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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Souvenirs r&#233;els concernant le buffet de la gare d'Angoul&#234;me</title>
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		<dc:date>2021-09-19T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;d'une super pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre que c'&#233;tait tellement bien de l'avoir faite&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique168" rel="directory"&gt;th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4298.jpg?1454100392' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4298.jpg?1454100407&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et bien s&#251;r d&#233;sormais &lt;a href=&#034;https://www.librairie-tiers-livre.store/titres-franois-bon/franois-bon-au-buffet-de-la-gare-dangoulme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Au buffet de la gare d'Angoul&#234;me&lt;/a&gt;, le livre, sur la plateforme Tiers Livre Editeur, commande directe &#224; prix ami et merci &#224; toutes celles, tous ceux qui se le sont procur&#233;, petite fiert&#233; chaque fois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note initiale, janvier 2016&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hasard : de retour de Bordeaux, ce vendredi 29 janvier 2016, apr&#232;s 2 jours de stage avec les masters traduction litt&#233;raire (&#224; l'invitation de V&#233;ronique B&#233;ghain), mon TGV est bloqu&#233; sans presque aucune information &#224; Angoul&#234;me, juste devant le buffet, et on apprend que c'est &#224; cause d'un incendie dans un autre train... &#224; Saint-Pierre des Corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ce texte sur &lt;i&gt;Au buffet de la gare d'Angoul&#234;me&lt;/i&gt;, mise en sc&#232;ne Gilles Bouillon &#224; Tours en 1999, a d'abord &#233;t&#233; publi&#233; dans &lt;i&gt;Tumulte&lt;/i&gt;, en 2005-2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 1 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avoir vu en octobre 1995, &#224; la gare de Poitiers, Robbe-Grillet lui-m&#234;me (me suis bien gard&#233; de me rappeler &#224; son souvenir), pour les cinquante minutes d'attente d'un T.G.V. en provenance de Bordeaux immobilis&#233; &#224; Angoul&#234;me &#224; cause d'un suicide sur la voie : comme si tout cela n'&#233;tait qu'une conspiration contre sa vie si importante, manifestant orgueilleuse col&#232;re aupr&#232;s de ces braves gens qui ne savaient m&#234;me pas partager leur quai avec un si c&#233;l&#232;bre &#233;crivain, marchant nerveusement de long en large et nous regardant de haut. Le r&#244;le central du &lt;i&gt;Buffet de la gare d'Angoul&#234;me&lt;/i&gt;, c'est une heure vingt de la vie d'une actrice c&#233;l&#232;bre en rade sur un quai de gare : quel &#233;crivain d&#233;guis&#233; en femme et parlant comme je suppose qu'il parle ? Maintenant il est &#224; l'Acad&#233;mie fran&#231;aise je d&#233;teste l'Acad&#233;mie fran&#231;aise pleine de boursoufl&#233;s et d'inutiles, on devrait la dissoudre : ma pi&#232;ce &#233;tait certes pr&#233;monitoire.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 2 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas Angoul&#234;me, mais c'est sur la ligne : avoir rat&#233; le train de 18h08 en novembre 1996 &#224; la gare de Bordeaux Saint-Jean et avoir &#233;t&#233; oblig&#233; d'attendre au buffet celui de 19h40, les courants d'air, le mobilier bleu et jaune, l'impossibilit&#233; de trouver un serveur, avoir tent&#233; de manger un croque-monsieur chaud sur les bords et froid au milieu.