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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Proust #7 | la grandeur dans le bruit lointain d'un a&#233;roplane</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>
		<dc:subject>Chateaubriand, Fran&#231;ois-Ren&#233; de</dc:subject>
		<dc:subject>train, voiture, avion</dc:subject>
		<dc:subject>biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;lectricit&#233; et autres progr&#232;s techniques</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;quand Proust monte &#224; cheval et fait voler ses avions avec vingt ans d'avance &#8211; m&#224;j 2&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot366" rel="tag"&gt;Chateaubriand, Fran&#231;ois-Ren&#233; de&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot723" rel="tag"&gt;biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot734" rel="tag"&gt;&#233;lectricit&#233; et autres progr&#232;s techniques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3255.jpg?1370800633' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;retour &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Un jour que j'&#233;tais all&#233; &#224; cheval voir les Verdurin et que j'avais pris dans les bois une route sauvage... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les vingt-quatre occurrences du mot &lt;i&gt;a&#233;roplane&lt;/i&gt; dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; un nouvel indice d'une probl&#233;matique de changement technique affectant la repr&#233;sentation symbolique du monde, et susceptible en tant que telle de provoquer de nouvelles pousses narratives. Non pas la probl&#233;matique du voyage et de la distance franchie, ou que le nouveau continent soit un appel, un myst&#232;re : la science-fiction naissante regorge de telles inventions, mais Proust n'y voit pas un moyen d'aller &#224; Londres, Berlin ou New York &#8212; il est bien trop t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est passionnant par contre, c'est comment Proust requiert l'apparition de l'avion moins pour poser la question d'un changement dans notre perception du monde que pour scruter notre r&#233;sistance &#224; ce changement, qui peut aller jusqu'&#224; r&#233;futer ses manifestations techniques : &lt;i&gt;&#171; cela n'emp&#234;che pas que chaque fois que la soci&#233;t&#233; est momentan&#233;ment immobile, ceux qui y vivent s'imaginent qu'aucun changement n'aura plus lieu, de m&#234;me qu'ayant vu commencer le t&#233;l&#233;phone, ils ne veulent pas croire &#224; l'a&#233;roplane &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proust est bien loin de se douter de comment cette phrase pourrait s'appliquer aux bouleversements de l'Internet et du livre. L'histoire de l'aviation balbutie en m&#234;me temps que Proust balbutie les &#233;tapes pr&#233;liminaires de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;. Il d&#233;colle progressivement sur de courtes distances, de m&#234;me qu'en mars 1906, &#224; Montesson, Traian Vuia accomplira l'exploit d'un vol de douze m&#232;tres &#224; une altitude passant le m&#232;tre, puis en ao&#251;t de la m&#234;me ann&#233;e volera &#224; Issy-les-Moulineaux vingt-cinq m&#232;tres &#224; une altitude de deux-m&#232;tres cinquante, puis que Santos Dumont, le 23 octobre de la m&#234;me ann&#233;e, &#224; Bagatelle, passera les soixante m&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela, c'est dans l'orbite de Proust. Et quand l'&#233;criture de la Recherche prend son &#233;lan, en 1908, Farman sur un avion Voisin parcourt vingt-sept kilom&#232;tres et se pose &#224; Reims. C'est en 1909 que Kafka et Max Brod font le voyage d'Italie rien que pour voir les machines volantes (ce que Kafka raconte dans &lt;i&gt;A&#233;roplanes &#224; Brescia&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les noms immens&#233;ment populaires des premiers aviateurs ne franchiront pas les portes de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, tandis que l'obscur po&#232;te du nom d'Alexis Saint-L&#233;ger L&#233;ger y sera accueilli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce bref passage, o&#249; les avions sont trait&#233;s comme des bateaux partant du port, et o&#249; Proust va sculpter d'un seul trait de plume ces lieux surgissants autour de la m&#233;canique et pour elle, est peut-&#234;tre un des plus beaux passages de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais maintenant libre de faire, aussi souvent que je voulais, des