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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Cergy | indiscr&#233;tion ateliers soir</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>art, artistes</dc:subject>
		<dc:subject>EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)</dc:subject>
		<dc:subject>#seeing</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;quand on n'ose pas photographier chez les gens&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique100" rel="directory"&gt;3 | 2013-2019, Cergy, &#233;crire en &#233;cole d'arts&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot724" rel="tag"&gt;art, artistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot796" rel="tag"&gt;EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot798" rel="tag"&gt;#seeing&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3845.jpg?1389907862' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
transf&#233;r&#233; sur &lt;a href=&#034;http://cergyland.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cergyland.fr&lt;/a&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;un site d&#233;di&#233; au studio &#233;criture de l'&#233;cole d'arts Paris-Cergy&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>[25] &#171; j'avoue que la peinture de ces inutiles m'indiff&#232;re assez &#187;, disait Bloch </title>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Simon, Claude </dc:subject>
		<dc:subject>art, artistes</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de la question de savoir s'il est profitable &#224; la litt&#233;rature de parler des duchesses et des oisifs&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot59" rel="tag"&gt;Simon, Claude &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot724" rel="tag"&gt;art, artistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot725" rel="tag"&gt;&#233;crivains, &#233;criture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3238' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3242' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais bien s&#251;r Bloch est du mauvais c&#244;t&#233;. Et si, &#224; cent ans de distance de la publication de &lt;i&gt;Swann&lt;/i&gt;, cela restait la question essentielle ? Une sorte de reproche permanent fait &#224; Proust comme d'aller d&#233;voyer dans les zones mortes de la soci&#233;t&#233; ce que nous cherchons de vif dans les livres. La litt&#233;rature, c'est entendu, ne vaut que par son contenu et qu'il soit utile et juste. Qu'on ne fasse pas de litt&#233;rature avec des bons sentiments, Gide avait tout de suite gagn&#233; la partie avec &#231;a, mais que la litt&#233;rature puisse s'&#233;tablir sur la peinture des inutiles, c'est louche encore &#224; cent ans de distance. Et pourtant, on lit quand m&#234;me. Et dans les pratiques sociales de la duchesse de Guermantes ou de Mme Verdurin la patronne on trouve notre compte pour le d&#233;chiffrage de notre vocabulaire m&#234;me de la relation dans la communaut&#233; humaine, o&#249; qu'elle soit et comment qu'elle se pr&#233;sente. La triche dans la parole, le fric sous la peau, la domination et la b&#234;tise &#8211; et puis quand bien m&#234;me, que tout cela on s'en fiche. On rit tout aussi bien du narrateur godiche sous les postillons de Mme de Cambremer ou quand il dit &#224; la Verdurin son &#233;motion de ce que son riche vestibule de marbre lui &#233;voque un courant d'air dans une gare perdue et que c'est cela qui le met dans tous ses &#233;tats. Proust est une litt&#233;rature de la d&#233;mat&#233;rialisation du r&#233;el, de la construction d'imaginaire dans le processus m&#234;me qui nomme et les choses et nous-m&#234;mes, et ce par quoi, dans cette disjonction du langage et du r&#233;el, nous apprenons qu'il est impossible d'apprendre &#224; se comporter soi-m&#234;me. La marche proc&#232;de d'un d&#233;s&#233;quilibre, de notre relation aux autres il en serait de m&#234;me et c'est de ce d&#233;s&#233;quilibre pr&#233;cis&#233;ment que Proust nous enseigne. &#171; L'art v&#233;ritable n'a que faire de tant de proclamations et s'accomplit dans le silence &#187;, dit Proust dans le m&#234;me passage, continuant sur le fait qu'on puisse &#233;tudier l'anatomie aussi bien &#171; sur le corps d'un imb&#233;cile que sur celui d'un homme de talent &#187;. La notion de &#171; r&#233;alit&#233; &#187; vient alors au premier plan : &#171; la r&#233;alit&#233; &#224; exprimer r&#233;sidait, je le comprenais maintenant, non dans l'apparence du sujet, mais dans le degr&#233; de