VOUS ÊTES DANS : 2013 | Proust est une fiction

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_ [97] chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même

Sinon, pourquoi encore et encore lirions-nous Proust ? Mystère que cette activité et ce principe, elle est sans doute aussi d’obéissance pour l’auteur. Si Proust l’éprouve pour lui, cette obéissance, et qu’il se lit lui-même dans ce que son écriture déplie, bien trop avant dans la masse et le dispositif pour qu’il en ait la pleine maîtrise esthétique, intellectuelle ou simplement mémorielle, alors le livre sera offert à des traversées plus souterraines, plus profondes, où ce n’est pas lui qui nous dicte ce (...)

_ [96] causer pendant toute une vie sans rien faire que répéter indéfiniment le vide d’une minute

pour celles et ceux qui ne croiraient pas que Proust a connu Baudelaire

_ [95] combien de grandes cathédrales restent inachevées

Et que ce serait peut-être, dans toute la Recherche, en six mots dont un verbe, et sans virgule, la phrase la plus brève et la plus raide de Proust : « Combien de grandes cathédrales restent inachevées ».
Ce qui revient dans les lettres : ces périodes où il est impossible pour Proust de travailler, par semaines entières, à mesure que son mal progresse. L’oeuvre est ébauchée sur la totalité de sa surface, elle est publiée pour son premier tiers, La Prisonnière est prête, mais il sait désormais qu’il ne (...)

_ [94] c’est malheureux, un garçon si doué, qu’il soit si paresseux

« Il me dit : – Vous notez tout ! Mais non, je ne note rien. C’est lui qui note. Pas une seule fois un de mes personnages ne ferme une fenêtre, ne se lave les mains, ne passe un pardessus, me dit une formule de présentation. S’il y avait même quelque chose de nouveau dans ce livre, ce serait cela, et d’ailleurs nullement voulu : simplement je suis trop paresseux pour écrire des choses qui m’ennuient. » Quand Proust écrit cela à son ami Robert Dreyfus, un peu après la parution de Swann, le 28 décembre (...)

_ [hors série] pourquoi comment je sais pas

de comment on se trouve lancé dans un bouquin sans même l’avoir décidé

_ [93] se reportait pour chaque mot à une sorte de dictionnaire intérieur

« Cela n’empêche pas naturellement qu’un grand écrivain, et ici Ruskin a bien raison, doit savoir à fond son dictionnaire, et pouvoir suivre un mot à travers les âges chez tous les grands écrivains qui l’ont employé. » L’adverbe naturellement suffirait à prouver que Proust n’en est pas si convaincu. Je ne crois pas qu’il aimait vraiment les dictionnaires. Ce n’est pas une question si mineure. Saint-John Perse (cité dans Proust) les aimait et les collectionnait, les utilisait pour écrire dans différents âges (...)

_ [92] et qui font comprendre que Baudelaire ait pu appliquer au son de la trompette l’épithète de délicieux

pour celles et ceux qui ne croiraient pas que Proust a connu Baudelaire