promenades avec Albertine. Comme il n'avait pas tard&#233; &#224; s'&#233;tablir autour de Paris des hangars d'aviation, qui sont pour les a&#233;roplanes ce que les ports sont pour les vaisseaux, et que depuis le jour o&#249;, pr&#232;s de la Raspeli&#232;re, la rencontre quasi mythologique d'un aviateur, dont le vol avait fait se cabrer mon cheval, avait &#233;t&#233; pour moi comme une image de la libert&#233;, j'aimais souvent qu'&#224; la fin de la journ&#233;e le but de nos sorties &#8212; agr&#233;ables d'ailleurs &#224; Albertine, passionn&#233;e pour tous les sports &#8212; f&#251;t un de ces a&#233;rodromes. Nous nous y rendions, elle et moi, attir&#233;s par cette vie incessante des d&#233;parts et des arriv&#233;es qui donnent tant de charme aux promenades sur les jet&#233;es, ou seulement sur la gr&#232;ve pour ceux qui aiment la mer, et aux fl&#226;neries autour d'un &#8220;centre d'aviation&#8221; pour ceux qui aiment le ciel. &#192; tout moment, parmi le repos des appareils inertes et comme &#224; l'ancre, nous en voyions un p&#233;niblement tir&#233; par plusieurs m&#233;caniciens, comme est tra&#238;n&#233;e sur le sable une barque demand&#233;e par un touriste qui veut aller faire une randonn&#233;e en mer. Puis le moteur &#233;tait mis en marche, l'appareil courait, prenait son &#233;lan, enfin, tout &#224; coup, &#224; angle droit, il s'&#233;levait lentement, dans l'extase raidie, comme immobilis&#233;e, d'une vitesse horizontale soudain transform&#233;e en majestueuse et verticale ascension. Albertine ne pouvait contenir sa joie et elle demandait des explications aux m&#233;caniciens qui, maintenant que l'appareil &#233;tait &#224; flot, rentraient. Le passager, cependant, ne tardait pas &#224; franchir des kilom&#232;tres ; le grand esquif, sur lequel nous ne cessions pas de fixer les yeux, n'&#233;tait plus dans l'azur qu'un point presque indistinct, lequel d'ailleurs reprendrait peu &#224; peu sa mat&#233;rialit&#233;, sa grandeur, son volume, quand, la dur&#233;e de la promenade approchant de sa fin, le moment serait venu de rentrer au port. Et nous regardions avec envie, Albertine et moi, au moment o&#249; il sautait &#224; terre, le promeneur qui &#233;tait all&#233; ainsi go&#251;ter au large, dans ces horizons solitaires, le calme et la limpidit&#233; du soir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'a&#233;roport du Bourget n'existe pas encore, ces hangars survivront dans les petits a&#233;rodromes de la pratique individuelle de l'aviation, leur r&#244;le social est tout &#233;ph&#233;m&#232;re mais Proust sait s'en saisir. Dans son texte &lt;i&gt;Journ&#233;es en automobile&lt;/i&gt;, parlant de la cath&#233;drale de Lisieux, et parlant d'Alfred Agostinelli, Proust ajoutera un &#233;trange parall&#232;le entre la machine &#224; &#233;crire et les avions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je ne pr&#233;voyais gu&#232;re quand j'&#233;crivais ces lignes que sept ou huit ans plus tard ce jeune homme me demanderait &#224; dactylographier un livre de moi, apprendrait l'aviation sous le nom de Marcel Swann dans lequel il avait amicalement associ&#233; mon nom de bapt&#234;me et le nom d'un de mes personnages et trouverait la mort &#224; vingt-six ans, dans un accident d'a&#233;roplane, au large d'Antibes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avion accompagnera le roman dans toutes ses phases &#224; venir. Dans la nuit de la guerre, il en devient le symbole m&#234;me : &lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait l'&#233;poque o&#249; il y avait continuellement des raids de gothas ; l'air gr&#233;sillait perp&#233;tuellement d'une vibration vigilante et sonore d'a&#233;roplanes fran&#231;ais... &#187;&lt;/i&gt; Et Proust, dans le m&#234;me passage du Temps retrouv&#233; parle de cette &lt;i&gt;&#171; impression de beaut&#233; que nous faisaient &#233;prouver ces &#233;toiles humaines et filantes &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans ce premier passage, o&#249; Proust monte &#224; cheval, le surgissement de l'avion troue litt&#233;ralement le r&#233;cit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Tout &#224; coup mon cheval se cabra ; il avait entendu un bruit singulier, j'eus peine &#224; le ma&#238;triser et &#224; ne pas &#234;tre jet&#233; &#224; terre, puis je levai vers le point d'o&#249; semblait venir ce bruit mes yeux pleins de larmes, et je vis &#224; une cinquantaine de m&#232;tres au-dessus de moi, dans le soleil, entre deux grandes ailes d'acier &#233;tincelant qui l'emportaient, un &#234;tre dont la figure peu distincte me parut ressembler &#224; celle d'un homme. Je fus aussi &#233;mu que pouvait l'&#234;tre un Grec qui voyait pour la premi&#232;re fois un demi-Dieu. Je pleurais aussi, car j'&#233;tais pr&#234;t &#224; pleurer, du moment que j'avais reconnu que le bruit venait d'au-dessus de ma t&#234;te&#8212;les a&#233;roplanes &#233;taient encore rares &#224; cette &#233;poque&#8212;&#224; la pens&#233;e que ce que j'allais voir pour la premi&#232;re fois c'&#233;tait un a&#233;roplane. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a jamais vu le petit narrateur, m&#234;me &#224; Combray, prendre des le&#231;ons d'&#233;quitation &#8212; quand bien m&#234;me au contraire il est probable que Gilberte, elle, ait fr&#233;quent&#233; des man&#232;ges (ce sera le cas d'Albertine, elle en mourra). Proust a pr&#233;par&#233; son passage loin en amont, lorsque sa m&#232;re reproche au narrateur &lt;i&gt;&#171; l'argent qui file &#187;&lt;/i&gt; pour louer cette voiture avec chauffeur dans ses mondanit&#233;s de vill&#233;giature. Alors, quand Albertine ne peut le rejoindre, il se r&#233;sout &#224; reprendre les vieilles cal&#232;ches moins ch&#232;res. Mais, pour rendre la majest&#233; de l'avion, que la voiture lui dissimulerait, et o&#249; la cal&#232;che fait de lui un observateur passif, il lui faut quelque chose d'aussi fort que Chateaubriand qui, lorsqu'il raconte les chutes Niagara, veut nous faire croire que son cheval glisse et qu'il tombe, une des plus belles prouesses par exc&#232;s des &lt;i&gt;M&#233;moires d'Outre-Tombe&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;&#171; Chateaubriand est beaucoup plus vivant que vous ne le dites &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;pondra Charlus &#224; Brichot). Et c'est, dans le passage ci-dessus, le d&#233;port du mot a&#233;roplane &#224; la toute fin qui cr&#233;e la force de l'apparition, et autorise la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Alors, comme quand on sent venir dans un journal une parole &#233;mouvante, je n'attendais que d'avoir aper&#231;u l'avion pour fondre en larmes. Cependant l'aviateur sembla h&#233;siter sur sa voie ; je sentais ouvertes devant lui&#8212;devant moi, si l'habitude ne m'avait pas fait prisonnier&#8212;toutes les routes de l'espace, de la vie ; il poussa plus loin, plana quelques instants au-dessus de la mer, puis prenant brusquement son parti, semblant c&#233;der &#224; quelque attraction inverse de celle de la pesanteur, comme retournant dans sa patrie, d'un l&#233;ger mouvement de ses ailes d'or il piqua droit vers le ciel. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la port&#233;e symbolique du passage, aucun moyen de douter, ne serait-ce que pour ces &lt;i&gt;&#171; yeux pleins de larmes &#187;&lt;/i&gt;, et il y a la r&#233;serve de lyrisme que Proust sait tendre d'un seul trait de m&#233;tal (le mot acier quand il y en avait pourtant bien peu ou pas du tout dans les ailes des Caudron).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baudelaire avait anticip&#233; cette possibilit&#233; pour la po&#233;sie de se grandir aux trois dimensions de l'espace, et d'y proc&#233;der par la vitesse, phrase qu'on conna&#238;t tous par c&#339;ur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Que la phrase po&#233;tique peut imiter (et par l&#224; elle touche &#224; l'art musical et &#224; la science math&#233;matique) la ligne horizontale, la ligne droite ascendante, la ligne droite descendante ; qu'elle peut monter &#224; pic vers le ciel, sans essoufflement, ou descendre perpendiculairement vers l'enfer avec la v&#233;locit&#233; de toute pesanteur ; qu'elle peut suivre la spirale, d&#233;crire la parabole, ou le zigzag figurant une s&#233;rie d'angles superpos&#233;s... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;crire le surgissement de l'avion, Proust a laiss&#233; Baudelaire organiser sans qu'on le cite le socle invisible du r&#233;cit, puisqu'&#224; lui est donn&#233; un objet r&#233;el qui puisse incarner le r&#234;ve baudelairien, de monter &#224; pic vers le ciel. Proust rajoute l'identification avec l'homme de l'air :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Cependant l'aviateur sembla h&#233;siter sur sa voie ; je sentais ouvertes devant lui &#8212; devant moi, si l'habitude ne m'avait pas fait prisonnier &#8212; toutes les routes de l'espace, de la vie ; il poussa plus loin, plana quelques instants au-dessus de la mer, puis prenant brusquement son parti, semblant c&#233;der &#224; quelque attraction inverse de celle de la pesanteur, comme retournant dans sa patrie, d'un l&#233;ger mouvement de ses ailes d'or il piqua droit vers le ciel. