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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Limite, roman, 1985-2010, p.65-79/199</title>
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		<dc:date>2012-01-26T10:35:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Rilke, Rainer Maria </dc:subject>
		<dc:subject>Bloch, Ernst</dc:subject>
		<dc:subject>Limite, version num&#233;rique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;republication num&#233;rique comment&#233;e de Limite (Minuit, 1985)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique60" rel="directory"&gt;1985 | Limite, roman, et roman de Limite&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot490" rel="tag"&gt;Rilke, Rainer Maria &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot496" rel="tag"&gt;Bloch, Ernst&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot551" rel="tag"&gt;Limite, version num&#233;rique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2271.jpg?1352733149' class='spip_logo spip_logo_right' width='123' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2262' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2276' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;br&gt;
ou &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2261' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;sentation g&#233;n&#233;rale&lt;/a&gt; du projet.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&#224; propos de ce passage&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Dans cette s&#233;quence, ce qui &#233;tait comme un rendez-vous personnel, le r&#234;ve du ch&#244;meur. &#201;videmment &#233;trange pour moi &#224; relire, dans la mesure o&#249;, &#224; recopier, on se souvient de chaque phrase avec une pr&#233;cision au mot pr&#232;s &#224; mesure qu'on avance, et pourtant sans m&#233;moire globale du passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M'angoisse un peu, parce qu'en 1985 je n'avais pas arri&#232;re de moi le cort&#232;ge de morts que j'ai 25 ans plus tard &#8211; ce qui signifierait que, dans ces r&#234;ves r&#233;currents, les jeux de d&#233;doublement et de surgissement des morts pr&#233;c&#233;daient ce qui ensuite est devenu exp&#233;rience r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lis les images de ville, ces rues d&#233;coup&#233;es &#224; la scie, j'y retrouve des emprunts &#224; Ernst Bloch, &#224; &lt;i&gt;L'Autre c&#244;t&#233;&lt;/i&gt; d'Alfred Kubin, m&#234;l&#233;s &#224; des images r&#233;elles de Marseille, Paris et Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas d'o&#249; vient ce jeu avec l'allemand : mes souvenirs d'Allemagne remontaient &#224; loin, et c'est seulement &#224; partir de 1986 que je b&#233;n&#233;ficierai d'invitations des Instituts fran&#231;ais en Allemagne (du temps qu'ils n'&#233;taient pas &#224; l'abandon) puis des 2 bourses &#224; Berlin et Stuttgart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans mon chemin vers le narratif, la litt&#233;rature allemande &#233;tait tr&#232;s pr&#233;sente, je l'ai &#233;crit dans &lt;a href=&#034;http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article318&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Oeuvres ouvertes&lt;/a&gt;. Ce travail o&#249; le r&#233;el et le fantastique s'ouvrent l'un par l'autre, qui me guide toujours, je ne le croyais pas d&#233;j&#224; amorc&#233;. C'est pour moi la signification du jeu avec la langue allemande dans ce r&#234;ve, notamment la lecture bilingue &#8211; souvenir pr&#233;cis &#8211; des &lt;i&gt;Cahiers de Malte Laurids Brigge&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre dans ce passage que j'entends le plus cette esp&#232;ce de m&#233;lange entre une volont&#233; ou un besoin expressionniste (la peinture de Grosz &#224; cette &#233;poque-l&#224; m'&#233;tait tr&#232;s proche), et l'emprunt aux livres lus, et notamment la v&#233;n&#233;ration Blanchot. Et, surtout, rien &#224; y renier. La grande voix d'&lt;i&gt;Aminadab&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Tr&#232;s-Haut&lt;/i&gt;, et des r&#233;cits brefs (&lt;i&gt;Celui qui ne m'accompagnait pas&lt;/i&gt;), c'&#233;tait ce que j'avais en permanence sur ma table &#8211; et pas possible d'infl&#233;chir r&#233;trospectivement ce qui, dans cette tentative entre r&#234;ve et ville, en proc&#232;de trop &#233;troitement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Limite, roman, 