p&#233;n&#233;tration de cette impression &#224; une profondeur o&#249; cette apparence importait peu, comme le symbolisaient ce bruit de cuiller sur une assiette, cette raideur empes&#233;e de la serviette, qui m'avaient &#233;t&#233; plus pr&#233;cieux pour mon renouvellement spirituel que tant de conversations humanitaires, patriotiques, internationalistes &#187;. Il y a presque une violence radicalement li&#233;e &#224; Proust dans le d&#233;port de cette probl&#233;matique vers le monde des &#171; inutiles &#187;, qui n'est pas le monde de la cour de Saint-Simon, la m&#234;me aristocratie mais dans son levier de pouvoir et comment ce levier la brise, ou dans l'aristocratie balzacienne, tout occup&#233;e de ses rentes et de ses maisons. &#171; Quelques-uns voudraient que le roman f&#251;t une sorte de d&#233;fil&#233; cin&#233;matographique des choses &#187;, reprend &#233;trangement Proust &#8211; ce n'est pas la seule occurrence du cin&#233;ma dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, mais l&#224; o&#249; Kafka rapporte un texte qui nous &#233;merveille encore de sa premi&#232;re fois au cin&#233;ma, Proust, qui pourtant met sa lanterne magique au m&#234;me niveau que ses livres d'enfance, laisse le cin&#233;ma aux portes de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; avec m&#233;pris, en tout cas cordon sanitaire rien que par le vocabulaire employ&#233; (&#171; salle de spectacle servant &#224; exhiber les films d'un de ces cin&#233;mas vers lesquels allaient se pr&#233;cipiter d&#238;neurs et d&#238;neuses &#187;). Dans cette attaque (de premier degr&#233; et non travaill&#233;e) sur le traitement cin&#233;matographique de la repr&#233;sentation, l'expression la plus crue d'o&#249; Proust &#233;tablit son atelier, dans la dramaturgie m&#234;me de la convocation et la nomination des choses. Grandes pages monobloc qui sont le versant m&#233;tallique de Proust et voil&#224; comment on casse au marteau la porcelaine de ceux qui veulent &#171; faire sortir l'artiste de sa tour d'ivoire &#187; (entre guillemets dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;) et ceux qui voudraient assigner des murs &#224; la litt&#233;rature, &#171; &#224; traiter de sujets non frivoles ni sentimentaux, &#224; peindre de grands mouvements ouvriers, et &#224; d&#233;faut de foules, &#224; tout le moins non plus d'insignifiants oisifs &#187; Et c'est ainsi que Proust justifie de cette page l'incipit (je continue de lire le m&#234;me passage en remontant) : &#171; que nous ne sommes nullement libres devant l'&#339;uvre d'art, que nous ne la faisons pas &#224; notre gr&#233;, mais que, pr&#233;existant &#224; nous, nous devons, &#224; la fois parce qu'elle est n&#233;cessaire et cach&#233;e, et comme nous ferions pour une loi de la nature, la d&#233;couvrir. &#187; Et c'est comme cela qu'il nous aide &#224; distance, Marcel Proust, et nous donne ce qu'il nous faut de force.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[27] parce qu'elle avait &#233;t&#233; la ma&#238;tresse de Liszt</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire#Proust</dc:subject>
		<dc:subject>art, artistes</dc:subject>
		<dc:subject>temps, uchronies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de qui serait Jeanne Duval aujourd'hui&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot724" rel="tag"&gt;art, artistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot728" rel="tag"&gt;temps, uchronies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3242' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3244' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais je ne connais aucun de ces noms dont ce soir tu m'assommes &#187;, avait dit Proust tandis que Baudelaire reprenait apparemment son souffle, ou &#233;coutait curieux un bruit d'automobile grossissant puis disparaissant rue Hamelin, tandis que la chemin&#233;e grognait &#224; cause du vent dehors. Mais quand il se retourna vers Proust on aurait dit qu'il n'avait rien entendu : &#171; Jeanne Duval aujourd'hui aurait v&#233;cu &#224; New York, elle se serait appel&#233;e Chrissie Hynde il y a vingt ans, Grace Slick il y a trente ans ou Kim Gordon il y a dix ans et aujourd'hui je ne les connais m&#234;me plus, ou pourquoi pas Christa P&#228;ffgen dite Nico en Musset habill&#233; en robe tu en dis quoi. Et moi j'aurais fui vers l'Asie, je serais parti avec une de ces machines &#224; photographier et envoyer des mots, j'aurais tout fait &#224; l'envers, peut-&#234;tre Constantin Guys l'avait compris mais Constantin