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proust aurait pu apercevoir cela de sa fen&#234;tre en hauteur de Balbec, &#224; pied depuis les perspectives avec vue de la Raspeli&#232;re, ou faire arr&#234;ter la voiture. Non. Il lui faut travailler, pour que la sc&#232;ne de l'avion soit fulgurante, la position m&#234;me du narrateur, et qu'on le place archa&#239;quement &#224; cheval, qu'on l'&#233;carte romantiquement de la route ordinaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Un jour que j'&#233;tais all&#233; &#224; cheval voir les Verdurin et que j'avais pris dans les bois une route sauvage... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabuleuse incoh&#233;rence narrative pour nous servir un anachronisme tout aussi fabuleux. Les lois du roman passent d'abord, et tout roman est beau comme un nouvel avion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>[5] j'entendis avec joie une automobile sous la fen&#234;tre</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire#Proust</dc:subject>
		<dc:subject>train, voiture, avion</dc:subject>
		<dc:subject>vitesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;c'est Proust qui fit conna&#238;tre l'automobile &#224; Baudelaire&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3209' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3212' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On dit que c'est la seule et unique fois que Baudelaire eut l'opportunit&#233; d'un voyage en automobile. Qu'il refusa la fourrure et le bonnet de cuir que lui proposait Marcel Proust, lequel s'enveloppa de son habituelle vigogne et ne lui en tint pas rigueur. De s'en tenir &#224; son demi manteau us&#233;, mais noir avec &#233;charpe, faisait partie du personnage Baudelaire. Il se tint d'ailleurs raide et silencieux toute la promenade, sur les hauts de Honfleur jusqu'au promontoire du grand estuaire. Il semble que Marcel Proust ait consid&#233;r&#233; sa proposition, et qu'elle soit accept&#233;e, comme quelque chose d'aussi haut et singulier que l'estime qu'ils partageaient pour l'art de la phrase &#8211; et c'est peut-&#234;tre pour cela qu'ils n'en prononc&#232;rent pas. Il semble que dans un message pneumatique &#224; un proche, mais dont nous n'avons pas trouv&#233; de trace mat&#233;rielle, Proust ait qualifi&#233; d'arrogance ce mutisme obstin&#233;, ce refus aussi d'accepter la moindre convention (la fourrure et le bonnet). Et que Baudelaire, ramen&#233; &#224; Honfleur au retour, dans un adieu parfaitement civil, ait seulement marmonn&#233; : &#8212; C'est bien bruyant, pour peu de vitesse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>[69] le Funi, bien que ce ne f&#251;t nullement un funiculaire</title>
		<link>http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3306</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire#Proust</dc:subject>
		<dc:subject>train, voiture, avion</dc:subject>
		<dc:subject>phrase, syntaxe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;pour celles et ceux qui ne croiraient pas que Proust a connu Baudelaire&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot716" rel="tag"&gt;Baudelaire#Proust&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot726" rel="tag"&gt;phrase, syntaxe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Nous allons donc enfin prendre ce Funi &#187;, dit Baudelaire. Et nous, pour une fois, nous pouvons tout dater avec exactitude. On est le 30 mars 1912. La veille, Proust a fait porter &#224; Albert Nahmias, charg&#233; &#8211; non pas de dactylographier lui-m&#234;me &#8211; mais d'organiser le travail de transcription et de r&#233;mun&#233;rer la dactylographe &#8211; un ch&#232;que de 1 700 francs, pour les derni&#232;res cent pages. Ce n'est pas un mince travail : Nahmias d&#233;chiffre &#224; haute voix les pages compliqu&#233;es des cahiers et les dicte &#224; la dactylographe. Il gardera 1 300 francs et lui en versera 400, il s'agit des pages 442 &#224; 550 bis. Est-ce un hasard si Marcel Proust, tout le temps de cette dactylographie, est retomb&#233; dans une crise d'asthme qui l'a priv&#233; de toute activit&#233; pendant deux semaines pleines ? Le d&#233;c&#232;s de la m&#232;re de Reynaldo Hahn l'a aussi beaucoup affect&#233;, et probablement ses pertes boursi&#232;res, qui lui avalent pr&#232;s de 40 000 francs dans cette m&#234;me poign&#233;e de jours : Nahmias, qui g&#232;re ses op&#233;rations de change, ne fait pourtant qu'ob&#233;ir &#224; ses instructions. Il reviendra sur cette masse de jours perdus &#224; la parution de son livre, dans une lettre &#224; un critique litt&#233;raire nomm&#233; Gh&#233;on, qui ne sait pas que ce sera son seul viatique pour la post&#233;rit&#233; : &lt;i&gt;&#171; Vous dites Monsieur que ce livre est une &#339;uvre de loisir, que j'ai tout mon temps. Vous m'excuserez de ne pas entrer dans des d&#233;tails sans int&#233;r&#234;t pour vous ; je dirai seulement qu'une profession active n'est pas la seule chose qui puisse priver un homme de loisir, lui prendre son temps. Une maladie, par exemple, peut &#234;tre aussi absorbante, aussi urgente, aussi fatigante, aussi vieillissante, que la pire des professions, m&#234;me manuelle. &#187;&lt;/i&gt; Nahmias &#233;tait venu remercier, c'est par lui que nous savons la r&#233;ponse que fait Baudelaire &#224; Marcel Proust, lequel venait de tenir en gros ce m&#234;me propos, concernant ces deux semaines o&#249; toute activit&#233; lui avait &#233;t&#233; interdite : &#171; Si, il y a pire &#187;, dit Baudelaire. &#171; Je ne crois pas &#187;, dit Proust. &#171; La mort &#187;, dit Baudelaire. &#201;tant trois, ils avaient tout simplement lou&#233; un fiacre. Apr&#232;s la remarque de Baudelaire, Proust avait appuy&#233; son visage contre la vitre de la voiture et semblait contempler les maisons d&#233;filer. &#171; &lt;i&gt;Un p&#226;le fant&#244;me de la maison d'en face continuait ind&#233;finiment &#224; aquareller sur le ciel sa blancheur persistante&lt;/i&gt; &#187;, dit Nahmias. &#171; Je me souviens de cette phrase, mais pas dans la partie que vous venez de dactylographier ? &#187;, dit Proust. &#171; De toute fa&#231;on, cette phrase ne tient pas, on n'y comprend rien &#187;, dit Baudelaire. &#171; Alors elle restera comme &#231;a, exactement comme &#231;a, souvenez-vous en, Nahmias &#187;, dit Proust. &#171; &lt;i&gt;Que le soir est lent &#224; mourir par ces soirs d&#233;mesur&#233;s de l'&#233;t&#233; !&lt;/i&gt; &#187; dit Baudelaire. &#171; On n'est pas en &#233;t&#233;, &#224; peine arrivons-nous en avril &#187;, dit Proust. &#171; C'&#233;tait aussi une de vos phrases, dans la partie non &lt;i&gt;dactylographi&#233;e&lt;/i&gt; &#8211; comme vous dites, quel mot &#233;l&#233;gant pour des Lettres... &#187;, dit Baudelaire. &#171; &lt;i&gt;Les maisons, dont la brume allongeait la hauteur, Simulaient les quais d'une rivi&#232;re accrue&lt;/i&gt;, vous n'imaginez pas que je vais me contenter de vous recopier &#224; l'infini, dit Proust ? &#187;. Le fiacre les laissa au coin de la rue Steinkerque (&#171; Un nom bien balzacien, dit Proust. &#8211; Oubliez-le &#187;, dit Baudelaire) et de la place Saint-Pierre. Le funiculaire avait &#233;t&#233; inaugur&#233; en 1900, il n'&#233;tait plus un objet de curiosit&#233;, et &#224; cette heure d&#233;j&#224; tardive la cabine en serait quasi d&#233;serte. &#171; Une cr&#233;maill&#232;re Strub &#187;, dit Nahmias, que le silence des deux autres g&#234;nait. Gr&#226;ce au contrepoids &#224; eau, on percevait &#224; peine le syst&#232;me &#233;lectrique de traction, la nacelle s'&#233;leva en silence. Nahmias rapporte qu'il ne put se d&#233;fendre d'une &#233;motion bien vive, voyant les deux hommes de dos, &#224; contrejour, tout pr&#232;s du wattman debout &#224; l'ext&#233;rieur sur le marche-pied, et regardant par le carreau arri&#232;re la ville s'abaisser, devenir plus vaste, puis perspective. &#171; Paris change &#187;, dit Baudelaire. &#171; Pas tant &#187;, r&#233;torqua Proust. Puis, comme pour se faire pardonner : &#171; &lt;i&gt;Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde...&lt;/i&gt; &#187;, mais Baudelaire ne r&#233;pondit rien. Le grand g&#226;teau &#224; la cr&#232;me du Sacr&#233;-C&#339;ur, embl&#232;me r&#233;actionnaire d'une triste victoire, ne les int&#233;ressait pas. Ils rest&#232;rent l&#224;, sur la rambarde de pierre, jusqu'&#224; la tomb&#233;e compl&#232;te (rapide en cette saison) du soleil sur l'&#233;tendue brillante des toits noirs, et cette r&#233;verb&#233;ration du grouillement sonore de la ville, comme &#224; la fois lointain et tout proche. Il para&#238;t que Baudelaire (c'est toujours Nahmias qui rapporte) se d&#233;tourna alors, sans m&#234;me un au-revoir, et glissa dans les rues populaires et campagnardes de la Butte. Proust demeura pensif un moment. Comme le froid venait, Nahmias lui proposa un ch&#226;le suppl&#233;mentaire. Ils redescendirent par le funiculaire. &#171; Funi, Baudelaire a bien dit Funi ? &#187;, demanda Proust.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_3661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/jpg/funiculaire-1.jpg?1357069044' width='500' height='317' alt='' /&gt;