1985-2010, p. 65-79&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#169; Fran&#231;ois Bon &amp; publie.net, ISBN 978-2-8145-0362-5&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Depuis, quand je le vois dans la taule, il me tourne le dos, du plus loin qu'il peut. Et pareil quand il a &#224; faire dans mon coin, pour une modif, une connerie de plan, qui l'oblige &#224; descendre du bureau d'&#233;tudes, au premier. Le pays des blouses blanches mains propres. Je le vois &#224; trois m&#232;tres, il me tourne le dos, il se figure que je ne m'en suis pas aper&#231;u. Alors je lance ma tasseuse, m&#234;me pour rien. On est six au moulage ; un pilon qui cogne, personne discute, &#224; vingt m&#232;tres. T'attends que &#231;a passe. Eux, les blouses blanches mains propres, juste s'ils s'apitoient pas. Te regardent, pognes sur les poussoirs de s&#233;curit&#233;, la masse de fonte sous son nez qui se rel&#232;ve et s'&#233;crase, le sol secou&#233; sous tes pieds dans tout le hall. Tout. Lui tranquille, juste immobile : comme si je n'existais pas. Mais comme si de tout son dos je sentais ce qu'il m'envoyait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coup franc, encore. &#199;a biscotte, l&#224;-bas. Ce but qu'on a pris, les copains appr&#233;cient pas. Surtout qu'on domine, en gros. Mais ils se d&#233;fendent... Une &#233;quipe de quartier, des gars qui savent ce que c'est qu'un ballon. Tu les imagines, Africains d'en haut ou d'en plein milieu, dans un fond de cour ou sur leur rue, gosses, avec une bo&#238;te de conserve &#8211; clich&#233;. Le ballon, c'est sa magie : tu gazes, tout t'est permis et un bonhomme, m&#234;me sur un trottoir devant immeuble, tu piges d'un coup ce qu'il vaut, en bloc et sans qu'il puisse rien retirer de la balance. Nous aussi, un des demis et deux de nos avants qui viennent de l&#224;-bas : &#231;a explique, tu crois ? Des corps neufs, moi je pense, des corps qui ne tra&#238;nent pas ce que nous on tra&#238;ne &#8211; il buvait quoi, ton p&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre plus soud&#233;s, dans la taule, pour &#231;a qu'on domine. Et pas s&#251;r qu'on les aura pour autant : ils m&#232;nent, &#231;a les excite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;quipe, chaque rentr&#233;e, elle change quoi : un gus, deux... Notre capitaine un ex-pro &#8211; pas longtemps pro mais quand m&#234;me. Deuxi&#232;me division, mais &#224; l'usine &#231;a les flattait. Et les anciens continuent de suivre : des entra&#238;neurs chez nous y en a plus que de joueurs, et des gueuletons pareil. Sauf qu'on vieillit : une usine qui n'embauche plus de sang neuf, tu le retrouves dans l'&#233;quipe de foot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la premi&#232;re ann&#233;e qu'on est all&#233; en chercher un &#224; c&#244;t&#233;, sans le dire. Notre demi-centre bosse dans les Postes, au tri. Eux on le sent, chacun pour soi, un petit truc en trop qui n'est pas pour l'&#233;quipe. Leur mani&#232;re de garder la balle. Ou quand ils jonglent, &#224; r&#233;ception &#8211; peuvent pas s'emp&#234;cher, la d&#233;monstration c'est pour les spectateurs, m&#234;me un instant, dos bien droit et le regard loin par-dessus le terrain comme les champions, suffit de &#231;a parfois pour qu'on se replace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La radio tu peux aimer, mais &#224; longueur de temps, si t'as que &#231;a. Le copain &#224; l'h&#244;pital tout ce qu'il avait &#224; faire c'est rester &#224; plat, son pansement sur les yeux. Chaque sortie du boulot je passais, longtemps ou pas, mais je passais. Cette semaine-l&#224;, Monique &#233;tait du soir. La chambre au copain, c'&#233;tait pas son service, puisqu'elle c'est les Urgences, mais elle se d&#233;brouillait pour monter aussi, tenir compagnie &#8211; &#224; trois c'est plus facile. &lt;br class='autobr' /&gt;
