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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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<item xml:lang="fr">
		<title>73 | G&#246;teborg de nuit, No&#235;l 1979</title>
		<link>http://tierslivre.net/spip/spip.php?article5101</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Munch, Edward</dc:subject>
		<dc:subject>1979</dc:subject>
		<dc:subject>G&#246;teborg (Su&#232;de)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Su&#232;de, G&#246;teborg, 1979, Edward Munch&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Munch, Edward&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot1070" rel="tag"&gt;1979&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot1130" rel="tag"&gt;G&#246;teborg (Su&#232;de)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;73 | G&#246;teborg de nuit, No&#235;l 1979&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Et ce job tu finirais par t'en d&#233;brouiller, puisque fin d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e 1979, tu avais accompagn&#233; ce grand &#233;chalas de Ducros, ing&#233;nieur sp&#233;cialis&#233; m&#233;tallurgie (je me souviens de son nom mais plus de son pr&#233;nom, je crois qu'on s'appelait par nos patronymes : il &#233;tait venu au d&#233;but &#224; Bombay avec moi, on avait appris &#224; cohabiter &#224; preuve cette &#233;chapp&#233;e &#224; Goa, il r&#234;vait d'une &#233;chapp&#233;e &#224; Goa, &#231;a ne me serait pas venu sans lui cette id&#233;e), je me rodais &#224; cette promiscuit&#233; contr&#244;l&#233;e des missions et chantiers &#8212; quand on franchissait une &#224; une les &#233;tapes dans ce genre de boulot, il &#233;tait convenu que c'&#233;tait pour la vie &#8212;, je devais seulement l'assister pour une d&#233;mo, dans ce chantier naval gueule ouverte sur la Baltique, d'une machine &#224; ventouse (on pompait jusqu'au vide pour qu'elle s'applique de fa&#231;on &#233;tanche &#224; la coque) susceptible de r&#233;parer hors d'eau ou en bassin des fissures ou faiblesses ou t&#244;le remplac&#233;e sur les coques de leurs sous-marins, non pas nucl&#233;aires comme les n&#244;tres &#224; l'&#206;le-Longue mais traditionnels, sauf que oui, de la Baltique aux fonds arctiques &#231;a pullulait dans le coin les sous-marins, et encore tout r&#233;cemment un submersible russe qui s'&#233;tait &#233;chou&#233; dans leurs eaux territoriales, moi je m'occupais des jointoyages, des transfos et pompes &#224; vide tandis que Ducros d&#233;finissait ses param&#232;tres et protocoles, avant que les &#233;chantillons soient sci&#233;s en deux et partent en labo, on s'en &#233;tait parfaitement tir&#233; m&#234;me si en fin de compte c'est &#224; nos concurrents allemands qu'ensuite ils ach&#232;teraient leur ventouse et moi c'est une collection &#233;clat&#233;e d'images qui parviennent : le hall g&#233;ant mais absolument vide de ce chantier maintenant reconverti &#224; la recherche, on pouvait y tirer une fr&#233;gate au sec mais jamais, jamais je n'avais march&#233; dans un espace int&#233;rieur de cette taille et &#231;a m'a bouscul&#233; des ann&#233;es durant mes r&#234;ves ; les parois bois&#233;es de la chambre d'h&#244;tel o&#249; forc&#233;ment le soir on se r&#233;fugiait puisque d&#232;s 15 heures il faisait nuit ; qu'avec Ducros on &#233;tait all&#233;, dans un auditorium en ovale au plafond tout entier bois&#233; aussi, &#233;couter du Bach sans que je me souvienne mieux mais c'&#233;tait du Bach ; que seul, le samedi, j'&#233;tais all&#233; au mus&#233;e et &#233;tais rest&#233; comme t&#233;tanis&#233;, immobile presque &#224; paralysie, devant un Edward Munch l&#224; juste en plein dans l'entr&#233;e m&#234;me si c'est seulement au retour, &#224; cause d'un film sur la vie de Munch, que je mettrais mieux en place qui il &#233;tait et pourquoi cet effet-l&#224; (je connaissais peu les mus&#233;es, pas du tout l'art, c'&#233;tait comme un court-circuit &#224; partir de quoi tout plus tard se rassemblerait) ; qu'un soir de la fin de ces