<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?id_mot=154&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Thomas Bernhard | &#224; quel point l'homme est chien</title>
		<link>http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2051</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2051</guid>
		<dc:date>2010-02-17T21:31:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>_ tiers livre, grandes pages</dc:creator>


		<dc:subject>Thomas Bernhard</dc:subject>
		<dc:subject>Schopenhauer, Arthur</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;lave liquide et inactuelle de &#034;B&#233;ton&#034;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique1" rel="directory"&gt;le mag | grandes pages&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot154" rel="tag"&gt;Thomas Bernhard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot314" rel="tag"&gt;Schopenhauer, Arthur&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2051.jpg?1352732956' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
A mesure qu'on habite (dans) son ordinateur, il devient biblioth&#232;que g&#233;n&#233;rale : les titres qu'on y abrite, les liens et prolongements vers le grand web, puis ses propres fichiers. Et, lien plus &#233;trange entre les deux univers, ce qu'autrefois on notait dans ses cahiers ou sur ses fiches, ou qu'on cornait dans les livres.
&lt;p&gt;Aragon en parle dans &lt;i&gt;Je n'ai jamais appris &#224; &#233;crire, ou les incipits&lt;/i&gt;, de sa passion &#224; recopier, comme seul moyen &#8211; non pas de m&#233;moriser &#8211;, mais de comprendre par la main ce qui s'effectue dans l'&#233;criture de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc des ann&#233;es et des ann&#233;es que je recopie et mets &#224; part ce qui concerne les chiens dans les livres. Si je savais pourquoi, je ne le ferais pas, il y a forc&#233;ment de l'enfance, des peurs, des r&#234;ves. Il y a les &lt;i&gt;Recherches d'un chien&lt;/i&gt; de Kafka et &lt;i&gt;Le chien Berganza&lt;/i&gt; de Cervant&#232;s qui se r&#233;pondent. Il y a des textes de Duras et quelques extraordinaires de Kolt&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la nuit noire et silencieuse, que la pluie obscurcissait encore et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : en fait, un point de focalisation qui recr&#233;e comme un outil optique pour une autre fonction du rapport du r&#233;cit au monde. Pour ma part, c'est probablement le soubassement sous &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article321' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Quoi faire de son chien mort ?&lt;/a&gt; (22', &#233;coute libre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans &lt;i&gt;B&#233;ton&lt;/i&gt; de Thomas Bernhard que je relis ces jours-ci, ce passage-bloc est un monde &#224; lui seul.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Thomas Bernhard | &#224; quel point l'homme est chien&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;un extrait de &#034;B&#233;ton&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au fond, ce n'est pas la t&#234;te de Schopenhauer qui d&#233;terminait sa pens&#233;e, mais le chien de Schopenhauer. Je n'ai pas besoin d'&#234;tre fou pour affirmer que Schopenhauer &#233;tait surmont&#233; d'un chien, non d'une t&#234;te. Les hommes aiment les b&#234;tes parce qu'ils ne sont pas capables de s'aimer eux-m&#234;mes. Ceux qui ont l'&#226;me le plus profond&#233;ment ignoble prennent des chiens et se laissent tyranniser par ces chiens et finalement d&#233;truire. Ils mettent le chien &#224; la premi&#232;re place, au sommet de leur hypocrisie qui constitue pour finir un danger public. Ils sauveraient leur chien de la guillotine plus volontiers que Voltaire. La masse est pour le chien, parce qu'au fond d'elle-m&#234;me elle ne veut m&#234;me pas faire l'effort d'&#234;tre seule avec elle-m&#234;me, ce qui suppose en v&#233;rit&#233; de la grandeur d'&#226;me, je ne suis pas la masse, et je ne suis pas pour le chien. Le pr&#233;tendu amour des b&#234;tes a d&#233;j&#224; caus&#233; tant de malheur que si nous y pensions vraiment avec la plus grande intensit&#233; possible, nous serions sur-le-champ an&#233;antis d'effroi. Ce n'est pas aussi absurde que cela semble &#224; premi&#232;re vue quand je dis que le monde doit ses guerres les plus atroces au pr&#233;tendu amour des b&#234;tes de ses dirigeants. Tout cela est confirm&#233; par des documents et il faudrait qu'on s'en rende compte une bonne fois. Ces gens, les politiciens, les dictateurs, sont gouvern&#233;s par un chien et ainsi pr&#233;cipitent des millions d'&#234;tres humains dans le malheur et dans la