De quoi on parlait... comment &#231;a &#233;voluait : ces petits signes, chaque jour, du corps qui se r&#233;arrange. &#199;a lui remontait le moral, au copain. Les petits potins de l'usine et ceux de l'hosto. Ce qu'il en apprenait, des histoires de couloir, rien qu'&#224; &#234;tre l&#224; sans rien voir. Elle compl&#233;tait, nous racontait, comment &#231;a se passe l&#224;-dedans. Rien &#224; voir avec une bo&#238;te comme la n&#244;tre. Pourquoi je sais pas. Pas seulement &#224; cause des hommes des femmes ensemble, et pas seulement parce qu'un hosto tout le monde y entre, passe en visite. Je sais pas pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, &#224; nos machines, on est en soi comme dans une coque, une gangue. L'hosto tu touches. Pas entre eux, pas ce que je veux dire. Peut-&#234;tre tous ces gens, allong&#233;s, et d'&#234;tre propres, aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au copain j'avais demand&#233;, juste avant que Monique monte, si Alain &#233;tait venu le saluer : &#171; Non, il ne viendra pas, pourquoi il viendrait. &#187; Au ton j'ai pig&#233;. Elle est arriv&#233;e, et sans en piger plus je n'ai pas remis &#231;a sur le tapis.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Finalement, je suis m&#234;me pas press&#233; de sortir &#187;, il nous avait l&#226;ch&#233;, une fois, notre malade, ses compresses sur le nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais pass&#233; chez lui, prendre ses cassettes et son magn&#233;to, qu'il voulait. La premi&#232;re fois que j'y allais. Une chambre meubl&#233;e, assortie au loyer. Dans la chambre &#224; c&#244;t&#233; &#231;a parlait portugais, comme si on y &#233;tait, des hommes. J'ai remarqu&#233; le matelas par terre, je ne me suis m&#234;me pas demand&#233; : &#171; Qui c'est donc... &#187; Puis, Alain, je suis tomb&#233; dessus en quittant l'escalier, devant les bo&#238;tes aux lettres d&#233;glingu&#233;es, aux noms pas possibles : &#171; T'es dans le quartier &#187;, b&#234;tement j'ai dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors en cinq minutes j'ai tout su.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
***&lt;br&gt;
**
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Force, &#224; ta hanche, comme isol&#233;e dans l'espace de la salle, en suspens, br&#251;lante. D'acier plus que de son, le poids de l'instrument, et tes mains muettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma guitare, ma vraie, celle des nuits et du travail, du seul &#224; seul, n'a pas besoin d'ampli : du bois vivant, chaud. Un son dans lequel toi tu entres, qui &#233;clate, se d&#233;veloppe et vibre, un son que tu mod&#232;les, o&#249; l'accord m&#234;me laisse r&#233;sonner les voix diff&#233;rentes qui le composent (&#171; Joue chaque corde comme un seul instrument, disait mon premier prof, et t&#226;che de t'en souvenir quand tu les mets ensemble &#187;). Toute en lignes, ma guitare, jamais la m&#234;me et belle toujours n'importe comment tu la regardes et la touches, c'est bien plus qu'un instrument, si c'est fait par un luthier. Il s'appelle Ricardo Perlwitz, sign&#233;e, on a beaucoup discut&#233;. Pas des tonnes on est, &#224; jouer sur des b&#234;tes pareilles. Le nom du luthier, quand un instrument est plus qu'un outil, ce n'est pas une marque : lui s'en est d&#233;poss&#233;d&#233; et, s'il a tout mis dans son travail pour que hors de lui il vive, cette vie ne sonne qu'entre tes mains qui s'en saisissent, elle t'est confi&#233;e, remise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lectriques, &#224; c&#244;t&#233;... Une Gibson de 1957 peut-&#234;tre : tu me l'offres ? Moi j'ai le nom sur le manche, c'est d&#233;j&#224; bien, et ils savent faire, m&#234;me en s&#233;rie. Ce qu'il disait, mon prof : &#171; M&#233;fie-toi des instruments qui font le son par eux-m&#234;mes. C'est beau tout de suite, mais tout se ressemble... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lectriques tu les ach&#232;tes au grand supermarch&#233; de la musique. Apr&#232;s tu les bricoles : j'ai fait rebobiner le micro. Tu changes des trucs (les boutons avec le G de Gibson dessus, achet&#233;s d'occasion, vingt ans de plus que l'instrument), tu les arranges (la l&#233;g&#232;re courbure de la touche en amont des frettes, plus de relief aux notes tir&#233;es) mais c'est quoi de plus qu'une planche : une planche avec un micro dessus, c'est comme &#231;a que &#231;a a commenc&#233;, rien de d&#233;shonorant. Rachet&#233;e d'occase &#224; un Anglais en d&#233;route, elle aussi a sa vie &#224; elle, et ne m'a pas tout dit. Le nom Gibson, en haut du manche, un d&#233;tail sur la sc&#232;ne aussi rigoureux que les godasses &#224; &#233;toiles du chanteur. Que tout compte : c'est le jour o&#249; on l'a compris qu'on a commenc&#233; &#224; d&#233;coller le groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'ob&#233;ir &#224; l'image ne restreint rien, ne r&#233;duit pas