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 3 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ve des camionneurs : cet hiver-l&#224; je venais &#224; Bordeaux tous les mardis, travaillais &#224; la fac de Sciences le matin, et au Centre de jeunes d&#233;tenus l'apr&#232;s-midi. Reparti de Bordeaux &#224; 16h30 en voiture je tombe sur un premier barrage routier au pont d'Aquitaine, j'arrive &#224; 18h &#224; Libourne (l'autoroute est barr&#233;e, j'ai mis 1h30 pour faire ces 60 kilom&#232;tres), dont 45 minutes pour la seule travers&#233;e de Libourne (un motocycliste ayant de plus d&#233;rap&#233; pour m'&#233;viter alors que j'avais d&#251; freiner brusquement, pass&#233; 20 minutes avec lui pour red&#233;marrer sa machine). J'arrive &#224; 20h &#224; Angoul&#234;me, ext&#233;nu&#233; par la journ&#233;e d'intervention puis ces 3 heures de voiture, j'&#233;choue au buffet de la gare (c'est ainsi, dans ces conditions, que j'ai d&#233;couvert le buffet de la gare d'Angoul&#234;me). Je commande d'abord juste un caf&#233;, mais en fait je reste deux heures sans m'apercevoir d'aucune dur&#233;e, chute probable de tension - me reste dans la t&#234;te comme une th&#233;&#226;tralit&#233; totale : la disposition du lieu, les deux perspectives des portes de verre, sur le quai, sur une galerie qui traverse toute la gare, le zinc avec ses lumi&#232;res et son serveur qui voit tout, et ces personnages immobiles et silencieux qui ne sont pas l&#224; pour le voyage. Le buffet de la gare d'Angoul&#234;me comme d&#233;finitivement imprim&#233; &#224; l'int&#233;rieur de moi-m&#234;me pour cause de suspension du temps, les rares fois que cela m'est arriv&#233; : Bakhtapur en 1979, le Testaccio en 1985, Kyoto en 2000.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 4 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre du m&#234;me mois de la m&#234;me ann&#233;e 1998, conversations avec Aude Briant, avec qui nous prenons plusieurs fois le train Paris-Nancy (bien avant &lt;i&gt;Paysage Fer&lt;/i&gt;). Tandis qu'on parle, question pour moi : au lieu d'&#233;crire un texte et d&#233;couvrir qui le jouera, qu'est-ce que serait partir d'une certaine mani&#232;re de dire les mots et de se mettre debout, en l'occurrence comment Aude parle, comment Aude regarde, pour b&#226;tir une histoire : r&#233;volution pour moi, je viens de comprendre le th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 5 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Myriam Boyer jouant Kolt&#232;s (&lt;i&gt;Retour au d&#233;sert&lt;/i&gt;) l'an dernier &#224; Montpellier. Lo&#239;c Houdr&#233;, un proche, joue aussi dans la pi&#232;ce. Comment cela modifiait mon rapport aux acteurs : on a bu un pot ensemble ensuite, o&#249; est la v&#233;rit&#233; des acteurs, la vraie s&#233;paration d'avec leur m&#233;tier, quand ils sont choisis justement parce qu'ils &#171; collent &#187; avec un r&#244;le - encore un hasard : quelques jours apr&#232;s, dans un h&#244;tel de hasard (je suis revenu &#224; Bordeaux, mais j'arrive la veille et dors sur place, H&#244;tel Atlantic en face la gare), je visionne &#224; la t&#233;l&#233;- un film policier o&#249; la m&#234;me Aude joue avec Myriam Boyer.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 6 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Trois heures de train, retour Nancy, Aude cette fois me parle de ses tourn&#233;es, dont une longue tourn&#233;e en province pour une com&#233;die &#224; succ&#232;s du th&#233;&#226;tre priv&#233;. Elle part sans bagages, s'ach&#232;te ses fringues &#224; mesure des villes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 7 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce jour de gr&#232;ve des camionneurs, o&#249; je m'&#233;tais arr&#234;t&#233; au buffet de la gare d'Angoul&#234;me, j'avais entendu et transcrit, &#224; la prison de Bordeaux, un texte d'&#201;ric D. sur son errance en voiture &#224; travers tout le pays : il roule de ville en ville, toujours dans la frange ouest du pays, mais du nord au sud, vit des b&#234;tises qui viennent toutes seules sur sa route jusqu'&#224; se faire prendre et &#171; tomber &#187;, il a fait &#231;a plusieurs fois. Et toujours le m&#234;me d&#233;part, les voitures &#034;juste d&#233;marr&#233;es&#034; (&#034;Tu me montres ta voiture, je te la d&#233;marre&#034;), et toujours la m&#234;me succession des villes sur tout le m&#234;me m&#233;ridien ouest, de Biarritz &#224; Amiens, et retour Bordeaux.