ; il se penche et enclenche la clé ; le rideau se lève découvrant vitrines et porte ; il pénètre dans la boutique, ferme la porte à clé, se dirige vers le fond, allume le lustre central, entre dans la réserve.
Ce vendredi le 10 mai 2024 à 7 heures trente du matin, en un seul mouvement coulé, sans pause, elle décroche une tasse pendue en sous face d’un placard, se retourne pour attraper la cafetière, emplit la tasse ramasse son paquet de gauloises et un briquet sur le buffet, ouvre la porte de la cour, sort, colle son dos au mur, allume une cigarette. Stop. Le temps de quatre bouffées. Elle rentre.
Ce vendredi le 10 mai 2024 à 7 heures trente du matin, il referme la porte de la chambre avec une lenteur, une douceur extrême, se dirige vers la fenêtre, regarde les fenêtres d’en face sur lesquelles ricoche la lumière, baisse les yeux sur la rue, reste immobile un moment comme rêvant, se retourne, parcourt la pièce du regard, va vers une porte qui s’ouvre sur la salle de bain.
Ce vendredi 10 mai 2024 à 7 heures trente du matin, elle appuie ses deux mains sur les bras de son fauteuil, elle se lève en fredonnant, va laver sa tasse de chocolat, reste immobile un moment, se murmure un ordre ou une décision et toujours murmurant des mots sans suite se dirige une main appliquée sur son dos pour soulager sa hanche sort de la pièce, passe dans son salon et se dirige vers son secrétaire.
Ce vendredi 10 mai 2024 à 7 heures trente du matin, il prend sa canne, décroche son chapeau, le met en se regardant dans un miroir pendu près de la porte, pose la main sur la poignée, s’arrête, écoutant, se détourne, va vers la fenêtre, attend un moment les yeux dans le rien.
Ce vendredi 10 mai 2024 à 7 heures trente du matin, elle referme la porte palière, écoute une seconde en souriant, rentre dans la cuisine, finit sa tasse de thé, se lève pour débarrasser la vaisselle du petit déjeuner, son téléphone sonne, elle le cherche un peu, le trouve, répond.
02 – l’homme au sac à dos
Un scooter vient se garer devant la vitrine — l’homme | jogging gris clair, blouson rouge, bonnet gris, un sac carré d’un vert clair sali au dos | en descend — se penche pour le caler sur sa béquille — se dirige vers la porte à gauche de la façade — cherche dans sa poche un papier et y jette un coup d’oeil — parcourt rapidement en descendant le long d’une plaque métallique posée à droite dans l’embrasure les étiquettes collées | écritures plus ou moins lisibles et dans un cas un long rectangle découpé dans une carte de visite sous un ruban de scotch vieilli | — reprend la lecture remontant en touchant chaque étiquette comme pour ancrer son attention. Une pause. Il se dirige vers la boutique mais se heurte à une porte fermée à clé — revient vers la port et lève la tête pour regarder les deux rangées de cinq fenêtres fermées derrière des volets entrebâillés. Il appuie sur un bouton — recule pour observer les rangées de volets — la hoche — revient — essaie un second bouton. Un bourdonnement transmet une voix il s’excuse et prononce avec difficulté un nom étrange en terminant sur une note haute interrogative… La fenêtre de gauche au premier étage s’ouvre — une tête ébouriffée de femme âgée — un sourire — elle tend le bras pour montrer la plaque — elle dit « ça doit être la location appuyez sur le dernier bouton » — elle se redresse — s’éloigne de sa fenêtre mais reste là guettant. Les volets de la dernière fenêtre sont poussés, la tête blonde d’un jeune-homme se penche « oh ok mer-ci I go down ». La vieille dame sourit et se recule — l’homme pose à terre son sac isotherme — l’ouvre et en tire deux sacs gonflés en fort papier kraft qu’il tient d’une seule main — récupère dans sa poche la feuille et en fouillant un peu un feutre — un pas en arrière — il attend. La porte s’ouvre sur une jeune-femme, il la rejoint, lui met en main la feuille, lui en désigne d’un coup de menton le bas en lui tendant le feutre. Elle signe et lui rend le papier — remercie | guère d’accent dans son cas | — fait une grimace de gourmandise — prend les deux sacs qu’il lui tend — en fait passer un dans sa main gauche— elle rentre lui demandant par dessus son épaule de fermer la porte ce qu’il fait. Il endosse le sac et cherche dans l’autre poche du blouson l’adresse et le nom de son prochain client. Il démarre. La vieille femme referme sa fenêtre laissant les volets ouverts.
03 – cuisine ouverte
La porte de droite au deuxième étage de l’escalier s’ouvrait sur un espace rectangulaire, face à un grand miroir, et en se retournant vers la façade on se trouvait, au delà d’une courte cloison percée d’une porte étroite, attiré vers une pièce de taille moyenne éclairée par une haute fenêtre en cintre entourée d’une bibliothèque de bois blond et d’un petit secrétaire de style restauration. Si l’on poussait la petite porte c’était la brique, une brique d’un rouge pale comme usé qui sautait aux yeux, première impression que donnait ce qui semblait un couloir d’une certaine largeur, qui se révélait être en fait une cuisine assez étroite et profonde disposée avec une rigueur adoucie par les couleurs comportant depuis l’entrée la haute colonne d’un réfrigérateur surmonté d’un congélateur, unis en un rectangle étroit sous une façade métallique, puis sous une rangée de placards en bois peint en rouge sombre et sous une rangée de placards hauts de même teinte, un plan de travail revêtu d’un carrelage un peu plus pâle que les briques du mur ainsi que du mur du fond, sur lequel se succédaient un petit espace libre, un évier rectangulaire en inox encastré, un espace de travail libre avant, de nouveau encastré, un ensemble constitué du rectangle étroit d’une plaque de cuisson vitrocéramique des quatre fines bandes de l’aérateur puis d’un grill de même largeur que la plaque avant une grande zone de travail au bout de laquelle était posé un grand four micro-ondes. Outre les couleurs cet ensemble d’une netteté impeccable et d’une modernité un peu agressive qui semblait sortir d’un catalogue et ne jamais avoir été utilisé se faisait souriant par le contraste avec la pièce sur laquelle il était ouvert par delà un muret revêtu du même carrelage que le plan de travail, élargi pour former une table sous laquelle se glissaient quatre tabourets hauts de bar (métal et cuir rouge sombre en écho aux placards), pièce qui donnait une sensation de vie avec le léger désordre de ses meubles, mélange de copies d’ancien et de quelques éléments d’osier, et la grande et haute fenêtre s’ouvrant sur la façade sculptée d’un des hôtels anciens de la rue… et pour humaniser d’avantage les appareils un livret réunissant un mode d’emploi des appareils et l’inventaire de la vaisselle et des casseroles et autres ustensiles fait posé sur cette table.
04 – en circulant
Un rectangle légèrement allongé de carreaux vieillots au sol de cette entrée évoquant un tapis : constitué d’une bande à motifs végétaux noirs et bordeaux sur un fond beige rosé qui encadre une mosaïque de motifs géométriques dans les mêmes teintes ; l’espace s’étendant du départ de l’escalier sur la droite jusqu’à une porte peinte en ocre roux menant au reste du rez-de-chaussée reprend le même principe sous forme d’un carré. Le mur de gauche est en pierres apparentes beiges, rousses, brunes et tous les autres murs sont enduits d’une dernière couche de crépi ocre pâle tirant sur le jaune.
