<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?id_mot=651&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>[Numer'&#238;le] &#224; Ouessant, &#233;criture au mus&#233;es des phares et balises</title>
		<link>http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2643</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2643</guid>
		<dc:date>2011-08-23T09:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Bretagne, Ouessant</dc:subject>
		<dc:subject>Abraham, Jean-Pierre </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;une proposition d'&#233;criture &#224; partir d'&lt;i&gt;Armen&lt;/i&gt;, de Jean-Pierre Abraham&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;4 | autres traces, souvenirs, archives&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot651" rel="tag"&gt;Bretagne, Ouessant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot654" rel="tag"&gt;Abraham, Jean-Pierre &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2643.jpg?1352733620' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Ici s'impose l'extr&#234;me fermet&#233;, la douce fermet&#233; des rites.&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;L'an pass&#233;, &#224; m&#234;me date, je faisais &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article998&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ces quelques photographies&lt;/a&gt; des lentilles de Fresnel au &lt;a href=&#034;http://www.ouessant.org/spip.php?article15&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mus&#233;e des phares et balises&lt;/a&gt; du Crea'ch d'Ouessant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'y faisais une autre d&#233;couverte : archives et images de ces &lt;i&gt;chambres&lt;/i&gt; de veille des gardiens de phares, sous leur feu. Le phare de Ker&#233;on, par exemple, est automatis&#233; maintenant depuis 6 ou 8 ans, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; occup&#233; pendant pr&#232;s d'un si&#232;cle &#8211; &#233;tonnantes images aussi, pour la Jument ou Ker&#233;on, de leur construction, sur un rocher plus petit qu'eux. Je ne dirai pas ici comment c'est &#224; Montb&#233;liard, en d&#233;cembre dernier, que j'ai rencontr&#233; un des derniers gardiens de Ker&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je compl&#232;terai cette page, tout &#224; l'heure, je donnerai plus de d&#233;tails sur cette chambre de Ker&#233;on, am&#233;nag&#233;e de bois coloniaux pr&#233;cieux, et maintenant livr&#233;e au silence de la mer (non, on va le voir chez Jean-Pierre Abraham, aucun silence ici, sauf int&#233;rieur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette visite est intimement li&#233;e pour moi &#224; un tr&#232;s grand livre, qui parle de mer et de lumi&#232;re, mais aussi de peinture, et d'aventure int&#233;rieure : &lt;i&gt;Armen&lt;/i&gt;, de Jean-Pierre Abraham.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose ci-dessous deux entr&#233;es &#8211; le livre se pr&#233;sente comme reconstruction d'un journal, avec ses dates &#8211; d'&lt;i&gt;Armen&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 14h, au moment o&#249; cette page sera visible en ligne, nous serons accueillis au mus&#233;e. Chacun ira &#233;crire o&#249; et comme il le souhaitera. Johary Ravoloson et Sophie K&#233;p&#232;s, qui participeront, y sont m&#234;me en r&#233;sidence, dans cette pi&#232;ce du s&#233;maphore avec vue &#224; 180&#176; sur la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la plupart d'entre nous, le m&#233;tier de &lt;i&gt;gardien du feu&lt;/i&gt; (pour reprendre le titre du roman d'Anatole Le Braz que j'esp&#232;re bien proposer d'ici peu sur publie.net) reste porteur d'une &#233;tonnante symbolique. En Grande-Bretagne, 70 de ces phares ont &#233;t&#233; reconvertis en g&#238;te (de luxe...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si nous interrogeons cette symbolique, que trouvons-nous ? Le spectacle immobile et variable de la mer, ou la rencontre avec soi-m&#234;me ? L'isolement devant les &#233;l&#233;ments, ou la s&#233;paration temporaire de la communaut&#233; des hommes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;r&#233;mitisme participe de cette symbolique. Mais l&#224; o&#249; ce face &#224; face, avec soi-m&#234;me, avec la nuit ou le dehors, touche &#224; son irr&#233;ductible n&#233;cessit&#233;, quelle fen&#234;tre, quelle chambre, quel ciel, quel lieu pr&#233;cis nous lui associons ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose &#224; chacun d'&#233;crire d'abord une &lt;i&gt;date&lt;/i&gt;. Comme Jean-Pierre Abraham.