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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Bon &amp; Pifar&#233;ly | six nuits, une peur</title>
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		<dc:date>2021-09-05T17:25:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Dominique Pifar&#233;ly</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Corneloup</dc:subject>
		<dc:subject>Eric Groleau</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;anniversaire : il y a 10 ans, l'album Peur avec Dominique Pifar&#233;ly&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Bon &amp; Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Corneloup&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot269" rel="tag"&gt;Eric Groleau&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4837.jpg?1551204729' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Tout est parti de ce texte, &#171; Peur &#187;, qu'avec Dominique Pifarely nous avons explor&#233; de nombreuses fois en public, et qui a contribu&#233; &#224; structurer notre duo. J'ai rassembl&#233; &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article474' class=&#034;spip_in&#034;&gt;quelques prises ici, avec le texte&lt;/a&gt;.
&lt;p&gt;C'est Dominique qui a eu l'id&#233;e &#8212; avec l'appui d'une r&#233;sidence &#224; la sc&#232;ne nationale de Cavaillon &#8212;, de d&#233;velopper une trame narrative en amont de ce texte, et de l'interpr&#233;ter en formation &#224; cinq, avec &#201;ric Groleau (batterie), Fran&#231;ois Corneloup (sax baryton) et Thierry Balasse (&#233;lectronique). D&#233;velopper suffisamment de textes brefs pour permettre &#224; chacun de jouer avec chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin novembre 2018, nous &#233;tions accueillis au studio de &lt;a href=&#034;https://alamuse.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Muse en circuit&lt;/a&gt; pour 2 jours d'enregistrement. Le disque &lt;i&gt;Peur&lt;/i&gt; en provient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le trouvera sur le site de Dominique : &lt;a href=&#034;https://poros-editions.bandcamp.com/album/peur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pifarely.net&lt;/a&gt;. Si vous souhaitez vous procurer le disque, possible aussi par Tiers Livre au m&#234;me tarif (15&#8364; port compris), m'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le voici sur BandCamp, avec la qualit&#233; m&#234;me de l'enregistrement. Ci-dessous l'ouverture. J'en profite pour ins&#233;rer, ci-dessous, l'ensemble des textes : une &#233;criture qui ne m'a pas quitt&#233;, que j'ai pu pousser &#224; son point de fusion gr&#226;ce &#224; cette collaboration long terme avec Dominique Pifar&#233;ly, et que nous prolongerions aussi (avec Philippe De Jonckheere et Michele Rabbia) dans &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3096' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Formes d'une guerre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et rendez-vous cette &lt;a href=&#034;http://pifarely.net/le-festival/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fin juillet 2019 pour prolongements surprise&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;#1&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;du monde (dehors)&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#2&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;du mot paysage&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#3&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;du pr&#233;sent&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#4&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;des villes&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;#5&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;de la phrase&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#6&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;des morts&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#7&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;&#233;largissement&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;iframe style=&#034;border: 0; width: 350px; height: 470px;&#034; src=&#034;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=3708591966/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/tracklist=false/track=3343860337/transparent=true/&#034; seamless&gt;&lt;a href=&#034;http://poros-editions.bandcamp.com/album/peur&#034;&gt;Peur by Dominique Pifar&#233;ly / Fran&#231;ois Bon&lt;/a&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;du monde (dehors)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;D'abord j'aurais chuchot&#233;. D'abord quelque chose comme : &#171; quel spectacle que le monde &#187;. Mais je l'aurais dit tr&#232;s bas, comme on entendrait des mots d'un corps endormi. Puis la voix aurait continu&#233;, la voix aurait dit, parlant de ce spectacle du monde : on regarde fascin&#233;. Continuant : c'est noir, des fois c'est un gouffre, on ne sait pas o&#249; &#231;a s'arr&#234;te, et o&#249; l&#224;-bas &#224; tel endroit de la nuit il commence. Pourquoi on s'y laisse prendre. C'est &#224; cause de la nuit, l&#224;-bas, dehors. Et m&#234;me le mot dehors. Qu'on fait partie du tableau, qu'on y est pris avec nos bras, nos jambes et nos gestes. Tu te d&#233;places, tu fais partie de la nuit. Tu viens l&#224; dans la lumi&#232;re, c'est s'arracher &#224; la nuit du monde mais &#234;tre encore au monde. On est l&#224; les bras les mains li&#233;s au pr&#233;sent, tout travers&#233; de pass&#233;, ce qui n'aurait pas d&#251; arriver, ce qu'on n'aurait jamais voulu qu'il se soit pass&#233;, ce qui a &#233;t&#233; ta route et tes choix. On tente d'&#233;chapper, on vient &#224; contre, on heurte, on grogne : mais li&#233;. Dehors la nuit n'a pas origine, ni rien qu'on puisse regarder du temps &#224; venir. Quel spectacle que le monde : &#224; force de regarder on pourrait recommencer tu crois ? Voil&#224; qu'on se regarde soi-m&#234;me au lointain on essaye, voil&#224; qu'on se voit dans le temps qui ne se refait pas, ne peut se refaire &#8209; voil&#224; qu'ici enfin on a affaire au dehors. Et viennent &#224; toi les gens qui marchent dans la nuit, et ceux qui errent dans les villes, ceux qui arpentent les fronti&#232;res et les zones troubles du monde, c'est toi-m&#234;me en tous tes &#226;ges et l&#224;-bas dans quel autre bout de la terre c'&#233;tait encore ou d&#233;j&#224; l'&#233;ternelle pi&#232;ce vide sans fen&#234;tre o&#249; on est seul et on pense, l'insupportable silence tu t'essayes &#224; ouvrir les bras, tu appelles le bruit des villes le bruit total du monde et voil&#224; pourquoi tu avances maintenant d'un pas, ou bien que si loin dans cette ville tu marchais dans la foule inconnue ou le r&#234;vais, ces images qu'on porte les appeler, les images qu'on traverse et re&#231;oit les dire, les images on s'en lave tu crois ? Ainsi commencerait l'histoire, cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6918 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/muse-pifarely-corneloup-groleau-2.jpg?1551204749' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;du mot paysage&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'histoire : d'abord tu te souviens de pluies, jours de pluie derri&#232;re la vitre et &#231;a suffit pour partir loin, ou bien la pluie (la pluie) marchant dans les rues ou sur une plage, les pluies chaudes les pluies r&#234;ches les pluies m&#233;chantes, les pluies par envie ou l&#224;, sur le visage, ou les pluies subies et dedans la t&#234;te pareil que dehors ou bien, tu t'en souviens, ce lendemain de temp&#234;te roulant en voiture et plus rien autour que le vent et que l'eau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paysage mental, ce qu'on en porte. On dit paysage et voil&#224; qu'on voit. Paysage entrevu, on ne sait pas si on r&#234;ve. Paysage qu'on d&#233;couvre et on s'imagine l'avoir arpent&#233; d&#233;j&#224;, s'&#234;tre arr&#234;t&#233; l&#224;, mains pos&#233;es sur ce mur et on avait dit que, oui, c'est beau. Paysage souhait&#233;. De ces images g&#233;om&#233;triques, avec lignes de fuite. Paysage dans la t&#234;te, la t&#234;te lourde de paysages. Paysages vus en r&#234;ve. Souvenirs des villes. Et les paysages qu'on voit sur des images, paysages des livres d'enfance, des livres de g&#233;ographie, est-ce qu'on s'en souvient mieux ou moins bien que ce qu'on a vu en vrai, que ce qu'on a vu sans s'y arr&#234;ter, au hasard des trains, des voitures, paysages dormant, pas dormant : paysages qu'on voudrait pour s'y rendre d'un seul coup magique, voil&#224;, on l'a r&#234;v&#233;, on y marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;nombrer