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 8 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Retour note 1. Sur cette m&#234;me ligne de chemin de fer (que je continue si souvent de prendre, Saint-Pierre des Corps &#233;tant entre Bordeaux et Paris), le jour de ce suicide d'un homme sous le Tgv &#224; Angoul&#234;me qui, &#224; quatre-vingt kilom&#232;tres de l&#224;, fait attendre Robbe-Grillet sur le quai, il s'agissait pour moi d'une lecture de Rabelais &#224; Poitiers, au Confort Moderne, en trio avec Val&#232;re Novarina et Michel Chaillou. Le Confort Moderne est une salle normalement vou&#233;e au rock. Tout le temps de la lecture (plus de deux cents personnes) je suis surpris par un des auditeurs, totalement immobile, les yeux fix&#233;s sur nous, lequel se retrouvera au restaurant ensuite avec nous : c'est Daniel Znyck, aujourd'hui &#224; la Com&#233;die Fran&#231;aise. Je ne sais pas qui c'est (il conna&#238;t bien Val&#232;re Novarina, il a jou&#233; dans ses pi&#232;ces) et son attention fixe me fait litt&#233;ralement peur : en plus, je ne lis pas Rabelais avec la m&#234;me s&#251;ret&#233; qu'aujourd'hui, dix ans plus tard. Quand je veux construire pour ma pi&#232;ce l'homme &#224; la voiture, ce type qui parle seul dans le buffet de la gare d'Angoul&#234;me (j'ai souvenir d'un type marmonnant seul au bout du comptoir, le soir o&#249; j'&#233;tais au buffet de la gare d'Angoul&#234;me), je repense &#224; la silhouette, au regard et &#224; l'attention fixe de Daniel Znyck. Trois ans plus tard, la pi&#232;ce &#233;crite (et ce r&#244;le jou&#233;e par l'excellent Claude Guyonnet), on me raconte comment Znyck en g&#233;n&#233;ral n'a ni chambre ni adresse fixe, et toutes ses affaires dans sa voiture.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 9 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; Nancy, ce matin-l&#224;, quand je repars le samedi matin apr&#232;s 2 jours en g&#233;n&#233;ral sans sortir du th&#233;&#226;tre (il m'arrive m&#234;me clandestinement d'y dormir, c'est comme cela, la nuit tout seul dans les loges et coulisses, et en journ&#233;e seul dans la grande salle vide, qu'il me semble le mieux &lt;i&gt;apprendre&lt;/i&gt; le th&#233;&#226;tre), retard d'une heure du train qui vient de Strasbourg, l'&#233;troit buffet de la gare est bond&#233;, fum&#233;e de cigarettes, caf&#233; serr&#233; et croissant trop mou. Comme c'est le matin t&#244;t, c'est ici le rendez-vous de ceux qui dorment dehors (deux ans plus tard, j'aurai travaill&#233; avec eux et appris &#224; les conna&#238;tre). Une femme &#226;g&#233;e qui parle seule et un autre qui aborde tous ceux qui ach&#232;tent les journaux.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 10 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, je viens donc &#224; Bordeaux en train la veille au soir, j'arrive &#224; 23h15 et traverse puisque l'h&#244;tel Atlantic est juste en face, 200F la chambre douche W-C, mais n'arrive jamais &#224; trouver le sommeil avant une heure ou deux heures du matin (c'est encore pire maintenant, d'o&#249; le fait que je pr&#233;f&#232;re toujours revenir en train de nuit plut&#244;t que m'h&#233;berger &#224; l'h&#244;tel). Temps extr&#234;mement p&#233;nible et li&#233; &#224; ce que j'anticipe du lendemain, les quatre heures en deux groupes successifs en fac de sciences (j'adore lire des livres de vulgarisation scientifique, mais j'ai l'impression presque paralysante que j'en sais tellement peu, tellement insuffisamment), puis l'intervention au Centre de jeunes d&#233;tenus, la tension que cela repr&#233;sente : je suis entre quatre murs, j'attends sans dormir et la voix int&#233;rieur crie : - Eux aussi...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 11 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Durant tous ces mardis &#224; Bordeaux, aux deux groupes de la fac de sciences, je me donne comme contrainte de parler chaque s&#233;ance, un instant, du temps. Son concept en litt&#233;rature : chez Proust, ou via le temps r&#233;f&#233;rentiel nul de Kolt&#232;s. Je m'efforce de relier chacune de mes propositions d'&#233;criture &#224; un probl&#232;me particulier du temps, fond&#233; sur la physique d'aujourd'hui ou l'histoire de la physique, en particulier, d&#233;but d&#233;cembre, je parle deux fois deux heures sur la notion de r&#233;versibilit&#233; du temps, en particulier dans les mod&#232;les de formation