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette date peut &#234;tre fictive, comme fictif le lieu, fictive la situation. Ce qui est tr&#232;s beau dans le passage ci-dessous, par exemple, c'est comment la pr&#233;sence de l'autre gardien, et le dialogue qui s'ensuit, n'entame pas la solitude du narrateur. Ce qui est important aussi, dans ces pages de Jean-Pierre Abraham, c'est comment tout reste concret, concret au plus haut : on &#233;tudie la variation lente du temps, mais ce qu'on &#233;crit c'est la variation de la lumi&#232;re et des bruits, c'est les d&#233;placements et les perceptions du corps. Quelle phrase &#233;tonnante, celle o&#249; le cuivre nettoy&#233; laisse appara&#238;tre la surface brillante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je propose &#224; chacun l'ouverture de trappes int&#233;rieures&lt;/i&gt;, disait Francis Ponge. Sous cette date une fois inscrite, vient le lieu, mais vient un instant de soi-m&#234;me dans ce lieu, qui implique qu'on acc&#232;de &#224; au-del&#224; de soi-m&#234;me simplement parce qu'on rencontre la solitude de soi-m&#234;me &#8211; solitude belle et ouverte, celle qui m&#232;ne au &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt;, travail de soi, ou de l'image, ou des mots &#8211; notre groupe accueille un sculpteur, une institutrice, un illustrateur, quelle importance, ainsi est la diversit&#233; de ce que nous constituons ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier soir, continuant ma lecture de Jean-Christophe Bailly, &lt;i&gt;Le D&#233;paysement&lt;/i&gt;, je croisai cette phrase : &lt;i&gt;Je ne voulais pas &#233;crire un essai&lt;/i&gt;. Ce que nous propose Jean-Pierre Abraham, c'est, pour aborder ce travail, cet ouvert, cette solitude (essentielle, lire Gustave Roud), de s'en tenir au plus simple, au plus &#233;l&#233;mentaire, au plus concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors oui, nous rejoignons l'exp&#233;rience du gardien de phare : l'exc&#232;s des &#233;l&#233;ments, l'exc&#232;s dans la s&#233;paration du temps et des hommes... Nous remercierons Jean-Pierre Abraham de nous proposer ainsi cet amplificateur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci aux participants de l'atelier (ceux qui seront pr&#233;sents au phare !) de bien vouloir ensuite ins&#233;rer le texte &#233;crit ici, via les commentaires. Mais d&#232;s 14h, page ouverte &#224; tous ceux qui le souhaiteront, il y a des phares dans tous les bouts du monde, &#224; l'int&#233;rieur de chacun d'entre nous. Il suffit juste de l'allumer. C'est cet allumage lui-m&#234;me, dont Jean-Pierre Abraham ici fait texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et penser &#224; la date.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_2230 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH240/phare1-2be17.jpg?1749734038' width='360' height='240' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jean-Pierre Abraham | Armen (2 extraits)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;21 d&#233;cembre, 22h.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un peu d'eau, nous lavons du linge. Pour No&#235;l nous serons propres. Nous nous raserons. Martin a une t&#234;te effrayante, la mienne est pire. Ma barbe est in&#233;gale, clairsem&#233;e. &#171; Tu as l'air d'un juif chinois &#187;, dit Martin ce soir &#224; table. Inspir&#233;, il ajoute : &#171; Si tu ne manges pas ta soupe, tu n'auras pas ton opium. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu as du courage ? dit Marin. On fait un grand m&#233;nage ? &#187; C'est idiot. En plein hiver on passe quelques heures , chaque dizaine, &#224; entretenir les cuivres, sans illusion, &#224; la veille de la rel&#232;ve. Mais il n'y aura pas de rel&#232;ve. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'humidit&#233; est si grande que tout nettoyage para&#238;t vain. Il faut attendre un bel &#233;t&#233; pour que l'escalier soit sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la plus haute chambre, Martin me montre l'armoire vitr&#233;e qui contient les pi&#232;ces de rechange pour le feu. Elles n'ont pas &#233;t&#233; astiqu&#233;es depuis trois ans au moins. Il me regarde du coin de l'oeil. &#171; Puisque tu aimes faire les cuivres... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pass&#233; toute la journ&#233;e dans cette chambre, pr&#232;s du poste-&#233;metteur d&#233;sormais inutile. J'avais d&#233;ploy&#233; de vieux journaux par terre, soigneusement choisi mes chiffons, les rugueux et les doux. Des heures ont pass&#233;. J'&#233;tais totalement absorb&#233; par mon travail. L'odeur un peu &#226;pre du d&#233;capant me piquait le nez. Le liquide laiteux, sur le cuivre, devenait rapidement noir. Les pi&#232;ces &#233;taient tach&#233;es de vert-de-gris ancien. Il fallait frotter longtemps pour le sentir c&#233;der sous les doigts, pour trouver tout &#224; coup la surface lisse, en dessous, et voir surgir, entre les tra&#238;n&#233;es de boue, venu de loin, le premier &#233;clat du cuivre, presque blanc, ameutant aussit&#244;t une foule de reflets. Cette lueur m'appartient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors j'ai l'impression de vivre au bout de mes doigts. Je me pr&#233;cise. Pour chaque objet il faut inventer de nouveaux parcours, ruser pour atteindre les angles profonds des br&#251;leurs et des joints. J'ai les doigts en feu, tout s'&#233;claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans cette chambre un curieux oeil-de-boeuf, orient&#233; au noro&#238;t. C'est