<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?id_mot=718&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Proust #28 | pour me distraire les soirs o&#249; on me trouvait trop malheureux</title>
		<link>http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3242</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3242</guid>
		<dc:date>2013-06-25T16:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>optique</dc:subject>
		<dc:subject>imaginaire, r&#234;ve</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;lectricit&#233; et autres progr&#232;s techniques</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;laterna magica, fantascope, lanterne &#224; peur&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot718" rel="tag"&gt;optique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot727" rel="tag"&gt;imaginaire, r&#234;ve&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot734" rel="tag"&gt;&#233;lectricit&#233; et autres progr&#232;s techniques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3242.jpg?1372608297' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que la chose la plus importante, concernant cette sc&#232;ne presque miraculeuse de la lanterne magique, ne tient pas &#224; elle-m&#234;me, mais plut&#244;t &#224; sa place m&#234;me dans le livre : &#224; peine a-t-on ouvert sur la question du sommeil, et donc sur la difficult&#233; du narrateur enfant &#224; s'endormir le soir, que vient la projection. Alors la suite des sc&#232;nes qui vont suivre, dans un s&#233;quencement tr&#232;s pr&#233;cis, la pr&#233;sentation de Swann, ses visites, la madeleine puis Eulalie, ensuite les longs passages sur la lecture, resteront dans l'aura du premier dispositif optique qui nous fait passer du narrateur &#224; Combray.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tr&#232;s grande vogue de la lanterne magique na&#238;t d&#232;s le xviie si&#232;cle. Elle se popularise &#224; mesure qu'on la fabrique en s&#233;rie, qu'on cr&#233;e pour elle des plaques qui refont le monde, faisant revenir Napol&#233;on de Sainte-H&#233;l&#232;ne, montrant la f&#233;rocit&#233; des Arabes dans l'Alg&#233;rie conquise, se moquant du chol&#233;ra qui menace, cr&#233;ant pour illustrer la conqu&#234;te des p&#244;les de gigantesques icebergs grands comme des murs de votre chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image arch&#233;typique des ouvriers des fr&#232;res Lumi&#232;re s'enfuyant de la salle lors de la premi&#232;re projection des images de l'arriv&#233;e du train en gare de La Ciotat pourrait faire oublier que le cin&#233;ma ne na&#238;t pas ex abrupto d'une nouvelle possibilit&#233; technique, mais que l'image anim&#233;e conna&#238;t d&#233;j&#224; des d&#233;cennies de diffusion populaire, et d'une recherche narrative qui lui soit propre. La lanterne magique ? La Cin&#233;math&#232;que de Paris a dans ses collections plus de dix-sept mille plaques pour projection avec image anim&#233;e, voil&#224; qui donne l'&#233;chelle. Et le dispositif lui-m&#234;me n'a rien de neuf dans le contexte d'une enfance en milieu ais&#233;, &#224; la fin du xixe si&#232;cle, o&#249; tout ce qui concerne l'image, panoramas, daguerr&#233;otypes et st&#233;r&#233;otypes, d&#233;tective Nadar (le nom de l'appareil favori de Zola, qui inventera la mobilit&#233; dans la prise de vue), est dans une mutation technique acc&#233;l&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas eu de lanterne magique chez moi, mais, cinquante ans apr&#232;s Proust, il en restait des traces dans nos jouets : une petite double lunette en plastique rouge dans laquelle nous ins&#233;rions les bandes de carton que la vie st&#233;r&#233;oscopique superposait. J'avais un &#233;pisode de Don Quichotte et ses moulins &#224; vent, un autre d'Ali Baba et ses quarante voleurs. Walt Disney avait commenc&#233; d&#232;s 1937 &#224; constituer cet imaginaire en empire, mais cela ne parviendrait &#224; nos