l'exigence. Reconduit quelque chose du sacr&#233; qui ant&#233;c&#233;dait la danse, s'est d'abord manifest&#233; par elle avant que le tragique l'en d&#233;livre, et plus avant encore que le chant se d&#233;livre de ses fins ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, l&#224;, maintenant, on recombine tout cela ensemble. Comme de rassembler &#224; nouveau ce qui, dispers&#233;, ne pouvait plus r&#233;sister au monde administr&#233; et, quitte &#224; se charger du poids de la r&#233;gression, en s'enfermant dans cette boule comprim&#233;e, lanc&#233;e de toute sa force &#233;lectrique, avec eux qui dansent, tenter comme une derni&#232;re chance de briser et traverser l'&#233;cran compact de la vie mise en &#233;chec, tenue dans l'&#233;chec de toujours malgr&#233; la promesse affirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi &#231;a marche, si ce n'est pas qu'on touche juste ? Suffit pas des gros sous pour emp&#234;cher qu'un groupe tombe, fasse un bide. Suffit pas des notes et du rythme pour que &#231;a danse. Pourquoi un batteur est meilleur qu'un autre, m&#234;me si tous deux ne font pas de faute de temps, tapent la m&#234;me s&#233;quence. Un public, on le prend o&#249; &#231;a le gratte. Cette force que tu vas chercher en toi n'est pas une force neuve, ce qu'elle touche en eux n'a rien de reluisant. Mais seulement les flatter, que les obliger eux aussi &#224; &#224; ramener cette force &#224; la surface de leur corps ? Qu'elle en sorte, et tant pis si elle effraie. Force malsaine aussi, le rock : qui provoque un gars l&#224; o&#249; il a envie de cuir, de bottes. Moi j'ai la musique, la vie en &#233;chec c'est nous tous, mais avec la musique il n'y a pas jeu &#233;gal. Force dangereuse, qui, pour se survivre &#224; elle-m&#234;me, implique l'escalade et l'exc&#232;s, sans limite. Le mot limite. Force malsaine, d&#233;lib&#233;r&#233;ment mise &#224; nu sur le ciment gris du monde. Mais, sous le chape, pas nous qui avons allum&#233; l'incendie qui couve. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pas de futur et pas de ciel, on t'a jou&#233; d'avance perdant, t'as comme un handicap de d&#233;part alors t'en fais pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
..&lt;br class='autobr' /&gt;
Et riff... Troisi&#232;me doigt claquant les cordes par deux sur le barr&#233; du premier (et pouce sur la sixi&#232;me), battement glissant vers les hauteurs et red&#233;gringolant chaque mesure dans le plein accord ouvert &#8211; vieille combine des cordes ultra-light accord&#233;es un ton plus bas, t'en fais ce que t'en veux si t'as un bon pr&#233;-ampli. Il n'y a pas plus agressif qu'un mineur, vive le mi mineur et jamais je n'ai jou&#233; aussi fort que ce soir avec ces charpentes m&#233;talliques qui vibrent sur le si, mais que je n'ai jamais jou&#233; aussi fort c'est ce que je me dis chaque samedi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; en crever tu les brises, brises un par un les murs, b&#226;timent sans portes, couloirs sans fen&#234;tres, d&#233;dale ta vie, d&#233;tale ta vie tu n'as rien, rien &#224; perdre... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La musique tu l'as dans la peau ou pas, et tant pis la place qu'elle t'assigne. Le rite tu l'assures, et ce qui s'invoque est d'autant plus fort que tu en as restreint les moyens au plus &#233;l&#233;mentaire, cette force brute d'un son imparfait &#8211; le non-son de tes mains sur la planche compacte, le non-son de la guitare de bois et fer muette &#224; ta hanche, et le double-bobinage rien qu'un fil vers ta poche arri&#232;re o&#249;, gros comme une bo&#238;te d'allumette, l'&#233;metteur haute-fr&#233;quence avale le signale et lui enl&#232;ve sa mati&#232;re : la musique commence au-del&#224;, la musique commence &#224; la membrane loin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l&#224;-bas, sur l'ampli, que tu ne vois pas, l'antenne minuscule du r&#233;cepteur elle aussi reste en-de&#231;&#224; de toute musique, ne r&#233;ins&#232;re dans les circuits de c&#226;ble qu'un jeu abstrait d'&#233;lectrons &#233;cart&#233;s un instant de leur &#233;quilibre &#8211; m&#233;diator &#224; ta main droite n'atteint qu'&#224; d&#233;s&#233;quilibre provisoire d'&#233;lectrons en nuage &#8211; sans corpor&#233;it&#233; &#233;changeable, indiff&#233;rente &#224; ta musique puisque capable parfois d'y rajouter la conversation radio des flics de passage