Un couloir. Des portes. Rejoindre la dernière à droite. Fin d’après-midi les vocalises remontent la cage d’escalier. Vérifier le nom dans le porte étiquette. Frapper. Attendre. Frapper encore pour être sûre. Tourner la poignée. Entrer. Appuyer sur l’interrupteur. La lumière jaillit. La vive lumière du miroir cerné d’ampoules à filament. Des années en arrière. Dehors le jour pâlit avant de finir. Comme un sursaut. Un mur de briques et le ciel c’est l’image attrapée au vol par la fenêtre qui ne s’entrouvre qu’en basculant. S’asseoir. Rien qu’un instant face au miroir. Se trouver toute petite sur la chaise de velours. Rouge. Maman. Poser le mouchoir repassé à côté des poudres sur la serviette dans la lumière de la table. Les pinceaux. Les fards. Un bouquet de roses rose dans un verre d’eau. Le discret parfum des roses. Celui plus entêtant d’un flacon resté ouvert. Oser se regarder dans le miroir plein feu. Image sublimée. Se lever. Ramasser la robe et le jupon en bouchon par terre. Suspendre la robe et le jupon dans la penderie ouverte. Voir la date sur l’affiche déchirée. Oh les beaux jours. Sortir. Plus tard. Beaucoup. Face à une autre porte. Et pas de vocalises. Des années. Donc. Plus tard. Une porte dans un autre couloir. L’éclairage latéral d’une fenêtre. La longueur inouïe de ce couloir. Loin une femme en contre-jour. L’ombre sur le linoléum bleu piqueté d’ocre marche vite sans faire de bruit vers les portes à l’autre bout. Sabots blancs. Murs jaunes. Se souvenir d’un film. C’est quelqu’un avec un grand gâteau qui va franchir une porte battante et Vlan se prend la porte. Et tout est foutu. Je veux dire le gâteau. On peut rire de tout n’importe où. Même devant une porte ce jour-là dans un couloir jaune.
10 commentaires à propos de “#boost #02 | deux portes”
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je t’ai suivie dans ce couloir jusqu’à la loge et les robes qui font partie de ton univers — si souvent présentes — et je la vois la robe suspendue,et le jupon aussi, et des années plus tard reparcourir le couloir
je te suis
Oui cette robe qui revient. Après lecture de ton texte me dit que les phrases ici sont bien sèches, mais c’est ainsi . Merci Françoise .
je regrette de n’être arrivée à rien dire de ces 2 portes, de l’univers merveilleux pour moi de cette loge, cette part confiée d’une coulisse de l’enfance (ou parle t on toujours de coulisses au pluriel), suivi de ce couloir aux murs jaunes et aux sabots blancs (pour lesquels j’ai interrogé les images de Google), et cette silhouette au fond, qui glisse.
Et dire beaucoup (sans dire?) « coulisse de l’enfance » ça dit encore mieux au singulier . Merci de ce retour
théâtre et cinéma – écrire – tout ce qu’on aime…
merci Piero ( tout ce qu’on aime )
Et tout ce qui se joue, une vie ou un fragment, derrière une porte, intimidée, mais là… et non loin, la ‘maman’, racine. J’ai aimé ton texte. Et son rythme.
Merci Annick… admiré ta façon de « bousculer » tes portes
Une évocation si fine avec ces fragments de phrase. Très beau. Et ce « Oh les beaux jours » qui atterrit comme une feuille sur le sol. J’aurais aimé être Beckett juste pour ce titre…
Ce titre . Ce cri doux . Tout le passé d’un coup. Merci Jean-Luc.