Guys avait une telle avance qu'aujourd'hui lui-m&#234;me ne serait plus ni dans les guitares ni dans les mots il serait &#8211; tu vois &#8211; informaticien dans les codes et parlerait par des courbes et des graphes. &#187; Proust s'&#233;tait r&#233;sign&#233; &#224; l'indiff&#233;rence : &#171; La question du lieu o&#249; je vis se r&#233;sume &#224; ma place dans cette pi&#232;ce &#187;, chuchota-t-il sans que l'autre semble entendre. &#171; La seule chose &#224; peu pr&#232;s pr&#233;visible c'est que de toute fa&#231;on, Jeanne Duval ou Constantin Guys comme moi-m&#234;me ou toi-m&#234;me mon petit Proust, &#244; toi l'impalpable, le l&#233;ger, le boxeur, le violent, le menteur, le r&#234;veur, s&#251;r de s&#251;r qu'on aurait &#233;t&#233; clodos comme devant. &#201;coute, &#233;coute-les dans la nuit ces musiques d'apr&#232;s notre temps ! &#187; Il fit silence, on entendit &#224; nouveau surtout la chemin&#233;e. Proust regardait Baudelaire curieusement : qu'un mort en entende plus que vous-m&#234;me, de quoi cela vous prive-t-il ? &#171; Est-ce que &#231;a ne suffit pas &#224; notre bonheur, le pressentiment de ce que seraient des musiques inatteignables ? Mon petit Proust qui parle de tant de merveilles que Baudelaire n'a pas connues (disait Baudelaire) : &#233;lectricit&#233;, fantascope, lampascope, t&#233;l&#233;phone et avions &#8211; et tu voudrais, &#244; mon ami Proust, qu'un Baudelaire te lise et te comprenne... Moi au moins j'ai les musiques, ces musiques de demain. Projetons-nous dans leur bruit &#233;lectrique, enfermons-nous dans leur nuit d'&#233;clats et fum&#233;es, et fais surgir les foules de demain, si tu peux, de tes lanternes ? &#187; Proust ne r&#233;pondit rien. &#171; Seulement regarde... Ce qui vient de demain... Avec les musiques : horreurs, extermination, guerres et leur lucre d'argent-ma&#238;tre dis, tu crois qu'on n'aurait v&#233;cu que pour cela ? Et c'est ce qu'ils auraient fait de la beaut&#233;, nous n'en aurions arrach&#233; ces minces &#233;clats toi et moi que pour leur laisser ce remords dans la nuit, d'avoir manqu&#233; &#224; l'humaine aventure ? &#187; Dans ces moments, on aurait dit que Baudelaire pr&#233;f&#233;rais carr&#233;ment tourner le dos &#224; Proust, parler face au mur sans m&#234;me se pr&#233;occuper de v&#233;rifier si l'autre suivait. &#171; Je te parlais hier d'Agrippa d'Aubign&#233;, on est d'accord sur Agrippa d'Aubign&#233; parce qu'on sait toi et moi en r&#233;citer des vers entiers, m&#234;me sans livre, mais que penses-tu, &#244; Proust, de Chrissie Hynde et de Kim Gordo ? Et dis-donc, si nous deux on s'appelait Gun Club ? Et si on prenait pour surnom commun Jah Wobble, saurions-nous maintenant, dans notre propre nuit, atteindre &#224; la dimension d'un Jah Wobble ou d'un Marcus Miller de leur temps &#224; venir ? &#187; Baudelaire s'&#233;tait retourn&#233; vers Proust, s'&#233;tait rapproch&#233; de lui. &#171; Mais arr&#234;te, arr&#234;te de me regarder comme &#231;a, je n'aurais donc pas droit de parler, moi Baudelaire tu voudrais que je me taise ? &#187; Silence. &#171; C'est que je ne comprends rien, mais rien de rien &#187;, avait r&#233;pondu Marcel Proust, tel que leur conversation fut transcrite par Marie-Gineste Albaret qui r&#234;vait, elle, de ces musiques que d&#233;crivait Baudelaire et n'aurait en rien manqu&#233; une transcription patiente et fid&#232;le de leurs conversations des fins de nuit, depuis l'autre c&#244;t&#233; de la porte et quand bien m&#234;me, par del&#224; le souffle de la vieille chemin&#233;e grognant son hiver de flammes, l'aube allait venir. &#171; Je ne saurais m&#234;me pas r&#233;p&#233;ter ces noms que tu prononces &#8211; tu dis que tu entends des musiques ? &#187; avait dit Proust &#224; Baudelaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>[38] secr&#232;te, bruissante et divis&#233;e, la phrase a&#233;rienne et odorante</title>
		<link>http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3259</link>
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		<dc:date>2012-12-07T07:41:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>
		<dc:subject>art, artistes</dc:subject>
		<dc:subject>phrase, syntaxe</dc:subject>