ruine, ils &lt;i&gt;aiment&lt;/i&gt; un chien et d&#233;clenchent une guerre dans laquelle des millions de gens sont tu&#233;s &#224; cause de ce seul chien. Qu'on se demande seulement quel serait l'aspect du monde si on r&#233;duisait ne serait-ce que de quelques ridicules pour cent ce pr&#233;tendu amour des b&#234;tes au profit de l'amour des gens qui n'est aussi, naturellement, que pr&#233;tendu. La question ne peut m&#234;me pas se poser, aurai-je un chien ou n'aurai-je pas de chien, dans ma t&#234;te je ne suis absolument pas en &#233;tat d'avoir un chien dont je sais bien, du reste, qu'il faut lui donner une attention et des soins assez intensifs, comme &#224; tout &#234;tre humain, plus de soins et d'attention que je n'en exige moi-m&#234;me, mais le genre humain, tous continents confondus, ne voit rien d'&#233;tonnant &#224; donner de meilleurs soins et beaucoup plus d'attention aux chiens qu'&#224; ses semblables, oui, dans le cas de tous ces milliards de chiens, il leur donne de meilleurs soins et plus d'attention qu'&#224; soi-m&#234;me. Je me permets de qualifier ce monde-l&#224; de monde en v&#233;rit&#233; pervers et inhumain au plus haut degr&#233; et totalement fou. Si je suis ici, le chien est ici aussi, si je suis l&#224;, le chien est aussi l&#224;. Si le chien doit sortir, je dois sortir avec le chien, et caetera. Je ne tol&#232;re pas la com&#233;die du chien &#224; laquelle nous assistons chaque jour si nous ouvrons les yeux et pour peu qu'avec notre aveuglement de chaque jour nous ne nous y soyons pas encore habitu&#233;s. Dans cette com&#233;die du chien, un chien entre en sc&#232;ne et agace un &#234;tre humain, l'exploite et, au cours d'un certain nombre d'actes, chasse son innocente humanit&#233;. La pierre tombale la plus haute et la plus ch&#232;re et positivement la plus pr&#233;cieuse qui ait jamais &#233;t&#233; &#233;rig&#233;e au cours de l'histoire a &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e, para&#238;t-il, pour un chien. Non, pas en Am&#233;rique comme on pourrait le croire, &#224; Londres. Il suffit de se repr&#233;senter la chose pour voir l'homme sous son vrai jour chien. En ce monde, depuis longtemps la question n'est pas de savoir combien quelqu'un est humain, mais chien, sauf que, jusqu'&#224; pr&#233;sent, alors qu'il faudrait, en fait, pour rendre hommage &#224; la v&#233;rit&#233;, dire &#224; quel point l'homme est chien, on dit : comme il est humain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#169; Thomas Bernhard, B&#233;ton, traduction Gilberte Lambrichs, Gallimard, 1985, p 59-60.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans la nuit noire et silencieuse, que la pluie obscurcissait encore et rendait plus silencieuse, le vieillard entendait, sortant du buisson, le grognement d'un chien, grognement retenu, sourd, mais qu'il comprenait mieux que sa langue &#224; lui de vieux sauvage qu'il avait d&#233;j&#224; presque toute oubli&#233;e mot &#224; mot, chaque nuit de pluie un mot ; et il savait bien qu'il ne pouvait pas passer. Et si je pr&#233;f&#232;re la pluie, vieille folle ? grognait-il en regardant les femmes &#224; l'abri ricanantes ; puis il tenta un pas, le chien grognait encore, le vieillard comprenait et restait immobile, ses pieds s'enfon&#231;ant petit &#224; petit dans la terre mouill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s, &lt;i&gt;H&#244;tel del Lago&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Prologue&lt;/i&gt;, les &#233;ditions de Minuit, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>pour un tombeau de Thomas Bernhard</title>
		<link>http://tierslivre.net/spip/spip.php?article682</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tierslivre.net/spip/spip.php?article682</guid>
		<dc:date>2009-02-17T08:13:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Thomas Bernhard</dc:subject>
		<dc:subject>Dosto&#239;evski, Fedor</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;h&#233;ritage de Dostoievski chez Thomas Bernhard&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique140" rel="directory"&gt;XXe | 1, Gracq, Simon, Duras, Sarraute... &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot154" rel="tag"&gt;Thomas Bernhard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Dosto&#239;evski, Fedor&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton682.jpg?1352732225' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;note du 17 f&#233;vrier 2010&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Relecture intense et compulsive de Thomas Bernhard, comme s'il fallait cet &#233;loignement de maintenant, la distance &#224; l'Europe, pour r&#233;entrer dans cette secousse majeure.