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		<title>[59] les modernes ann&#233;es n'apportent point de changement &#224; la cit&#233; gothique</title>
		<link>http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3295</link>
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		<dc:date>2012-12-29T13:22:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>train, voiture, avion</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;lectricit&#233; et autres progr&#232;s techniques</dc:subject>

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&lt;p&gt;Un des questionnements qui peuvent nous hanter en permanence, c'est la l&#233;gitimit&#233; m&#234;me de la question du grand &#233;crivain. &#192; imaginer qu'on puisse le d&#233;finir selon des cat&#233;gories &#233;tablies avec s&#251;ret&#233;, reproductibilit&#233;, et susceptibles d'&#234;tre collectivement admises, peu probable qu'on puisse y ins&#233;rer Marcel Proust : beaucoup trop atypique pour n'importe quelle cat&#233;gorie qu'on pr&#233;tendrait lui assigner en commun avec n'importe lequel de son &#233;poque. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, si c'est l'oeuvre elle-m&#234;me qui en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot719" rel="tag"&gt;train, voiture, avion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot734" rel="tag"&gt;&#233;lectricit&#233; et autres progr&#232;s techniques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un des questionnements qui peuvent nous hanter en permanence, c'est la l&#233;gitimit&#233; m&#234;me de la question du grand &#233;crivain. &#192; imaginer qu'on puisse le d&#233;finir selon des cat&#233;gories &#233;tablies avec s&#251;ret&#233;, reproductibilit&#233;, et susceptibles d'&#234;tre collectivement admises, peu probable qu'on puisse y ins&#233;rer Marcel Proust : beaucoup trop atypique pour n'importe quelle cat&#233;gorie qu'on pr&#233;tendrait lui assigner en commun avec n'importe lequel de son &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si c'est l'oeuvre elle-m&#234;me qui en d&#233;cide, elle fait son petit m&#233;nage : elle sait parfaitement nommer de qui elle h&#233;rite, et parfaitement nommer ce &#224; quoi elle touche des rouages de la litt&#233;rature et du monde. Juste, ce n'est pas parce que l'oeuvre le proclame (Huysmans ou Mor&#233;as s'en seraient revendiqu&#233;s avec bien plus de force, et voir les hi&#233;rarchies des grands auteurs dans l'&lt;a href=&#034;http://fr.wikisource.org/wiki/Enqu%C3%AAte_sur_l%E2%80%99%C3%A9volution_litt%C3%A9raire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enqu&#234;te de Jules Huret&lt;/a&gt;, 1891) que la litt&#233;rature r&#233;trospectivement l'accorde. Ainsi, combien je pr&#233;f&#233;rerais que le grand &#233;crivain soit Mirbeau : des positions sociales qui s'accordent avec l'&#233;volution du monde, et quand Mirbeau publie &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505452/la-628-e8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La 628 E8&lt;/a&gt;, le titre du livre c'est l'immatriculation de sa Charron-Girardot-Voigt, et le r&#233;cit lui-m&#234;me le voyage que Mirbeau accomplit en 1905, le premier r&#233;cit d'une travers&#233;e automobile de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, ce n'est pas Mirbeau le grand &#233;crivain, c'est Proust &#8211; et c'est une loi qui, elle, se revalide &#224; chaque &#226;ge de la litt&#233;rature (d'o&#249; l'importance de l'enqu&#234;te de Jules Huret).