		<dc:subject>musique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Il leur semblait quand le pianiste jouait la sonate qu'il accrochait au hasard sur le piano des notes que ne relient pas en effet les formes auxquelles ils &#233;taient habitu&#233;s, et que le peintre jetait au hasard des couleurs sur ses toiles. &#187; Cela, c'est comment les &#233;poux Cottard, qui savent bien qu'on ne peint pas quelqu'un en lui faisant des cheveux mauves. Swann &#8211; quand on lui dit que cette sonate marque bien l'ali&#233;nation mentale dont est para&#238;t-il victime le vieux Vinteuil, est mis en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot724" rel="tag"&gt;art, artistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot726" rel="tag"&gt;phrase, syntaxe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot737" rel="tag"&gt;musique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il leur semblait quand le pianiste jouait la sonate qu'il accrochait au hasard sur le piano des notes que ne relient pas en effet les formes auxquelles ils &#233;taient habitu&#233;s, et que le peintre jetait au hasard des couleurs sur ses toiles. &#187;&lt;/i&gt; Cela, c'est comment les &#233;poux Cottard, qui savent bien qu'on ne peint pas quelqu'un en lui faisant des cheveux mauves. Swann &#8211; quand on lui dit que cette sonate marque bien l'ali&#233;nation mentale dont est para&#238;t-il victime le vieux Vinteuil, est mis en trouble : &lt;i&gt;&#171; car une oeuvre de musique pure ne contenant aucun des rapports logiques dont l'alt&#233;ration dans le langage d&#233;nonce la folie, la folie reconnue dans une sonate lui paraissait quelque chose d'aussi myst&#233;rieux que la folie d'une chienne, la folie d'un cheval, qui pourtant s'observent en effet. &#187;&lt;/i&gt; Le vieux terme d'&lt;i&gt;ekphrasis&lt;/i&gt; n'est pas r&#233;serv&#233; &#224; la description d'image, ni m&#234;me d'oeuvre d'art, mais avec lui le langage s'est dot&#233; d'un mot qui d&#233;signe la repr&#233;sentation-r&#233;cit qu'on fait de l'oeuvre-image, et comment le r&#233;cit peut &#233;ventuellement plut&#244;t que l'accompagner ou l'illustrer, se substituer &#224; elle pour ce qui est de la connaissance qu'elle transporte. Ainsi chez Proust des tableaux de Carquethuit d'Elstir, qui ne sont pas un succ&#233;dan&#233; de Monet, Manet et les autres, mais la fabrication d'un peintre pour les besoins de sa propre oeuvre. On n'a pas l'&#233;quivalent mot pour ce qui concerne l'oeuvre musicale, quand elle interf&#232;re avec le r&#233;cit litt&#233;raire. Rabelais s'en tire en produisant soudain, dans le prologue du &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt;, une liste des compositeurs de son temps &#8211; les inventeurs de la polyphonie. Balzac poussera cela d'un grand coup d'&#233;paule, inventant Gambara et Massimila Doni. Jeu de masque dans &lt;i&gt;Massimila Doni&lt;/i&gt;, et fabrique de Gambara avec tout ce que lui a appris le creusement connu du mysticisme impliqu&#233; par la figure de qui affronte oeuvre, qu'il s'agisse de Louis Lambert, S&#233;raphit&#226; ou &lt;i&gt;La recherche de l'absolu&lt;/i&gt; (o&#249; r&#233;sonne par anticipation le titre merveilleux de Proust). Apr&#232;s Proust, d'autres continents viendront, mais ils seront rares &#8211; pans du &lt;i&gt;Finnegans Wake&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Doktor Faustus&lt;/i&gt; deThomas Mann, et, parall&#232;le &#224; Proust, la tr&#232;s discr&#232;te &lt;i&gt;Jos&#233;phine ou la cantatrice des souris&lt;/i&gt; de Franz Kafka, un de ses r&#233;cits les plus &#233;labor&#233;s dans la suite des micro-figures juxtapos&#233;es, qui complexifient l'all&#233;gorie sans jamais la r&#233;soudre par une causalit&#233; lin&#233;aire ou seulement temporelle. Les mutations qui affecteront l'univers musicale par sa pratique m&#234;me (ce que Wagner ou Debussy ni Mahler ne font pas, l'&#233;largissant et la d&#233;composant du dedans, mais en gardant les outils et instruments), par le dod&#233;caphonisme (le &lt;i&gt;Faustus&lt;/i&gt; de Thomas Mann s'y ancre), par le jazz (Kerouac en sort arm&#233;) puis l'amplification &#233;lectrique du rock banaliseront un cannibalisme qui r&#233;g&#233;n&#232;re &#8211; mais c'est bien Proust qui l'inaugure. Si l'image peut &#234;tre &lt;i&gt;temps&lt;/i&gt; (Deleuze sortira arm&#233; de son &lt;i&gt; &lt;i&gt;Proust&lt;/i&gt; &lt;/i&gt; pour dire le cin&#233;ma), l'oeuvre musicale l'est par son &#234;tre m&#234;me. Elle construit horizontalement et rythmiquement le temps comme verticalement elle organise le bruit, ou l'annihile. L'irruption de l'oeuvre musicale comme ekphrasis dans le r&#233;cit litt&#233;raire c'est pr&#233;cis&#233;ment pour rester en amont d'o&#249; le langage signifie, o&#249; il est seulement organisation horizontale et verticale de ce qui dynamiquement se compose. En amont de