ou d'un taxi en vadrouille. Et la puissance qui t'est plaqu&#233;e dans le dos, reprise du Marshall, le son que tu prends au visage par la gueule ouverte devant toi ru retour, petit trap&#232;ze noir, cela ne na&#238;t pas de toi ni du m&#233;diator &#224; ta main, mais de l'aimant lourd pendu au milieu des membranes de papier bitum&#233; (enfin, &#224; &#231;a que &#231;a ressemble : rien qui ressemble plus &#224; une momie d'&#201;gypte qu'un dedans d'amplificateur). Ce que tu joues ailleurs se fabrique, tu le commandes &#224; l'oreille mais ne se sert de toi que comme contour, te traverse le dos et s'y inscrit devient dans la masse &#233;norme du bruit une force sans passage identifiable au son.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait fichu au d&#233;part, pour jouer avec eux il t'aurait fallu la chandelle, que &#231;a en vaille la peine oh tu parles alors brise, chaque mur brise et plus loin marche, dans ta banlieue pas de ciel alors rien, rien &#224; perdre... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
***&lt;br&gt;
**
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La rancoeur des exclus, si tu tombes dans ce pi&#232;ge-l&#224; ne t'en plains qu'&#224; toi. &lt;br class='autobr' /&gt;
T'aurais pas ta situation comme pr&#233;texte, tu trouverais autre chose et tu serais toi pareil. Le ch&#244;mage c'est une suite de murs, presque de miroirs o&#249; tu n'as rien que toi pour exorciser le pi&#232;ge, o&#249; le moindre frottement s'amplifie &#224; t'en casser les oreilles, &#224; devenir insoutenable et gigantesque &#224; force f&#233;roce de ce temps inutile, r&#233;p&#233;t&#233; : dans ton ch&#244;mage, tu es en cage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tu y es avec d'autres, comme toi ils trinquent. Forc&#233;ment un moment l'autre &#231;a grippe. Jamais &#231;a ne fait du joli. Et dans la fuite, toi tout seul et tes r&#234;ves, pas mieux : tu n'as que toi pour &#233;cluser le grincement global, tu plonges en toi peu &#224; peu comme dans une mare tranquille mais o&#249; le moindre bruit fait mal, o&#249; rien n'enraye la descente, o&#249; ce que tu veux saisir se d&#233;fait sous la main, la laisse vide et tout toi dedans pareil. Et rien du dehors qui puisse servir m&#234;me de repoussoir, ne vient meubler le temps de rep&#232;res qui, s'ils ne te plaisent pas, ne sont dus qu'&#224; ce pi&#232;ge. Sont pourtant encore et malgr&#233; tout des marques de pas dans la glaise vierge de ton temps vide, toi qui erres et y tournes, o&#249; tu persistes parce qu'il faut bien, o&#249; traverser un jour et quitter il faudra bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'aurais pas d&#251; m'allonger. Pourtant il n'est que sept heures, &#224; peine si j'ai flanch&#233; vingt minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est all&#233; si vite, ferme les yeux, la t&#234;te qui tourne et puis plus rien, un poids &#233;norme de tout le corps, &#224; plat sous le couvre-lit. Manger, je devrais manger, prendre quelque chose. &#199;a ne va pas, et le coeur bat trop fort, rien qu'&#224; descendre l'escalier, chaque jour un peu plus fort, au d&#233;but tu crois que c'est juste la peur mais non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rue, apr&#232;s le couloir aux bo&#238;tes aux lettres tu y d&#233;bouches comme d'y tomber, longue crevasse d&#233;coup&#233;e &#224; la scie entre ses deux rang&#233;es de murs &#224; sept &#233;tages. Elle arrive en descendant du rond-point o&#249; elle finit en triangle, et remonte plus brutalement jusqu'&#224; la forme tarabiscot&#233;e d'une &#233;glise &#233;norme, mais compress&#233;e et qui ne pourrait se d&#233;gager des maisons o&#249; elle est comme prise. Sens unique, ma rue. Le pi&#233;ton aussi &#224; l'aise que dans un tunnel et chaque feu vert les voitures qui d&#233;boulent une mitraillade qui vous vise vous, dans le dos. Ventre nou&#233;, la peur. Pas faim. Se forcer &#224; manger, boulangerie, n'importe quoi : quelque chose. Quand tu diminues trop les repas, diminue aussi la faim. Mais soudain vertige, plus de tension, la panne. Tu marches, mais tu ne sais plus o&#249; tu en es, et quoi te tient debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'aurais pas d&#251; tout &#224; l'heure m'allonger. J'essayais de dormir, c'est all&#233; si vite. Couch&#233; &#224; plat ventre sur moi, de tout son long, un type me tendait face aux yeux un