les fen&#234;tres, ce qu'on forge au dedans de fen&#234;tres, tout ce qu'on a regard&#233; une fois par une fen&#234;tre et combien de fen&#234;tres chacun on a dans la partie arri&#232;re des yeux et comment on y a regard&#233;, si c'&#233;tait de loin ou tout pr&#232;s, le front contre la vitre ou les mains sur l'appui, ou juste le rideau qu'on &#233;carte ou simplement qu'on est l&#224;, assis &#224; la table et que si souvent on &#233;tait l&#224; assis &#224; cette table et le regard vide et devant soi la fen&#234;tre. On se souvient de quoi, une fa&#231;ade un ciel un arbre, l'&#233;loignement d'une route, la silhouette dans le b&#226;timent l&#224;-bas ou le froissement de tout cela qui s'envole et cesse puisque fragiles sont les souvenirs et que toujours on est reparti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot m&#234;me paysage, et comme on le tendrait en couleurs sur un fond noir pour que tout apparaisse, et autre pour chacun, sur le m&#234;me fond noir pourtant, le mur, l&#224; tout devant, si d'un mot on l'&#233;claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;du pr&#233;sent&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent est une chanson, on l'a dans la t&#234;te, une chanson dont on se souviendrait mal des paroles, comme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent nous &#233;nerve, jamais comme il devrait &#234;tre. Comme. Le pr&#233;sent autour opaque et obscur, le pr&#233;sent se touche &#224; t&#226;tons, le pr&#233;sent ne r&#233;fl&#233;chit rien de ce que nous aurions autrefois pu apprendre : elles sont l&#224;-bas, pourtant, les lumi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait d&#251; plus se m&#233;fier : on aurait d&#251; trouver. On s'en serait charg&#233; sur le dos, on aurait emport&#233; &#231;a avec nous pour maintenant. On aurait trouv&#233; la bonne ouverture pour maintenant. Mais on en porte tant, d&#233;j&#224; : ils sont vo&#251;t&#233;s, ceux d'aujourd'hui, ils sont us&#233;s, ils ont peur. On n'a pas l'esprit tranquille, &#224; chercher comme on fait : trop d'explosions, trop de fric, trop de ces visages lisses aux t&#233;l&#233;visions. On pourrait s'en d&#233;barrasser comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire commence l&#224; : une image devant toi et tu la laves des mains, tu veux la rendre plus nette et pr&#233;cise, tu veux comprendre ce qui se passe, tu veux agrandir les d&#233;tails et savoir l'autre c&#244;t&#233; du cadre, le pr&#233;sent qu'on t'a fait tu voudrais d&#233;chirer l'image &#8211;- un tissu de papier et on marcherait de l'autre c&#244;t&#233;, &#231;a y est : on voit quoi alors, dis ce que tu vois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jours o&#249; on ne comprend rien &#224; son pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;4&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;des villes&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Villes. R&#234;ve non r&#234;ve : toits de la ville. Corps de la ville. Mouvements de la ville, sa poussi&#232;re. Corps briques, corps b&#233;ton, corps de verre et de ciment. Corps sans oreille, n'entend pas. Corps va, d&#233;moli reconstruit et se d&#233;gage, saute et atterrit. Pas de rebond. Et nous animaux sur le dos, animaux qui vous rongent, animaux qui courent avec vous quand vous avancez, sautez, rampez. Les yeux comme au bout des doigts seuls voient. Corps dans la ville : et toi. Le mot m&#234;me de ville, ce qu'on pourrait r&#233;citer de noms des villes : o&#249; tu es all&#233;, o&#249; tu n'es pas all&#233; mais voudrais, ou tu n'irais pour rien au monde, o&#249; tu irais si &#231;a existait, o&#249; tu iras forc&#233;ment parce qu'ainsi tu as d&#233;cid&#233; mais quand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire. On avait march&#233; dans la nuit. On avait march&#233; sur des routes vides. On avait travers&#233; des villes sans personne. Rien n'indiquait plus de direction. On avan&#231;ait, pourtant. Qui aurait pr&#233;f&#233;r&#233; le demi tour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fronti&#232;re. Tu h&#233;sites &#224; t'enfoncer dans le vieux temps, les histoires sont finies, bien finies : il suffit de rester immobile un instant, le film est tout pr&#234;t dans la t&#234;te. On voit : longue esplanade balay&#233;e, sacs plastiques qui volent, arbres sans branches, ou bien la rue &#233;troite qui monte doucement puis bifurque, ou bien c'est dans les r&#234;ves : des couloirs, un souterrain sous la ville, des portes qui s'ouvrent et tu ne sais pas s'il faut entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu te souviens de ton bonheur dans les villes. La ville et son d&#233;sordre sur la pente. Les fen&#234;tres aper&#231;ues, les vies derri&#232;re le rideau, ce qu'on imaginait aux reflets d'un t&#233;l&#233;viseur, d'un fond de musique et certaine dur&#233;e du temps. Le samedi aux galeries commerciales sur la mauvaise lumi&#232;re du carrelage ce fouillis de visages et les corps translation lente puis dans le vieux quartier o&#249; tu te perdais visions tronqu&#233;es, agit&#233;es, les ruelles un d&#233;dale. Les odeurs, et ceux qui qu&#233;mandaient l'argent, ceux qui buvaient de la bi&#232;re, assis &#224; m&#234;me le sol avec des chiens. La ville parce qu'on ne l'aper&#231;oit pas enti&#232;re quand on l'arpente. les villes que n'importe o&#249; on emporte dans sa t&#234;te, o&#249; que quelque part on soit : tu marmonnes la liste des noms propres. Liste des villes o&#249; on a march&#233;, liste des villes o&#249; on a lou&#233; une chambre, &#224; la nuit, &#224; la semaine, au mois. Liste des villes o&#249; on a habit&#233;. Villes o&#249; on est rest&#233; trop longtemps, quand il aurait fallu partir. Villes o&#249; on aurait voulu aller, et puis pas. Les villes que tu vois ? Une rue qui va tout droit, des maisons sur les bords. Et closes, les fen&#234;tres grises. Tu attends sur la grand-place, personne. Tu vas l&#224;-bas vers les bords o&#249; sont les entrep&#244;ts, les supermarch&#233;s en blanc et rouge puis la rocade, les stations d'essence et direction l'autoroute. Tu reviens vers le centre, tu longes ses feux verts feux rouges. Ecole et coll&#232;ge, h&#244;pital, la gendarmerie, le stade et tout ce qu'il faut pour faire une ville. Telle est la ville qu'on voit. Dedans on heurte aux murs parce qu'on heurte &#224; la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun tant de chambres, avec fen&#234;tres et coin cuisine ou sans fen&#234;tres ni coin cuisine. Chambres qu'on porte en soi. Pi&#232;ces vides, et comme celles-ci on s'en souvient avec plus de pr&#233;cision. Et la chambre secr&#232;te aussi, juste un miroir. Quand on est seul on y rentre, on pose son bagage, on attend un instant avant d'enlever ses v&#234;tements. Gens qui restent l&#224; emmitoufl&#233;s comme si c'&#233;tait se prot&#233;ger. Tu repensais &#224; ces appartements, quand on les visite pour louer, qu'on s'imagine comment ici vivre, encore trop la trace des autres. Puis on s'installe mais plus loin, on s'habitue aux couloirs et aux portes, au jeu des lumi&#232;res, aux bruits de la nuit. Tu entends la circulation des voitures, dehors, les bus ou m&#234;me &#8211; discr&#232;tement &#8211; le train. On devrait parfois s'inviter, les uns les autres, dans ces chambres qu'on porte en soi, qu'on est seul &#224; savoir d&#233;crire. Une photographie pos&#233;e sur un meuble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent est opaque et obscur : ce qu'on porte d'images, on les tend &#224; bout de bras, on le montre et rien qui r&#233;pond -&#8211; &#226;ge d'illusion, &#226;ge des plaisirs loisirs loisirs plaisirs et pauvres, pauvres ceux qui les en remercient. Continuer pourtant, garder nuque raide, y croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un reflet l&#224;-bas, sur le ciment et l'acier. Un chemin non fait.