#boost #02 | respirer quand même


On sort de la voiture et on entre. La porte s’ouvre toute seule. Elle détecte. L’objet a cette forme d’intelligence de s’ouvrir à notre approche. C’est pour ne pas poser les mains sur la surface vitrée. C’est pour ne pas toucher. On entre et on marche dans l’odeur de détergent et d’éther. De javel qui prend à la gorge. On passe une enfilade de couloirs et de sas. On prend l’ascenseur – ou est-ce monte-charge – qui lui aussi s’ouvre et se ferme seul puis nous fait grimper au troisième étage. On tourne à gauche et on longe encore un couloir. C’est cette porte-là. Cette porte dont il faut actionner la poignée. Celle-là ne s’ouvre pas seule. Celle-là il faut le vouloir pour l’ouvrir. Il faut décider d’entrer ou y être incité voire forcé. Il faut qu’on nous oblige. Il y a cet homme à l’intérieur. Il est allongé et immobile sur le lit. On t’a dit hémiplégique. Il est étendu là sans rien faire. Harnaché et tuyauté. Cloué au lit. Muet mais souriant quand même. Cet homme incapable de bouger. Ne peut ni manger ni parler. Ne peut que respirer. Réduit à vie végétative. Réduit à rien.

A propos de Perle Vallens

Au cœur d’une Provence d’adoption, Perle Vallens écrit et photographie. Ecrire c’est explorer l’intime et le monde, porter sa voix pour toucher. Publie récits, nouvelles et poésie en revues littéraires et ouvrages collectifs. Lauréate du Prix de la Nouvelle Erotique 2021 (au diable vauvert) et autrice d'un livre de photographie sur l'enfance, Que jeunesse se passe (éd J.Flament), d'un recueil de prose poétique, ceux qui m'aiment (Tarmac), d'un recueil de nouvelles, Faims (Christophe Chomant) et d'un récit poétique et choral, peggy m. aux éditions la place. Touche à tout, pratique encore le caviardage, le cut up (image et/ou son), met en voix (sur soundcloud Perle Vallens ou podcasts poétiques), crée des vidéo-poèmes et montages photo-vidéo (chaîne youtube Perle Vallens)...

18 commentaires à propos de “#boost #02 | respirer quand même”

  1. Très beau texte : « L’objet a cette forme d’intelligence de s’ouvrir à notre approche. . »: le ton est donné et la suite glaçante, « Muet mais souriant quand même », la vie de l ‘entre-deux…expérience partagée.
    Merci d’y avoir mis ces mots.

  2. D’abord, on se demande où on est, mystère dans les premiers mots, les premières lignes. Ensuite, une tension s’installe, monte. Puis un choc, ce qui fait aussi la vie, la maladie. Et dans ces mots : souriant / respirer, je ne peux m’empêcher de me dire que ‘réduit à rien’ pourrait évoluer.
    Merci pour ton texte.

  3. Merci pour ce texte. Ces portes qui s’ouvrent toutes seules, cet univers glaçant, déshumanisé jusqu’à la dernière porte, celle qu’il faut ouvrir (vouloir ou y être obligé) sur un homme qui lui ne peut plus bouger. C’est très fort, vraiment, ce que ça raconte.

Laisser un commentaire