villages qu'&#224; la toute fin des ann&#233;es cinquante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Proust aurait pu franchir l'&#233;tape de la lanterne magique au cin&#233;matographe, mais c'est plut&#244;t l'inverse &#224; quoi il proc&#232;de, dans le magnifique passage qui ouvre Combray, et les treize occurrences qui reviendront de la lanterne magique dans la Recherche lui servent chaque fois de m&#233;taphore pour l'image qui se fait prendre pour la r&#233;alit&#233;, tant elle s'en est saisie de l'effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tonnant d'abord que Proust se contente de l'appellation &lt;i&gt;&#171; lanterne magique &#187;&lt;/i&gt; : l'appellation &#171; lanterne de peur &#187; &#233;tait plus courante. Appareil &#224; faire peur par les images. Et la version dont Proust dispose n'est pas strictement une lanterne magique, qui inclut sa propre source de lumi&#232;re (Auguste Lapierre &#233;tait fier de sa puissante lampe &#224; p&#233;trole sans m&#232;che, int&#233;gr&#233;e au bo&#238;tier de m&#233;tal), mais le mod&#232;le plus simple dont on recouvrait comme d'une cloche la lampe &#224; p&#233;trole du chevet (&lt;i&gt;&#171; une lanterne magique dont, en attendant l'heure du d&#238;ner, on coiffait ma lampe &#187;&lt;/i&gt;), et que l'on appelle un &lt;i&gt;&#171; lampascope &#187;&lt;/i&gt;. Auguste Lapierre, ferblantier d'origine, avait eu l'intuition industrielle de proposer, &#224; l'encontre des lanternes magiques perfectionn&#233;es de son &#233;poque, un mod&#232;le de &lt;i&gt;&#171; lanterne jouet &#187;&lt;/i&gt; qu'il vend bien moins cher que les concurrentes, et qui lui permet de rafler ce qu'on appelle aujourd'hui le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le populaire &lt;i&gt;&#171; fantascope &#187;&lt;/i&gt;, l'illusion de sc&#232;ne en mouvement est r&#233;alis&#233;e par l'interm&#233;diaire d'un disque tournant &#8211; Marcel Duchamp en reprendra le dispositif. Le fantascope de Robertson, qui produit ces &lt;i&gt;&#171; images mouvement&#233;es &#187;&lt;/i&gt; (nous avons compl&#232;tement chang&#233; le sens de l'adjectif), cr&#233;e fant&#244;mes et spectres, tandis que de son autre main le montreur d'illusion cr&#233;e le bruitage &#224; l'harmonica. Les plaques de verre propos&#233;es par Auguste Lapierre sont plus simples, puisqu'il s'agit seulement d'images align&#233;es. Mais il suffit d'alterner plusieurs images pour recr&#233;er cette illusion d'un cheval au galop, tandis qu'on accompagne simplement l'image du texte lu (&lt;i&gt;&#171; pour &#233;couter avec tristesse le boniment lu &#224; haute voix par ma grand-tante &#187;&lt;/i&gt; &#8211; je n'avais jamais vu la belle expression &lt;i&gt;&#171; lu &#224; haute voix &#187;&lt;/i&gt; mise dans un tel cimeti&#232;re de mots qui la paralyse).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on relit de pr&#232;s cette page prodigieuse, noter qu'elle commence par un flou tr&#232;s abstrait, qui ne d&#233;finit rien de la projection elle-m&#234;me. Proust installe une sorte de redoublement temporel (Combray c'est tr&#232;s loin dans le pass&#233;, l'art de la lanterne magique vient du xviie si&#232;cle quasi sans changement, et ce qu'on projette est une l&#233;gende du temps des cath&#233;drales) : &lt;i&gt;&#171; et, &#224; l'instar des premiers architectes et ma&#238;tres verriers de l'&#226;ge gothique, elle substituait &#224; l'opacit&#233; des murs d'impalpables irisations, de surnaturelles apparitions multicolores, o&#249; des l&#233;gendes &#233;taient d&#233;peintes comme dans un vitrail vacillant et momentan&#233; &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proust nous dit qu'il s'agit de la l&#233;gende de Genevi&#232;ve de Brabant et cela nous a permis d'identifier ces plaques, mais le r&#233;cit s'en tient &#224; comment &#171; la sonorit&#233; mordor&#233;e du nom de Brabant &#187; passe avant la narration elle-m&#234;me, presque