la seule ouverture du phare de ce c&#244;t&#233;. De temps en temps j'y jetais un coup d'oeil rapide et je ne reconnaissais rien. Ce fragment e ciel et de mer ainsi isol&#233; ne me semblait pas appartenir au paysage habituel. On sentait pourtant la pr&#233;sence du soleil derri&#232;re le ciel blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;couvert tout au fond de l'armoire de grandes plaques de cuivres que je n'avais jamais vues. Je ne comprenais pas leur r&#244;le. Sans doute appartenaient-elles &#224; un syst&#232;me de feu plus ancien ? Je les ai fait briller aussi. Je les ai mises en bonne place sur les &#233;tag&#232;res. Mais les roues dent&#233;es sont encore belles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois vraiment que la vie allait mieux d'heure en heure. Je respirais tranquillement. J'aimais ce travail d'usure lente au bout duquel jaillissait une lueur. Tout cela est illusoire, bien s&#251;r. Aussit&#244;t l'air attaque, secr&#232;tement, recommence &#224; ternir ces objets trop provocants. Peut-&#234;tre que le cuivre lui-m&#234;me s'inqui&#232;te de sa fanfare et ordonne le repli. En quelques jours l'&#233;clat va changer, s'assombrir, il prendra une sorte de profondeur &#8211; c'est le plus beau moment &#8211; puis s'endormira peu &#224; peu. Est-ce que faire les cuivres c'est aussi un acte de foi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un calme &#233;tonnant s'est install&#233; en moi, qui dure encore. J'ai abandonn&#233; &#224; regret, &#224; seize heures trente. Je me suis lav&#233; longuement les mains et j'ai gagn&#233; la lanterne pour les c&#233;r&#233;monies de l'allumage. Chaque geste &#233;tait clair et chaque pens&#233;e tranquille. Elle est donc bien mis&#233;rable, cette fameuse inqui&#233;tude, qui ne r&#233;siste pas &#224; un simple travail, au va-et-vient d&#233;risoire d'un chiffon sur un objet de cuivre ! Il ne faut pas faire le malin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi en regardant la mer aller et venir, aveugl&#233;ment, que je me suis perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici c'est moi qui commande, c'st moi qui ordonne le mouvement. Il n'y entre pas la moindre torpeur, je suis habit&#233; au contraire de sentiments aigus. C'est moi la m&#233;duse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_2231 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH240/phare2-18f36.jpg?1749734038' width='360' height='240' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;5 f&#233;vrier&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cr&#233;puscule la mer montait. Je vent &#233;tait glac&#233;. Frissonnant, perch&#233; sur l'&#233;troit muet ext&#233;rieur qui borde la lanterne, je nettoyais les grandes vitres. J'aurais voulu faire ce travail plus lentement, j'aurais d&#251; y passer toutes les heures du jour. La brume avait laiss&#233; ici la marque de son haleine, une bu&#233;e un peu grasse, et le contact du chiffon tremp&#233;, dans ma main, me r&#233;pugnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vent augmentait encore. Plaqu&#233; contre les montants de la lanterne pour ne pas perdre l'&#233;quilibre, ce que j'apercevais de l'autre c&#244;t&#233; des vitres m'emplissait d'&#233;tonnement. La housse blanche immobile sur l'optique, l'&#233;clat tranquille des objets, miroir, clefs aux formes myst&#233;rieuses et dont l'usage est pr&#233;cis. Je me trouvais en exil. J'&#233;tais heureux de savoir que j'allais revenir bient&#244;t, habiter pr&#232;s de ces choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis rentr&#233;, les oreilles br&#251;lantes. J'ai nettoy&#233; l'autre face des vitres, me d&#233;solant d'apercevoir quelques marques mal effac&#233;es au dehors, de longues traces laiss&#233;es par le passage du chiffon. &#192; l'int&#233;rieur, la bu&#233;e &#233;tait plus tenace encore, alourdie des vapeurs du feu. &#192; nouveau j'ai longuement frott&#233;, sur certaines vitres de l'ouest, ces petites taches brunes, &#233;toiles reli&#233;es entre elles par un fin lichen, cette v&#233;g&#233;tation prise dans le verre et qui le d&#233;vore lentement. On ne peut rien contre cette maladie, on n'y peut rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re douce qui r&#232;gne dans la lanterne ne para&#238;t pas venir du dehors, ne ressemble pas &#224; celle que l'on voit bouger sur l'eau, durement affil&#233;e par le vent, froide, vieille, ombr&#233;e par endroits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici s'impose l'extr&#234;me fermet&#233;, la douce fermet&#233; des rites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instant pr&#233;cis o&#249; d&#233;butent les op&#233;rations de l'allumage, lorsque j'engage sous le br&#251;leur des deux lampes de chauffe au bec recourb&#233;, quelque chose en moi secr&#232;tement bat le rappel. Tous les &#233;l&#233;ments &#233;pars, disjoints au long des heures du jour, se rassemblent. Comme s'il fallait apporter une attention sans faille &#224; cette c&#233;r&#233;monie que je connais par coeur, que