Une petite entrée peinte en blanc cassé, le mur de droite étant presqu’entièrement occupé par un grand miroir sans bordure —- au sol des carreaux de céramique vieux rose.
Une grande pièce aux murs peints à l’éponge en un pâle beige ocré, sur le mur du fond une porte en bois plein peinte en brun comme les longues bandes de bois verticales collées à des intervalles de largeur moyenne, une partie de ce mur est remplacée par un muret recouvert d’une tablette de bois peint dans le même ton ; le sol est de tomettes anciennes.
Une salle de bains, deux murs revêtus de petits carreaux de grès cérame jaune sans éclat, les deux autres revêtus d’une peinture laquée brun très clair. Le sol est en carrelage de grès cérame du même brun un peu plus soutenu.
Une cuisine : peinture laquée ocre clair sur les deux murs latéraux entre les placards peints en blanc mat — le mur du fond autour des placards suspendus peints de même façon est revêtu de carreaux alternativement blancs et ivoires — le quatrième mur est remplacé par un muret recouvert d’une planche de bois peint en brun laissant un passage à gauche vers la grande pièce aux murs d’un beige ocré — comme dans cette pièce le sol est en tomettes.
Une chambre : sol en tomettes anciennes et aux murs d’un jaune moyen un peu passé, comme ancien, les boiseries des deux porte-fenêtres ouvrant sur la cour sont peintes en blanc cassé.
Une pièce aux murs chaulés et au sol de tomettes anciennes.
Un bureau peint en gris ; au sol des dalles carrées blanches.
Le soubassement des deux vitrines et l’entourage de la double porte en verre de la boutique ainsi que leurs boiseries-menuiseries sont peints en vert clair lumineux, comme ce qu’on devine du mur du fond à travers la séparation en croisillons de bois vernis qui limite la zone atelier. Les deux murs latéraux sont recouverts d’un papier peint au motif de grandes feuilles de lierre d’un vert sombre sur un fond gris et le sol est revêtu d’un linoléum d’un gris moyen.
Une cage d’escalier aux murs couverts d’un épais enduit crépi apparent teinté d’ocre clair tirant sur le jaune ; les trois premières volées occupent un étage en se retournant après chaque palier (deux volées un peu plus raides pour le second et dernier). Les marches comme les paliers sont revêtus de grands carreaux de terre cuite, avec des nez en bois clair.
Une entrée rectangulaire dallée de carreaux grèges. Les quatre portes ouvrant sur des pièces ainsi que la porte palière sont en bois clair se détachant sur la peinture veloutée des murs d’une teinte d’un rouge pompéien usé.
Une très grande pièce que seuls des restes de cloisons enduites de blanc comme les murs principaux découpent en deux grands espaces, réception et chambre divisés eux-mêmes par une cloison plus petite pour abriter/ouvrir une cuisine pour la première, et pour la seconde un espace pour la baignoire, le lavabo et les toilettes se réfugiant dans un recoin invisible. Tout le sol est couvert de grands carreaux de terre cuite sable et les menuiseries des fenêtres sur rue et de la porte fenêtre menant à une petite terrasse dominant la cour intérieure sont peintes en bleu franc.
Une chambre assez grande peinte en jaune pâle, à l’exception d’un grand panneau à la peinture laquée blanche, le sol est en tomettes.
Une grande pièce aux tomettes rose pâle et aux murs d’un gris très clair.
Une cuisine carrée aux murs peints en beige — derrière l’évier et le plan de travail bandeau de carreaux gris à petits motifs verts (feuilles ou oiseaux) lesquels recouvrent également le dessus des meubles bas à la peinture gris clair, comme les deux petits placards accrochés au dessus de l’évier, à coté d’un four. Le sol est en tomettes.
Une chambre aux murs gris pâle et aux tomettes roses ouvrant par une arcade sur la grande pièce voisine.
Une petite salle de bains, carrelage grège au sol, carrelage mural en grès cérame vert émeraude derrière la baignoire et le grand lavabo blancs ; les murs et l’étroit et haut placard sont peints en gris perle.
Une petite entrée tapissée d’un papier imitant une étoffe damassée qui fut d’un vert clair maintenant taché de poussière de façon irrégulière ; au sol des carreaux vernis bordeaux.
Une grande pièce faisant office de salon et de salle à manger ; les murs ont été récemment repeints en blanc cassé à l’exception du mur côté rue qui garde autour des fenêtres les restes d’un papier peint décoré de bergeries en camaïeu de roux sur un fond ivoire déchiré par endroits et le sol est revêtu d’un linoléum imitant un parquet Versailles.
Une chambre peinte en rose comme le couloir étroit qui y conduit, au sol un revêtement en sisal chaume.
Une grande pièce peinte en blanc grisé à l’exception du coin cuisine, au delà d’un muret dont les murs sont revêtus de briques sur lesquels sont accrochés des placards peints en rouge sombre et adossés des appareils à la façade métallique. Le sol de la grande pièce est en tomettes de tons pâles et celui du coin cuisine de carreaux vernissés d’un rouge moyen.
Une chambre peinte en blanc grisé sauf un panneau face aux fenêtres sur rue tapissé d’une étoffe veloutée vert d’eau. Le sol est en tomettes.
Une salle de bains tapissée d’un papier peint décoré de petites fleurs imitant un tissu liberty sauf un bandeau de carreaux bleu clair régnant derrière baignoire et double lavabo. Le sol est en carrelage vernis d’un bleu roi.