personnages, images, faits, la fa&#231;on dont le langage se structure lui-m&#234;me en r&#233;cit et architecture de ce r&#233;cit. Il est d'ailleurs &#233;trange qu'on ne croise pas d'architecte dans la Recherche, peut-&#234;tre qu'aujourd'hui il serait obligatoire. Dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, cette nappe qui concerne la pr&#233;sence dite de la musique, en tant qu'elle permet au narrateur la ressaisie abstraite de sa propre composition, entre m&#233;lodie et contrepoint, art symphonique de l'orchestre et rongement au-dedans du compositeur. Cela s'&#233;tablit d&#232;s &lt;i&gt;Swann&lt;/i&gt; par &#8211; &#233;videmment &#8211; la sonate de Vinteuil et, ce qu'on ne mesurera jamais assez, le fait que le mot &lt;i&gt;phrase&lt;/i&gt; dans &#171; &lt;i&gt; la petite phrase &#187;&lt;/i&gt; vaut &#233;videmment pour le lin&#233;aire &#233;l&#233;mentaire de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, cette phrase qu'elle pousse obstin&#233;ment jusqu'&#224; sa grande renverse circulaire. Ce qu'on d&#233;crypte, c'est &#8211; en temps r&#233;el &#8211; &#224; mesure qu'il se modifie, le mode d'organisation abstraite de la composition majeure. Aucun ouvrier ni architecte de la construction collective majeure et d&#233;ploy&#233;e dans le temps de la cath&#233;drale, all&#233;gorie explicite du livre, pour en disposer d'une perception syncr&#233;tique. Et c'est, en strict parall&#232;le de l'id&#233;e du livre et de l'&#233;criture via Bergotte, pour ce qui est de la nappe de surface du grand livre, le chantier m&#234;me qu'on aper&#231;oit en permanence, mais hors d'une perception discursive, l'instance discursive &#233;tant tout entier braqu&#233;e sur la musique &#224; dire, et &#224; nous de faire le saut de cette musique &#224; notre propre besoin de lecteur, tenir le livre embrass&#233; dans nos bras, via son architecture, sa disposition, ses couloirs (travail &#224; faire sur les couloirs dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;). Et que peut-&#234;tre le plus surprenant est le plus dissimul&#233;. La sonate pour violon et piano, mais jou&#233;e par le piano seul dans Swann, c'est d&#233;j&#224; l'id&#233;e d'avoir &#224; penser l'organisation abstraite, et non pas seulement l'univers sensoriel. Le septuor de Vinteuil, dans le &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, incarnera cette abstraction en elle-m&#234;me. Morel, l'ex&#233;cutant sans intelligence, serait une all&#233;gorie simple, si dans l'&#233;criture &#8211; Proust le r&#233;p&#232;te &#224; l'envi &#8211; cette idiotie n'&#233;tait pas tout aussi n&#233;cessaire, et s'il nous faut &#234;tre nous-m&#234;mes le Charlus qui hurle d'une voix de fausset, culbuto oscillant sur deux fesses &#233;normes, l'enjeu esth&#233;tique monstrueux de la t&#226;che, c'est toujours en opposition de temps, et non pas dans l'instant m&#234;me de la r&#233;daction. Morel, incarnation des tendances basses, est tout aussi indispensable comme figure int&#233;rieure de l'auteur, que l'esth&#233;tisme pr&#233;cis de Bergotte. C'est le discours chaque fois qui s'effondre, min&#233;, s'&#233;croulant par pans de vieille poussi&#232;re, qu'il soit celui de Norpois ou de Brichot &#8211; seul Charlus, encore, &#233;chappe &#224; cette loi g&#233;n&#233;rale de la mort du discours qui pr&#233;c&#232;de la mort des &#234;tres. Swann l'avait compris, mais il ne sait pas l'atteindre et le prof&#233;rer, m&#234;me dans son dernier &#233;change avec le narrateur dans la soir&#233;e chez la princesse de Guermantes (prochaine direction ici, le r&#244;le et la disposition de ces soir&#233;es successives). Juste, dans cette permanence structurelle, de la sonate pour violon et piano dans &lt;i&gt;Swann&lt;/i&gt;, et du septuor &#224; mesure qu'on avance vers la r&#233;solution finale, qu'on n'aurait peut-&#234;tre pas pr&#234;t&#233; assez attention &#224; ce qu'incarne la vieille et postillonnante figure de la marquise de Cambremer : cette dame a travaill&#233; avec Chopin. Elle a b&#233;n&#233;fici&#233; de l'enseignement direct de celui qui rejoignait l'instance du compositeur et de l'interpr&#232;te, son affrontement physique avec les limites de l'instrument portant sa musique &#224; la limite, et la r&#233;solvant par le geste autant que par la conception. Mme de Cambremer est simplement ex&#233;cutante, mais est la seule d&#233;positaire (on y insiste, tous les autres pianistes ayant b&#233;n&#233;fici&#233; d'un contact direct avec Chopin sont morts) de ce rouage qui s&#233;pare de la