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6919 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/muse-pifarely-corneloup-groleau-3.jpg?1551204750' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;5&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;de la phrase&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Phrase comme : je ne suis pas docile. Phrase comme : comme. Phrase comme : comme on crierait des noms. Phrase de noms, et crier que plus, crier que marre, crier que partir. Phrase que : seul, et puis t'appeler, lui, toi, toi, qui fuyez. Phrase qu'on tait. Phrase qui dit qu'on ne comprend pas, qui &#233;num&#232;re ce qu'on ne comprend pas, phrase qui assemble ce qui &#233;chappe &#224; nos phrases parce que tel n'est pas ce &#224; quoi on voulait employer le langage, r&#233;server le langage. Phrase comme : je ne me tairai pas. Phrase comme : ob&#233;ir non. Phrase comme : je et tu et nous en avant, qu'on d&#233;cide de dire et qu'on ne cessera pas. Phrase qui serait ce qu'on pourrait tous ensemble et crier et dire, et ensemble lancer, faire que le langage soit un mur, une &#233;rection, un palais dans le ciel, un monde et qu'il emporte la chape et les plafonds, une phrase comme une tour et nous pour l'escalader, la tour. Au lieu de &#231;a vois : ils voudraient qu'on rampe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;6&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;des morts&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tu marchais dans la maison des morts : dans combien de villes et villages avais-tu pouss&#233; le portail de fer, arpent&#233; les all&#233;es de gravier r&#233;glant l'espace et la r&#233;partition du tapis des morts ? Une si grande beaut&#233;, les cimeti&#232;res. Et tant de mots &#224; lire, aussi : tu recopiais des noms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on porte chacun de morts : des morts aim&#233;s, des morts qui vous poursuivent. Ce sont tes morts que tu regardes dans la nuit, les yeux ouverts et sans dormir ? Eux qui te suivent aupr&#232;s quand devant la vitre ou dehors, ou les yeux ouverts dans la nuit tu t'immobilises ? Le temps pass&#233; est cette nuit plus loin que nos corps, fait de vieux r&#234;ves, et des hontes et des gloires, des h&#233;sitations et des visages rencontr&#233;s, sans que tes morts s'en m&#234;lent et traversent cette foule, et croisent ces faits, et ces lieux et ces chambres, tout ce que tu imagines et qui est le grenier et la cave de ta vie, assez de morts chacun en r&#234;ve pour affronter les vivants, ceux qui agissent et continuent, ceux qu'on a aim&#233;s et qui ne sont plus avec ceux qu'on aime et qui vivent &#8211; et eux les morts approchent, les morts qui sont &#224; toi et les autres, ceux que tu as crois&#233;s mais qu'apr&#232;s tu n'avais pas salu&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tu les portes comment, tes morts, contre ton ventre ou sur ton dos, ou eux qui s'accrochent &#224; tes &#233;paules et ton cou ? Ils surgissent, tes morts, ils sont autour de toi et t'agrippent, te retiennent par les habits, la main : regardez-les, ils se tra&#238;nent. Et l'&#233;lan et le saut, impuissants. C'est en r&#234;ve, en r&#234;ve seulement qu'on vole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelquefois prononcer comme une antidote le nom tout entier de Rainer Maria Rilke, de ces noms croyais-tu qui condensent tous les autres, et tous les livres avec eux : d'autres l'ont cru avant toi, pour le nom de Rainer Maria Rilke ou peu importe. Il y a une rue Rainer Maria Rilke dans votre ville ? Nous manquons d'invocations sorci&#232;res : nous ne savons plus les vieux exercices, qui marcherait &#224; reculons dans la foule &#8211; pourtant marcher longtemps &#224; reculons est un des exercices, il y en a d'autres, pour trouer le temps, appeler &#224; soi l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu pr&#233;f&#232;res d&#233;tourner le visage : tu n'as pas assez les yeux clairs, pas assez les yeux lav&#233;s. Combien les yeux rassemblent et contiennent des horizons rencontr&#233;s, des routes qu'on a faites, des attentes o&#249; on s'est prostr&#233;. Tu te tiens immobile, tu as le dos &#224; dehors, encore ce mot dehors. Ou les paumes appos&#233;es contre la cloison : au-del&#224;, le dehors. Sais-tu comme elle est mince, la cloison du temps, tu la sens vibrer de toutes voix de l'autre c&#244;t&#233;, la paroi. Trop fine, la paroi des voix, la paroi des r&#234;ves. Tu heurtes &#224; la s&#233;paration du temps : il est l&#224; pr&#232;s, le temps pass&#233;, mais il ne vient traverser que les yeux lav&#233;s, les yeux vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi j'en avais r&#234;v&#233; : se reparcourir soi, se s&#233;parer des t&#226;ches recommenc&#233;es du pr&#233;sent, faire en arri&#232;re trois pas, puis dix. Ne te retourne pas, juste recule. Et voici qui tu &#233;tais, et comment tu arpentais le noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin tu retraversais les villes et les visages et les chambres, tu connaissais favorablement tes morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;7&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&#233;largissement&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les chambres o&#249; tu as &#233;t&#233;&lt;br/&gt;
Les fen&#234;tres par lesquelles tu as vu&lt;br/&gt;
Les trains que tu as pris, les voitures o&#249; tu as dormi&lt;br/&gt;
Les endroits o&#249; tu as attendu debout : coins de rue, devant les gares, par l&#224; sur la place, devant une porte&lt;br/&gt;
Les salles d'attente aussi, les bancs, les magazines, compter quand vient son tour&lt;br/&gt;
Les journaux que tu as lus : faits divers, guerres, affaires politiques, noms propres -&#8211; faire le compte de tous les noms propres retenus&lt;br/&gt;
Les films, les livres, les spectacles, et le divertissement aussi, les f&#234;tes, les feux d'artifice, les d&#233;fil&#233;s, les haut-parleurs dans les rues&lt;br/&gt;
Ceux qui devant vous marchaient, jouant une musique et on suivait&lt;br/&gt;
Ceux qui vous donnaient le rythme, battant des peaux&lt;br/&gt;
Ceux qui frottaient des cordes, et cela dans le cr&#226;ne offrait des r&#234;ves&lt;br/&gt;
Tu cries, tu transpires, et qui comprend (c'est dans un r&#234;ve)&lt;br/&gt;
La liste des voyages, seul, &#224; deux, en groupe, les voyages oblig&#233;s, les voyages professionnels, les villes en amoureux, les d&#233;rives, les je ne sais pas pourquoi je suis l&#224;, les d&#233;cid&#233;s d'un seul coup, les longtemps r&#234;v&#233;s et jamais all&#233;s, les tu y es et c'est pas si terrible que &#231;a les palmiers la mer bleue&lt;br/&gt;
Les objets qu'on a regard&#233;s, et ceux qui les collectionnent, les accumulent&lt;br/&gt;
La mis&#232;re, partout : les regards, et toi tu fais quoi, tu aides ou pas&lt;br/&gt;
Ce qu'on a d&#233;test&#233; de la violence gratuite, ordinaire&lt;br/&gt;
Ce qu'on aurait voulu changer et qui n'a pas chang&#233;&lt;br/&gt;
Les choses qu'on a pouss&#233;es, d&#233;plac&#233;es, les maisons qu'on a quitt&#233;es, les gens qu'on n'a jamais revus&lt;br/&gt;
Les images, quand on les jette : les photos de soi-m&#234;me sur les papiers, et ce fatras dans un tiroir, les imp&#244;ts, les commandements, retraites, salaires, ce qu'on garde parce qu'il faut le garder&lt;br/&gt;
Les gestes qu'on a eus, les silences qu'on a tenus, les danses en secret &#233;bauch&#233;es, les mots &#233;crits chuchot&#233;s cri&#233;s assembl&#233;s proclam&#233;s affich&#233;s not&#233;s d&#233;chir&#233;s, les musiques jou&#233;es, les images attendues, saisies, observ&#233;es, d&#233;tach&#233;es, et partout le noir : elles voient quoi, les phrases que derri&#232;re soi on a laiss&#233;es, les images qu'on s'&#233;tait refaites du monde qui ne les fabriquait pas de lui-m&#234;me, les musiques qu'on avait jou&#233;es &#8211;- on voit quoi, quand on ouvre plus loin un peu de noir, un tout petit peu de noir ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_6920 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/muse-pifarely-corneloup-groleau-4.jpg?1551204750' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pifar&#233;ly invente la mandoline</title>
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		<dc:date>2019-08-27T11:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>audio &amp; video</dc:subject>
		<dc:subject>Dominique Pifar&#233;ly</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Corneloup</dc:subject>
		<dc:subject>Ponge, Francis </dc:subject>
		<dc:subject>Collobert, Danielle </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;lectures &#224; m&#233;diath&#232;que Lorient et Pannonica Nantes&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Bon &amp; Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot19" rel="tag"&gt;audio &amp; video&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Corneloup&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;Ponge, Francis &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot228" rel="tag"&gt;Collobert, Danielle &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1219.jpg?1352732385' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Longtemps qu'il en parle, de la mandoline, Dominique Pifar&#233;ly : c'est l'instrument de son p&#232;re. Mais c'est aussi un prolongement du violon &#233;lectrique, dans des zones interm&#233;diaires de la sauvagerie rock.