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors entrer dans ce passage discret o&#249; Proust fait entrer l'odeur de p&#233;trole dans le mat&#233;riau m&#234;me de la po&#233;sie. On est juste apr&#232;s le moment o&#249; Albertine et le narrateur aper&#231;oivent au-dessus d'eux un avion, que Proust envoie par pur anachronisme &#224; deux mille m&#232;tres de hauteur. Ensuite on go&#251;te dans une boulangerie, et il n'y a aucune hi&#233;rarchie stylistique entre la pr&#233;sence au r&#233;cit (tout le poids philosophique et le surgissement que peut prendre cette advenue &#224; la pr&#233;sence &#8211; alors que Rilke m&#234;me &#224; cette p&#233;riode arpente aussi les rues de Paris et ins&#232;rera dans &lt;i&gt;Malte Laurids Brigge&lt;/i&gt; un int&#233;rieur de cr&#232;merie) de l'avion et de la p&#226;tissi&#232;re (apr&#232;s Rilke, un salut &#224; Perec, autre inexplicable majeur, qui dans &lt;i&gt;L'Infraordinaire&lt;/i&gt; nous assigne de faire attention &#224; nos petites cuillers : &lt;i&gt;&#171; la remise en place des petites cuillers, des couteaux &#224; fruit, e&#251;t &#233;t&#233; confi&#233;e, non &#224; cette grande belle femme, mais, par &#233;conomie travail humain, &#224; une simple machine... &#187;&lt;/i&gt;). Puis on remonte en voiture, et comme c'est la nuit, le narrateur tient &#224; Albertine une conversation (sans nous la rapporter exactement cependant, alors que j'aurais aim&#233;) sur le th&#232;me suivant : &#171; &lt;i&gt; je lui r&#233;citai des vers ou des phrases sur le clair de lune, lui montrant comment d'argent&#233; qu'il &#233;tait autrefois, il &#233;tait devenu bleu avec Chateaubriand [...] pour redevenir jaune et m&#233;tallique avec Baudelaire et Leconte de Lisle &#187;&lt;/i&gt;. Apr&#232;s quoi le narrateur lui r&#233;cit en entier le po&#232;me de Hugo, &lt;i&gt;Booz endormi&lt;/i&gt; (quel malheur de n'en avoir pas l'enregistrement par la voix de Marcel Proust), ce qui nous permet pendant ce temps de signaler qu'on est porte Maillot et qu'&#224; cette magnifique mise en ab&#238;me de la repr&#233;sentation du r&#233;el &lt;i&gt;&#171; aux monuments de Paris s'&#233;tait substitu&#233;, pur, lin&#233;aire, sans &#233;paisseur, le dessin des monuments de Paris, comme on e&#251;t fait pour une ville d&#233;truite dont on e&#251;t voulu relever l'image &#187;&lt;/i&gt; succ&#232;de une note qui fait du narrateur un goujat vis-&#224;-vis de la toujours confiante Albertine (&lt;i&gt;&#171; son &#233;tonnante docilit&#233; &#187;&lt;/i&gt;, dit aussi le narrateur) : &lt;i&gt;&#171; je n'osai lui dire que j'en aurais mieux joui si j'avais &#233;t&#233; seul ou &#224; la recherche d'une inconnue &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on rentre dans l'appartement, magnifique passage sur la reconnaissance intuitive des odeurs, avec passage au mode g&#233;n&#233;ral (non pas les odeurs imm&#233;diates de l'appartement, mais r&#233;miniscences de celles de Balbec) et quiconque a parcouru une fois la grande boucle qu'est la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; en retrouvera r&#233;miniscence &#8211; d'autant que ce sont les derni&#232;res pages de la &lt;i&gt;Prisonni&#232;re&lt;/i&gt;, donc les derni&#232;res que Proust ait pr&#233;par&#233; lui-m&#234;me pour l'&#233;dition. Odeurs qu'on reconna&#238;t &lt;i&gt;&#171; rien qu'&#224; la nettet&#233; avec laquelle, verticales et debout, elles se tenaient en tranches juxtapos&#233;es et distinctes &#187;&lt;/i&gt;, qui d'autre que Proust aurait jamais eu l'id&#233;e d'odeurs verticales ? Avant de repasser &#224; l'univers visuel et nocturne : &lt;i&gt;&#171; dans un clair-obscur nacr&#233; qui ajoutait un glac&#233; plus doux au reflet des rideaux et fauteuils de satin bleu &#187;&lt;/i&gt; o&#249; elles &#233;taient d&#233;j&#224; par &lt;i&gt;&#171; la lumineuse cong&#233;lation de l'ombre &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste en amont, on a d&#233;j&#224; positionn&#233; le contexte auditif, mais tr&#232;s discr&#232;tement (&lt;i&gt;&#171; j'entendais les tramways cheminer &#187;&lt;/i&gt;), et voil&#224; comment surgit la voiture invisible, le bruit devenu vent : &lt;i&gt;&#171; comme un vent qui s'enfle avec une progression r&#233;guli&#232;re, j'entendis avec joie une automobile sous la fen&#234;tre &#187;&lt;/i&gt;. Rien que ce qui pour nous est le quotidien ou l'habituel, comme les sir&#232;nes du NYPD dans les films am&#233;ricains, la voiture en s'&#233;loignant est devenue toutes les voitures : &lt;i&gt;&#171; cette odeur de p&#233;trole qui, avec la fum&#233;e s'&#233;chappant de la machine, s'&#233;tait tant de fois &#233;vanouie dans le p&#226;le azur &#187;&lt;/i&gt;. Pr&#233;ciosit&#233; ? Le contraire. Retour amont, la crudit&#233; de l'odeur d'essence se dit par la plus parfaite crudit&#233; de la phrase : &lt;i&gt;&#171; ... j'entendis avec joie une automobile sous la fen&#234;tre. Je sentis son odeur de p&#233;trole. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la charge, donc, sur l'odeur de p&#233;trole :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Elle peut sembler regrettable aux d&#233;licats (qui toujours des mat&#233;rialistes) et &#224; qui elle g&#226;te la campagne, et &#224; certains penseurs (mat&#233;rialistes &#224; leur mani&#232;re aussi), qui, croyant &#224; l'importance du fait, s'imaginent que l'homme serait plus heureux, capable d'une po&#233;sie plus haute, si ses yeux &#233;taient susceptibles de voir plus de couleurs, ses narines de conna&#238;tre plus de parfums [...] comme une odeur devant quoi fuyaient les routes, changeait l'aspect du sol, accouraient les ch&#226;teaux, p&#226;lissait le ciel, se d&#233;cuplaient les forces, une odeur qui &#233;tait comme un symbole de bondissement et de puissance... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question pos&#233;e est bien celle d'une po&#233;tique susceptible de se hisser &#224; ces objets neufs, qui peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme lui faisant violence. L'odeur de p&#233;trole c'est l'exploitation de l'&#233;nergie fossile qui ne se reproduira pas, c'est les grandes raffineries mais l'accaparement par de grands groupes monopolistiques, rien de plus &#233;loign&#233; que la beaut&#233; naturelle et de ce qu'&#233;voquait Proust juste en amont &#8211; &#171; &lt;i&gt; l'odeur du compotier de cerises et d'abricots, du cidre, du fromage de gruy&#232;re &#187;&lt;/i&gt;. Mais odeur qui d'embl&#233;e est li&#233;e &#224; la cin&#233;tique dans l'espace de l'objet qui l'&#233;met, la possibilit&#233; induite d'appropriation de l'espace et &#8211; exactement comme ce &#224; quoi proc&#232;de simultan&#233;ment Cendrars (qui lui aussi, quand il &#233;crira ses &lt;a href=&#034;http://flaneriequotidienne.wordpress.com/2012/12/07/lalfa-romeo-de-blaise-cendrars-par-francois-bon-vase-communicant-decembre-2012/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;travers&#233;es en Alfa Rom&#233;o&lt;/a&gt;, sera un des explorateurs de ce que l'automobile change, ces ann&#233;es-l&#224;, &#224; la construction m&#234;me des fables) dans &lt;i&gt;Prose pour le Transsib&#233;rien&lt;/i&gt;, o&#249; les ralentissements du train &#224; son arriv&#233;e dans les villes, ou son acc&#233;l&#233;ration dans la steppe, conditionnent la perception visuelle et auditive, fait se pencher les poteaux t&#233;l&#233;graphiques &#8211; avec cette suite de notations &lt;i&gt;&#171; fuyaient les routes, changeait l'aspect du sol, accouraient les ch&#226;teaux &#187;&lt;/i&gt;, Proust enroule litt&#233;ralement l'espace fixe sur le point mobile duquel le per&#231;oit le narrateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui r&#233;sonne encore quand il revient ensuite &#224; la repr&#233;sentation fixe, mais la ville alors comme tenue &#224; distance : &lt;i&gt;&#171; aussi bien, pas plus que les saisons &#224; ses bras de mer infleurissables, les modernes ann&#233;es n'apportent point de changement &#224; la cit&#233; gothique &#187;&lt;/i&gt;. Et que ce n'est pas un hasard si cette voiture qu'on ne voit pas, qui surgit dans la nuit et s'en va, dont on n'aura per&#231;u que ce grognement et l'odeur de p&#233;trole et de fum&#233;e, passe dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; au moment m&#234;me o&#249; Albertine, litt&#233;ralement au m&#234;me instant (quand le narrateur se r&#233;veillera, Fran&#231;oise l'informera qu'elle est partie) fait ses malles et sort de la vie du narrateur pour aller mourir. Voil&#224; aussi, en gros, &#224; quoi &#233;tait destin&#233;e la po&#233;sie de l'odeur de p&#233;trole, pensai-je ce matin, ruminant depuis deux jours ce texte et faisant mon plein de gas-oil sur le parking d'Auchan, pris dans le vent de d&#233;cembre par la m&#234;me odeur, et que certainement mon go&#251;t pour elle vient justement de ces voyages d'enfance, ou de ces &#233;t&#233;s sur la Nationale 10 &#224; remplir le r&#233;servoir des camions espagnols et des touristes allemands, et que je peux bien &#234;tre &#224; Tokyo ou en Ontario, je me d&#233;brouillerai bien pour m'arr&#234;ter un instant dans une station-service en pleine ville ou sur la plus improbable autoroute juste pour la go&#251;ter encore, cette m&#234;me odeur que Proust installe en litt&#233;rature.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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