d'univers et des particules transitoires de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 12 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;[...] (secret)&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 13 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est quoi le th&#233;&#226;tre ? Gilles Bouillon, qui m'a command&#233; ce &lt;i&gt;Buffet de la gare d'Angoul&#234;me&lt;/i&gt; met en sc&#232;ne, dans une rue sous des immeubles, &lt;i&gt;Tabataba&lt;/i&gt; de Bernard-Marie Kolt&#232;s, c'est avec Lo&#239;c Houdr&#233;. R&#233;flexions d'un quidam &#224; Lo&#239;c en train de faussement r&#233;parer la moto de la pi&#232;ce : &#171; Poussez-vous, il va y avoir du th&#233;&#226;tre &#187;. Et si on mettait les deux ensemble, la possible ambigu&#239;t&#233; de &lt;i&gt;Tabataba&lt;/i&gt; en d&#233;cor r&#233;el, et le grand tournoiement de Bernhard, toujours sur le fil de la performance d'acteur qu'elle provoque et exige, capable de crever comme une vieux pneu si l'acteur n'est pas compl&#232;tement funambule : et si on &#233;crivait une pi&#232;ce bas&#233;e compl&#232;tement sur cette ambigu&#239;t&#233;, la &#171; vraie &#187; ville de province, un &#171; vrai &#187; lieu, une &#171; vraie &#187; situation, et pourtant tout le reste dans le m&#234;me artifice total que requiert d'abord le th&#233;&#226;tre. J'&#233;crirai &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/theatre/THscene.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sc&#232;ne&lt;/a&gt; pour qu'on le joue de cette fa&#231;on, dans les entr&#233;es d'immeubles, devant des caisses de supermarch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 14 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Dans Thomas Bernhard, l'art tr&#232;s haut de tourner autour d'un &#233;blouissement, le poursuivre et le d&#233;tourner, de flotter dedans, toute parole suspendue, tout sens contourn&#233;, convoqu&#233; pourtant.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 15 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Village de Fontevraud un dimanche, m&#234;me p&#233;riode, pour visite de l'abbaye. On arrive le matin vers onze heures trente, le village est d&#233;sert, on gare la voiture, on se trouve dans un grand bistrot vide avec les enfants, on commande pour eux des steaks frites, il y a quinze tables au moins, les journaux &#224; vendre, le bar o&#249; trois jeunes, deux gar&#231;ons une fille, font durer le temps, le bistrot ferme pour un mois le lendemain, le tr&#232;s grand espace de la salle vitr&#233;e des trois c&#244;t&#233;s, l'imm&#233;diate pr&#233;sence de la ville endormie et muette : et si cette pi&#232;ce en &#233;criture on pouvait d&#233;barquer l&#224; et se mettre &#224; la jouer comme &#231;a, devant les gens.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 16 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Histoire de mon fr&#232;re au buffet de la gare de Poitiers, il donne un billet de deux cents francs, au moment de prendre le T.G.V. le gar&#231;on lui rend la monnaie sur cent, et jure qu'il a bien re&#231;u cent francs, col&#232;re de mon fr&#232;re, qui d&#233;cide de louper et son train et sa r&#233;union &#224; Paris pour exiger de contacter (&#224; Angoul&#234;me pr&#233;cis&#233;ment) le g&#233;rant des cinq buffets de la ligne, et reste dans la salle (&#233;videmment toujours quasi vide) jusqu'&#224; ce qu'on lui rende les cent francs, le gar&#231;on finira sur ordre par s'ex&#233;cuter, mais refuse de s'excuser. Comment ces choses-l&#224; peuvent vexer.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 17 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;L'&#233;tat d'extr&#234;me fatigue, tel que rarement connu dans ma vie, dans lequel je me trouve au terme de mes sept heures d'intervention continue &#224; Bordeaux : l'&#233;tat d'indiff&#233;rence dans lequel on finit par se trouver vis-&#224;-vis de ces &#171; lieux interm&#233;diaires &#187;, comme les buffets de gare, et la place que cette ann&#233;e ils prennent dans ma vie, l'arriv&#233;e &#224; &lt;a href=&#034;http://www.tumulte.net/article.php3?id_article=187&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Saint-Pierre des Corps&lt;/a&gt;, qui est juste un sas entre train et parking, l'attente gare de l'Est ou Montparnasse selon que je prends le train pour Nancy ou que je reviens &#224; Tours.