boost #00 | un bout du monde

15°59’05″N 61°43’10″W 6 m

Un vieux fauteuil défoncé sous un carbet au milieu d’un carré de béton approximatif, délimité par quatre poteaux en bois gravés, par endroits, de mots et de chiffres, et son toit de tôle verte. Des baraques en tôle, – et que ça frémit, et que ça tambourine et claque dans les pluies et les grands vents, et que ça cuit dans le plein soleil. Kayaks, pêcheurs, nasses, bateaux à sec, touristes égarés sur la carte, cohabitation précaire en bord de galets ronds et gris. Sous les galets le sable. Noir. Le volcan n’est pas loin. Un grand terrain de boule, vaste rectangle gris soigneusement ratissé et les bordures de bois qui cernent. Une bande de terre et d’herbes à vache. Vieux pneus frigo bouts de ferraille plastique rouille en tas. Vastes hangars abandonnés et dedans, immobiles et muets, restes de chars carnavalesques, figures de géants, bouts de décor. Local associatif des boulistes grilles fermées et dedans encagés les tables et les chaises rouges et le bar et les affiches qui annoncent les prochains tournois. Baraques de tôles et de bois et de béton et les coqs et les poules qui traversent à la hâte, et les chats qui s’étirent. Manguiers lourds de fruits et les mangues éclatées, au sol. Rochers noirs dentelés aiguisés et la mer qui lèche, affouille en déboulés d’écume. Maison aux rideaux jaunes sans fenêtres volets de bois et le petit jardin tout en couleurs. Les étoiles, la lune en hamac, et la marée imperceptible sous ces latitudes. Le béton inégal d’une route sans issue. La rivière grise et blanche, grosse de boue et de roches les jours de grandes pluies, et qui se jette dans la mer. Chien errant corps inquiet qui rase la nuit et fouille les poubelles. En face le Venezuela. 

A propos de Émilie Marot

J'enseigne le français en lycée où j'essaie envers et contre tout de trouver du sens à mon métier. Heureusement, la littérature est là, indéfectible et plus que jamais nécessaire. Depuis trois ans, j'anime des ateliers d'écriture le mercredi après-midi avec une petite dizaine d'élèves volontaires de la seconde à la terminale. Une bulle d'oxygène !

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