05 – un album
Sous l’onglet Photos.Google descendre vers les albums, la souris hésite entre les icônes, s’arrête au dessus d’un intitulé inhabituel « chûtes » et l’indication engageante qu’il ne contient que sept éléments, clique, ouvre le premier des petits fichiers puis circule de l’un à l’autre et découvre
— une photo surexposée d’un mur en gros moellons, sur la gauche un trou noir ou plutôt gris sombre avec de petits pixels lumineux bordé d’une verticale s’infléchissant en haut par l’amorce de la courbe d’une ouverture gothique
— un ciel strié de fins nuages sur lesquels se découpe un cyprès s’élançant parallèle à une tou de clocher dont on ne voit que la moitié
— un très bref clip : une rue étroite en pente relativement faible, vue dans l’axe, bordée de façades à deux étages aux percements inégaux dans des façades enduites de ciment gris clair ou ocre, sauf la première à gauche en belles pierres apparentes, l’image commence à descendre la pente avec une certaine lenteur et s’arrête au bout de deux minutes sans intérêt
— les deux volets entrebâillés d’une fenêtre au premier étage vus depuis la rue, on distingue un petit pot contenant des plantes grasses accroché à une rambarde de fonte à volutes
— une place entièrement pavée, vide et ensoleillée , vue depuis une rue qui s’y jette, au centre un îlot de tables et chaises sous deux pins parasols
— l’image, qui évoque un peu par l’attitude d’assurance décontractée de propriétaire du portrait du frère de Caillebotte devant sa fenêtre dominant un boulevard parisien, d’un homme vu de dos, jambes un peu écartées en jean sombre, buste ferme serré dans un jersey bleu sombre, mains dans les poches du jean devant un petit balcon au dessus d’un bout de rue longeant un fleuve
— un gamin accroupi qui fait rouler une miniature d’auto américaine des années 50 à la peinture très écaillée sur le gravier d’un jardin devant une bordure de petits fleurs d’où jaillit un groupe de quatre agapanthes
06 – on dit que
Autrefois, dans les années 2000 – oui c’est ça — le fleuriste était là depuis deux ans au moment de la grande fête d’inauguration du musée, c’est lui qui avait décoré les pièces — la boutique était occupée par un libraire — un couple, mais on voyait rarement la femme, elle ne venait que de temps en temps pour aider quand la jeune vendeuse était absente ou en fin d’années quand on offre des livres, elle se tenait d’ordinaire dans l’appartement qui occupe les petits bâtiments entourant deux côtés de la cour au rez-de-chaussée et depuis que leur fils était à Paris elle faisait partie de la même équipe de bénévoles tenant une bibliothèque associative que la soeur du maire qui racontait qu’elle parlait fièrement ce que ce jeune médecin | ou peut-être ne l’était-il pas, disons soignant | lui racontait dans ses lettes, elle était toute excitée chaque fois, elles étaient rares les lettres, sur les pays lointains où il se trouvait. Un jour il est arrivé avec sa toute jeune femme, enceinte jusqu’aux yeux… on ne savait même pas qu’il s’était marié, sur ça la mère avait été discrète… et comme l’appartement du premier à droite venait de se libérer, sans doute les parents l’avaient-il appris, ils se sont installés, juste avant qu’il reparte. Il n’est jamais revenu, un accident, on en a beaucoup parlé, un petit avion… la belle mère s’occupait de sa bru et du bébé, on les voyait tout le temps ensemble, puis a gardé l’enfant pendant que la jeune-femme aidait son beau-père, avant d’entrer comme vendeuse chez un antiquaire ami près de la cathédrale, et quand ils ont pris leur retraite les parents et sont partis au Portugal elle a repris l’appartement du rez-de-chaussée, c’était mieux avec son fils qui était un grand lycéen et avait besoin de place… il est étudiant maintenant, ne vient plus que pour les vacances.
L’appartement de la cour, non c’est la soeur du fleuriste qui l’occupe mais ce n’est pas loué en même temps. Elle est venue s’installer après son divorce avec son fils. Elle est aimable mais on la voit rarement.. ce n’est pas facile entre sa mère malade qui ne veut pas quitter son logement et son travail, elle tient le bar de la boite de nuit de la rue des Ortolans.
La vendeuse du fleuriste est toujours souriante. Ils font une bonne équipe, et c’est pratique elle habite au rez-de-chaussée sur la cour. C’est lui qui lui a fait avoir cette location. C’est son premier emploi. Ne s’entendait pas, dit-on, avec ses beaux-parents. Ils tiennent la grande boulangerie-pâtisserie sur la grande place du chef-lieu. Elle est partie à la mort de son mari… Un cancer foudroyant ou quelque chose comme ça, savez ce que c’est. Oui ils s’entendent très bien, elle et le fleuriste… trop bien vous voulez dire.
Ces bruits qui courent, les gens ont une imagination folle… Avant le fleuriste actuel il y avait un autre couple de fleuristes, mais le changement n’a eu lieu qu’il y a cinq ans bien après que la dame du rez-de-chaussée se soit installée, mais oui elle vient bien de Paris, elle a été nommée un peu après son veuvage institutrice de l’école des nonnes du quartier des Coursinières | n’a pas bougé curieusement et elle est directrice maintenant pour la partie scolarité des premières classes sous la gouverne lâche de la supérieure. On ne sait ce que faisait son mari. Elle n’a aucun lien avec la famille qui tient la boutique, ni soeur de la femme même si elles sont devenues amies, ni vendeuse et encore moins amie chère du mari quelle idée comique… non qu’il soit très empressé auprès de sa femme, mais il est ainsi… en dehors de sa boutique il ne s’intéresse qu’à son club de foot, tellement que c’est elle qui fait le gros du travail, heureusement la jeune-femme | on est habitué à la voir ainsi et d’ailleurs elle est toujours fraîche, ça étonne quand on la voit avec son fils | vient l’aider de temps en temps, et c’est bien agréable quand on a un livre à offrir… l’est de bon conseil.
07 – tentative d’index
APT sous-préfecture du Vaucluse entre le Lubéron et les monts du Vaucluse
AQUIER Marcelin, fils de Paul Aquier et de Marie Véron née Boursac, étudiant Avignon
AQUIER Paul, second mari de Madame Véron née Boursac, directeur d’école de plongée à Cassis, tué dans un accident de voiture, père de Marcelin Aquier
ARLES sous-préfecture des Bouches-du-Rhône, commune de France la plus étendue
AVIGNON préfecture du Vaucluse –
BALI île du sud de l’Indonésie entres les îles de Java et Lombok
BARD Paul, premier mari de Madame Véron, Avocat, ils ont divorcé
BEAUMES De VENISE commune du Vaucluse
BERGER Benoîte voir Benoîte Bourgeois
