#Boost #003 – Tremblements.

Il tremble, se balance, se dandine, dodeline mais pourquoi tremble t’il ainsi ?Ses longs doigts nerveux papillonnent dans l’air comme voulant se saisir, se raccrocher, à quelque chose qui ne serait pas le vide, quelque chose de tangible, quelque chose de la véracité. Il tremble, oscille, frémit, frissonne comme une feuille à la seconde où elle se détache.Sa peau est presque translucide. Il referme ses poings sur rien, il n’a rien saisi. Il vacille. Ses pieds le portent à peine, ses jambes flanchent, sa bouche s’ouvre et se referme sur aucun mot, aucun son, seul le souffle haché de sa respiration.
Aurait-il peur ? Oui, mais de quoi ? Quelles pensées traversent son esprit pour que se dessine sur son visage cette expression torturée ? Quelles images étreignent son cœur meurtri ? Quelle noirceur de nuit sans étoiles le poursuit ? Quels souvenirs lui font ainsi claquer des dents, sueurs froides tombantes dans le cou ?

Arrête, s’il te plait.

Il est cloué sur place, entouré mais personne ne le voit, comme seul et les autres visibles pourtant, n’y changent rien. Son corps de roseau s’agite dans un vent inexistant cherchant à trouver un appui. Où poser ses mains ? Où asseoir son corps ? A quelle table se retenir ? Contre quel mur ? Il sursaute et tout tressaille en lui, fissure, fracture, fêlure, il se fendille et se brise. Il a peur ? Oui, mais de quoi ? Il a peur de sa fragilité, Il a peur de sa défaillance, Il a peur de n’être plus aimé, Il a peur de n’avoir plus envie d’aimer. Les autres marchent à ses côtés mais ne lui prêtent pas attention. Il tend une main mais n’aspire que le rien, la remet dans sa poche et son pantalon frissonne.

Arrête, s’il te plait.

Il a peur de la légèreté, Il a peur de la superficialité, Il a peur des mots qui ne veulent rien dire, Il a peur de ce qu’il ne peut saisir. Il attrape son visage dans ses mains et imagine pouvoir sangloter mais ne le fait pas, cela dérangerait. Il a peur de ne pas savoir vivre, Il a peur d’être passé à côté de lui, Il a peur de n’avoir rien compris.
A-t-il dit tout ce qu’il voulait dire ? A-t-il su écouter le chant des oiseaux ? A-t-il compris quelque chose de l’amour ? A-t-il mémorisé ce qu’il a appris ? A-t-il lu tout ce qu’il fallait lire ? A-t-il touché ce qu’il y avait de plus tendre ? Il a la gorge nouée, presque emmurée. Il avale sa salive et cherche la chaise où se reposer, cherche à calmer son angoisse, cherche à éteindre sa détresse, il aimerait qu’on lui prenne la main, arrête.

Arrête, s’il te plait.

Il a peur de n’avoir pas compris ce que devait être sa vie, Il a peur d’être né dans le mauvais nid, Il a peur de n’avoir pas assez grandi, Il a peur de n’avoir jamais su choisir, Il a peur de ce que le monde pourrait devenir, Il a peur que les gens aient oublié le danger, Il a peur d’un passé qui semble ressurgir, Il a peur de l’amour, il a peur de mourir, il a peur d’amourir. Il est assis, frémissant, le dos très légèrement courbé, passant la paume de ses mains sur ses cuisses dans un va et vient de bas en haut, comme pour se réchauffer. Il a froid et sa peur est glacée, transie, frigorifiée, gelée. Il a peur d’avoir fait du mal sans le vouloir, Il a peur du mal qu’on pourrait encore lui faire, Il a peur de ses convictions, et s’il s’était trompé ?

Arrête, s’il te plait.

Il ne te sert à rien d’être terrifié, Il ne te sert à rien d’être intimidé, Il ne te sert à rien de te sentir menacé,

Arrête, s’il te plait.

La peur n’empêche rien, La peur n’enlève rien, La peur n’apporte rien,

Arrête, s’il te plait.

La peur ne t’aide pas, La peur n’existe pas, La peur ne te porte pas,

Arrête, s’il te plait.

La peur ne te soulève pas, La peur ne t’élève pas, La peur ne t’aime pas,

Arrête s’il te plait.

Elle est dans ta tête, Elle est sous ta peau, Mais laisse-la te quitter, Laisse-la donc s’envoler,

Arrête s’il te plait.

Sois ce que tu es, Sois ta sensibilité, Sois ta fragilité, Sois ta vulnérabilité, Sois ta délicatesse, Sois tes tremblements, Sois ton craquèlement, Sois ton chancellement, Sois ta peur.

A propos de Clarence Massiani

J'entre au théâtre dès l'adolescence afin de me donner la parole et dire celle des autres. Je m'aventure au cinéma et à la télévision puis explore l'art de la narration et du collectage de la parole- Depuis 25 ans, je donne corps et voix à tous ces mots à travers des performances, spectacles et écritures littéraires. Publie dans la revue Nectart N°11 en juin 2020 : "l'art de collecter la parole et de rendre visible les invisibles" voir : Cairn, Nectart et son site clarencemassiani.com.

9 commentaires à propos de “#Boost #003 – Tremblements.”

  1. Ton texte m’évoque la fin de vie et tout ce qui l’entoure. Je revois mon père aux soins palliatifs, et dans son regard bien des choses qu’il y a dans ton texte! Mais en disant cela je le “réduis” car on peut voir autre chose qu’un mourant. Il y a bien des questions que je me suis déjà posées! En tout cas ton texte me parle beaucoup! J’aime son intensité et sa conclusion !

    • Je suis désolée et touchée que tu aies lu ce texte dans ce sens, ce n’était pas voulu mais en même temps, je ne sais pas exactement ce que j’ai voulu dire en dehors effectivement de nos peurs et nos fragilités tant que nous sommes en vies, merci Nicolas pour ton regard et pensées pour toi et ton père qui n’est plus.

    • Merci Jean Luc, ce texte m’est venu je ne sais pas comment, mon écriture me surprend en ce moment, comme si elle continuait de creuser, de mûrir, je ne sais pas en tout cas, c’est bon de revenir avec vous.

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