pure ex&#233;cution. Pour que cet essai se d&#233;veloppe, il faut d&#233;sormais l'armer : revenir &#224; comment Proust nomme l'abstraction qu'est la musique en sera un appui. Mais comment ne pas tout r&#233;sumer, plut&#244;t que par Vinteuil, homme de fiction, par Chopin qui fut aussi r&#233;el que Nerval, Sand, Baudelaire : &lt;i&gt;&#171; caresser les phrases, au long col sinueux et d&#233;mesur&#233;, de Chopin, si libres, si flexibles, si tactiles, qui commencent par chercher et essayer leur place en dehors et bien loin de la direction de d&#233;part, bien loin du point o&#249; on avait pu esp&#233;rer qu'atteindrait leur attouchement, et qui ne se jouent dans cet &#233;cart de fantaisie que pour revenir plus d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#8211; d'un retour plus pr&#233;m&#233;dit&#233;, avec plus de pr&#233;cision, comme sur un cristal qui r&#233;sonnerait jusqu'&#224; vous faire crier &#8211; vous frapper au coeur. &#187;&lt;/i&gt; L'adjectif &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[32] &#171; H&#233; bien, ce pauvre Dechambre, dit-il mais &#224; mi-voix... &#187; </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


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&lt;p&gt;C'est ainsi qu'on tue, chez Proust. J'adore ce passage du retour Verdurin (avec troisi&#232;me occurrence dans le Temps retrouv&#233;). Il vaut mieux ne pas faire le compte des ann&#233;es r&#233;elles qui donneraient l'&#226;ge de la &#171; patronne &#187;, entre la p&#233;riode o&#249; elle accueille Swann et Odette bien avant leur mariage, et celle o&#249; vient &#224; la Raspeli&#232;re, Swann mort, le narrateur lui-m&#234;me. L'important, c'est la figure : &#224; c&#244;t&#233; de l'univers aristocrate des Guermantes, installer la bourgeoisie riche et sa relation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot722" rel="tag"&gt;structure, gen&#232;se&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est ainsi qu'on tue, chez Proust. J'adore ce passage du retour Verdurin (avec troisi&#232;me occurrence dans le &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;). Il vaut mieux ne pas faire le compte des ann&#233;es r&#233;elles qui donneraient l'&#226;ge de la &lt;i&gt;&#171; patronne &#187;&lt;/i&gt;, entre la p&#233;riode o&#249; elle accueille Swann et Odette bien avant leur mariage, et celle o&#249; vient &#224; la Raspeli&#232;re, Swann mort, le narrateur lui-m&#234;me. L'important, c'est la figure : &#224; c&#244;t&#233; de l'univers aristocrate des Guermantes, installer la bourgeoisie riche et sa relation ambigu&#235; &#224; l'art, par laquelle elle cherche la validation symbolique qui lui manque, mais rapport fauss&#233; puisque les artistes qui sont l&#224; ne viennent que pour le couvert et la soupe. Dans sa vie &#224; lui, Proust n'a pas besoin de la m&#233;diation d'un salon pour rencontrer ses amis artistes, musiciens ou &#233;crivains. Le salon est la sc&#233;nographie n&#233;cessaire pour que l'artiste, en tant que personnage, puisse surgir dans les grandes nappes de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;. Il avait ce r&#244;le dans &lt;i&gt;Swann&lt;/i&gt;, ou Verdurin saison 1 : rien qui permette de voir en Elstir dit &lt;i&gt;&#171; Biche &#187;&lt;/i&gt; la personnification de la peinture en mouvement qu'il deviendra dans les pages de Carquethuit. Si on examine la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; comme on analyse une partition musicale, on voit Bergotte arriver d&#232;s Combray, s'ins&#233;rer dans la proximit&#233; de Swann et revenir vers le narrateur via son p&#232;re invitant Norpois &#8211; celui qui incarne la pr&#233;sence sociale de l'&#233;crivain est donc trait&#233; &#224; part, tandis que d&#232;s l'ouverture de la deuxi&#232;me partie, l'amour et la jalousie de Swann pour Odette, s'installe le &lt;i&gt;&#171; petit noyau &#187;&lt;/i&gt; des Verdurin avec en bin&#244;me le peintre et le musicien. L'ambigu&#239;t&#233; &#233;tant que si le peintre est avant tout un discours mondain sur l'art, ou le registre social des discours sur l'art, le musicien est chaperonn&#233; par sa tante tout simplement pour l'emp&#234;cher de parler, mais ce qu'il installe (via bien s&#251;r, et tr&#232;s vite dans le livre, la sonate de Vinteuil et sa &lt;i&gt;&#171; petite phrase &#187;&lt;/i&gt;) une pr&#233;sence effective de l'art par sa pratique m&#234;me. Proust d&#233;ploiera plus avant son dispositif : la soir&#233;e avec la Berma, la complexit&#233; des figures de l'&#233;criture parce