je pourrais accomplir les yeux ferm&#233;s. Je voudrais parler d'un recueillement. Aussit&#244;t la nuit est d&#233;cr&#233;t&#233;e, elle vient, je vais &#224; elle, confiant tout &#224; coup, s&#251;r de mes gestes. Pendant les dix minutes de chauffe, pendant que les deux petites flammes dansent et cr&#233;pitent sous le br&#251;leur, avec parfois des craquements suivis de longs soupirs, toute l'opacit&#233; du jour br&#251;le en moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vent ronfle dans la coupole. Ce mouvement l&#233;ger o&#249; je glisse, c'est le temps qui se met &#224; courir, librement, d&#233;gag&#233; des heurts et des cassures que provoque la lumi&#232;re. Ce temps qui me d&#233;fait, qui me d&#233;poss&#232;de, qui passe comme une eau sur mes images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, au fort de la nuit, je tenterai de r&#233;sister. &#192; cette heure un myst&#233;rieux consentement m'habite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ultime point du soleil dispara&#238;t. La mer se referme. Si j'ai su perdre toute rancoeur, toute crispation inutile, mon feu sera clair.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#169; Jean-Pierre Abraham, Armen, Le tout pour le tout&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2232 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH240/phare3-b93cf.jpg?1749734038' width='360' height='240' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ouessant, Numer'&#238;le (liste des objets pour)</title>
		<link>http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2635</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2635</guid>
		<dc:date>2011-08-14T08:17:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Bretagne, Ouessant</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#224; Ouessant, festival du livre insulaire, ateliers d'&#233;criture, d&#233;bats, lectures&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;anciennes br&#232;ves &amp; vieux agendas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot651" rel="tag"&gt;Bretagne, Ouessant&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2635.jpg?1352733611' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Voir ici le programme complet du &lt;a href=&#034;http://www.livre-insulaire.fr/83.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Salon du livre insulaire&lt;/a&gt;.
&lt;p&gt;Pour ma part : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dimanche 21, 11h, web, &#233;criture, &#233;dition, d&#233;bat roue libre avec Gwen Catala, Pierre M&#233;nard, Jean-Lou Bourgeon ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lundi, mardi, mercredi 22/23/24, de 14h &#224; 17h, atelier d'&#233;criture - nombre de places limit&#233; &#224; 20 personnes, lieu fonction m&#233;t&#233;o sauf mardi, rendez-vous au Mus&#233;e des phares et balises ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mercredi 24, 18h, lecture/performance : &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique82&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;projet St. Kilda&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; Isabelle Le Bal et Jean-Lou Bourgeon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;liste des objets emport&#233;s &#224; Ouessant Numer'&#238;le &#8211; pour mon propre usage, et &#224; titre de v&#233;rification avant d&#233;part&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; MacBookPro 13&#034;, plus son adaptateur secteur et adaptateur VGA vid&#233;o-projecteur (et logiciels de travail habituels pour cha&#238;ne publie.net : Pages, PhotoShop, Acrobat Pro, InDesign)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; cl&#233; 3G
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; cl&#233; USB et cl&#233; pour carte SD au cas o&#249;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; enregistreur HandyZoom Q3
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; appareil photo-num&#233;rique, son c&#226;ble raccordement USB et son chargeur
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; iPad avec applications mises &#224; jour, dont iBooks et Daedalus pour d&#233;monstrations et ateliers, et son c&#226;ble de raccordement USB
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; disque dur 500 Go auto-aliment&#233; et son c&#226;ble USB
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; livres pour les 3 ateliers d'&#233;criture (Italo Calvino, &lt;i&gt;Les villes invisibles&lt;/i&gt;, Jean-Pierre Abraham, &lt;i&gt;Armen&lt;/i&gt;, Julien Gracq, &lt;i&gt;Lettrines 2&lt;/i&gt;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mat&#233;riaux, manuscrits d'archives et documentation pour la lecture St. Kilda
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #lecturedusoir : Jean-Christophe Bailly, &lt;i&gt;Le d&#233;paysement&lt;/i&gt; (&#233;dition papier), et Saint-Simon ann&#233;es 1709 et 1710 (sur l'iPad)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; iPhone 4G