dix jours le responsable de ce labo soudage sous-marin qui nous accueillait, dont le pr&#233;nom &#233;tait Niels (le contraire de Ducros, lui c'est le patronyme qui m'&#233;chappe) avait pr&#233;texte que notre Ford Fiesta de location b&#233;n&#233;ficiait d'un toit ouvrant coulissant &#8212; moi, ma surprise, c'&#233;tait plut&#244;t l'impossibilit&#233; d'en &#233;teindre les phares, m&#234;me dans les quatre br&#232;ves heures de jour conc&#233;d&#233;es en cette saison, pour qu'on l'emm&#232;ne en p&#233;riph&#233;rie acheter un sapin de No&#235;l qu'on avait rapport&#233; plant&#233; vertical dans la toute petite voiture, comme un m&#226;t de voilier et par moins quinze ou moins vingt dehors, jusqu'&#224; son domicile dont je n'ai pas souvenir sinon qu'il y vivait avec sa compagne et des chats, je revois un int&#233;rieur molletonn&#233; et encombr&#233;, mais qu'on y avait mang&#233; &#224; la fa&#231;on traditionnelle su&#233;doise et que c'&#233;tait un accueil parfaitement sans faute ; mais surtout et voil&#224; ce qui l&#233;gitime l'insertion ici de ce r&#233;cit : chaque midi, apr&#232;s travers&#233; ce hall sans limite et d'une hauteur encore plus impressionnante que ce que je d&#233;couvrirais bien tard &#224; l'aci&#233;rie de Fos-sur-Mer (parce qu'ici c'&#233;tait vide alors qu'&#224; Fos c'&#233;tait pour y envelopper les machines g&#233;antes de la coul&#233;e puis du laminoir ?), on parvenait ensemble avec Ducros et le vieux Niels, son bonnet &#224; pompon retombant fa&#231;on carte postale, &#224; une cantine o&#249; &#224; peine on &#233;tait quelques dizaines de types dispers&#233;s l&#224; o&#249; quatre cents auraient pu s'asseoir &#224; l'aise (c'&#233;tait forc&#233;ment tr&#232;s masculin, les chantiers navals, &#224; cette &#233;poque) et que sur le plateau on vous posait d'embl&#233;e un verre de lait quasi d'un quart de litre, je n'avais pas d&#251; en boire le premier jour et puis finalement si, je ne sais pas m&#234;me si ce n'&#233;tait pas consid&#233;r&#233; comme obligatoire pour les soudeurs, en France aussi on avait une loi en ce sens, et ce go&#251;t du verre de lait et l'immensit&#233; du hall vide je les associe d&#233;finitivement, en tout cas &#224; quarante ans de distance, &#224; cette grande fa&#231;ade vitr&#233;e d'o&#249; le soleil bas de l'hiver nous &#233;clairait horizontalement pleine face, tandis que d&#233;filaient au ralenti dans le d&#233;troit d'&#233;normes cargos et porte-conteneurs russes tout charg&#233;s de stalactites &#233;tincelantes &#8212; je les revois comme si j'avais fait des photos.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>souvenirs concernant Edvard Munch</title>
		<link>http://tierslivre.net/spip/spip.php?article746</link>
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		<dc:date>2007-02-16T15:44:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Munch, Edward</dc:subject>
		<dc:subject>Dussidour, Dominique </dc:subject>
		<dc:subject>artistes, peintres, plasticiens</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;si c'est l'enfer qu'il voit&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot94" rel="tag"&gt;Dussidour, Dominique &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot278" rel="tag"&gt;artistes, peintres, plasticiens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton746.gif?1352732245' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='148' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour ceux de ma g&#233;n&#233;ration, n&#233;s dans des villages, l'appropriation de l'art n'allait pas de soi, simplement parce qu'on ne nous mettait pas en pr&#233;sence. Les grandes villes &#233;taient loin. D'une exp&#233;dition enfant au Louvre que peut-il rester sinon le d&#233;dale et l'ampleur des b&#226;timents, et du voyage de trois jours l'id&#233;e m&#234;me de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y en a toujours quelques-uns pour franchir ces barri&#232;res via zones blanches ou vides, via la musique, le dessin ou les livres, et de fa&#231;on irr&#233;pressible. C'est