que c'est le narrateur lui-m&#234;me qui parle sans cesse de litt&#233;rature (on ne sait pas ce qu'il dit aux gens, mais on sait que c'est cela qui les attire &#224; lui et les fascine assez pour lui permettre de franchir fictivement toutes les barri&#232;res sociales), et progressivement la constitution de trois figures principales, qui chacune vont &#233;chapper &#224; la premi&#232;re d&#233;termination par leurs relations sociales (Vinteuil en tant que p&#232;re de sa fille homosexuelle et m&#233;connu dans Combray, Elstir quittant le surnom de &lt;i&gt;&#171; Biche &#187;&lt;/i&gt; et brisant avec les Verdurin, Bergotte cheminant vers sa mort devant la vue de Delft &#8211; quand Vermeer &#233;tait au d&#233;part l'apanage de Swann qui &#233;crit sur lui), et devenir dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; une suite de lignes dures, celles qui permettront au narrateur de se constituer lui-m&#234;me comme artiste, l'art passant avant ses cat&#233;gories particuli&#232;res, dont l'&#233;criture. Et c'est sur l'appui de ces lignes dures que Proust peut d&#233;velopper des figures interm&#233;diaires : ainsi le r&#244;le de Charlus, celui qui tient dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; le r&#244;le d'admirateur absolu de Balzac, mais entretient avec Morel une relation d'initiation, contraignant ce violoniste &#224; la virtuosit&#233; vide, arriviste qui pr&#233;f&#232;rera toujours jouer aux cartes et employ&#233; dans la musique militaire &lt;i&gt;&#171; aux batteries &#187;&lt;/i&gt; &#224; comprendre Schumann ou les quatuors de Beethoven pour les jouer. Et, quand arrive la Raspeli&#232;re, recr&#233;er un personnage de peintre qui soit uniquement bas&#233; sur ces d&#233;terminations sociales, hors d'une logique d'oeuvre. De ce personnage, on ne saura m&#234;me pas le nom : juste le diminutif &lt;i&gt;Ski&lt;/i&gt;, parce qu'il vient de l&#224;-bas, en Pologne. Avec un crit&#232;re o&#249; soudain le Proust sauvage repara&#238;t : ce type a toutes les facilit&#233;s et les dons, tout lui est facile, musique, peinture, mais cela m&#234;me lui est un barrage pour l'art v&#233;ritable. Ski, tout pr&#234;t &#224; devenir artiste rat&#233;, mais mystifiant sa soci&#233;t&#233;, semble tout droit sorti du Wenceslas Steinbock de la &lt;i&gt;Cousine Bette&lt;/i&gt;, qui vient de Pologne comme lui, mais avec des sonorit&#233;s autres. Difficile de savoir &#224; quel point Proust, construisant son Ski pour la Raspeli&#232;re et Verdurin saison 2, a directement pris dans sa bo&#238;te &#224; outils le personnage tout pr&#234;t de Balzac (&lt;i&gt;&#171; il n'y avait aucun art pour lequel il n'e&#251;t eu de la facilit&#233;, et elle &#233;tait persuad&#233;e que cette facilit&#233; il l'e&#251;t pouss&#233;e jusqu'au talent s'il avait eu moins de paresse &#187;&lt;/i&gt;, phrase merveilleusement XVIIe si&#232;cle). Et cela convient parfaitement &#224; la Verdurin (&lt;i&gt;&#171; un don de plus, &#233;tant le contraire du travail, qu'elle croyait le lot des &#234;tres sans g&#233;nie &#187;&lt;/i&gt;). Ski peint sur boutons de manchette, imite tout un orchestre avec sa bouche quand il joue du piano, et &#8211; crime encore plus grave &#8211; se revendique du &lt;i&gt;bon sens&lt;/i&gt;. Elstir, d&#232;s les &lt;i&gt;Jeunes filles en fleurs&lt;/i&gt; (c'est chez lui que le narrateur parlera pour la premi&#232;re fois, une fois mang&#233; son g&#226;teau, &#224; Albertine), s'est clo&#238;tr&#233; dans son atelier : il peint par s&#233;ries, accumule du temps et devient la premi&#232;re figure (les toiles de Carquethuit) &#224; d&#233;mat&#233;rialiser le r&#233;el pour mieux l'approcher par la sensation, ce qui sera pr&#233;cis&#233;ment la t&#226;che du narrateur pour se constituer comme &#233;crivain. Alors Elstir f&#226;ch&#233; avec les Verdurin, c'est facile : couplet de la &lt;i&gt;&#171; patronne &#187;&lt;/i&gt; pour expliquer comment elle l'a chass&#233; pour cause de mariage indigne, et Ski peut enfiler les habits d&#233;laiss&#233;s du &lt;i&gt;&#171; Biche &#187;&lt;/i&gt; de la premi&#232;re heure. Mais le bin&#244;me Charlus-Morel lui est n&#233;cessaire : premier croisement de fait (et comment il va en jouer, via l'opposition Charlus-Cambremer) de la bourgeoisie montante et de l'aristocratie d&#233;clinante. C'est symbolis&#233; par les maisons, les Verdurin s'appropriant la Raspeli&#232;re et cantonnant les Cambremer &#224; F&#233;terne, c'est symbolis&#233; par la premi&#232;re alliance, la soeur Legrandin &#233;pousant l'impayable