portrait mortuaire, une photo agrandie sur un carton bord&#233; de noir. Celle d'un acteur allemand connu, dont je comprends qu'il veut m'informer du d&#233;c&#232;s. Un acteur que j'ai vu dans plusieurs films, deux trois au moins. Au bas de l'image son nom, que j'ai sur le bout de la langue sans me le rappeler encore, et que je n'arrive pas &#224; lire. Je trouve que ce type &#233;tendu sur moi exag&#232;re, en voil&#224; des mani&#232;res. Et lourd, qu'est-ce qu'il est lourd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voitures, pare-choc contre pare-choc, font des trottoirs des sentes creus&#233;es &#224; force de pas entre t&#244;le et pierre. Les gens ne te regardent pas, marchent t&#234;te baiss&#233;e, c'est toi qui dois te mettre contre le mur, &#224; plat dos contre le cr&#233;pi rugueux, si noirci de fum&#233;es d'&#233;chappement que tu croirais chaque fois y laisser ton ombre, l'ombre blanche d'un double crasseux qui restera &#224; jamais fig&#233; l&#224;, m&#234;me quand toi tu t'en vas &#8211; pourquoi la ville sinon serait si noire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela durait. Le type me regardait, nos deux t&#234;tes &#224; pas vingt centim&#232;tres l'une de l'autre, fixement. Et lui, comme ce qu'il constatait l'effrayait, le terrorisait. Alors je compris : apr&#232;s avoir enlev&#233; le drap qui couvrait mon visage, c'est le mod&#232;le m&#234;me de son propre visage qu'il a d&#233;couvert. Voil&#224; pourquoi il devait venir &#224; moi, &#224; moi seulement. Et la peur qui l'a saisi me prend &#224; mon tour. J'imagine la r&#233;pulsion qui se doit &#233;prouver &#224; se savoir &#233;tendu sur un cadavre, nos deux corps &#224; peine s&#233;par&#233;s par un drap. Un froid me gagne. Je tremble, raide de la t&#234;te aux pieds. Ce type et moi continuons de nous fixer les yeux dans les yeux, sous ce portrait qu'il tend. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant je sais que c'est vrai : que r&#233;ellement j'ai la t&#234;te de ce mort, dont il me pr&#233;sente l'image. Et la seule question devient : &#171; Mais qui est ce mort, dont on m'a impos&#233; le masque ? &#187; Aussit&#244;t, je comprends qu'il s'agit de bien plus qu'un masque. Mort, je le suis devenu enti&#232;rement, ou plut&#244;t : simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout mon corps, depuis les orteils jusqu'aux cheveux, mort. Pourtant, je parviens &#224; me redresser ; comme si, d'un seul effort des yeux, qui veulent voir, et parce que je dois respirer encore, j'arrivais &#224; tirer toute la t&#234;te en avant. Au prix d'une crampe, qui me tord la nuque. Un muscle pr&#234;t &#224; se d&#233;chirer, qui se crispe, me br&#251;le. Lui, d'un mouvement contraire, tient sa t&#234;te en arri&#232;re, sans &#233;viter que nous soyons d&#233;sormais bouche contre bouche, haleine contre haleine. Alors je crie, trois fois le m&#234;me mot : &#171; Da ! &#187;. Du moins voil&#224; ce que j'entends, alors que je voulais crier : &#171; Toi, toi, toi ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette impossibilit&#233; qui m'est faite de parler &#224; ma guise, dans la langue que j'ai choisie, m&#234;me pour une chose aussi simple, est terrible : la mort, c'est &#231;a, c'est juste &#231;a, ne plus pouvoir choisir ses mots ni sa langue quand on crie, du moins c'est ce qui m'appara&#238;t avec &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rares boutiques ont ferm&#233;, sauf celle d'un coiffeur, une boutique en longueur, &#233;troite, que rallongent encore ses miroirs et dont la porte, lorsque j'arrivai &#224; son niveau, s'est ouverte : quelqu'un jetant brusquement sous mon nez, vers le caniveau, une cigarette &#224; bout filtre &#224; peine entam&#233;e, m'impr&#233;gnant soudain d'une odeur de laque et de patchouli vite balay&#233;e. Je ne vais jamais chez les coiffeurs. Au fond, une pendule reste accroch&#233;e &#224; la cloison jaune. Sept heures trois. Une seule cliente, blouse nylon blanc sans manche enveloppant aussi le fauteuil, le praticien tout petit derri&#232;re elle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui m'en reste, pourtant, de mon allemand du lyc&#233;e, pas chouille. Et comme si ce cri avait fini de nous rapprocher tous deux, je comprends que c'est ce type, venu s'allonger sur moi de tout son long, qui est le mort. Cela devrait me rassurer, mais ne me rassure pas. Qu'il ressemble trait pour trait, malgr&#233; son visage si neutre, &#224; cette photo qu'il tend, c'est pire : une menace sourde &#8211; il veut quoi, de moi ? Alors, bien que toujours paralys&#233;, je ressens comme une injonction de tr&#232;s haute responsabilit&#233;, muette encore. Une responsabilit&#233; supr&#234;me, directement li&#233;e &#224; ce : &#171; Toi ! &#187; qu'il m'aurait fallu prononcer, et dont je ne peux encore comprendre la gravit&#233; pourtant certaine. Une t&#226;che m'incombe, que je ne connais pas, et pourtant d&#233;cisive. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me levai. La chambre &#233;tait glac&#233;e. Je m'aper&#231;us &#234;tre pris de fi&#232;vre. Dehors une voiture passa. J'allai &#224; la fen&#234;tre, vis une silhouette traverser, avec un bruit de talons r&#233;guliers. Elle entra dans la lumi&#232;re du r&#233;verb&#232;re, puis au carrefour tourna &#224; droite, disparut. Je bus un verre d'eau. La seconde porte, celle du r&#233;duit, &#233;tait tellement dans l'ombre que, la serrure battant &#224; cause d'un courant d'air, un instant j'eus la frousse : il allait para&#238;tre, peut-&#234;tre ? J'enfilai un pull et, pour juste une minute je pensai, me remis sous le couvre-lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine recouch&#233;, je sens &#224; nouveau cette paralysie gagner. Devant mes yeux, encore ouverts, se forme l'image impeccablement nette d'une vitre &#233;paisse mais bris&#233;e en &#233;toile par un coup, avec sur les pointes des &#233;clats rouge sombre, des coulures de sang &#224; peine s&#232;ches. Et comme dans un film cette image se rapproche, quand je suis tout contre cette vitre et ce sang elle se met &#224; tourner lentement, faisant d&#233;filer en me fr&#244;lant chaque fois plus pr&#232;s ses tranchants. Je voudrais reculer mais non, la paralysie m'en rend incapable, me ram&#232;ne in&#233;luctablement au r&#234;ve pr&#233;c&#233;dent. J'essaye de r&#233;sister, de tenir. J'ai trop peur, de ce r&#234;ve avec mort je n'en veux plus. Il me faut m'accrocher &#224; quelque chose. Mais je n'ai que cette vitre coupante. J'essaye de comprendre sur quel lieu elle donne, ferm&#233; ou ouvert, mais les brisures scintillent, m'&#233;blouissent. Ce sang &#8211; de quelle blessure &#8211; m'interdit d'oser regarder au-del&#224;. Rien n'y fait : quelque chose s'accomplit &#224; quoi je ne peux mais. &#192; nouveau je tremble, et plus fort encore que tout &#224; l'heure. Je me concentre sur les yeux, mes yeux : les garder ouverts, si d&#233;sesp&#233;r&#233;ment ouverts que je sens &#224; leur pourtour une sensation suppl&#233;mentaire de raidissement froid, froid comme ce verre coupant sur lequel enfin je les applique &#8211; le sang, c'&#233;tait le mien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fixant la nuit de la chambre, ses murs p&#226;les avec les ombres opaques des meubles, je sais d&#233;sormais que je ne peux emp&#234;cher le retour de la vision qui m'encha&#238;ne. Dans un dernier effort, un effort extr&#234;me, je demande, comme on demande &#224; la nuit : &#171; Mais qui est cet acteur allemand, qui est mort ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, plongeant &#224; nouveau dans le r&#234;ve, j'entends qu'on me r&#233;pond : &#171; Du ! Du ! Du ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Centre-ville, &#231;a commence &#224; un coin de rue, sans transition. Un coin de trottoir et voil&#224;, la nuit s'allume, les couleurs nettes et crues des n&#233;ons font de chaque rue une salle basse, o&#249; les grands magasins et les banques enjambent les d&#233;coupures qu'on leur a faites &#8211; galeries qui s'entrecroisent &#224; ciel ouvert, plafond tiss&#233; de b&#233;ton et brouillard d'un seul labyrinthe, neuf pour toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;tages sans fin de bureaux, alignant jusqu'aux murs de verre des rang&#233;es d'&#233;crans et de claviers dont personne ne s'occupe. Sous leurs enseignes, &#233;blouissantes &#224; ne plus voir qu'elles, alternent l'&#233;clatement rouge vert d'un sigle et le d&#233;roulement de lettres s&#233;par&#233;es, illuminant ensuite leur slogan tout entier (mais alors tu ne regardes plus), et les boutiques ne semblent plus vendre qu'un seul article, expos&#233; sur leurs mannequins identiques. Les pieds parfois heurtent des grilles qui ferraillent sous le pas comme de recouvrir quelles profondeurs, une vapeur