pour &#231;a que Chaissac m'importe tant, &#233;crits et oeuvre. Et Balzac aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute diff&#233;rent aujourd'hui. On conquiert l'art dans les villes &#224; mesure qu'on conquiert les villes elles-m&#234;mes. Donc tout cela venu biographiquement dans le m&#234;me mouvement, par exemple : Leningrad en 1978, l'Ermitage, et les mus&#233;es de Moscou, le m&#234;me &#233;t&#233;, j'&#233;tais pr&#234;t. L'ann&#233;e suivante, je commen&#231;ais de m'approprier ceux de Paris. En litt&#233;rature non plus, on ne se presse pas tant que &#231;a : je d&#233;couvrais la m&#234;me ann&#233;e la correspondance de Flaubert, et tant mieux si &#231;a s'organise du m&#234;me point d'appui. D'ailleurs, il suffit de suivre les livres pour prendre l'art en chemin, et remonter ou suivre : &#224; commencer par le surr&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on le cin&#233;ma m'est rest&#233; &#233;tranger, &#224; part un bref temps de d&#233;couverte l'ann&#233;e 1971, j'avais d&#233;j&#224; presque dix-huit ans et pas assez de vocabulaire de base pour y rien comprendre. J'ai vu Fellini, &#224; Rome en 1985, avant d'avoir vu aucun de ses films. Je ne m'en culpabilise pas, le rapport aux livres a toujours &#233;t&#233; d'autant plus continu et plus fort, mieux hi&#233;rarchis&#233; et dans une volont&#233; tendue. Je ne r&#233;ponds jamais &#224; ceux qui me reprochent de trop citer des livres que j'aime, c'est juste que je me suis moins dispers&#233; dans d'autres disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre interm&#232;de c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment Paris cette ann&#233;e 1977, la figure de celui avec qui je partageais cette mansarde rue Lafayette, et si sa figure ne peut &#234;tre &#233;voqu&#233;e plus, lire mon bouquin &lt;i&gt;l'Enterrement&lt;/i&gt; pour comprendre. J'ai souvenir cet hiver-l&#224; de deux films vus avec lui (on &#233;tait dans le m&#234;me quartier que Bernard-Marie Kolt&#232;s, et m&#234;me si on se croisait on ne risquait pas d'entrer en contact, c'est la ville : je n'ai pas &#233;t&#233; mis en pr&#233;sence de sa &lt;i&gt;Nuit&lt;/i&gt; pourtant venue &#224; Paris cet hiver-l&#224;), il y a le Gurdjieff de Peter Brook et cette s&#233;ance dans une salle moiti&#233; vide, c'&#233;tait vers &#201;toile, sans savoir pourquoi &#8212; pour une fois &#8212; je l'avais accompagn&#233; au cin&#233;ma, la plupart du temps c'&#233;tait mieux qu'il y aille seul il n'y avait pas &#224; se partager la piaule, mais c'&#233;tait le cas et donc j'ai pris connaissance d'abord par l'&#233;cran de l'&#339;uvre et de la vie d'Edvard Munch : je n'avais jamais entendu avant 1977 m&#234;me son nom, rien vu d'aucune toile m&#234;me si cela para&#238;t 30 ans plus tard invraisemblable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me ann&#233;e je me pr&#233;parais &#224; un premier s&#233;jour de quatre mois &#224; Bombay, je ne sais pas si le mot &lt;i&gt;art&lt;/i&gt; vaut lorsqu'on visite Ajanta ou Ellora : la ville &#8211; et celle-ci si forte que souvent je r&#234;ve encore en elle &#8212; est art en elle-m&#234;me, et pour chacune je sais encore les livres que j'y ai lus &#8212; par exemple je n'avais pas encore lu Proust, ce serait Bombay au second voyage), ce mois de d&#233;cembre 1978 j'&#233;tais &#224; G&#246;teborg en Su&#232;de, il y avait un peu de jour entre la fin du matin et le d&#233;but d'apr&#232;s-midi, on faisait des essais de soudage sur une machine destin&#233;e &#224; des r&#233;parations sous-marines dans un chantier naval quasi d&#233;sert, un soir j'&#233;tais all&#233; au mus&#233;e et face &#224; la porte je l'avais imm&#233;diatement reconnu qui m'attendait, Munch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est depuis ce moment qu'il m'accompagne, violence intacte. Deux ans plus tard, je commence la lecture de Strindberg, en particulier ces dr&#244;les de livres &#233;crits en fran&#231;ais et que l'&#233;diteur avait cru bon de corriger, mais laissant en annexe les si