BERGER Nicolas Colonel de gendarmerie, père de Benoîte Bourgeois
BONHOMME Catherine, épouse Nicolas Berger, dessinatrice, mère de Benoîte Bourgeois
BOURGEOIS Benoîte née Berger, directrice d’école, veuve de Jean Bourgeois
BOURGEOIS Valère fils de Jean et Benoîte Bourgeois, étudiant à Agroparc (Avignon)
BOURGEOIS Jean, professeur de lettres au Lycée Molière à Paris, mort de maladie
BOURSAC Clothilde née Coucougrain, mère de Sébastien Boursac
BOURSAC Edouard, fils de Jean-Luc Boursac et Lucie Emplain, frère de Marie Véron, époux de Clothile Coucougrain, comptable d’une entreprise de carrelage, père de Sébastien Boursac
BOURSAC Jean-Luc, marchand de tissu, époux de Lucie Emplain, père de Edouard Boursac et Marie Véron
BOURSAC Lucie, née Emplain, mère de Marie Véron, fille de Louis et Marie-Rose Emplain
BOURSAC Marie, veuve, a été mariée à Paul Bard, Paul Aquier et Vincent Véron
BOURSAC Sébastien, fils d’Edouard et Clothilde Boursac, dessinateur dans un cabinet d’architecte à Carpentras
BOURGEOIS Jean, professeur de lettres au Lycée Molière à Paris, mort de maladie
BUZZATI Chiara née Burati, sans profession, Trévise, femme de Marco Buzzati
BUZZATI Giovanna, étudiante en architecture à Venise, fille de Marco et Chiara Buzzati
BUZZATI Marco (sans lien de famille avec Dino Buzzati) libraire à Trévise, père de Giovanna
CARPENTRAS, sous-préfecture de Vaucluse
CASSIS port dans la grande banlieue de Marseille
COUCOUGRAIN Clothilde, épouse d’Edouard Emplain
DEROSE Marguerite née Dupond, épouse de Pierre Derose
DEROSE Pierre, retraité à Ginassevis, ancien fleuriste dans l’immeuble
DUBOIS Magali, épouse de Gérard Grémier, mère de Marie-Françoise Moulin
DUPOND Marguerite, épouse de Pierre Rose
EMPLAIN Louis, horticulteur retraité époux de Marie-Rose Fleuriot, père de Lucie Emplain
EMPLAIN Lucie, retraitée, fille de Louis et Marie-Rose Emplain, épouse de Jean-Luc Boursac, mère d’Edouard Boursac et Marie Véron
FLEURIOT Marie-Rose, épouse de Louis Emplain
FLORANGE Jeanne, fleuriste, épouse de Bernard Lavallée
FORSIN Jeanne, épouse de Pierre Loyal, morte à 30 ans, mère de Guillaume Loyal
GINASSERVIS, commune du Haut-Var
GREMIER Gérard, épicier père de Marie-Françoise Moulin
GREMIER Magali née Dubois, épouse de Gérard Grémier, mère de Marie-Françoise Moulin
GREMIER Marie-Françoise, femme de Francis Moulin, infirmière libérale, mère de Gérard et Martine Moulin
HARRISSON Nyoman, américain né à Bali fils de William Harrisson et de Ayunda X
HARRISSON William, américain, négociant à Bali, père de Nyoman Harrisson
LAVALLEE Bernard, fleuriste
LAVALLEE Jeanne née Florange, épouse de Bernard Lavallée
LOYAL Guillaume, propriétaire de l’immeuble, ancien notaire, habite Carpentras
LOYAL Jeanne née Forsin, morte, mère de Guillaume Loyal
LOYAL Pierre, propriétaire et ébéniste, père de Guillaume Loyal, décédé
MOULIN Anne-Marie, habite Avignon, retraitée PTT, femme de Pascal Moulin, mère de Francis Moulin
MOULIN Francis directeur d’exploitation d’un vignoble à Beaumes-de-Venise, père de Gérard et Martine Moulin, fils de Pascal et Anne-Marie Moulin
MOULIN Gérard fils de Francis et Marie-Françoise Moulin, prépare un BEP Management à Avignon
MOULIN Marie-Françoise née Grémier, femme de Francis Moulin, infirmière libérale, mère de Gérard et Martine Moulin
MOULIN Martine, fille de. Francis et Marie-Françoise Moulin
MOULIN Pascal, habite Avignon, retraité SNCF, père de Francis Moulin, grand-père de Martine et Gérard Moulin
NIGAUD Dieudonné, fils d’un garagiste d’Apt, antiquaire à Carpentras, locataire de Guillaume Laval
PAOLI Caroline, Avignon, amie de Valère Bourgeois
PARIS rue Delambre ancien appartement de Jean et Benoîte Bourgeois
SEIGNOLLE Valentin, professeur retraité
VERON Marie née Boursac, divorcée de Paul Bard, veuve de Paul Aquier, divorcée de Vincent Véron, mère de Marcelin Aquier, sans profession.
VERON Vincent, banquier Arles
08 – ébauche d’une liste
l’histoire d’une balinaise qui ne voulait pas danser
l’histoire d’un dessin
histoire de dessins de pierres et de tissus
l’histoire des deux Paul
l’histoire d’un divorce qui n’eut pas le temps
l’histoire du fleuriste qui aimait les livres
l’histoire du propriétaire foncier ébéniste
09 – le fleuriste
Des passants longent les pots posés à même le trotoir ou sur une étagère en retrait alignés devant les deux vitrines et les grands pots de plantes installés devant le bout de mur aveugle de la boutique du fleuristes, quelques uns s’arrêtent, regardent ; une femme ceinte d’un tablier est en train de disposer deux grands vases de bouquets de roses pour l’un, de bouquets mélangés ou de lys pour l’autre sur l’espace libre à gauche de l’étagère devant le mur ; un jeune couple s’est faufilé entre pots et étagères pour tenter de voir l’intérieur de la boutique ; la femme les interroge, acquiesce, les précède à l’intérieur où un homme en tablier compose un bouquet à la demande d’un jeune femme pressée pendant que deux hommes patientent ; le premier un trentenaire assez petit et un peu rond en trench kaki, regarde avec un détachement ennuyé la rue derrière une rangée de petits cyclamens sur un présentoir, l’autre, sans âge, en complet bleu sombre bien coupé, planté jambes un peu écartées devant le mur de gauche promène ses yeux sur les grandes feuilles de lierre d’un vert sombre sur le fond gris du papier peint, se retournant de temps en temps vers la confection du bouquet, soulevant le poignet de son veston pour vérifier l’heure pour affirmer son droit à être le prochain client et son désir ferme d’être servi rapidement, faisant un petit pas de côté pour éviter de gêner le jeune couple et leur guide qui ouvre la porte percée dans le mur, au fond, près de la clôture en croisillon de la zone atelier et s’efface pour les laisser pénétrer dans la pièce éclairée par une grande fenêtre sur la cour. Une femme assise dans un fauteuil de toile, devant une table rectangulaire disposée au centre de la pièce à mi chemin du bureau entouré d’étagères portant des dossiers fond de la pièce, lève les yeux une seconde puis les rabaisse sur le catalogue illustré de photos de décorations fleuries pour des centres de table qu’elle consultait comme si elle ne voyait pas le jeune couple qui prend une air coupable en s’approchant, la jeune femme écartant les mains pour dire qu’elle est désolée, qu’ils n’y peuvent rien, qu’elle, sa mère, se doit de les excuser pour ce retard… débouchant de l’atelier une jeune fille arrive, portant un carnet sur lequel sont esquissés des projets de petits bouquets ronds… et la femme levant la tête salue les projets ou le couple d’un « ah voilà… ».