marquis de Cambremer et ses trois phrases pr&#233;dictibles (&lt;i&gt;&#171; Il me semble que vous avez l&#224; une belle b&#234;te &#187;&lt;/i&gt;), et bien s&#251;r par la transgression qui voit Charlus qu&#233;mander son entr&#233;e dans le salon Verdurin, ignorant totalement son statut dans le monde Guermantes. Alors, dans la partition, comment faire entrer le violoniste et son tuteur faustien (Proust insiste au moins quatre fois comme quoi leur relation est &lt;i&gt;&#171; probablement platonique &#187;&lt;/i&gt;), dans la continuit&#233; du &lt;i&gt;&#171; petit noyau &#187;&lt;/i&gt; avec son coassage organis&#233;, la fonction chorale &#233;tant tenue par Cottard et madame, Brichot l'aveugle sorbonnard, et Saniette l'&#233;ternelle victime ? Tout simple, on tue le pianiste. Il &#233;tait bien trop jeune pour cela ? Pas grave, on meurt jeune aussi. On aurait de la peine &#224; s'en justifier en cours de texte ? Mais quelle occasion r&#234;v&#233;e de commencer le chapitre par cela. Il y a les r&#244;les compl&#233;mentaires : la vieille Sherbatoff &#224; moustache qui va reprendre le r&#244;le de confident racinien et faire-valoir de la Verdurin comme l'&#233;tait Odette dans la saison 1, et comme l'est la princesse de Parme aupr&#232;s de la duchesse de Guermantes. Et bien s&#251;r le r&#244;le de clowns en duo que reprend monsieur Verdurin aupr&#232;s de madame, encore accentu&#233; depuis la saison 1 puisque entre-temps Proust avait repris exactement le m&#234;me dispositif pour le duc de Guermantes avec madame. La chorale est pr&#234;te : la Sherbatoff dans le train, le Verdurin pr&#233;pos&#233; &#224; l'accueil, et madame dans sa pose toute pr&#234;te de trag&#233;dienne &#224; migraine. Le choeur mobile de Ski, Brichot et Cottard, et que surtout il ne faut pas faire savoir &#224; la &#171; patronne &#187; que le jeune pianiste vient de mourir, &lt;i&gt;resquiescat in pace&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;rest in peace&lt;/i&gt;, RIP... Premi&#232;re occurrence (Brichot) : &lt;i&gt;&#171; Saviez-vous que notre pauvre Dechambre, l'ancien pianiste favori de Mme Verdurin, vient de mourir ? &#187;&lt;/i&gt; (et donc l'apprendre le jour m&#234;me de l'introduction du narrateur aupr&#232;s des Verdurin). Replacement du pianiste dans son r&#244;le au sein de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, au cas probable o&#249; on ait oubli&#233; son nom, d'ailleurs m&#234;me pas un nom puisqu'il joue &#8211; au sens propre &#8211; de la musique &lt;i&gt;de chambre&lt;/i&gt; et que dans &lt;i&gt;Swann&lt;/i&gt; on ne s'&#233;tait m&#234;me pas emb&#234;t&#233; &#224; lui donner un nom : &lt;i&gt;&#171; il me semblait que Dechambre jouait la sonate de Vinteuil pour Swann quand ce cercleux en rupture d'aristocratie ne se doutait gu&#232;re qu'il serait un jour le prince embourgeois&#233; de notre Odette nationale &#187;&lt;/i&gt;. C'est tellement un artifice de m&#233;lodrame, de l'op&#233;rette venant soudain sur la haute sc&#232;ne de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, que le cher Verdurin en rit &#224; m&#234;me le texte, comme s'il se moquait du r&#244;le que lui fait tenir Proust, via l'adverbe &lt;i&gt;all&#232;grement&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; H&#233; bien ! ce pauvre Dechambre ! dit-il, mais &#224; mi-voix, dans la crainte que Mme Verdurin ne f&#251;t pas loin. &#8211; C'est affreux, r&#233;pondit&lt;/i&gt; all&#232;grement&lt;i&gt; M. Verdurin. &#8211; Si jeune, reprit Brichot &#187;&lt;/i&gt;, sur quoi Proust reviendra jouer au moins trois fois, et toujours via adverbe, genre : &lt;i&gt;&#171; Non, mais je vous jure, quand elle a appris que Dechambre &#233;tait mort, elle a&lt;/i&gt; presque &lt;i&gt;pleur&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Qu'est-ce que je dis, trois fois, pas loin de dix, comme &lt;i&gt;&#171; Vous ne voulez tout de m&#234;me pas nous faire crever tous parce que Dechambre est mort, quand depuis un an il &#233;tait oblig&#233; de faire des gammes avant de donner un concert &#187;&lt;/i&gt;, apr&#232;s quoi on n'en parlera plus jamais. Ainsi, dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, la contrainte due &#224; l'&#233;conomie narrative non seulement produit des contenus li&#233;s aux personnages eux-m&#234;mes, mais se sert de leur ext&#233;riorit&#233; &#224; la logique inh&#233;rente au r&#233;cit pour le d&#233;placer et le sc&#233;nariser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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