&lt;p&gt;C'est &lt;a href=&#034;http://www.vendraminiguitars.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fran&#231;ois Vendramini&lt;/a&gt;, luthier &#224; Orl&#233;ans, qui la lui a construite. Micro enroul&#233; sp&#233;cialement par Benedetti. Pour le manche : les exactes cotes recopi&#233;es de la mandoline sur laquelle Pifar&#233;ly p&#232;re jouait des airs de la R&#233;union. Pour le reste : 4 cordes et pas 8, et pas de frettes. &#199;a s'appelle encore mandoline ? Oui, s'il en joue au mediator, l'instrument tenu en bandouli&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est accueilli le samedi 15 mars &#224; la m&#233;diath&#232;que de Lorient. Petit auditorium de 70 places rempli, il para&#238;t que des gens sont rest&#233;s dehors. Mais c'est qu'elle accueille entre 8000 et 11000 personnes par mois, la m&#233;diath&#232;que de Lorient. J'ai apport&#233; un cartable rempli de livres. J'ai mis longtemps &#224; le composer. Plut&#244;t des raret&#233;s, des singularit&#233;s, mais celles qui comptent. Il y aura Kafka, Rimbaud, Harms, Michaux, un peu d'Artaud (chut...), Forneret, puis Gracq, Perec, Beckett... Faire que le voyage d'un texte &#224; l'autre signifie autant que les textes eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces textes brefs, quelques-uns parleraient de l'&#233;criture elle-m&#234;me : ainsi, ce puissant &lt;i&gt;Rh&#233;torique&lt;/i&gt; de Francis Ponge, ainsi l'excessif &lt;i&gt;Je dis non&lt;/i&gt; de Paul Valet....&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_641 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Pifarely_mandoline.jpg?1206216655' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;Dominique Pifar&#233;ly, mandoline&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/son/080321_Ponge.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Francis Ponge, &lt;i&gt;Rh&#233;torique&lt;/i&gt;, Dominique Pifar&#233;ly, violon acoustique, FB voix&lt;/a&gt;, en public &#224; Lorient, le 15 mars _ lire le &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article48' class=&#034;spip_in&#034;&gt;texte&lt;/a&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/son/080321_Valet.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Paul Valet, &lt;i&gt;Je dis non&lt;/i&gt;, Dominique Pifar&#233;ly mandoline &#233;lectrique, FB voix&lt;/a&gt;, en public &#224; Lorient, le 15 mars _ lire le &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article971' class=&#034;spip_in&#034;&gt;texte&lt;/a&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
C'est la premi&#232;re fois que Dominique utilisait sa mandoline toute neuve en public. L'apr&#232;s-midi, dans ces heures qu'on passe dans la salle, &#224; mac&#233;rer, essayer, respirer, r&#233;gler, j'ai discr&#232;tement branch&#233; mon enregistreur quand il a sorti l'instrument de sa housse pour raquette de tennis (tout ce qu'il a trouv&#233;, pour l'emballer). Il explore le diapason, accorde, puis soudain appuie sur les p&#233;dales de distorsion et delay. C'est un peu chacun pour soi : on entend le technicien r&#233;gler les projecteurs, puis c'est Fran&#231;ois Corneloup qui se met &#224; chanter, moi-m&#234;me un moment j'essaye un fragment de Beckett, et puis &#231;a se transforme &#224; la fin en impro Led Zeppelin avec le m&#234;me Corneloup et son baryton. Normalement, &#231;a ne se met pas en ligne, cette pr&#233;paration des musiciens. C'est vol&#233;. Profitons que cette nuit lui et Corneloup s'envolent pour Minneapolis... A Nantes, dans cet avant-jouer, et seul sur le plateau, longtemps, il d&#233;veloppe une complexe improvisation, mais tr&#232;s calme, fluide : &#8211; Une biguine du p&#232;re d'Eddy Louiss, me dira-t-il ensuite... J'ai v&#233;rifi&#233; : &lt;a href=&#034;http://www.audio-archives.com.fr/catalogue/fiches/Musiques-du-monde_175.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;c'est vrai&lt;/a&gt;.
&lt;p&gt;Mais &#231;a il ne le joue jamais sur sc&#232;ne, pareil que son r&#233;v&#233;r&#233; St&#233;phane Grapelli, qu'il conna&#238;t pourtant note &#224; note.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_642 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Pifarely_Lorient.jpg?1206216679' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/son/080321_mandoline.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dominique Pifar&#233;ly, mandoline &#233;lectrique&lt;/a&gt;, 10' environ.Premiers essais, premiers r&#233;glages. Avec la participation de : technicien de Hop'n Jazz installant g&#233;latines, Fran&#231;ois Corneloup, chant, bavardage sur la taille de la grosse caisse de John Bonham et essais baryton, FB extrait de &lt;i&gt;Bing&lt;/i&gt; de Samuel Beckett. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Pour la lecture lorientaise, j'ai pr&#233;vu qu'on terminerait par un hommage &#224; Danielle Collobert. N&#233;e en 1938, suicid&#233;e en 1978, elle repose tout pr&#232;s, &#224; Rostrenen. J'ai pris deux extraits brefs de &lt;i&gt;Meurtre&lt;/i&gt;. Il y a du sens &#224; les dire ici. Depuis deux ans, &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article112' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Danielle Collobert&lt;/a&gt; est r&#233;&#233;dit&#233;e par POL : c'est une balise, un monument de notre contemporan&#233;it&#233;, on ne le dira jamais assez. Fran&#231;ois Corneloup nous a rejoints :&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/son/080321_Collobert.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Danielle Collobert, 2 extraits de &lt;i&gt;Meurtre&lt;/i&gt;, Dominique Pifar&#233;ly violon acoustique, Fran&#231;ois Corneloup sax baryton, FB voix&lt;/a&gt;, en public &#224; Lorient, le 15 mars.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Une semaine plus tard, on est &#224; Nantes, &#224; l'invitation du Pannonica. Cette fois on fait la premi&#232;re partie d'un programme qui veut interroger litt&#233;rature et musique. J'ai apport&#233; mes propres textes : cet ensemble d&#233;j&#224; travaill&#233; avec Pifar&#233;ly, Groleau, Balasse et Corneloup en mai dernier &#224; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article118&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Saumane&lt;/a&gt;, et dont j'ai mis un extrait ici : &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article847' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Je marchais parmi mes morts&lt;/a&gt;.