10 – les deux Paul
Marie Véron entre dans la pièce, laisse tomber sur la console de fer entre les deux fenêtres de la cour les journaux et enveloppes qu’elle tenait serrés contre son manteau dans l’escalier et en pénétrant chez elle, déboutonne et jette sur le large divan le vêtement , va ouvrir dans le même mouvement la porte-fenêtre donnant au bout de la pièce sur sa petite terrasse, attrape au passage une boite de cigarillos sur son petit bureau et un lourd briquet de bronze ; elle sort, penchée sur le petit cigare qu’elle allume, se redresse, secoue un peu la tête, reçoit sur son visage les rayons obliques du soleil qui descend vers la nuit, remue un peu les épaules pour entrer dans son moi, et puis, frontière passée entre la dame dans la vie et l’être dans l’abri, rentre, pose le cendrier, va trier le petit tas de courrier… jette directement dans la corbeille les enveloppes qui semblent contenir des publicités, en ouvre d’autres et met de côté une demande de fonds, lance, loupant son but, l’enveloppe du Monde Diplomatique vers la table basse, regarde avec méfiance la dernière enveloppe qu’elle avait repérée en ouvrant sa boîte aux lettres et évitée le plus longtemps possible, retourne l’enveloppe pour lire l’adresse de l’expéditeur qu’elle a déjà devinée et se décide à l’ouvrir
« Ma chère Marie,
Tu me permets de t’appeler ainsi et de forcer la porte… mal dit, tant pis je m’en moque » elle sent qu’elle tord la bouche au moins en esprit et pense : viens-en au fait.. « je vois toujours de temps en temps ton frère Edouard (tu m’as fait perdre un ami, je n’ai pas oser m’inviter à son enterrement puisque tu ne m’y avais pas convié, mais de notre période me reste ton frère), je dine parfois chez lui et il nous rend visite à Virginie et à moi. J’ai eu dimanche dernier la surprise de rencontrer chez lui un ami de son fils, un grand garçon, plus souriant que Sébastien qui a toujours l’air d’enterrer le monde et ses parents, ce qui grâce à Dieu est faux… un ami de Sébastien dont le nom et quelque chose dans le sourire m’ont fait sursauter : tu le devines je pense, c’est un dénommé Valentin Aquier qui serait étudiant à l’université d’Avignon, et qui, je ne te l’apprends pas, est fils de Paul Aquier et de sa veuve née Boursac qui fut, un temps, Marie Bard… Je lui ai expliqué ma surprise, me suis nommé, Edouard ne l’ayant pas fait, et j’ai mentionné le lien entre nous… Nous avons un peu parlé… Tu l’as bien élevé, il est clair et courtois, je l’ai bien aimé, je me demande s’il s’entendrait avec Pauline (oui ça a été une Pauline cette attente qui a provoqué la fin de notre histoire, je pense que tu l’as appris), ils iraient bien ensemble… et ils doivent être à peu près, ou plutôt très près d’être du même âge non ? Ce n’est d’ailleurs pas pour cela que je t’écris mais parce que cette rencontre jointe à une remarque de Virginie qui t’a croisée sans que tu semble la voir il y a quelque temps dans Avignon et m’a déclaré, pensant que tu habitais maintenant dans le coin, que cette brouille entre nous était stupide et qu’il était temps d’y mettre fin, m’ont décidé à te proposer de renouer notre amitié sur nouvelles bases.
Souviens-toi comme nous avons bien ri ensemble, et aussi avec Virginie que tu avais été la première à remarquer. J’ai appris par Edouard ton adresse actuelle et par la même occasion ton nouveau nom avec un résumé de cette nouvelle union ratée. Qu’en penses-tu… quant à nos enfants nous n’avons pas besoin, sans doute est-ce préférable, de les inclure dans notre cercle.
Amicalement je l’espère.
Paul Bard »
Elle plie la lettre, elle rumine un instant et puis elle rit sans gentillesse.
La sonnerie de l’interphone sonne au moment où Marie raccompagne vers l’entrée un couple d’amis, elle appuie sur le bouton pour ouvrir la porte de l’immeuble. L’homme dit « ah ça doit être votre fils… content de le saluer… » et elle sourit lèvres serrés. Depuis le seuil de sa porte au premier étage, en attente main posée sur le fer forgé de la poignée, elle les entend descendre, croiser son fils, échanger quelques mots, elle le voit tourner pour entamer la seconde volée de marches, les yeux levés vers elle. Ils entrent. Il pose au sol son sac de linge, lui flanque dans les mains un bouquet rond, l’embrasse, se recule, montre les fleurs « elles te plaisent ? » ajoute que c’est la fleuriste qui les a choisies, s’affale sur le divan, lui demande comment elle va, en la regardant vraiment, semble satisfait, enchaîne en disant qu’il a rencontré le dimanche précédent chez son oncle un curieux personnage « curieux parce qu’étrange et curieux parce que questionneur.. que tu as connu autrefois, très bien même » « je sais, il m’a écrit » « Ah ? Il te parle de moi ? » « oui, il en profite pour me proposer de renouer notre amitié » (elle détaille les syllabes avec ironie) « mais je ne suis presque certaine de ne pas le vouloir. Rien d’autre à me raconter ? ».. Et comme le sujet revient toujours dans leur conversation décousue, elle lui dit d’ouvrir le tiroir du bas du secrétaire et de lui amener l’album vert sombre à gauche. Assis côte à côte il l’interroge, commente, veut savoir ce qu’elle connait de leur amitié « ah tous les deux ils sont copains depuis l’enfance, on les appelait les deux Paul, ils étaient complices. Là, sur ces photos, Paul Bart était déjà avocat, marié oui, avec moi oui, stable et ton père revenait d’une vie d’errance et de petits aventures, se reposait un peu chez ses parents avant de reprendre sa quête de financement pour ouvrir son école de plongée… oui tout le monde se moquait de lui mais ça le laissait indifférent… oui il est beau, ça tu le sais, ce ne sont pas les premières photos que tu vois.. aussi beau que toi.. oui il est blond et oui Paul Bard est brun, ton grand père aussi… va chercher l’album blanc, c’est ta grand-mère qui me l’a donné, ce sont des photos de ton père enfant… tu ne l’as jamais vu ? Pourtant si mais tu ne t’en souviens pas… c’est vrai qu’à Arles les albums étaient dans des caisses… Regarde le bel homme qu’était ton grand père et brun presque à l’excès, cela saute des générations. Si ça t’intéresse tu sais où ils sont maintenant, range-les. Tu as un programme pour demain ? ». Et un peu plus tard « il est très gentil Paul Bard mais si tu le rencontres ne sois jamais en confiance totale. Il est un peu lourd, un peu fielleux, un peu affabulateur et très possessif ».
Une recherche dans les archives du journal local de Cassis a permis à Valentin de constater que l’annonce de l’ouverture d’une école de plongée portant le nom emphatique de « Les abîmes bleus » dirigée par Monsieur Paul Aquier est parue un mois jour pour jour après le faire-part de mariage de Monsieur Paul Aquier et Madame Marie Bard née Boursac et deux mois environ avant que sa naissance figure dans la liste des nouveaux-nés avec une photo illisible d’un truc blanc sur lequel se penchent deux profils adultes. Il n’a pas cherché, comme l’avait prévu, la date du divorce Bard/Boursac ni celle du remariage de Paul Bard, trop occupé par les répétitions du spectacle de fin d’année de son groupe de théâtre et par la certitude de son amour grandissant pour sa partenaire.