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sac &#224; dos imperm&#233;able permettant transport des susdits&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>projet St. Kilda | 1, prologue avant Ouessant</title>
		<link>http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2627</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2627</guid>
		<dc:date>2011-08-09T08:16:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cosse, St. Kilda</dc:subject>
		<dc:subject>Bretagne, Ouessant</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J &#8211; 15 : pr&#233;paration en ligne de la conf&#233;rence/performance, Ouessant, festival du livre insulaire, 24 ao&#251;t 2011, sur St. Kilda&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;en cours | projet St. Kilda&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot650" rel="tag"&gt;&#201;cosse, St. Kilda&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot651" rel="tag"&gt;Bretagne, Ouessant&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2627.jpg?1352733599' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='104' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;i&gt;pour @jeanloub&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce mercredi 24 ao&#251;t, &#224; Ouessant, je &lt;a href=&#034;http://www.livre-insulaire.fr/83.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;prononcerai une conf&#233;rence&lt;/a&gt; qui s'intitulera &#171; Projet St. Kilda &#187;. J'aurai devant moi des notes, et sur ma tablette &#233;lectronique quelques fragments de textes d'archives traduits. Un vid&#233;o-projecteur proposera des images, en d&#233;roulement al&#233;atoire et dynamique (j'en ai scann&#233; hier soixante-quatre). Du compagnonnage des amis musiciens, j'ai appris que ces rendez-vous se construisent loin en amont, que cette pr&#233;paration est la condition pour que l'improvisation soit aussi un rendez-vous avec soi-m&#234;me. Qu'on en sorte &#233;puis&#233; et lessiv&#233;, mais avec le sentiment d'avoir touch&#233; la vieille machine magique du conte &#8211; ce qu'offre l'&#233;change oral, quand il est cette tension et ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'an pass&#233;, &#224; &lt;a href=&#034;http://numerile.tv/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ouessant Num&#233;r'&#238;le&lt;/a&gt;, nous avions tenu trois rendez-vous, au cr&#233;puscule, dans des lieux chaque fois diff&#233;rents, et j'avais lu des moments de Rabelais face &#224; la mer &#8211; la mer sur laquelle s'&#233;lance le &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article279' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Quart-Livre&lt;/a&gt;, la m&#234;me vieille mer &#233;ternelle et rauque qui nous baignait sur la vieille cale plein ouest. Il s'agit d'une rencontre sur le th&#232;me des &#238;les, livres qui parlent des &#238;les, et surtout livres &#233;crits par des gens qui vivent dans des &#238;les &#8211; les &#238;les qui pars&#232;ment les quatre cinqui&#232;me de la surface maritime de la vieille plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vis pas dans une &#238;le, &#224; moins de cette &#238;le int&#233;rieure qu'est cette page num&#233;rique devant moi, o&#249; j'&#233;cris. Ceux que je porte en moi venaient des &#238;les, passaient d'une &#238;le &#224; une autre le long de cette m&#234;me c&#244;te de l'ouest, il y a des Bon dans le cimeti&#232;re d'Ouessant comme dans le cimeti&#232;re d'Ol&#233;ron. Ouessant a toujours &#233;t&#233; pour moi, bien avant qu'on m'y invite comme auteur, un rendez-vous d'histoire personnelle : parce que j'y traverse le temps (&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article587&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comme &#224; Yeu&lt;/a&gt;) et retrouve la brutalit&#233; des ciels et sons de l'enfance, ce qu'a gomm&#233; le pays us&#233; des routes et des villes. L'an pass&#233;, un conf&#233;rencier est venu parler de cette &#238;le des morts, au large de Brest. Parler d'une &#238;le ? J'ai dit &#224; mes amis d'Ouessant que j'aimerais parler de ce que me lie &#224; St. Kilda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, Kilda en moi est un secret. Kilda est un lieu p&#233;renne de l'atelier personnel, une accumulation silencieuse, un rep&#232;re. Mais je n'ai pas &#233;crit encore sur Kilda, je ne suis pas pr&#234;t : j'ai toujours souhait&#233;, auparavant, retourner en &#201;cosse, rester un temps dans les H&#233;brides, peut-&#234;tre me joindre &#224; un &lt;a href=&#034;http://www.kilda.org.uk/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voyage vers St. Kilda&lt;/a&gt; &#8211; seulement je n'en ai pas eu l'opportunit&#233;. Pas de plainte : ces opportunit&#233;s, quand on sent qu'elles sont m&#251;res int&#233;rieurement, on s'organise et on les b&#226;tit. C'est int&#233;rieurement, que la rencontre avec Kilda n'&#233;tait pas pr&#234;te, ni ce que j'attends de ce voyage &#8211; aller vers une mer plus sauvage et plus dure, aller dans un lieu du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec aussi j'ai cherch&#233; St. Kilda. &#192; Baie Saint-Paul, sur l'estran de