maladroites mais belles tournures de Strindberg, son combat contre la peur, cette situation d'homme seul dans la ville et la langue &#233;trang&#232;res : et bien s&#251;r alors la figure de Munch surgissant &#224; son c&#244;t&#233; tout aupr&#232;s. Parce que ces livres de Strindberg je ne m'en suis plus jamais s&#233;par&#233;, la figure de Munch solidifiait encore, tout pr&#232;s de moi, de plus en plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a chacun quelques peintres rares. Et d'autres peintres, comme Van Gogh ou Monet, que certainement on tient tous en partage. Dans ces attachements aux faiseurs de figures, cette affinit&#233; reste un myst&#232;re. On comprend celle ou celui qui va vers Renoir parce qu'on a ce m&#234;me mouvement vers Hopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai r&#233;guli&#232;rement achet&#233;, depuis lors, tous les livres que j'ai pu trouver sur Edvard Munch ou reproduisant ses &#339;uvres, en particulier dans cette ann&#233;e o&#249; moi-m&#234;me j'&#233;tais &#224; Berlin, en 1988, et que ces bistrots o&#249; au soir ils se retrouvaient, lui, Munch et les autres, je cherchais &#224; les identifier et t&#226;chais de les retrouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, je sais que ce gros livre anglais par lequel j'ai d&#233;couvert les notes, carnets et lettres d'Edvard Munch, toujours non traduit en fran&#231;ais alors que c'est consid&#233;rable, c'&#233;tait dans une librairie de Chelsea le jour m&#234;me o&#249; j'allais voir pour la premi&#232;re fois le 102 Edith Grove des Rolling Stones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a toujours le r&#234;ve de livres. On porte en r&#234;ve des livres que peut-&#234;tre on &#233;crira, peut-&#234;tre on n'&#233;crira pas. Il y a des territoires, aussi bien l&#233;gers et lumineux que sombres et tragiques, dont on sait qu'on ne pourrait en prendre possession qu'&#224; condition d'architecture pr&#233;alable. Qu'&#224; condition de les aborder par l'&#233;criture, la pr&#233;paration et l'accumulation pr&#233;alable qu'elle suppose, puis la r&#233;p&#233;tition des jours et le ressassement du travail, enfin d'accepter que ce qui s'&#233;crive soit si abruptement distinct de l'intuition pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cause de ce manque en notre langue, &#224; cause de Strindberg, et pour ces couleurs et le tragique d'Edvard Munch, j'avais toujours r&#234;v&#233; d'&#233;crire un livre sur Munch. On ne sait pas pourquoi on diff&#232;re ces projets : parce que, simplement, ils ne sont pas biographiquement pr&#234;ts ? Pour d'autres hasards : les &#233;ditions Flohic faisaient cette proposition, et surtout aux auteurs qui avaient d&#233;j&#224; travaill&#233; avec eux (mon &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/art/Hopper.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hopper&lt;/a&gt;, justement), de prendre une image photographique et de l'explorer par l'&#233;criture. Bergounioux y a r&#233;pondu avec son &lt;i&gt;B 17 G&lt;/i&gt;. J'avais propos&#233; &#224; Catherine Flohic d'y r&#233;pondre par l'image d'Edward Munch que vous allez trouver ci-dessous. Il y aurait eu, dans ce texte, tout ce qu'&#233;voqu&#233; ci-dessus. &#199;a ne s'est pas fait, &#231;a aurait pu : c'est simple comme &#231;a. Mais l'image est toujours l&#224;, dans mon dossier &lt;i&gt;projets&lt;/i&gt; o&#249; je mets des textes et pas d'images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette photo est un autoportrait : ce qui veut dire que Munch l'a construite et voulue telle. Il s'affiche non pas nu mais en cale&#231;on (plut&#244;t &#233;trange pagne mal clos), en position parall&#232;le &#224; celle de son mod&#232;le lui enti&#232;rement nu. Le mod&#232;le est un homme solidement b&#226;ti : en fait le ma&#238;tre nageur de la plage de Baltique allemande o&#249; Munch r&#233;side cet &#233;t&#233;-l&#224;. On remarque d'autant mieux le corps trop mince de Munch : pas seulement la l&#233;g&#232;ret&#233; musculaire, mais le corps mang&#233; par l'alcool, et