11 – les tiroirs à dessins
Dans la grande pièce partiellement refaite du 2ème étage gauche, sur les derniers mètres du mur récemment repeint en blanc cassé face aux fenêtres, s’alignent trois meubles récupérés dans une ancienne étude, superpositions de longs tiroirs de petite hauteur qui servaient sans doute à classer les dossiers d’un notaire ou des échantillons de passementerie. La face de chacun des tiroirs de chêne décorée d’un liseré de cuivre peut, lorsqu’il est tiré, basculer pour faciliter l’extraction de ce qu’il contient, non pas des dossiers ou quels que soient les objets ou écrits auxquels ils étaient destinés mais, entre de fins papiers verts, des dessins à la plume au crayon ou au fusain et quelques aquarelles dont la tranquillité est très rarement violée. Valentin Seignolle y a rassemblé les « bouts de papier » laissés par son compagnon lors de leur rupture, sans tenter réellement une ébauche de classement et après les avoir un temps regardés pour que la peine le réveille et avec l’espoir que l’autre vienne le récupérer, puis d’un oeil morose pour vérifier qu’il y eut un temps une part faussement tue du moins au lycée dans sa vie de professeur à l’allure sévère et les garde maintenant par habitude, pour les meubles ou parce qu’il ne sait comment s’en débarrasser
un balcon au dessus d’une pente descendant vers un pin penché au dessus d’une étendue de sable, au fond la croupe boisée d’une colline sur un carton aquarellé sous une feuille blanche où sont dessinées à l’encre plusieurs études de main, et sur un contre-collé un détail de chapiteau lavis d’encre de chine sous des feuilles de journaux portant des silhouettes aux crayons de couleur ;
des fusains représentant une plante verte, une nuque sous une tête bouclée penchée sur une feuille, une automobile à moitié effacée etc… sur la dernière encadrée et sous verre un homme nu sur un drap retroussé jusqu’à mi jambes ;
sur une feuille de journal une photo d’actrice rehaussée dont les yeux et la bouche ont été peints en violet, dessous une feuille de papier à dessin avec le relevé d’une façade à l’encre, le détail d’une boucle au pinceau posé sur une série de croquis d’hommes au travail sur un chantier collés sur un rectangle de carton ;
une série d’enveloppes contenant chacune des regroupements de dessins, au crayon, à la plume, en technique mixte, sur chaque enveloppe est inscrite un thème, fleurs, maison des champs, portraits de Valentin, gens des rues, festival de Juan les Pins, plage, arbres ;
dans le tiroir du haut de la colonne suivante une autre série d’enveloppes réunissant des paysages de Tlemcem, des portraits ou fragments de portrait d’une Béatrice (jeune soeur de l’auteur des dessins Jean-David Dieudonné), des détails divers d’ameublements et deux enveloppes sans menton contenant de petites vignettes très travaillées à la plume ;
les deux tiroirs du dessous sont vides ;
dans le dernier tiroir de cette colonne juste au dessus du socle, une grande photo de Jean-David, deux fleurs sèches, un carnet de croquis de costumes pour un spectacle féérique ,
les autres tiroirs recèlent des fouillis encore plus apparents où les papiers, cartons, dessins se détruisent peu à peu et les trois derniers contiennent en pagaille des photos intimes et sages comme le sont les photos de famille des deux hommes en vacance, lors de réception ou à des moments de loisir dans l’appartement ou près d’une maison dans un paysage que l’in retrouve dans certains dessins.
12 – les livres partis pour Ginasservis
En 2018 lorsque Pierre Derose, l’ancien fleuriste qui tenait la boutique depuis près de quarante ans prit sa retraite et partit s’installer à Ginasservis dans la villa qu’il avait acheté au centre d’un grand terrain en légère pente qui faisait la joie de sa femme Marguerite laquelle y avait créé, enrichit, peaufiné depuis dix ans un merveilleux jardin méditerranéen avec l’aide d’un jeune passionné chargé de son entretien et, hors les périodes de vacances où elle pouvait quitter la boutique dont elle assurait la bonne marche, de la recherche de nouveaux plants rares et des terrassements pour modeler le paysage sous sa direction grâce à un incessant échange de courrier, le problème furent les livres depuis longtemps sa seule passion à lui, son seul intérêt au point d’avoir peu à peu introduit depuis le noyau constitué dans une bonne partie de ce qu’elle appelait son laboratoire, réserve de plantes dans lequel elle créait bouquets, couronnes ou coussins mortuaires et garnitures de salles et tables de fêtes, des rayonnages garnis de livres doublant tous les murs de la boutique qui fascinaient de plus en plus d’amateurs, en en faisant un mixte devenu célèbre entre fleuriste comme l’indiquait l’enseigne, le grand comptoir et les présentoirs entre lesquels circulaient les clients et de bibliothèque où enfants et adultes parfois venus d’assez loin venaient emprunter des livres contre un émargement dans des cahiers rangés dans un tiroir de l’arrière boutique ou la lecture dans un des fauteuils installés dans un coin derrière un rempart de rosiers, bégonias et autres plantes. Déclarant qu’il en était lassé et, que puisque nouvelle vie allait avoir elle serait consacrée à sa vraie vocation la cuisine et il répartit entre la bibliothèque municipale, celle que créa Madame Bourgeois, leur voisine, la locataire du bâtiments d’un seul étage bornant deux des côtés de la cour dans l’école où elle professait avant de la diriger, le reste étant emporté gratuitement par un bouquiniste. Il ne garda à titre de souvenir qu’un échantillonnage, choisissant de prélever pour chaque lettre de l’alphabet le nom d’un auteur représenté par un seul titre, soit
« Dix-huit leçons sur la société industrielle » de Raymond Aron ;
« La Prochaine Fois, le feu » de James Balwin ;
« Si par une nuit d’huiver » d’Italo Calvino ;
« Apocalypse Bébé » de Virginie Despentes ;
« Causes amusantes et connues » de Robert Estienne ;
« Histoire de Tom Jones, enfant trouvé » d’Henry Fielding ;
« Le Déserteur » de Jean Giono ;
« Rome impériale et l’urbanisme dans l’antiquité » de Léon Home ;
« La Salamandre » de Masuji Ibuse ;
« Chapelle ardente » de Jacques Josse ;
« Le dîner » d’Herman Koch ;
« Haut-mal » de Michel Leiris ;
« L’Homère travesti, ou L’Iliade en vers burlesques » de Pierre Carlet de Marivaux ;
« Trilby ou le lutin d’Argall » de Charles Nodier ;
« Volonté » de Georges Ohnet ;
« Canzoniere » de François Pétrarque ;
« Petite Cosmogonie portative » de Raymond Queneau ;
« Le vue » de Raymond Roussel ;
« Pauvre Blaise » de la Comtesse de Ségur ;
« Anachronisme » de Christophe Tarkos ;
« Rues de la forêt belle » d’André Ughetto ;
« Les chiens errants n’ont pas besoin de capuche de Thomas Vinau ;
« Poèmes » de Romain Weingarten ;
« L’Hypparque » de Xénophon ;
« Douze nuits au sérail » de Yannis Youlounta ;
« Le ventre de Paris » d’Emile Zola.
13 – l’histoire du petit immeuble
La nuit en hiver tomberait tôt sur la cour et c’est dans la nuit que Benoîte Bourgeois assise en cette saison dans sa grande pièce, devant la longue table au centre de l’espace, vers le fond, ou sur son canapé dur une planche posée sur ses genoux face à la cour dont elle ne verrait que son reflet dans la vitre écrirait comme chaque soir. Cela aurait été longtemps son journal mais comme cela l’aurait ennuyée et aurait par trop risqué de tourner à l’introspection figée et donc inefficace, elle aurait entrepris ce qu’elle appellerait le journal de l’immeuble y consignant ce dont elle se souviendrait, ce qu’elle aurait recréé ou reconstitué à partir des conversations avec Monsieur Seignole, le plus vieil occupant avec elle, par des brides cueillies ici ou là, et plus récemment dans les papiers de Guillaume Loyal dont elle aurait trié les courriers et carnets en qualité d’un des exécuteurs testamentaires, des trente dernières années de la vie de l’immeuble, de l’immeuble et de ses occupants passés ou actuels dont elle car bien entendu elle aurait été dans ce journal, mais comme elle ne révélerait pas ses sources, comme elle écrirait à la troisième personne, elle n’y figurerait que comme un élément de l’ensemble, élément qui ne serait d’ailleurs pas encore l’objet d’un récit particulier.