&lt;p&gt;Dominique joue du violon acoustique. Tout &#224; l'heure, dans les loges, je l'ai enregistr&#233; dans ses exercices de gamme : parce qu'&#224; un moment il bifurque, et c'&#233;tait un mouvement lent de Bach qu'il a &#233;tir&#233;, d&#233;m&#234;l&#233;. Quelquefois je visite ainsi mes archives num&#233;riques : celles que je ne mettrai pas en ligne, ou sont dans les cavernes non publiques de ce site que d&#233;sormais je con&#231;ois comme totalit&#233; (merci &#224; &lt;a href=&#034;http://www.infomaniak.ch&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;infomaniak.ch&lt;/a&gt; pour les 50 Go au prix de 120 euros/an, et droit juridique europ&#233;en plut&#244;t que la mesquinerie sarkozyste : on est pas mal d&#233;sormais &#224; avoir migr&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;peur&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette r&#233;action au pr&#233;sent que je travaille, depuis 2 ans, sur ce texte que j'appelle simplement &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article474' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peur&lt;/a&gt;. Dans la partie publique du site, ici dans &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article597' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Je ne sais pas si c'est du jazz&lt;/a&gt;, la premi&#232;re lecture qu'on en avait faite (festival Jazz au fil de l'Oise &#8211; on avait jou&#233; enti&#232;rement acoustique, et j'ai rajout&#233; un bourdon &#233;lectronique au Mac ensuite)... Le mois dernier, Olivier Mellano, avec Emmanuel Tugny et Laure Limongi, ont repris &lt;i&gt;Peur&lt;/i&gt; dans leur &lt;a href=&#034;http://www.leoscheer.com/spip.php?article1076&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ralbum&lt;/a&gt; &#224; para&#238;tre en mai, avec la voix du chanteur Dominique A. : beau cadeau, et &#233;trange, pour un auteur, qu'un texte ainsi s'en aille... Etrange aussi, ce soir, de voir ce th&#232;me, ou ce seul mot &lt;i&gt;peur&lt;/i&gt; repris en &#233;cho par &lt;a href=&#034;http://nemolivier.blogspot.com/2008/03/imaginer-nuque.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Olivier Gu&#233;ry&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://arnaud-maisetti.blogspot.com/2008/03/je-te-raconterai-des-histoires.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Arnaud Ma&#239;setti&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_643 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Pifarely_3.jpg?1206216702' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/son/080321_peur.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Peur&lt;/i&gt;, 21', Dominique Pifar&#233;ly mandoline &#233;lectrique puis violon acoustique, FB texte, impro &amp; voix&lt;/a&gt;, en public &#224; Nantes, Pannonica, le jeudi 20 mars.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; Bernard Coisy et Danielle Colin de la &lt;a href=&#034;http://mediatheque.lorient.fr/repons/portal/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;m&#233;diath&#232;que Lorient&lt;/a&gt;, et &#224; Christophe Desforges de Hop'n Jazz. &lt;br&gt;
Merci &#224; Cyrille Gohaud de &lt;a href=&#034;http://www.pannonica.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pannonica&lt;/a&gt; &#224; Nantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site de &lt;a href=&#034;http://dpifarely.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt; et nos pr&#233;c&#233;dentes &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article347' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article19&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;e&lt;/a&gt; &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article597' class=&#034;spip_in&#034;&gt;c&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;t&lt;/a&gt; &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article296' class=&#034;spip_in&#034;&gt;u&lt;/a&gt; &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article107' class=&#034;spip_in&#034;&gt;r&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article40&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;e&lt;/a&gt; &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article847' class=&#034;spip_in&#034;&gt;s&lt;/a&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>six fragments de nuit</title>
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		<dc:date>2007-11-14T20:13:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>audio &amp; video</dc:subject>
		<dc:subject>Dominique Pifar&#233;ly</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Corneloup</dc:subject>
		<dc:subject>Eric Groleau</dc:subject>
		<dc:subject>musique, musiciens</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dominique Pifar&#233;ly se met en quatre pour cause de rock'n roll&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Bon &amp; Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot19" rel="tag"&gt;audio &amp; video&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Corneloup&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot269" rel="tag"&gt;Eric Groleau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;musique, musiciens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton847.jpg?1352732269' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff847.jpg?1352731926&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; vid&#233;o Fran&#231;ois Bon solo du fragment 6 du texte ci-dessous : &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/lab/070630_tombes.htm&#034; target=&#034;_blank&#034; onClick=&#034;window.open('http://www.tierslivre.net/media/lab/070630_tombes.htm', 'tierslivre.net/mediat', 'scrollbars=no,toolbar=no,top=0,left=0,Width=480,Height=380,resizable=no');return false;&#034;&gt;tu marchais dans la maison des morts&lt;/a&gt;, vid&#233;o, 4'30.
&lt;p&gt;Ecrit de novembre 2006 &#224; mai 2007, ce court texte a &#233;t&#233; mis au point pour la sc&#232;ne en compagnonnage avec Dominique Pifar&#233;ly, lors d'une br&#232;ve r&#233;sidence au ch&#226;teau de Saumane- (voir ici &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article118&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la chouette de Sade&lt;/a&gt;), &#224; l'invitation de la sc&#232;ne nationale de Cavaillon (merci &#224; Jean-Michel Gr&#233;millet), et jou&#233; avec &lt;a href=&#034;http://www.inouie.net/index1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Thierry Balasse&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&amp;friendID=157811872&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fran&#231;ois Corneloup&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&amp;friendid=162555259&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Eric Groleau&lt;/a&gt;, musique compos&#233;e et dirig&#233;e par &lt;a href=&#034;http://dpifarely.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt; : je replace cette page en Une parce qu'il est question de l'enregistrer en quintet avec &lt;a href=&#034;http://www.alamuse.com/contacts.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Muse en circuit&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour faire tourner les musiciens en m&#234;me temps que vous lisez le texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/lab/PIF1.htm&#034; target=&#034;_blank&#034; onClick=&#034;window.open('http://www.tierslivre.net/media/lab/PIF1.htm', 'tierslivre.net/media', 'scrollbars=no,toolbar=no,top=0,left=0,Width=660,Height=500,resizable=no');return false;&#034;&gt;Thierry Balasse, traitements &#233;lectroniques en direct&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/lab/PIF2.htm&#034; target=&#034;_blank&#034; onClick=&#034;window.open('http://www.tierslivre.net/media/lab/PIF2.htm', 'ouvertlanuit.net', 'scrollbars=no,toolbar=no,top=0,left=0,Width=660,Height=500,resizable=no');return false;&#034;&gt;trio violon &#233;lectrique, saxophone et batterie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/lab/PIF3.htm&#034; target=&#034;_blank&#034; onClick=&#034;window.open('http://www.tierslivre.net/media/lab/PIF3.htm', 'tierslivre.net/media', 'scrollbars=no,toolbar=no,top=0,left=0,Width=660,Height=500,resizable=no');return false;&#034;&gt;Eric Groleau, r&#234;ve de batteur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re mise en ligne : 11 mai 2007. Enfin, nous avaient pr&#233;c&#233;d&#233;s &#224; Saumane Olivier Cadiot et Rodolphe Burger : ceux qui connaissent l'adresse discr&#232;te du site Cadiot y trouveront, comme je le fais moi-m&#234;me, leurs enregistrements et textes !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;six fragments de nuit&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 _ du mot : dehors&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