le visage au contraire durci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa pose de profil, Munch garde sa palette, le pinceau et le geste de peindre, mais l'adresse au bord gauche de l'image, espace non d&#233;fini, hors cadre : on peut supposer que rien, en fait, le vide. La toile qu'il travaille, pour la photo avec retardateur il lui a tourn&#233; le dos. Normalement, il est de face devant la grande toile, pour voir le mod&#232;le de profil. Sur la toile il y a le travail d'Edward Munch : les raclements, les recouvrements, les superpositions et les flous. Non pas la construction d'une toile, mais la toile comme travail. Ainsi se construisent les toiles qu'accepte Munch comme siennes : &#233;tapes fix&#233;es d'un travail qui lui n'a pas de terme ni jamais ne s'ach&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semblait que ce &lt;i&gt;d&#233;tournement&lt;/i&gt;, la mise de profil, le d&#233;nudement, et la palette gard&#233;e alors que ce qu'on construit ce jour-l&#224; c'est une photographie pour la s&#233;rie de ses auto-portraits, me permettaient l'entreprise du livre, celui qui ne s'est pas fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d'autres projets de cette sorte. Et dans ma biblioth&#232;que l'assembl&#233;es des livres de Munch qui aurait d&#251; le nourrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un livre est venu prendre la place libre : &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?article2087&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Si c'est l'enfer qu'il voit&lt;/a&gt;, et peu probable, maintenant que l'espace langue qu'on pouvait dans la n&#244;tre associer &#224; Munch a pris forme de livre, que mon propre projet prenne corps. L'urgence d'autrefois c'est qu'il nous semblait qu'on &#233;tait si peu nombreux, &#224; conna&#238;tre ou d&#233;fendre Edvard Munch. &lt;i&gt;Le Cri&lt;/i&gt; l'an dernier a &#233;t&#233; vol&#233;, puis retrouv&#233; (un des quatre &lt;i&gt;Cris&lt;/i&gt;. Munch a pris sa juste place : celle des peintres universels, des peintres importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant on le conna&#238;t encore trop peu, ce qui veut dire : le laisser accomplir, au fond de soi, le travail qui lui-m&#234;me le rongeait, o&#249; il y a de la mort, o&#249; il y a de l'alcool et m&#234;me l'&#226;ge, l'&#233;trange monsieur digne, et o&#249; il y a ces danses, ces bals, et l'ombre partout mouvante de la mort. C'est cela, &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?article2087&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Si c'est l'enfer qu'il voit&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_518 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/munch.jpg?1171553348' width='500' height='391' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Si c'est l'enfer qu'il voit&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;extrait&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1890, avec ses toiles, son chevalet, ses tubes de couleur et ses pinceaux, carnets de croquis, bagages et dans la compagnie du po&#232;te danois Emanuel Goldstein, il franchit la Seine, place entre la mort et lui la surface bleue d'un fleuve, s'installe &#224; Saint-Cloud : h&#244;tel-restaurant du Belv&#233;d&#232;re, 12, quai Carnot. Prix mod&#233;r&#233;s. Confort moderne. T&#233;l&#233;phone 0.60. Une carte postale de l'&#233;poque montre la Seine bord&#233;e d'arbres nus, une terrasse couverte au premier &#233;tage, des plantes en pot, un chien. Il occupe une chambre du deuxi&#232;me &#233;tage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuil. Anxi&#233;t&#233; financi&#232;re. Le docteur Christian Munch n'a laiss&#233; ni argent ni h&#233;ritage. De l'honorable famille de Christiania, seul Andreas obtiendra, &#224; force de sollicitations, une petite somme afin d'achever ses &#233;tudes de m&#233;decine. Pour survivre, Inger va donner des le&#231;ons de piano, Karen fabriquer des articles-souvenir pour le magasin Husfliden. Et il faut payer l'institution psychiatrique o&#249; Laura est soign&#233;e. Les bourses d'&#233;tudes que recevra Edvard devront lui suffire, elles ne suffiront pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuil. Anxi&#233;t&#233; artistique : &#171; On ne peut plus peindre des int&#233;rieurs avec des hommes qui lisent et des femmes qui tricotent. On peinra des &#234;tres vivants qui respirent, et qui sentent, qui souffrent et qui aiment. Je sens que je le ferai &#8212; que ce sera facile &#8212; il faut que la chair prenne forme et que les couleurs vivent &#187; (manifeste dit de Saint-Cloud).