ce point o&#249; le fleuve a juste commenc&#233; de se faire estuaire, le point o&#249; Jacques Cartier avait accost&#233; (et qu'il d&#233;crit avec pr&#233;cision dans &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2176' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sa relation&lt;/a&gt; de son voyage). &#192; ce &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article910&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;point pr&#233;cis&lt;/a&gt;, on remontait de cinq cents ans le temps. Tout au bout de l'&#238;le d'Orl&#233;ans, aussi, dans une maison de bois, une bouquinerie minuscule et encombr&#233;e. On en est reparti chaque fois avec une brass&#233;e de livres, dont plusieurs livres sur &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article767&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anticosti&lt;/a&gt; &#8211; Anticosti ne ressemble pas &#224; St. Kilda. Mais on y lit de la m&#234;me fa&#231;on le vocabulaire int&#233;rieur de l'&#238;le : l'&#238;le r&#233;elle qui alors nous reconstitue, face au monde et pour y tenir, comme &#238;le int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cider donc, et s'y astreindre, que chaque jour d'ici la conf&#233;rence du 24 prochain, je me place dans les conditions m&#234;mes de l'improvisation que j'appelle (pour moi) &lt;i&gt;Projet St. Kilda&lt;/i&gt;, et d'en tenir ici la trace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela m'interroge comme forme, parce qu'elle a un pr&#233;c&#233;dent, tr&#232;s haut, tr&#232;s extr&#234;me : au terme de sa vie, Antonin Artaud est choqu&#233; brutalement par un compte rendu du Figaro, celui de la premi&#232;re exposition Van Gogh, qualifiant cette peinture par le d&#233;rangement mental de l'homme &#8211; c'est cela que va r&#233;futer Artaud. Quatre jours d'affil&#233;e, il r&#233;mun&#232;re un assistant qui va copier la r&#233;futation qu'il tient oralement. Le texte devenu &#171; texte culte &#187; qui s'intitule &lt;i&gt;Van Gogh, le suicid&#233; de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, est fait de quatre reprises orales successives &#8211; de cette oralit&#233; non pas digressive mais construite. Artaud n'est pas en condition de le construire comme &lt;i&gt;suite&lt;/i&gt;, ni comme &lt;i&gt;encha&#238;nement&lt;/i&gt;, ni quoi que ce soit de lin&#233;aire. Les quatre textes qui constituent son &lt;i&gt;Van Gogh&lt;/i&gt; sont quatre surfaces superpos&#233;es, s'&#233;largissant chaque fois, mais int&#233;grant des points communs, des approches r&#233;p&#233;titives. Ce proc&#233;d&#233; de construction bouscule l'approche mentale elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici de suite prouver mon point faible, difficult&#233; m&#234;me de l'improvisation : elle vous d&#233;porte sans cesse hors de son sujet, et vous encombre de pierres chaque fois plus lourdes pour revenir &#224; son th&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Artaud n'est pas l&#224; par hasard : il fait le voyage d'Irlande parce qu'il requiert, pour lui, ce fond &#233;nigmatique de mythologie qui nous importe parce qu'il nous a constitu&#233;s aussi, mais que nous l'avons dissout &#8211; ou bien le latin, je ne sais pas. Artaud a &#233;crit un magnifique texte-&#238;le : son voyage aux Galapagos. Sauf qu'il n'est pas all&#233; aux Galapagos, il construit le r&#233;cit d'apr&#232;s son r&#234;ve, et son r&#234;ve d'apr&#232;s ce que lui en raconte un passager, sur le bateau qui l'emm&#232;ne au Mexique. Et le Mexique d'Artaud n'est pas indiff&#233;rent &#224; ce qui me relie &#224; St. Kilda : il cherche un pays o&#249;, la religion ne s'&#233;tant pas constitu&#233;e comme telle, l'art n'a pas eu &#224; se construire en se d&#233;finissant comme tel, par ce d&#233;doublement qui encombre, de notre petit c&#244;t&#233; de la civilisation, la totalit&#233; des formes de &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt;, du livre aussi bien que de la sc&#232;ne et de l'image. Les textes d'Artaud sur la non-constitution de l'art au Mexique, et ce que cela nous enseigne, sont un caillou noir radical dans notre atelier au pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est peut-&#234;tre l'occasion d'aborder &lt;i&gt;St. Kilda&lt;/i&gt; (pas possible de toucher &#224; cette graphie curieuse, on y reviendra) par son nom : du norv&#233;gien &lt;i&gt;Skilder&lt;/i&gt; &#8211; bouclier. L&#224; non plus, rien d'&#233;tranger. Beaucoup de mots dans notre langue contemporaine viennent droit des influences vikings, sans parler des toponymes. Ces types savaient naviguer droit en regardant les &#233;toiles (r&#244;le de la nuit dans la navigation : la nuit seule vous autorise &#224; traverser). Le mot &lt;i&gt;slogan&lt;/i&gt; vient du viking, on l'utilise pour bien autre chose que la nuit du voyage et la mer. Dans les &lt;i&gt;Chroniques&lt;/i&gt; de Bob Dylan il y ce passage qui fait sourire o&#249; le vieux chantre emm&#232;ne un confr&#232;re, Bono (qui a mon &#226;ge, et a apport&#233; dans le coffre de sa voiture, pour visiter l'a&#238;n&#233;, quelques packs de bi&#232;re, rien de tr&#232;s transcendant l&#224;), le point exact o&#249;, d'apr&#232;s des traces de campement exhum&#233;es, on identifie l'arriv&#233;e de vikings sur le continent am&#233;ricain (&#224; v&#233;rifier si c'est vers le VIIIe si&#232;cle). Dylan dit nous dit &#8211; et montre &#224; Bono &#8211; qu'il n'y a rien &#224; voir, sinon un McDonald, un parking, et une gigantesque statue de viking en b&#233;ton arm&#233; qui date des ann&#233;es 70 : l'Am&#233;rique blanche ayant trop &#224; gagner, &#224; prouver l'anciennet&#233; de sa pr&#233;sence sur le continent usurp&#233; (usurpation qui ne concerne pas Dylan, dont le grand-p&#232;re est venu d'Odessa &#224; Duluth en 1909).