D'abord j'aurais chuchot&#233;. D'abord quelque chose comme : &#171; quel spectacle que le monde &#187;. Mais je l'aurais dit tr&#232;s bas, comme on entendrait des mots d'un corps endormi. Puis la voix aurait continu&#233;, la voix aurait dit, parlant de ce spectacle du monde : on regarde fascin&#233;. Continuant : c'est noir, es fois c'est un gouffre, on ne sait pas o&#249; &#231;a s'arr&#234;te, et o&#249; l&#224;-bas &#224; tel endroit de la nuit il commence. Pourquoi on s'y laisse prendre. C'est &#224; cause de la nuit, l&#224;-bas, dehors. Et m&#234;me le mot dehors. Qu'on fait partie du tableau, qu'on y est pris avec nos bras, nos jambes et nos gestes. Tu te d&#233;places, tu fais partie de la nuit. Tu viens l&#224; dans la lumi&#232;re, c'est s'arracher &#224; la nuit du monde mais &#234;tre encore au monde. On est l&#224; les bras les mains li&#233;s au pr&#233;sent, tout travers&#233; de pass&#233;, ce qui n'aurait pas d&#251; arriver, ce qu'on n'aurait jamais voulu qu'il se soit pass&#233;, ce qui a &#233;t&#233; ta route et tes choix. On tente d'&#233;chapper, on vient &#224; contre, on heurte, on grogne : mais li&#233;. Dehors la nuit n'a pas origine, ni rien qu'on puisse regarder du temps &#224; venir. Quel spectacle que le monde : &#224; force de regarder on pourrait recommencer tu crois ? Voil&#224; qu'on se regarde soi-m&#234;me au lointain on essaye, voil&#224; qu'on se voit dans le temps qui ne se refait pas, ne peut se refaire - voil&#224; qu'ici enfin on a affaire au dehors. Et viennent &#224; toi les gens qui marchent dans la nuit, et ceux qui errent dans les villes, ceux qui arpentent les fronti&#232;res et les zones troubles du monde, c'est toi-m&#234;me en tous tes &#226;ges et l&#224;-bas dans quel autre bout de la terre c'&#233;tait encore ou d&#233;j&#224; l'&#233;ternelle pi&#232;ce vide sans fen&#234;tre o&#249; on est seul et on pense, l'insupportable silence tu t'essayes &#224; ouvrir les bras, tu appelles le bruit des villes le bruit total du monde et voil&#224; pourquoi tu avances maintenant d'un pas, ou bien que si loin dans cette ville tu marchais dans la foule inconnue ou le r&#234;vais, ces images qu'on porte les appeler, les images qu'on traverse et re&#231;oit les dire, les images on s'en lave tu crois ? Ainsi commencerait l'histoire, cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 _ du mot : paysage&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
L'histoire : d'abord tu te souviens de pluies, jours de pluie derri&#232;re la vitre et &#231;a suffit pour partir loin, ou bien la pluie (la pluie) marchant dans les rues ou sur une plage, les pluies chaudes les pluies r&#234;ches les pluies m&#233;chantes, les pluies par envie ou l&#224;, sur le visage, ou les pluies subies et dedans la t&#234;te pareil que dehors ou bien, tu t'en souviens, ce lendemain de temp&#234;te roulant en voiture et plus rien autour que le vent et que l'eau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paysage mental, ce qu'on en porte. On dit paysage et voil&#224; qu'on voit. Paysage entrevu, on ne sait pas si on r&#234;ve. Paysage qu'on d&#233;couvre et on s'imagine l'avoir arpent&#233; d&#233;j&#224;, s'&#234;tre arr&#234;t&#233; l&#224;, mains pos&#233;es sur ce mur et on avait dit que, oui, c'est beau. Paysage souhait&#233;. De ces images g&#233;om&#233;triques, avec lignes de fuite. Paysage dans la t&#234;te, la t&#234;te lourde de paysages. Paysages vus en r&#234;ve. Souvenirs des villes. Et les paysages qu'on voit sur des images, paysages des livres d'enfance, des livres de g&#233;ographie, est-ce qu'on s'en souvient mieux ou moins bien que ce qu'on a vu en vrai, que ce qu'on a vu sans s'y arr&#234;ter, au hasard des trains, des voitures, paysages dormant, pas dormant : paysages qu'on voudrait pour s'y rendre d'un seul coup magique, voil&#224;, on l'a r&#234;v&#233;, on y marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;nombrer les fen&#234;tres, ce qu'on forge au dedans de fen&#234;tres, tout ce qu'on a regard&#233; une fois par une fen&#234;tre et combien de fen&#234;tres chacun on a dans la partie arri&#232;re des yeux et comment on y a regard&#233;, si c'&#233;tait de loin ou tout pr&#232;s, le front contre la vitre ou les mains sur l'appui, ou juste le rideau qu'on &#233;carte ou simplement qu'on est l&#224;, assis &#224; la table et que si souvent on &#233;tait l&#224; assis &#224; cette table et le regard vide et devant soi la fen&#234;tre. On se souvient de quoi, une fa&#231;ade un ciel un arbre, l'&#233;loignement d'une route, la silhouette dans le b&#226;timent l&#224;-bas ou le froissement de tout cela qui s'envole et cesse puisque fragiles sont les souvenirs et que toujours on est reparti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot m&#234;me paysage, et comme on le tendrait en couleurs sur un fond noir pour que tout apparaisse, et autre pour chacun, sur le m&#234;me fond noir pourtant, le mur, l&#224; tout devant, si d'un mot on l'&#233;claire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 _ du mot : pr&#233;sent&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Le pr&#233;sent est une chanson, on l'a dans la t&#234;te, une chanson dont on se souviendrait mal des paroles, comme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent nous &#233;nerve, jamais comme il devrait &#234;tre. Comme. Le pr&#233;sent autour opaque et obscur, le pr&#233;sent se touche &#224; t&#226;tons, le pr&#233;sent ne r&#233;fl&#233;chit rien de ce que nous aurions autrefois pu apprendre : elles sont l&#224;-bas, pourtant, les lumi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait d&#251; plus se m&#233;fier : on aurait d&#251; trouver. On s'en serait charg&#233; sur le dos, on aurait emport&#233; &#231;a avec nous pour maintenant. On aurait trouv&#233; la bonne ouverture pour maintenant. Mais on en porte tant, d&#233;j&#224; : ils sont vo&#251;t&#233;s, ceux d'aujourd'hui, ils sont us&#233;s, ils ont peur. On n'a pas l'esprit tranquille, &#224; chercher comme on fait : trop de d&#233;tresse contre trop de fric, trop de ces visages lisses aux t&#233;l&#233;visions. On pourrait s'en d&#233;barrasser comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire commence l&#224; : une image devant toi et tu la laves des mains, tu veux la rendre plus nette et pr&#233;cise, tu veux comprendre ce qui se passe, tu veux agrandir les d&#233;tails et savoir l'autre c&#244;t&#233; du cadre, le pr&#233;sent qu'on t'a fait tu voudrais d&#233;chirer l'image &#8211; un tissu de papier et on marcherait de l'autre c&#244;t&#233;, &#231;a y est : on voit quoi alors, dis ce que tu vois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jours o&#249; on ne comprend rien &#224; son pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 _ du mot : ville&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Villes. R&#234;ve non r&#234;ve : toits de la ville. Corps de la ville. Mouvements de la ville, sa poussi&#232;re. Corps briques, corps b&#233;ton, corps de verre et de ciment. Corps sans oreille, n'entend pas. Corps va, d&#233;moli reconstruit et se d&#233;gage, saute et atterrit. Pas de rebond. Et nous animaux sur le dos, animaux qui vous rongent, animaux qui courent avec vous quand vous avancez, sautez, rampez. Chacun sa b&#234;te. Loup avec des dents. El&#233;phants et pas l&#233;gers. Animaux &#224; griffes, &#224; poils, &#233;cailles, plumes, becs. Ce sont dans la ville corps qu'on enjambe, qu'on fr&#244;le, qu'on pousse et qui sit&#244;t disparaissent, s'&#233;vanouissent. Dans la m&#233;moire : juste l&#233;gers, &#233;vanescents, courent, se d&#233;placent. Et les visages qu'on croise, chaque visage pour lequel nous ne savons pas le nom : des fils vous accrochent, monde poussi&#232;re, surgir de la poussi&#232;re et venir en avant, dispara&#238;tre dans la brume &#8211; et tout qui est l'ordinaire est de brume. Les yeux comme au bout des doigts seuls voient. Corps dans la ville : et toi. Le mot m&#234;me de ville, ce qu'on pourrait r&#233;citer de noms des villes : o&#249; tu es all&#233;, o&#249; tu n'es pas all&#233; mais voudrais, ou tu n'irais pour rien au monde, o&#249; tu irais si &#231;a existait, o&#249; tu iras forc&#233;ment parce qu'ainsi tu as d&#233;cid&#233; mais quand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire. On avait march&#233; dans la nuit. On avait march&#233; sur des routes vides. On avait travers&#233; des villes sans personne. Rien n'indiquait plus de direction. On avan&#231;ait, pourtant. Qui aurait pr&#233;f&#233;r&#233; le demi tour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fronti&#232;re. Tu h&#233;sites &#224; t'enfoncer dans le vieux temps, les histoires sont finies, bien finies : il suffit de rester immobile un instant, le film est tout pr&#234;t dans la t&#234;te. On voit : longue esplanade balay&#233;e, sacs plastiques qui volent, arbres