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 18 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une fois, &#224; Calcutta, les six heures de retard de l'avion &#224; h&#233;lice qui me ram&#232;ne du N&#233;pal par dessus l'Himalaya me font manquer l'avion du retour pour Bombay, je suis sur liste d'attente. Les six heures se transforment en un jour : je dois passer vingt-deux heures d'affil&#233;e dans la salle de transit. Mais difficile de quitter l'a&#233;roport, je ne veux pas manquer un d&#233;part &#233;ventuel, et surtout je n'ai plus sur moi un centime, on est en 1979, se procurer de l'argent liquide est toute une aventure. Alors j'en profite, et c'est la premi&#232;re et seule fois de ma vie o&#249; j'aurais pratiqu&#233; cet exercice, que j'allais en profiter pour &#233;crire en continu, sans s'arr&#234;ter. J'ai souvenir qu'au moment du d&#233;part pour Bombay, le lendemain, dans un gros cahier vert reli&#233;, j'ai au moins 40 pages de texte, &#233;crit &#224; l'encre bleue. J'ai faim, j'ai sommeil, mais l'exp&#233;rience me laisse dans un &#233;tat de conscience presque hyper lucide, tout a conquis une sorte de transparence, le proche comme le lointain. Cet &#233;tat ou cette intensit&#233;, je saurai d&#233;sormais la convoquer, &#224; intervalles rares, &#224; chaque livre que j'entreprendrai, soit dans le jaillissement du d&#233;but, soit dans l'immense retravail de la fin. J'ai d&#233;truit ces textes avec l'ensemble de mes cahiers, &#224; Marseille en 1983, et je le regrette : plus aucun souvenir conscient de ce qu'il recelait (ou d&#233;celait). Peut-&#234;tre j'&#233;cris ici, ou j'&#233;cris ceci, pour une reconqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 19 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voyage au Danemark en avion, mais pour une histoire de voiture &#224; changer (&#233;poque o&#249; je change souvent de voiture), une heure trente d'attente &#224; la minuscule gare de Saint-Saviol, entre Angoul&#234;me et Poitiers, sous les hauts &lt;a href=&#034;http://www.tumulte.net/article.php3?id_article=161&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;silos c&#233;r&#233;aliers&lt;/a&gt;. Il n'y a pas de &lt;i&gt;buffet&lt;/i&gt; mais je vais au bistrot d'en face. Voix du vieil accent poitevin, un sandwich en gros pain avec beurre et cornichons dont je ne mangerai que le tiers, seul dans la grande salle, les affiches pour le bal du samedi, le loto du dimanche, le soleil par les vitres et le verre de vin rouge que je renouvelle. Puis la travers&#233;e des voix sans passage souterrain et l'attente sur le quai, la hauteur o&#249; nous para&#238;t le train, quand on est habitu&#233; &#224; des quais sur&#233;lev&#233;s. D&#233;part. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 20 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; Tours, la vieille patinoire et au premier &#233;tage un de ces m&#234;mes &#171; lieux interm&#233;diaires &#187;, une sorte de caf&#233;t&#233;ria snack compl&#232;tement disproportionn&#233;e et d&#233;serte, au mobilier jaune et vitr&#233;e des deux c&#244;t&#233;s, le vide de la salle est effrayant.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 21 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Surprises du temps : en trois jours, j'&#233;cris tout un bloc plusieurs pages de premier jet. ll n'y a pas de &#171; personnages &#187;, je donne simplement aux personnages le nom r&#233;el des acteurs hypoth&#233;tiques : Aude Briant, Myriam Boyer, Daniel Znyck (ni Myriam Boyer ni Daniel n'en sauront jamais rien). J'&#233;cris par tout petits blocs, dix lignes ou quinze lignes qui repr&#233;sentent deux &#224; trois minutes de la pi&#232;ce, et au lendemain la s&#233;quence suivante. Parfois, c'est fait en une br&#232;ve demi-heure, et puis ne rien faire jusqu'au lendemain (je cesse de r&#233;pondre aux courriers, de d&#233;crocher le t&#233;l&#233;phone, je m'abstiens de travailler sur d'autres textes : et je vis la m&#234;me chose aujourd'hui pour ce &lt;i&gt;Tumulte&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 22 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mise en sc&#232;ne : le th&#233;&#226;tre mental qu'on convoque pour &#233;crire. Pour moi, les cinq ou six ou huit personnes en rang d'oignons immobiles sur des chaises en train de lire un texte tenu sur leur genou et rien d'autre, le reste ne m'appartient pas. L'auteur de th&#233;&#226;tre c'est celui qui a lu des textes de th&#233;&#226;tre, comme je relis mon Sophocle, ou mon William Shakespeare dans cette grosse &#233;dition d'Oxford en papier bible, o&#249; je comprends pas le tiers de ce que dit Shakespeare, mais m&#234;me ainsi il me semble &#234;tre bien plus loiin que ce qu'en offre toute traduction (celles d'Andr&#233; Markowicz n'existent pas encore).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 23 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Corollaire un : ce qu'on &#233;crit pour un acteur tient de ce vertige d'extr&#234;me logique et d'une possibilit&#233; r&#233;sonnante dans l'&#233;criture d'&#233;voquer, je ne veux pas des acteurs pour lire mes textes, comme on me le propose si souvent, &#224; moi de le faire : c'est &#231;a mon th&#233;&#226;tre &#224; moi, mon imp&#233;ration de chant dans l'&#233;criture qui &#233;voque et suscite.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 24 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Corollaire deux : ce que les acteurs ici m'ont permis d'&#233;crire viendrait d'une question de longtemps pos&#233;e &#224; une impossibilit&#233; personnelle, o&#249; tous ceux rencontr&#233;s depuis lors auraient donn&#233; un &#233;cho, mais que ce que j'&#233;cris n'est pas leur voler ce qu'ils m'ont dit, plut&#244;t ce que &#231;a interroge de mon impossibilit&#233; l&#224;.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 5 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Haine de toutes les notions d'entr&#233;e et sortie : tout le monde tout le temps pr&#233;sent, sinon on sait o&#249; ils sont, derri&#232;re le rideau, ici dans la galerie je les vois par la porte de verre, c'est encore une peinture, le seul texte qui m'ait donn&#233; l'id&#233;e d'une essence du th&#233;&#226;tre c'est Le retable des merveilles de Cervant&#232;s, les spectateurs aussi pris sur le plateau : le th&#233;&#226;tre du th&#233;&#226;tre n'est pas forc&#233;ment un vertige tautologique. Ceci dit, plus tard, j'&#233;crirai &lt;i&gt;Quatre avec le mort&lt;/i&gt;, encore pour Aude Briant, uniquement autour de ce concept d'entr&#233;es et sorties, et qu'est-ce que ce m&#233;canisme d'irruption cl&#244;ture induit pour une narration intermittente, ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 26 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au buffet de la gare d'Angoul&#234;me, th&#233;&#226;tre, le relatif confort des banquettes, la t&#233;l&#233;, les jeux vid&#233;o, le mobilier jaune et bleu est invent&#233;. Tout vient en fait du buffet de la gare de Bordeaux Saint-Jean. Par contre, au buffet de la gare d'Angoul&#234;me, le vrai : courants d'air, plats chauds vendus froids (en 1998), et cette terrible galerie entre le sas de d&#233;part au centre, celui d'arriv&#233;e d'un c&#244;t&#233; avec ses si&#232;ges blancs vides en triangle, et le buffet de l'autre, et sur le quai cette cahute transparente vide, rectangulaire, avec ses si&#232;ges blancs aussi align&#233;s et toujours illumin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 26bis |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2001, chaque fois que je passe en TGV sur la ligne Paris-Bordeaux, je fais un clich&#233; num&#233;rique au passage du buffet de la gare d'Angoul&#234;me. Je viens de v&#233;rifier : syst&#233;matiquement ces photos sont floues, ou rat&#233;es, ou bien mon TGV s'arr&#234;te quinze m&#232;tres trop loin, ou bien, comme cette derni&#232;re fois, c'est un autre train qui s'intercale et emp&#234;che de rien voir. Le buffet de la gare d'Angoul&#234;me : il est derri&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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