Boost #02 | Portes battantes

Enjamber le seuil la porte d’immeuble fermée par la concierge juste après le journal télévisé du soir ouverte tôt matin pour sortir les poubelles main libérée de la main de la mère à cloche-pied sauter du noir au blanc sur le damier du carrelage. Sonner sonnette électrique boitier gris bouton noir bricolée par le père ingénieux porte ouverte sur l’entrée la commode trois tiroirs où la mère range les culottes en coton collants de laine et socquettes qui serrent les mollets. Poignée saisie à pleine main porte ouverte en fracas un lit à chaque extrémité de la chambre colère le livre déchiré la petite sœur mal cachée derrière les rideaux. Porte battante traces de doigts cambouis sur la peinture bleue coup d’épaule sas panneau d’affichage aux tracts inchangés depuis la fin de la grève deuxième porte battante percée d’un fenestron en plexiglas encrassé coup d’épaule carton de pointage se pointer clac les rangées d’établis sous la lumière des néons. Chuintement continu de la porte tambour transparence se jeter entre deux ailes chaleur pulsée plantes vertes vitaminées badger déverrouillage du tourniquet tripode sur la cuisse contact froid de la barre repoussée. Appuyer sur le bouton de l’interphone attendre imaginer trois étages plus haut les pantoufles trainées sur le parquet jusqu’au bout du couloir les froncements de sourcils vers l’écran voir qui c’est moi sourire à l’oeil de la caméra grésillement pousser vivement la porte du hall ralentir le pas ralentir encore adapter le pas à l’autre. Deux portes closes douzième de la file une porte s’ouvre permutation furtive plus que onze entracte de quinze minutes vessie pleine ballet de portes hurlement du sèche-mains celles déjà passées se frayent un passage entre celles qui attendent serrer le périnée fragilisé par les grossesses mais depuis rééduqué attendre et à son tour se glisser derrière la porte basculer le clapet du verrou faire vite.

A propos de Aline Chagnon

Ce qui me passionne dans l'écriture, c'est l'expérience, le chemin.

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