3 portes, 3 intérieurs

Je me décide, j’appuie sur la poignée. La porte s’ouvre lentement dans un léger grincement. Odeur de vieux bois et de poussière, lumière tamisée, projection d’ombres mouvantes sur les murs, la trouille ne me lâche pas, elle augmente. Devant moi, un large tapis usé couvre le parquet qui craque sous mon premier pas. Je sursaute, un cri sec m’échappe, l’écho répond et silence. À gauche, une bibliothèque croule sous des livres aux couvertures écornées, dans le coin un fauteuil de velours vert un peu défoncé. À droite, une cheminée en pierre couverte de suie et au milieu de l’âtre quelques braises rougeoient dans l’obscurité, bizarre ! Une étrange quiétude flotte, comme si cet endroit avait figé le temps. Un souffle imperceptible caresse ma nuque, curieuse impression de ne pas être seule… Serait-ce possible qu tu sois là ? J’effleure la surface lisse d’une porte en verre dépoli encadrée de métal noir. En la poussant, elle glisse sans un bruit, apparaît un intérieur aveuglant de lumière. Un vaste espace minimaliste, un plafond haut, traversé de poutres en acier apparentes. Le sol en béton ciré reflète la clarté douce des suspensions en laiton suspendues au-dessus d’un îlot central en marbre veiné. À gauche, un canapé aux lignes épurées, recouvert d’un tissu gris souris, face un mur de baies vitrées qui offrent une vue à 360° sur la ville. Quelques touches végétales apportent de la vie : un figuier d’intérieur trône près de la fenêtre, une étagère flottante expose des vases en céramique et quelques livres soigneusement alignés. Un parfum subtil de bois flotte dans l’air, distinctement des notes s’élèvent, je reconnais Gymonopédie n°1, Erik Satie. Une sensation de calme et de tristesse m’envahit. Ici, tout semble à sa place, pensé pour l’harmonie, la simplicité, l’évidence. Et pourtant tu n’es pas là. Je pose ma main sur la poignée froide, sculptée en forme de dragon enroulé sur lui-même. Devant moi, un immense hall aux colonnes torsadées, le sol est recouvert d’une mosaïque « vivante », les motifs changent et ondulent sous mes pas. De hauts vitraux irisés laissent filtrer une lueur irréelle, belle. À gauche, une fontaine aux eaux luminescentes s’écoule dans un bassin de cristal, où nagent des poissons aux écailles miroitantes, leurs teintes changent à chaque mouvement. À droite, un escalier s’élève en spirale, sans support visible. Partout, une énergie étrange, un mélange d’encens, d’orage, de fleurs inconnues. Dans l’ombre, j’avance à tâtons, une silhouette m’observe, des yeux brillent comme des étoiles, un souffle, une toux, un soupir, je m’avance. Serait-ce possible qu tu sois là ?

A propos de Cécile Bouillot

Bonjour je suis comédienne. Je développe également des projets vidéos dans lesquels je filme les gens autour d'une même question. J'écris des poèmes de rue a partir de phrases récoltées dans la rue, j'aime m'amuser avec différents jeux d'écriture, j'écris régulièrement depuis deux ans. Acte 2 Scène 2. Chaine Youtube : https://www.youtube.com/user/cecilebouillot

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