sans branches, ou bien la rue &#233;troite qui monte doucement puis bifurque, ou bien c'est dans les r&#234;ves : des couloirs, un souterrain sous la ville, des portes qui s'ouvrent et tu ne sais pas s'il faut entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu te souviens de ton bonheur dans les villes. La ville et son d&#233;sordre sur la pente. Les fen&#234;tres aper&#231;ues, les vies derri&#232;re le rideau, ce qu'on imaginait aux reflets d'un t&#233;l&#233;viseur, d'un fond de musique et certaine dur&#233;e du temps. Le samedi aux galeries commerciales sur la mauvaise lumi&#232;re du carrelage ce fouillis de visages et les corps translation lente puis dans le vieux quartier o&#249; tu te perdais visions tronqu&#233;es, agit&#233;es, les ruelles un d&#233;dale. Les odeurs, et ceux qui qu&#233;mandaient l'argent, ceux qui buvaient de la bi&#232;re, assis &#224; m&#234;me le sol avec des chiens. La ville parce qu'on ne l'aper&#231;oit pas enti&#232;re quand on l'arpente. les villes que n'importe o&#249; on emporte dans sa t&#234;te, o&#249; que quelque part on soit : tu marmonnes la liste des noms propres. Liste des villes o&#249; on a march&#233;, liste des villes o&#249; on a lou&#233; une chambre, &#224; la nuit, &#224; la semaine, au mois. Liste des villes o&#249; on a habit&#233;. Villes o&#249; on est rest&#233; trop longtemps, quand il aurait fallu partir. Villes o&#249; on aurait voulu aller, et puis pas. Les villes que tu vois ? Une rue qui va tout droit, des maisons sur les bords. Et closes, les fen&#234;tres grises. Tu attends sur la grand-place, personne. Tu vas l&#224;-bas vers les bords o&#249; sont les entrep&#244;ts, les supermarch&#233;s en blanc et rouge puis la rocade, les stations d'essence et direction l'autoroute. Tu reviens vers le centre, tu longes ses feux verts feux rouges. Ecole et coll&#232;ge, h&#244;pital, la gendarmerie, le stade et tout ce qu'il faut pour faire une ville. Telle est la ville qu'on voit. Dedans on heurte aux murs parce qu'on heurte &#224; la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun tant de chambres, avec fen&#234;tres et coin cuisine ou sans fen&#234;tres ni coin cuisine. Chambres qu'on porte en soi. Pi&#232;ces vides, et comme celles-ci on s'en souvient avec plus de pr&#233;cision. Et la chambre secr&#232;te aussi, juste un miroir. Quand on est seul on y rentre, on pose son bagage, on attend un instant avant d'enlever ses v&#234;tements. Gens qui restent l&#224; emmitoufl&#233;s comme si c'&#233;tait se prot&#233;ger. Tu repensais &#224; ces appartements, quand on les visite pour louer, qu'on s'imagine comment ici vivre, encore trop la trace des autres. Puis on s'installe mais plus loin, on s'habitue aux couloirs et aux portes, au jeu des lumi&#232;res, aux bruits de la nuit. Tu entends la circulation des voitures, dehors, les bus ou m&#234;me &#8211; discr&#232;tement &#8211; le train. On devrait parfois s'inviter, les uns les autres, dans ces chambres qu'on porte en soi, qu'on est seul &#224; savoir d&#233;crire. Une photographie pos&#233;e sur un meuble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent est opaque et obscur : ce qu'on porte d'images, on les tend &#224; bout de bras, on le montre et rien qui r&#233;pond &#8211; &#226;ge du m&#233;pris, de l'autorit&#233; et du cynisme, &#226;ge des valets du fric et pauvres, pauvres ceux qui les en remercient. Continuer pourtant, garder nuque raide, y croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un reflet l&#224;-bas, sur le ciment et l'acier. Un chemin non fait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 _ pour crier &lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Phrase comme : je ne suis pas docile. Phrase comme : comme. Phrase comme : comme on crierait des noms. Phrase de noms, et crier que plus, crier que marre, crier que partir. Phrase que : seul, et puis t'appeler, lui, toi, toi, qui fuyez. Phrase qu'on tait. Phrase qui dit qu'on ne comprend pas, qui &#233;num&#232;re ce qu'on ne comprend pas, phrase qui assemble ce qui &#233;chappe &#224; nos phrases parce que tel n'est pas ce &#224; quoi on voulait employer le langage, r&#233;server le langage. Phrase comme : je ne me tairai pas. Phrase comme : ob&#233;ir non. Phrase comme : je et tu et nous en avant, qu'on d&#233;cide de dire et qu'on ne cessera pas. Phrase qui serait ce qu'on pourrait tous ensemble et crier et dire, et ensemble lancer, faire que le langage soit un mur, une &#233;rection, un palais dans le ciel, un monde et qu'il emporte la chape et les plafonds, une phrase comme une tour et nous pour l'escalader, la tour. Au lieu de &#231;a vois : ils voudraient qu'on rampe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6 _ des morts&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Tu marchais dans la maison des morts : dans combien de villes et villages avais-tu pouss&#233; le portail de fer, arpent&#233; les all&#233;es de gravier r&#233;glant l'espace et la r&#233;partition du tapis des morts ? Une si grande beaut&#233;, les cimeti&#232;res. Et tant de mots &#224; lire, aussi : tu recopiais des noms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on porte chacun de morts : des morts aim&#233;s, des morts qui vous poursuivent. Ce sont tes morts que tu regardes dans la nuit, les yeux ouverts et sans dormir ? Eux qui te suivent aupr&#232;s quand devant la vitre ou dehors, ou les yeux ouverts dans la nuit tu t'immobilises ? Le temps pass&#233; est cette nuit plus loin que nos corps, fait de vieux r&#234;ves, et des hontes et des gloires, des h&#233;sitations et des visages rencontr&#233;s, sans que tes morts s'en m&#234;lent et traversent cette foule, et croisent ces faits, et ces lieux et ces chambres, tout ce que tu imagines et qui est le grenier et la cave de ta vie, assez de morts chacun en r&#234;ve pour affronter les vivants, ceux qui agissent et continuent, ceux qu'on a aim&#233;s et qui ne sont plus avec ceux qu'on aime et qui vivent &#8211; et eux les morts approche, les morts qui sont &#224; toi et ceux que tu n'as pas salu&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tu les portes comment, tes morts, contre ton ventre ou sur ton dos, ou eux qui s'accrochent &#224; tes &#233;paules et ton cou ? Ils surgissent, tes morts, ils sont autour de toi et t'agrippent, te retiennent par les habits, la main : regardez-les, ils se tra&#238;nent. Et l'&#233;lan et le saut, impuissants. C'est en r&#234;ve, en r&#234;ve seulement qu'on vole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelquefois prononcer comme une antidote le nom tout entier de Rainer Maria Rilke, de ces noms croyais-tu qui condensent tous les autres, et tous les livres avec eux : d'autres l'ont cru avant toi, pour le nom de Rainer Maria Rilke ou peu importe. Il y a une rue Rainer Maria Rilke dans votre ville ? Nous manquons d'invocations sorci&#232;res : nous ne savons plus les vieux exercices, qui marcherait &#224; reculons dans la foule &#8211; pourtant marcher longtemps &#224; reculons est un des exercices, il y en a d'autres, pour trouer le temps, appeler &#224; soi l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu pr&#233;f&#232;res d&#233;tourner le visage : tu n'as pas assez les yeux clairs, pas assez les yeux lav&#233;s. Combien les yeux rassemblent et contiennent des horizons rencontr&#233;s, des routes qu'on a faites, des attentes o&#249; on s'est prostr&#233;. Tu te tiens immobile, tu as le dos &#224; dehors, encore ce mot &lt;i&gt;dehors&lt;/i&gt;. Ou les paumes appos&#233;es contre la cloison : au-del&#224;, le dehors. Sais-tu comme elle est mince, la cloison du temps, tu la sens vibrer de toutes voix de l'autre c&#244;t&#233;, la paroi. Trop fine, la paroi des voix, la paroi des r&#234;ves. Tu heurtes &#224; la s&#233;paration du temps : il est l&#224; pr&#232;s, le temps pass&#233;, mais il ne vient traverser que les yeux vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi j'en avais r&#234;v&#233; : se reparcourir soi, se s&#233;parer des t&#226;ches recommenc&#233;es du pr&#233;sent, faire en arri&#232;re trois pas, puis dix. Ne te retourne pas, juste recule. Et voici qui tu &#233;tais, et comment tu arpentais le noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin tu retraversais les villes et les visages et les chambres, tu connaissais en toi favorablement les morts.