Benoîte écrirait chaque soir, pendant un peu moins d’une heure, comme une dernière tâche, un texte sur l’immeuble et sa vie dont elle serait une partie, une description rapide des différentes pièces en leur état présent, ce qu’elle pourrait en deviner ou ce qu’elle saurait ou un tableau de ce qui se serait déroulé à un moment précis, et elle serait là chez Monsieur Seignole au deuxième étage gauche buvant un mauvais thé debout devant les blocs de tiroirs dont il lui décrirait une partie du contenu sans les ouvrir.
Benoîte écrirait dans la cour en été sur un coin d’une des planches sur tréteaux portant des pots de simples et elle relaterait une livraison de Uber-eats et le jeune couple qui occuperait cette semaine là l’appartement voué à la location éphémère au premier étage droite, cette location Airbnb dénotant dans l’immeuble, un couple aussi sympathique que dépaysé et dépaysant composé d’un métis américain/balinais étudiant en architecture à Venise et de sa presque fiancée une jeune italienne découvrant la vie dont aurait fait connaissance par hasard Benoîte Bourgeois la locataire du rez-de-chaussée sur cour.
Benoîte écrirait sur les lattes de bois de la table du balcon face à la mer de la chambre d’hôtel à La Ciotat où elle passerait un mois de vacances, elle évoquerait la fête de départ des Derose, les anciens fleuristes , la dispersion des livres de Pierre l’amoureux des livres qui avait transformé une partie de la boutique en cabinet de lecture pendant que sa femme assumait le rôle de fleuriste et elle sera là dans un autre chapitre recevant de Ginnasservis une grande boite dans laquelle Madame Derose aurait disposé avec soin, bien protégés par des papiers des glaïeuls et des fleurs étranges aux couleurs improbables venant de son jardin, son nouveau royaume, avec une carte de voeux pour son anniversaire, comme elle serait là dans la boutique de fleuriste, plus loin dans le texte, aidant en plaisantant son amie la jeune Jeanne Lavallée un jour où, une fois de plus, Bernard Lavallée aurait déserté pour s’occuper du club de foot.
Benoîte écrirait debout devant le plan de travail de sa cuisine au fond de la cour, elle dresserait pour faire le point une liste des habitants actuels ou qui y auraient vécu pendant ces années, et puis elle ajouterait ceux qui était en lien avec eux, et elle y figurerait avec Jean Bourgeois son mari, maintenant décédé, à Paris où il était professeur au Lycée Molière, où elle était étudiante en histoire.
Benoite écrirait entortillée dans un châle, assise sur le canapé face la nuit, les pieds posés sur la traverse basse de la table roulante où elle aurait posé son carnet et elle serait dans le livre avec Marie Véron qui, chez elle, au premier étage lui parlerait de son fils et de ses trois maris ; elle s’écrirait écoutant Marie, bavarde par besoin et ennui, un de ces samedis soirs où elles se retrouveraient comme elles en auraient pris l’habitude (en principe un samedi sur deux) pour un thé-dînatoire, et en même temps elle revivrait le passé de ces vies.
14 – les derniers
Valentin Seignolle planté devant l’une des fenêtres de sa grande pièce, pour tenter de se distraire de ce qu’avait d’inéluctable le vide de la pièce, les cartons empilés où il avait soigneusement rangé les « papiers » et oeuvres de Dieudonné dont il n’avait pu se résoudre à se séparer complètement et qui devaient trouver asile dans un petit garde-meuble | il attend la camionnette qui doit les y transporter| les meubles à tiroirs où ils dormaient le rassérénant par leur présence ne pouvant trouver place dans la pièce | grande pourtant cette pièce puisque créée par la réunion de trois chambres de bonnes et d’un petit couloir | qu’il était si heureux d’avoir trouvé, là, en face, tout en haut de l’immeuble noble.. le plus beau et le plus ancien de la rue, trace de l’époque où le bourg s’était imaginé un avenir de petite ville… une façon de ne pas faire complètement son deuil de son ancienne vie, quand il était jeune puis un peu moins puis vieillissant… cette pièce aux fenêtres de laquelle il sourit pour la remercier de la facilité de l’accueil qu’elle leur réservait à lui et au reste de son mobilier pour ces deux premières nuits. Baissant les yeux vers le trottoir veuf maintenant de l’étalage des plantes du fleuriste | les Lavaillé ont obtenu la concession de la boutique de l’avenue à côté de l’arc de l’église, mais comme le dit Jeanne, ça n’est pas la même chose bien que « pour le commerce ça va être nettement plus favorable » selon son mari | il voit Benoîte Bourgeois regarder la façade aux fenêtres mortes avant d’y entrer et lui fait signe, elle lui sourit, il lui fait signe, elle mime une montée d’escalier et il acquiesce.
Deux heures plus tard, les cartons étant dûment embarqués dans la camionnette de l’ami serviable, il la regarde s’affairer pour préparer un déjeuner improvisé dans le coin cuisine de la pièce ouverte sur le printemps de la cour comme ils en sont convenus lors de leur rapide entrevue pour se lamenter ensemble tous les deux sur la fin de l’immeuble, eux les derniers et les plus anciens de ses occupants, elle surtout qui l’habitait depuis une trentaine d’année « Guillaume, Monsieur Loyal, vivait encore ici, dans les deux logements du deuxième étage, il n’est parti que deux ans après, lorsqu’il a vendu son étude est s’est installé chez son père | vous ne l’avez pas connu Pierre, c’était un seigneur aimable et exigeant pour son entourage | dans la belle maison de Carpentras, ils ont fait un petit club père-fils pendant trois ans et puis il a pris possession de tout à la mort de Pierre et voilà qu’il est mort à son tour, bien plus tôt qu’il le pensait et que Dieudonné je ne sais jamais son nom mais ce prénom ça ne s’oublie pas, l’antiquaire, son ami et héritier, nous a vendus, et bien vendus je crois, à un promoteur » elle lui fait une grimace « je crains que les travaux soient pénibles, au lieu de voir la maison que vous aimez disiez-vous avec sa dignité âgée vous serez dedans et regardant le chantier le nez assailli par la poussière de la démolition, et les oreilles et le cerveau mis à l’épreuve… quant à ce qui va suivre, le chantier, et peut être pire ce qui va prendre la place… vous avez vu le projet ? » Et ils s’étonnent, ils pensaient qu’il y avait une protection sur le quartier « non cela s’arrête à la place et je ne suis pas certain que cela soit écrit noir sur blanc, c’est juste une convention, cela n’aurait d’autre valeur impérative que le bon vouloir du Maire et de son Conseil Municipal » — « oui pour le permis de construire – et avec l’actuel.. veut attirer une population plus riche et amatrice de confort, de modernité classieuse, d’écologie décorative aussi… Ce n’est pas comme si nous étions à Carpentras ou encore moins Avignon, quoique même Avignon, pas tant… la prison… » elle pose assiettes et couverts sur la grande table à côté de lui « la prison, oh ce n’est qu’accompagnement dans ce secteur si j’ai bien compris et ils avaient l’accord des Bâtiments de France » il s’est