#Boost #8 | Instants incertains

s’encapsuler dans cet instant, celui où l’enfant ressent qu’il passe un cap, et qu’il ne sera plus désormais un enfant. Des digues viennent de s’ouvrir dans son esprit. Un nouveau livre s’écrit.

dos amarré contre le vide, le corps affolé ne peut se tenir droit, tout se dérobe sous les pieds, la peur est à son comble, c’est dans une langue de ténèbres que le vertige se prolonge et que le corps en fragments se retrouve dans un instant hors-sol.

le jour fragile devant entre par les persiennes en grains d’or, mais la pensée se tient encore coincée dans les filets de la nuit. Il faut arrimer les mots au rebord du lit, et abandonner les silhouettes nocturnes, sans la certitude de les revoir.

le fil du silence qui suit la fin du Magnificat de Arvo Pärt ou de toute musique capable d’emporter tout un chacun dans des sphères inconnues et de résonner et faire vibrer jusque dans les tréfonds du ventre. Ce fil à vouloir tenir encore.

l’instant retenu sur le bras, l’épaule, le visage et déjà plus rien ne pourra être comme avant, l’autre ne sera plus l’autre: sa main s’est égarée sur un corps, a tâtonné et touché la peau, quelque chose de ténu s’est mis à palpiter.

l’œil malgré tout ce qui fait obstacle se dépose et ne peut s’extraire de ce tableau qui l’aimante et s’emplit de larmes sans qu’il puisse en saisir la raison. L’œil malgré lui dans un au-delà du temps.

quand on a voulu le saisir l’instant était déjà enfui et ne pouvait vivre encore que dans la mémoire des mots qui s’écrivaient et tentaient de le dire.

dès la rumeur de l’aube, l’appel silencieux du quoi donc, de ce qui est juste là derrière, jusqu’à l’ombre, entre les temps irrésolus, pendant que bientôt, pendant les minutes arpentées cinquante-trois pas durant vers on ne sait quoi, avant que plus rien d’autre, l’instant inépuisable, comme un présage.

Codicille: tout ce qui est en italique ( et qui m’a donné l’étincelle pour chaque court fragment) est issu de poèmes de Philippe Aigrain extraits des cartes-poèmes de « Versées » ( avec des images associées de Christine Jeanney). Le tout publié chez Publie.net.

A propos de Solange Vissac

Entre campagne et ville, entre deux livres où se perdre, entre des textes qui s'écrivent et des photos qui se capturent... toujours un peu cachée... me dévoilant un peu sur mon blog jardin d'ombres.

Un commentaire à propos de “#Boost #8 | Instants incertains”

  1. c’est la deuxième fois dans la journée que je retombe sur Arvo Pärt, il va falloir que je m’en retourne vers lui…
    magnifiques chacun de tes moments dans le détail, émotion et ressenti.. on y revient plusieurs fois, il faut le temps justement !
    « quelque chose de ténu s’est mis à palpiter »
    (merci Solange)

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