chaude en remonte par bouff&#233;es &#226;cres, mais cela aussi c'est ta ville, cette puanteur des dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici tout relui mais c'est pour rien, tout est immobile, les achats sont faits, les glaces te renvoient ton image, toi en apesanteur, et les mannequins derri&#232;re leurs parois de verre, avec leurs postures trop lisses et leurs yeux fixes, les seuls &#224; te tendre le bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce moment que tu l'as vue, l'affiche : le visage pr&#233;cis&#233;ment de cet acteur allemand, et que ton r&#234;ve t'est revenu tout entier, &#224; brut, et plus possible de t'en d&#233;barrasser.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2262' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2242' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2276' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>petis oiseaux et chemins inconnus</title>
		<link>http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2090</link>
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		<dc:date>2010-03-25T10:51:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>&#233;crivain, un m&#233;tier ?</dc:subject>
		<dc:subject>politique de la litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Rilke, Rainer Maria </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; ...Il faut pouvoir repenser &#224; des chemins dans des r&#233;gions inconnues, &#224; des rencontres inattendues, &#224; des d&#233;parts que l'on voyait longtemps approcher, &#224; des jours d'enfance dont le myst&#232;re ne s'est pas encore &#233;clairci, &#224; ses parents qu'il fallait qu'on froiss&#226;t lorsqu'ils vous apportaient une joie et qu'on ne la comprenait pas (c'&#233;tait une joie faite pour un autre)&#8230; &#187; Rainer Maria Rilke&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot238" rel="tag"&gt;&#233;crivain, un m&#233;tier ?&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot292" rel="tag"&gt;politique de la litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot490" rel="tag"&gt;Rilke, Rainer Maria &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2090.jpg?1352732985' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.cipmarseille.com/publication_fiche.php?id=71a948029fa438436548c028133c06ed&amp;PHPSESSID=51ea1332d6bf9b6e8a669cec0b04c7b0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contre la po&#233;tisation du printemps et pour des centres nationaux de po&#233;sie&lt;/a&gt; : &#224; partir d'une citation tronqu&#233;e de Rilke, s'arr&#234;tant aux &lt;i&gt;petits oiseaux&lt;/i&gt; et d&#233;laissant les &lt;i&gt;chemins inconnus&lt;/i&gt;, le directeur du CipM (Marseille) &#8211; dont le site est depuis bien longtemps une ressource d&#233;cisive concernant biographies et bibliographies d'auteurs de po&#233;sie &#8211;, Emmanuel Ponsart, revient sur la volont&#233; h&#233;g&#233;monique du Printemps des po&#232;tes devenu manifestation fourre-tout, qui s'est particuli&#232;rement d&#233;consid&#233;r&#233; cette ann&#233;e en choisissant pour th&#232;me &lt;a href=&#034;http://www.sitaudis.fr/Excitations/lettre-ouverte-a-m-j-p-simeon.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Couleur femme&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les po&#232;tes n'aimant pas qu'on se m&#234;le de leurs affaires (&lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2068' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; il y a longtemps qu'on a cess&#233; toute r&#233;f&#233;rence aux genres), je m'en tiens l&#224;, mais passer absolument lire cette r&#233;flexion du &lt;a href=&#034;http://www.cipmarseille.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CipM&lt;/a&gt;, qui concerne globalement l'organisation de la vie litt&#233;raire. Plein soutien &#233;videmment &#224; leur approche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et suivre aussi &lt;a href=&#034;http://poezibao.typepad.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Poezibao&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.sitaudis.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sitaudis&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://remue.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;remue.net&lt;/a&gt; : rien ici qui divise, tout qui multiplie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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