levé et coupe le pain « Vous en êtes où ? » — « c’est signé mais je ne m’installe qu’à la fin de l’année scolaire… je prends ma retraite moi aussi, je veux finir bien et éviter les trajets trop longs entre l’école et mon intérieur, j’ai l’accord, les travaux ici ne sont pas près de commencer, n’ont toujours pas la bicoque et le champ derrière, le bonhomme ne veut pas vendre… » — « je sais cela risque de remettre en cause tout le plan, pas de bâtiment en U avec un jardin entre deux ailes à arcades pro-ven-çales – c’est quoi ? Vous en avez vu ? » — « un peu tout de même, à la Balance et à Villeneuve » — « Passons… ni bâtiment en retrait ouvrant sur le champ op-ti-mi-sé.. que devient leur écologie même décorative ? » Elle touille la salade « Ils auraient pu attendre d’être certains tout de même… oh, ce qui symbolisera l’idée d’écologie ils le mettront sur le toit. Vous serez juste à niveau pour vous promener dedans avec les yeux. Comme moi depuis mon appartement dans le haussement de sourcil de la prison j’aurai le rocher et une zone d’herbe le long de la route et du fleuve pour me consoler de ma cour.. bon j’aurais mon fils aussi tant que sera étudiant »
Ils prient le café pour prendre la crémaillère dans le nouveau domaine de Valentin Seignolle, et les yeux sur le petit immeuble ils listent
— « les fleuristes ont la boutique près de l’arcade mais il n’habitent pas au dessus, c’est toujours… » — « non, ils avaient toujours gardé, la louaient pour quelques jours de temps en temps, une petite maison sur la route de Vacquéras » — « les Moulin occupent le logement qui était prévu pour eux sur le domaine où il travaille à Beaumes… elle s’y fera, de toute façon elle garde son cabinet d’infirmière avec ses collègues, le trajet n’est pas long , c’est à son tour de le faire et puis il y a les enfants à convoyer » — « Marie Véron est à Cassis, je ne comprends pas qu’elle s’éloigne de ses parents et de son frère après être venue se réfugier près d’eux et de son enfance »
— « je crois qu’elle a hésité surtout pour Marcelin parce qu’il continue son école de théâtre à Avignon et ce sera plus loin… mais je l’ai rencontrée la veille de son départ | l’ai un peu aidée | elle était toute souriante et bavarde comme jamais, je pense qu’elle y avait été si heureuse avec son Paul Aquier, le notaire d’Arles ce n’était pas la même chose et le premier ça avait duré si peu.. d’ailleurs et pour Marcelin c’est là qu’il est né et qu’il a grandi… j’ai deviné qu’elle ne s’entendait pas vraiment avec mère. Non le plus étonnant c’est Dieudonné Rigaud » — « Pourquoi ? » — « il garde la boutique au rez-de-chaussée de la maison des Loyal, et puis l’appartement… d’ailleurs il l’habitait déjà avec Guillaume » — « ça explique qu’il hérite… mais ça n’a rien de vraiment étonnant » — « je l’ai rencontré chez le promoteur l’autre jour, il m’a appris que sous les arcades du nouveau bidule, là en face | quel que soit finalement le plan ils tiennent à leurs arcades | il y aura une boutique pour lui, une succursale pour des lampes, des objets, des trucs de décoration, lui qui n’a jamais mis les pieds ici à ma connaissance. Pourrez y faire un tour… »
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Attendre « un moment les yeux dans le rien ».
Je ne m’en souvenais pas. Mais oui, ces jours derniers. Merci Brigitte.
merci
(ça donne envie d’y aller, tiens)(merci)
merci à vous
« en un seul mouvement coulé, sans pause »… délicate l’attention portée aux gestes. Sont d’emblée vivants. Envie de poursuivre avec elles-eux
merci Nathalie
toujours cette attention sensible, et je me suis demandée si on fumait encore des gauloises aujourd’hui, c’est en tout cas celles que fumait une des « elles », des Caporal, merci Brigitte
j’avoue que j’ai hésité je n’en suis pas certaine, j’en fumais quand je voulais limiter budget sans quoi c’était celtique ou boyard (super caporal) mais je ne voulais ni cigarillos ni blondes
La journée commence pour eux tous, on est avec eux à 7h30 du matin. Merci.
merci à vous (ou toi) dabord
Il est certes assez tôt pour tous ces personnages, lequel ou laquelle va l emporter pour poursuivre l histoire…
Tous portent en eux leur quotidien « à mystère » même si en apparence tous leurs gestes semblent si proches de nous ..à suivre
merci… on verra
Grand merci pour votre lecture, Brigitte. Je préfère m’abstenir de commentaires pour l’instant… mais je me fais mes petites compiles de lectures, et il se trouve que votre homme au sac à dos s’y trouve en bonne place, merci pour lui aussi
merci !
Merci, Brigitte. Vous lire en premier, un peu désespérée et trouver dans vos deux textes un frémissement d’envie. Tout devient plus clair et du coup possible peut-être. Admiration. Ils ont déjà tous pris existence dans vos #1 et #2.
euh…. moins certaine que vous
Comme c’est intéressant la disposition des bâtiments et à partir de là, tous ces personnages, le vrai, ce qu’on en raconte, ce tourbillon de bouts de vies. Merci, Brigitte. C’est une très belle construction qui tient la route… Beaucoup aimé.
oh merci Anne !
« trop bien vous voulez dire »
J’adore. Merci Brigitte.
Trop bien, oui exactement.
sourions oui mais des langues
(6) « Paumée » je suis et c’est jubilatoire ( folie de bruits qui passent la cour; et test de mémoire – comme ma concentration me joue des tours je dois relire encore ) qu’avais-je fait rue des Ortolans, cette rue si étroite. et si sombre? il me semble que j’y ai pris une photo de mur… ( comme aujourd’hui j’ai reçu des fleurs le texte résonne encore plus fort ) Merci Brigitte
mais la rue des Ortolans de Paumée est dans une grande ville niomé Avignon (très grande sourire) et celle du texte das un bourg de la meme région
à tout lire, tout m’est familier, suis pas « paumé », tellement que si, au bout du compte, et c’est agréable de tenter de lire, de traduire ainsi tant de sensations, on les connaît, on ne les connaît plus, bruissements dans les feuillages.
Merci Brigitte !
grand merci à vous (j’admire moi qui ai tant de retard de lecture)
Très sensible aux différentes voix qui se croisent surtout dans la proposition 6. J’aime beaucoup la façon dont vous avez répondu à cette proposition pas facile ( pour moi en tout cas).
trop gentille… ,je crois que ces propositions ne sont faciles pour personne (en tout cas pas pour moi !)
Je relis #04 et je ne sais pas comment tu arrives à épuiser l ‘espace, c ‘est juste incroyable. Bravo!
Personnellement , j ‘ai du mal a me suffire des choses, pourtant tu sais bien les faire parler…
je dois avoir de la chance (mais pardon je deviens à mon âge incapable d’assumer le peu que je programme et donc de lire … honte à moi… espère toujours et puis je me noies dans des broutiilles
Mais comment faites-vous ? Venue pour tenter de m’y recoller, repris ma lecture de vos textes à partir de la #09, je suis bluffée ! C’est dingue cette construction et comme cela tient la route ! Admirative de ceci une fois de plus…
oh que vous êtes gentille ! vous e faites du bien (ceci dit savoir si vous avez raison … sourire)