On sort de la voiture et on entre. La porte s’ouvre toute seule. Elle détecte. L’objet a cette forme d’intelligence de s’ouvrir à notre approche. C’est pour ne pas poser les mains sur la surface vitrée. C’est pour ne pas toucher. On entre et on marche dans l’odeur de détergent et d’éther. De javel qui prend à la gorge. On passe une enfilade de couloirs et de sas. On prend l’ascenseur – ou est-ce monte-charge – qui lui aussi s’ouvre et se ferme seul puis nous fait grimper au troisième étage. On tourne à gauche et on longe encore un couloir. C’est cette porte-là. Cette porte dont il faut actionner la poignée. Celle-là ne s’ouvre pas seule. Celle-là il faut le vouloir pour l’ouvrir. Il faut décider d’entrer ou y être incité voire forcé. Il faut qu’on nous oblige. Il y a cet homme à l’intérieur. Il est allongé et immobile sur le lit. On t’a dit hémiplégique. Il est étendu là sans rien faire. Harnaché et tuyauté. Cloué au lit. Muet mais souriant quand même. Cet homme incapable de bouger. Ne peut ni manger ni parler. Ne peut que respirer. Réduit à vie végétative. Réduit à rien.
18 commentaires à propos de “#boost #02 | respirer quand même”
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ces portes là aussi, c’est très beau
merci Isabelle
terrible. de la porte qui s’ouvre tout e seule à celle qu’on préférerait ne pas ouvrir. j’ai tout reconnu. ce long parcours entre deux portes, ce temps de suspens
Si ça trouve écho. Non pas heureuse car souvenir perclus, mais oui écho, sans nul dout chez plusieurs d’entre nous.
Très beau texte : « L’objet a cette forme d’intelligence de s’ouvrir à notre approche. . »: le ton est donné et la suite glaçante, « Muet mais souriant quand même », la vie de l ‘entre-deux…expérience partagée.
Merci d’y avoir mis ces mots.
expérience partagée par bon nombre d’entre nous. J’aurais pu étirer et creuser l’émotion rester au bord.
dès les premiers mots j’ai entendu ce que tu écrivais, le dédale blanc après la porte vitrée qui s’ouvre toute seule, le dédale blanc, et ensuite tu le dis
Oui. Je crois que même sans dire, on resent.
D’abord, on se demande où on est, mystère dans les premiers mots, les premières lignes. Ensuite, une tension s’installe, monte. Puis un choc, ce qui fait aussi la vie, la maladie. Et dans ces mots : souriant / respirer, je ne peux m’empêcher de me dire que ‘réduit à rien’ pourrait évoluer.
Merci pour ton texte.
C’est un ressenti un peu extrême, je dois l’avouer, ce « réduit à rien ».
Une progression haletante. Merci pour ton texte.
Oui, beau texte. Porte automatique, vie végétative, la volonté absente. Beau et étrange. Merci Perle.
L’étrange est involontaire, plus une forme de radicalité. Ou le flouté volontaire.
sourit quand même /réduit à rien. ça fait mal.
réduit à un sourire…
Merci pour ce texte. Ces portes qui s’ouvrent toutes seules, cet univers glaçant, déshumanisé jusqu’à la dernière porte, celle qu’il faut ouvrir (vouloir ou y être obligé) sur un homme qui lui ne peut plus bouger. C’est très fort, vraiment, ce que ça raconte.
Merci Françoise
Merci Nathalie