une premi&#232;re &#233;bauche des variations &#224; venir tout bient&#244;t sur le nom de Guermantes, qui seront r&#233;currentes jusqu'au &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand seulement alors il entre dans la narration, nous fait le compte rendu de l'histoire projet&#233;e, c'est pour la poser par des touches de couleur : vert sombre de la colline sur laquelle se d&#233;tache le dessin du cheval au galop, par alternance des deux images, en contrepoint de l'image fixe de la dame qui attend. Comme pour le &lt;i&gt;&#171; petit pan de mur jaune &#187;&lt;/i&gt; de la mort de Bergotte, Proust installe le contraste d'un fond jaune, &lt;i&gt;&#171; le ch&#226;teau et la lande &#233;taient jaunes &#187;&lt;/i&gt;, sur lequel se d&#233;tache un point bleu, &lt;i&gt;&#171; il avait devant lui une lande o&#249; r&#234;vait Genevi&#232;ve qui portait une ceinture bleue &#187;&lt;/i&gt;. Si j'en parle avec ce d&#233;tail, c'est parce qu'on n'a pas fait suffisamment attention &#224; ce qui suit : la grand-tante a d&#233;j&#224; disparu &#8211; le narrateur sait par c&#339;ur le texte qu'elle lit, et il s'approprie le dispositif, le d&#233;tourne et le r&#233;invente&#8230; &lt;i&gt;&#171; Si on bougeait la lanterne &#187;&lt;/i&gt;, dit-il, et voil&#224; que l'enfant prend la lampe coiff&#233;e de son lampascope, cesse de faire bouger le cheval en deux images, et en projette le d&#233;cor tout autour des murs de sa chambre. Et il suffit de ce renversement pour qu'on se retrouve nous-m&#234;mes dans cette situation mentale, qu'elle se saisisse de nous en entier, avec le s&#233;rieux et la concentration de l'enfant dans le jeu : avant qu'on nous montre la maison de Combray, on en a fait le support d'une repr&#233;sentation magique. &lt;i&gt;&#171; Le corps de Golo lui-m&#234;me, d'une essence aussi surnaturelle que celui de sa monture, s'arrangeait de tout obstacle mat&#233;riel, de tout objet g&#234;nant qu'il rencontrait en le prenant comme ossature et en se le rendant int&#233;rieur, f&#251;t-ce le bouton de la porte sur lequel s'adaptait aussit&#244;t et surnageait invinciblement sa robe rouge ou sa figure p&#226;le toujours aussi noble et aussi m&#233;lancolique, mais qui ne laissait para&#238;tre aucun trouble de cette &lt;/i&gt;transvert&#233;bration&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; &#8211; le mot qui effraiera tant Andr&#233; Gide qu'il fera refuser le roman &#224; la NRF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces boutons de porte en laiton ovale, avec une nervure perceptible et parfois ouvrag&#233;e &#224; la jonction des deux coques, ou bien m&#234;me, lorsque plus petits, en cuivre plein, je les tiens encore en main, &#224; tant les avoir vus sur les portes de bois des maisons d'autrefois. Que l'image s'y d&#233;forme, et des continents entiers peuvent revenir de ce qu'&#233;taient ces chambres, les photographies, les armoires et les odeurs qu'elles recelaient, et leur papier peint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ainsi que nous usons de Proust, pour conqu&#233;rir notre propre m&#233;moire : toujours nous souvenir du bouton de porte, et de la d&#233;formation de l'image du hi&#233;ratique chevalier Golo sur son cheval &#224; pattes fixes, et vous reconstituerez le reste de la planche, que la lande &#233;tait jaune, et bleue la ceinture de Genevi&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;iframe width=&#034;480&#034; height=&#034;360&#034; src=&#034;http://www.youtube.com/embed/X3sp4nMD2vs&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;div class='spip_document_3572 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L480xH427/lapierre_2-d85a8.jpg?1750419978' width='480' height='427' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3573 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L480xH758/lapierre_1-4bc69.jpg?1750419978' width='480' height='758' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