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;digression sur &#233;criture et Internet, pour accompagner ce texte lors de sa 1&#232;re mise en ligne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plus j'avance dans ce transfert progressif de mon travail d'&#233;criture de l'univers du livre &#224; celui d'Internet, plus la question de l'arborescence m&#234;me de ce travail, et du concept d'unit&#233;, &#233;merge comme principal. Pourtant, sans me d&#233;porter d'une intuition pour moi pas r&#233;cente : ce passage de Proust au d&#233;but de &lt;i&gt;La Prisonni&#232;re&lt;/i&gt; o&#249; il parle de Balzac comme &lt;i&gt;unit&#233; r&#233;trospective et non factice&lt;/i&gt;. Proust a tranch&#233; en ne d&#233;veloppant plus qu'un seul livre, le concevant comme d&#233;veloppement ind&#233;fini et inachevable, sur boucle circulaire ouverte et transgression du concept de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Proust nous force le premier &#224; consid&#233;rer pour Balzac, c'est le concept d'unit&#233; qui na&#238;t une fois dessin&#233;e et r&#233;alis&#233;e une partie essentielle de l'&#339;uvre, h&#233;t&#233;rog&#232;ne et r&#233;tive &#224; tout principe logique qui voudrait l'unifier : si ce geste de rejoindre l'&#339;uvre d&#233;j&#224; &#233;crite la dresse comme monument, d'abord sous forme d'&#339;uvres compl&#232;tes (&#233;tudes sociales, &#233;tudes de m&#339;urs, &#233;tudes philosophiques) puis sous le titre g&#233;n&#233;rique et tardif de &lt;i&gt;Com&#233;die humaine&lt;/i&gt;, et permet une nouvelle strate d'&#233;criture, en particulier le principe des &lt;i&gt;personnages reparaissants&lt;/i&gt;, c'est en partie aussi ce dispositif &#233;conomique de l'&#233;dition au temps de Balzac qui le conditionne : on vend &#224; Wardet ou un autre une nouvelle parution de ces &lt;i&gt;oeuvres compl&#232;tes&lt;/i&gt; pour deux ans d'exploitation, ou pour un tirage de 2000 ou 4000 exemplaires. Lorsqu'on a repris les droits, au bout du temps imparti, on doit r&#233;&#233;crire ou donner une autre pr&#233;sence &#224; l'ensemble pour un nouveau contrat d'&#233;dition. Balzac prend donc progressivement peu &#224; peu en charge son travail comme une totalit&#233; fragment&#233;e, de logique r&#233;sistante et non unifiable, mais partout mall&#233;able, ouvrant des tunnels, des associations, laissant venir dans la fresque ces visages distordus et obsessifs, les seconds r&#244;les me paraissant moins transparents que les r&#244;les titre : d'Arthez, Gobseck, Derville, Lousteau et bien s&#251;r Louis Lambert ombreux mais peut-&#234;tre plus essentiels que Rubempr&#233;, Grandet, Rastignac ou Pons. Avec l'&#233;tranget&#233; que ces cailloux de d&#233;but d'&#233;criture, &lt;i&gt;La Grande Bret&#232;che&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Adieu&lt;/i&gt;, restent actifs et comme des r&#233;cifs impossibles &#224; agrandir, mais tout aussi d&#233;cisifs pour l'&#339;uvre &#233;largie que pour l'&#339;uvre naissante : parce que pr&#233;cis&#233;ment c'est l&#224; o&#249; se joue pour Balzac le saut dans la fronti&#232;re discontinue du r&#233;el au fantastique, le d&#233;couplement de cette fronti&#232;re pour en jouer pluriellement quel que soit le livre, m&#234;me d'apparence aussi directement &lt;i&gt;r&#233;aliste&lt;/i&gt; que Birotteau ou la cousine Bette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel rapport avec ce site Internet : nous abandonnons &#224; nos &#233;diteurs des droits pour chaque livre qui continueront jusqu'&#224; soixante-dix ans apr&#232;s nous. Quel prodige, en ces temps o&#249; tout d&#233;gringole si vite. Et quand on migre d'&#233;diteur, on laisse la part la plus vitale de nous-m&#234;mes &#224; des &#233;tablissements qui probablement nous ont ray&#233; de leur carte affective. Comme on r&#233;&#233;crit sans cesse le m&#234;me territoire, on recommence &#224; c&#244;t&#233; ce qu'on a creus&#233; d'abord &#224; tel endroit, et &#224; mesure que la liste des titres s'allonge on a l'impression d'un terrain tout rempli de trous. Si la donne &#233;tait celle de Balzac, je crois que j'aurais publi&#233; cinq livres, un concernerait l'usine, un concernerait le &lt;i&gt;garage&lt;/i&gt;, un autre probablement accumulerait des paysages, et il y aurait en compl&#233;ment une sorte de dictionnaire sans bords, o&#249; on trouverait pour entr&#233;e des noms d'&#233;crivains (comme ici Balzac et Proust), des noms de musiciens (et peu importe si les noms de Keith Richards, John Bonham ou Bob Dylan, si c'est ma trilogie en cours, ouvriraient &#224; 600 pages chacun), des peintres et des lieux, villes, dates &#8211; je r&#234;ve aujourd'hui de ce dictionnaire, et peut-&#234;tre c'est ma meilleure all&#233;gorie pour d&#233;finir le site tel que progressivement il se d&#233;veloppe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Site qui accepte donc progressivement la part vive du travail, et non pas seulement la m&#233;diation de sa part &#233;ditoriale (&#171; j'ai d&#233;couvert votre &lt;i&gt;vitrine litt&#233;raire&lt;/i&gt; &#187; me disait hier le mail d'un inconnu : eh bien non, alors que j'avais utilis&#233; cette m&#233;taphore, me r&#233;f&#233;rent &#224; la &lt;i&gt;vitrine&lt;/i&gt; d'un ami luthier et sa perspective sur atelier aux tout d&#233;buts de ma page Internet dite personnelle, en septembre 1997). La question du livre nous est progressivement &#224; tous pos&#233;e : je travaille &#224; un texte sur Bob Dylan pour lequel le livre me semble l&#233;gitime, organiser un voyage exigeant du temps et la travers&#233;e d'un certain nombre de cercles &#8211; mais, dans le mat&#233;riau que j'utilise, une chronologie de Dylan, ou le CD Rom de la Bob Dylan Encyclopedia ont une vie propre o&#249; l'&#233;cran &#233;quivaut au livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai publi&#233; il y a bient&#244;t dix ans un court texte, &lt;i&gt;Impatience&lt;/i&gt;, qui correspond pour moi &#224; la permanence d'une r&#233;flexion sur le &lt;i&gt;lyrique&lt;/i&gt;, et l'articulation de cette dimension sp&#233;cifique de la prose d'une part avec la trag&#233;die du monde au pr&#233;sent, l'imagerie urbaine, d'autre part avec quelque chose que nous h&#233;ritons de plus fragile (l&#224; encore, c'est peut-&#234;tre les &#171; articles &#187; de Proust sur Nerval, Flaubert, Baudelaire et Balzac qui nous l'enseignent le mieux), par la litt&#233;rature : je saurais retrouver, m&#234;me dans le court texte ci-dessous, quel mot-tunnel renvoie &#224; Rimbaud, quel autre &#224; Kolt&#232;s (il est bien visible), quel autre &#224; Perec etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est comme si je r&#233;&#233;crivais &#224; l'endroit d'&lt;i&gt;Impatience&lt;/i&gt;, mais n'avais jamais cess&#233; de le faire. C'est un ensemble de textes, comme celui &lt;a href=&#034;&#034;&gt;sur la peur&lt;/a&gt; que je d&#233;veloppe &#224; mesure des mois, et pour lesquels je ne sollicite pas mes amis de Verdier ou autre &#233;diteur : ce soir, demain soir et apr&#232;s-demain, je lirai ce texte en public avec les musiciens de Dominique Pifar&#233;ly, ce texte aura donc r&#233;tribution (je ne vis pas d'autre chose, quand bien m&#234;me aujourd'hui souvent je le souhaiterais) logiquement &#233;quivalente &#224; la forme livre &#233;dit&#233;. Reste aussi &#224; faire comprendre &#224; mes partenaires qu'il s'agit d'une &#233;criture pour moi aussi importante et centrale, voire le c&#339;ur m&#234;me du laboratoire, que le Bob Dylan en cours, ou &lt;i&gt;Impatience&lt;/i&gt; avec son logo Minuit et l'estampille 1998, mais que probablement je ne saurai plus lire en public : si je lis &lt;i&gt;Impatience&lt;/i&gt;, c'est le texte ci-dessous qui s'ouvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et n&#233;gocier avec ceux qui, anim&#233;s d'esprit favorable, ouvrent les pages de ce site, qu'au lieu de ce que j'ai nomm&#233; &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article749' class=&#034;spip_in&#034;&gt;fosse &#224; bitume&lt;/a&gt;, pas du tout p&#233;jorativement, mais bien au contraire pour hisser au premier plan l'intersection arborescence et m&#233;moire, comme travail &lt;i&gt;reparaissant&lt;/i&gt; au sens de Balzac : textes sur ce site qui reviennent peu &#224; peu progressivement en une du site &#224; mesure de leur r&#233;vision, leur constitution, leur &#233;largissement. Et ce n'est pas facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Textes qui sont d&#232;s &#224; pr&#233;sent le c&#339;ur vivant du laboratoire, dans l'humilit&#233; de l'atelier personnel, et n'auront pas, pourtant, d'autre forme que virtuelle, hors la concr&#233;tion sonore de la lecture en public. De m&#234;me, je ne publierai probablement jamais l'&#233;tude sur Balzac qui est peut-&#234;tre le plus vieux chantier ouvert et revisit&#233; en permanence sur mon disque dur, mais je suis toujours affam&#233; de venir parler en public de cette question de l'invention de litt&#233;rature : on nous sollicite trop peu. Je laisse la question ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrit au ch&#226;teau de Saumane, le 11 mai 2007, de 7h50 &#224; 9h10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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