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on est d&#233;j&#224;, ainsi, &#224; St. Kilda : des voyages et des travers&#233;es, &#224; l'infini, dans toute l'histoire sauvage des hommes. Des voyages dont on ne sait pas le terme, au moment o&#249; on les entreprend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans la longue histoire de St. Kilda, occup&#233;e par les hommes des 2000 avant notre &#232;re, occupation qui s'est sans cesse prolong&#233;e jusqu'&#224; aujourd'hui, m&#234;me si l'&#233;vacuation de l'&#238;le, en 1930, y a supprim&#233; l'existence d'une communaut&#233;, sera toujours faite de voyages cass&#233;s : ceux qui veulent rejoindre St. Kilda et n'y arrivent pas, brouillards, temp&#234;tes, on fait demi-tour ou on la manque, et voyages de l'exil, comme le St. Kilda que les survivants &#224; un hallucinant voyage o&#249; la grippe, la b&#234;te grippe qui leur &#233;tait inconnue, les d&#233;cime, iront forger comme un r&#234;ve sur les c&#244;tes de l'Australie. Ou bien encore les voyages &#8211; et les relations qui en d&#233;coulent &#8211;, de celles et ceux que le sort, naufrage, guerre, poste d'infirmi&#232;re, de pasteur ou d'instituteur, jettera un hiver &#224; St. Kilda et merci d'attendre l'ann&#233;e suivante pour &#233;ventuel retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieux mot donc de &lt;i&gt;skilder&lt;/i&gt; : un bouclier sur la mer. La forme en arc de l'&#238;le principale, et l'ovale que dessine l'ancien crat&#232;re, le crat&#232;re aval&#233; &#8211; tiens, encore un signe qui relie St. Kilda &#224; notre pr&#233;sent, puisqu'un peu plus loin ce sont les volcans d'Islande et qu'ils se sont mis eux aussi &#224; parler la vieille langue min&#233;ralogique des &#238;les qui apparaissent puis s'enfoncent. Les vieilles cartes vikings nomment &lt;i&gt;Skilder&lt;/i&gt; l'&#238;le au plus sauvage des brumes et de la mer, le nom est repris dans les plus anciennes cartes &#233;cossaisses, et puis vient la christianisation g&#233;n&#233;rale : il n'y a jamais eu de saint qui s'appelle Kilda, on se gardera donc de rien changer au simple d&#233;placement de graphie, peut-&#234;tre simplement la na&#239;vet&#233; d'anciens moines cartographes, qui lisent et voient &lt;i&gt;Skilder&lt;/i&gt; mais pensent &#224; ces ermites voyageurs, ou comme ce Pol qui vers 512 est venu &#224; Ouessant, et &#8211; parce qu'il ne connaissait pas &lt;i&gt;Skilder&lt;/i&gt;, bien plus haut et loin &#8211; l'a nomm&#233;e &lt;i&gt;uxisama axantos&lt;/i&gt;, transcription phon&#233;tique de la langue gauloise qui n'a jamais eu (ils le refusaient) de transcription &#233;crite, et signifiait plus hautes eaux, ce moine donc vers le XVe si&#232;cle changeant la graphie parce que leur conception du monde voulait qu'on impose le nom si on y avait apport&#233; son dieu, et donc l'&#238;le devenant St. Kilda, nomm&#233;e telle par les premi&#232;res relations &#233;crites qu'on en ait, d&#232;s le XVIe si&#232;cle et comment reviendrait-on aujourd'hui en arri&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, une fois embarqu&#233;s pour l'&#238;le, elle devient &lt;a href=&#034;http://www.kilda.org.uk/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'archipel&lt;/a&gt; des restes du crat&#232;re immerg&#233;, l'&#238;le principale s'appelle Hirta, et se prolonge par Dun &#224; la pointe la plus effil&#233;e, Soay l'autre pointe, Boreray l'&#238;le plus large o&#249; on p&#226;ture quelques b&#234;tes, et les pics &#233;merg&#233;s plus loin sur l'ovale on les d&#233;signe aussi par le mot ga&#233;lique de &lt;i&gt;stack&lt;/i&gt; &#8211; on ne dit plus St. Kilda, une fois qu'on y installe sont r&#233;cit. D'ailleurs, r&#233;cemment, &#224; la Com&#233;die fran&#231;aise, en 2002, une pi&#232;ce contemporaine de th&#233;&#226;tre, &lt;i&gt;Quatre avec le mort&lt;/i&gt;, avait intitul&#233; ses trois r&#244;les, un homme et deux femmes, Dun, Hirta et Boreray &#8211; &#233;crite par un nomm&#233; Fran&#231;ois Bon, probablement un homonyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'en tenir aujourd'hui, &#224; J &#8211; 15, &#224; la premi&#232;re d&#233;couverte. On est &#224; l'&#233;t&#233; 1999. Nous sommes d&#233;j&#224; depuis deux semaines sur la belle c&#244;te ouest de l'&#201;cosse, qui ne vous quitte jamais plus. La tomb&#233;e