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nuit &#224; Saint-Cloud&lt;/i&gt;, huile, 64,5 sur 54, Galerie nationale d'Oslo (achet&#233; en 1917). La chambre est bleue. Une silhouette een pardessus et haut-de-forme est assise sur une banquette, &#224; gauche, le coude appuy&#233; sur le rebord de la fen&#234;tre. Sur la droite, on distingue les formes d'un rideau et d'un meuble. A l'avant-plan &#224; gauche, un rideau &#224; motifs &#233;tablit un parall&#233;lisme de lignes avec le rideau droit de la fen&#234;tre. Au plafond, une suspension &#233;teinte. L'homme a regard&#233; les heures de la nuit tomber une &#224; une derri&#232;re la fen&#234;tre. L&#224;-bas, sur la Seine qui r&#233;fl&#233;chit la lune tel un monet, se profile un bateau dont une ligne jaune et un point rouge sont les seules notes vives du tableau. A l'int&#233;rieur de la pi&#232;ce les heures ne s'&#233;coulent pas, ne disparaissent pas avec le temps. Heures du deuil, elles s'inscrivent sur le sol de la chambre bleue, y dessinent un espace, ressortissent de l'espace &#8212; pas du temps. Le temps, lui, file dehors, sur l'eau, avec son jaune et son rouge. L'homme n'a pas de visage, n'en a plus. Avoir un visage supposerait des traits, des expressions, des sentiments ou des &#233;tats d'&#226;me, peut-&#234;tre une ressemblance avec des morts. Mais il n'est plus que regard et ce regard le sauve, car s'il n'entrevoyait pas une lune, un bateau, un Monet par-del&#224; la mort, il serait englouti par les masses &#233;paisses que composent le mur derri&#232;re lui et les rideaux, absorb&#233; par l'ombre de la banquette. Se faire regard port&#233; sur l'ext&#233;rieur et d&#233;tacher sa silhouette sur le bleu plus clair que d&#233;coupe la fen&#234;tre est l'unique moyen d'&#233;chapper &#224; la nuit d&#233;finitive, celle qui a emport&#233; sa m&#232;re, sa soeur, son p&#232;re, qui sera le prochain, se faire regard pour retarder le temps, sinon il ne saurait que se jeter sur le sol de la chambre bleue, s'enchrister sur la croix que forment les montants de la fen&#234;tre, s'enkyster autour du pinceau, non, voir est t&#226;che de vivant, voir sans penser, sans parler, sans pleurer, voir l'ombre du ciel se poser sur le genou, attester l'existence. La mort d&#233;soriente, l'espace d&#233;verrouille. &#171; J'aime la vie, &#233;crit-il, la vie m&#234;me malade. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#169; Dominique Dussidour, Gallimard, L'un et l'autre, 2007.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mus&#233;e &lt;a href=&#034;http://www.munch.museum.no/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Edvard Munch&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; photographies et autoportraits de &lt;a href=&#034;http://www.gallen-kallela.fi/artnoir/Munch.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Munch et Strindberg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une exploration interactive de &lt;a href=&#034;http://www.edvard-munch.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dance of life&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; autres textes de &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?rubrique67&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dominique Dussidour sur remue.net&lt;/a&gt;, dont elle est actuellement responsable du comit&#233; de r&#233;daction et pr&#233;sidente de l'association&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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