tr&#232;s lente, ou la venue dans tous ses &#233;tats de ciel, du jour progressif et mouill&#233;. L'omnipr&#233;sence de la mer, tour &#224; tour noire, grise ou bleue, ou verte selon les minutes, les jours, les heures, le bruit grondant du vent ou la simple attente, et les c&#244;tes &#224; jamais vierges de toute implantation humaine : des landes, des falaises. La force des &#233;l&#233;ments est trop grande pour nous. La modernit&#233; y a conquis quelques &#233;levages de saumon (cela sent, on les &#233;vite) et pr&#232;s d'Ullapool quelques maisons solitaires vont jusqu'au bout des pointes en surplomb, mais pour que s'installe un signe fort des hommes il a fallu ces vieux ch&#226;teaux &#233;troits de pierre &#233;paisse, et sur les rochers en bas quelques phoques pour s'en moquer. Ainsi, un jour, s'en vient-on au bout de l'&#238;le de Skye et qu'on visite le &lt;a href=&#034;http://www.dunvegancastle.com/content/default.asp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ch&#226;teau de Dunvegan&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand on a fini la visite de Dunvegan et qu'on sait tout de l'histoire du clan McLeod, un couloir en sous-sol vous ram&#232;ne &#224; la sortie via la librairie o&#249; on vend livres et cartes postales. Il y a aussi les toilettes, dans ce couloir du sous-sol. C'est l&#224;, sur les murs de ce couloir, que nous sommes arr&#234;t&#233;s par deux photographies : deux groupes, un groupe d'hommes, un groupe de femmes, les regards, les pieds nus, la fa&#231;on dont on se tient debout ou s'assoit au sol. On d&#233;couvre le nom en l&#233;gende : St. Kilda. &#192; la librairie de Dunvegan, j'ach&#232;te &lt;i&gt;The life and death of St. Kilda&lt;/i&gt;, de Tom Steel, le livre le plus synth&#233;tique sur l'histoire de l'&#238;le. Deux jours plus tard, &#224; Ullapool, je trouve deux autres livres. Puis, &#224; Inverness, au retour, cinq ou six jours plus tard, des livres de photographie, et le voyage de Martain a'Bhaileach, dit Martin Martin. Dans les deux ann&#233;es qui suivront, je me procure, via un ami professeur de litt&#233;rature contemporaine fran&#231;aise &#224; l'universit&#233; de Glasgow, des photocopies de livres plus anciens, et qui n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;imprim&#233;s. Des contacts pris avec le &lt;a href=&#034;http://www.snh.gov.uk/about-scotlands-nature/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Scottish National Heritage&lt;/a&gt; &#224; Edinburgh me permettront enfin de me procurer les photocopies de relations d&#233;cisives pour l'histoire de St. Kilda, mais non imprim&#233;es. Je suis donc tr&#232;s vite confront&#233; &#224; la m&#234;me donn&#233;e que l'ensemble des autres auteurs : le corps &#233;crit de documents concernant l'histoire de St. Kilda est &#8211; comme l'&#238;le elle-m&#234;me &#8211; circonscrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, chaque relation, si depuis celle Martin Martin jusqu'&#224; l'&#233;poque actuelle, il est possible de consid&#233;rer qu'une fois tous les trente ans environ nous disposons d'un &lt;i&gt;voyage &#224; St. Kilda&lt;/i&gt;, d&#233;crit une communaut&#233; fixe, des usages stables, et le m&#234;me &#233;tonnement stup&#233;fait des voyageurs : l'hostilit&#233; des conditions de vie sur ces rochers nus au milieu de la mer, l'inexistence absolue de monnaie dans l'&#233;conomie con&#231;ue de fa&#231;on collective, enfin les oiseaux de mer, plumes, oeufs, huile, viande, comme ressource unique d'industrie et nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc, en quelques kilogrammes de papier, la figure suivante : chaque trente ans, une relation de voyage d&#233;crivant les m&#234;mes &#233;l&#233;ments fixes sur un lieu isol&#233; pr&#233;cis, va reconstituer en creux une histoire g&#233;n&#233;rale du monde, chaque &#233;v&#233;nement majeur &#233;tant signifi&#233; par un &#233;l&#233;ment nouveau pr&#233;cis parfois minuscule, mais qui n'en sera pas moins la preuve globale de cette histoire g&#233;n&#233;rale du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en 1917, l'apparition br&#232;ve et unique d'un sous-marin allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, plus t&#244;t, au XVIII&#176; si&#232;cle, ce pasteur qui entreprend &#8211; et malheureusement, en trente ans de s&#233;jour, y parvient &#8211; l'&#233;limination radicale des traditions celtes, incluant les contes et chansons, avec les croyances mystiques et les rituels de gu&#233;rison. Ainsi, au XIX&#176; si&#232;cle, l'arriv&#233;e d'un instituteur, puis d'une infirmi&#232;re. Et l'expansion coloniale britannique, et l'&#233;vacuation finale de l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout cela qui constitue, &#224; douze ans du d&#233;but de ma propre relation &#224; St. Kilda, la sp&#233;cificit&#233; unique &#8211; non pas de cette &#238;le &#8211; mais du d&#233;p&#244;t d'&#233;criture qu'elle repr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence peut commencer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