&lt;p&gt;Photo ci-dessus : juste pour inciter &#224; d&#233;couvrir travail de &lt;a href=&#034;http://www.staedtische-galerie-erlangen.de/seiten/6_sammlung/bestand/seiten/rittenberg_0_alles.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Joseph Gallus Rittenberg&lt;/a&gt;, nombreux autres portraits d'&#233;crivains. Je crois que c'est la plus belle photo de Bernhard que je connaisse &#8211; tout ce noir (et lire ici &lt;a href=&#034;http://desordre.net/blog/?debut=2010-02-14#2415&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'analyse de Philippe De Jonckheere&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi, sur Tiers Livre : &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article879' class=&#034;spip_in&#034;&gt;les r&#233;cits dans Quarto&lt;/a&gt; (avec extrait de &lt;i&gt;L'Imitateur&lt;/i&gt;), et un texte qui donne bien la d&#233;mesure de Bernhard : &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article81' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Tentative de sauvetage, non-sens&lt;/a&gt; (en ligne depuis le 10 avril 2005 !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note initiale (2006)&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Il y a dans la litt&#233;rature un filon tr&#232;s &#233;troit d'auteurs &#226;pres, qui semblent avoir conquis le droit de fouiller la douleur au plus pr&#232;s, l&#224; o&#249; elle n'est plus intime mais collective. Ces auteurs-l&#224; &#233;videmment sont le coeur secret de notre biblioth&#232;que. On dirait qu'ils se passent une sorte de relais souterrain. Dostoievki en incarne &#233;videmment la figure centrale, mais lui-m&#234;me d&#233;j&#224; comme tenu d'une main sur l'&#233;paule par quelques spectres comme celui du Quichotte (dont il parle si bien dans son &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt;). Thomas Bernhard est de cette taille, et on n'a pas fini de l'explorer. Peut-&#234;tre Malcolm Lowry l'&#233;tait aussi, et Osamu Daza&#239;. La Quinzaine Litt&#233;raire avait bien voulu publier ce texte, &#233;crit ces semaines-l&#224;, sans doute d'ailleurs pour moi un des premiers &#224; l'ordinateur. Sans doute qu'aujourd'hui je m'y prendrais autrement, mais &#224; faire progressivement de ce site la trace exclusive de mon travail, et &#233;liminer toutes autres archives, je le transf&#232;re aussi ici tel quel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Fran&#231;ois Bon | fulgurations (sur Thomas Bernhard)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment d'une oeuvre, &#224; la cl&#244;ture qui la scelle : soudain une ampleur, d&#233;tachement d'un bloc brut. Ce &#224; quoi on reconna&#238;t une oeuvre, celle-ci l'imposait de longtemps ; &#224; quoi, sinon une certaine id&#233;e du noir, la force tragique d'un rire et d'avoir &#224; faire avec plus grand qu'elle-m&#234;me, s'y comporter avec fermet&#233; : sentiment tr&#232;s rare, et de pure intuition, mais que lire d'embl&#233;e l&#224; suscite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses m&#233;canismes pourtant trompent, qui aveuglent mais ne l'expliquent pas ; un seul manque &#224; la surface explicite des textes, celui pr&#233;cis&#233;ment qui les fond tous en une seule dimension &#233;troite mais si percutante : le sentiment qu'on a, en Bernhard, d'&#234;tre en ligne directe de la fibre Dostoievski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mouvement qui tout reprend et enserre, ces nappes de r&#233;cit comme d'une m&#234;me voix chacun et l'excavation qu'ils reprennent, sans lieu &#8212; ne compte pas leur province, sans temps - une catastrophe toujours a pass&#233; avant sous la surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut lire Dostoievski dans sa foi, ou dans sa politique comme Bernhard au pied de la lettre ; on peut r&#233;soudre Dostoievski &#224; son si&#232;cle finissant comme parler des suicid&#233;s de Bernhard, et ramener leur r&#233;volte &#224; leur maladie. Dostoievski pourtant, qui privil&#233;gie Job et Shakespeare parmi ceux qu'il cite, se hisse &#224; leur parent&#233; par une capacit&#233; &#224; susciter le r&#234;ve, &#224; imposer son sous-sol, qui ne se replie pas dans le d&#233;nombrement de ses rh&#233;toriques. C'est d'une ligne de cr&#234;te qu'il s'agit, et Bernhard la prolonge d'une m&#234;me nudit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela comme liquide dans ces livres serr&#233;s, corrosion reprise o&#249; le pr&#233;c&#233;dent avait racl&#233;, mani&#232;re tragique de tout d&#233;ployer et retenir, avant de tout replier et clore dans une immobilit&#233; qui fait pr&#233;sence comme ces lumi&#232;res d'apr&#232;s pluie, r&#233;cits qu'on dirait tenus dans la suspension d'un seul instant. Non pas le sulfure sur un lieu et un temps, mais le lieu et le temps convoqu&#233;s pour mat&#233;rialiser l'acide m&#234;me et le reverser sur l'homme, qu'il y ait son creusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans Dostoievski une coupe, et une &#233;l&#233;vation. Qu'on relise les premiers r&#233;cits : il est l&#224; en entier, et reconnaissable. Mais vient, suivant l'ex&#233;cution heureusement simulacre et la rel&#233;gation, comme une mar&#233;e balaye le sable, un r&#233;el repris sans le conflit sur lui des formes h&#233;rit&#233;es : &lt;i&gt;La Maison des morts&lt;/i&gt; est un haut-relief (figures qui &#233;mergent du bronze, la phrase en fait des portraits en volume, pourtant pris d'une m&#234;me coul&#233;e) apr&#232;s quoi l'oeuvre se pose d'autorit&#233; ; rien, de ce r&#233;el, n'a chang&#233; d'&lt;i&gt;Humili&#233;s et offens&#233;s&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;Crime et ch&#226;timent&lt;/i&gt;, mais le r&#234;ve a son champ clos et tout recouvre pour entrer dans le vieux th&#233;&#226;tre, Dostoievski ne naissant qu'alors &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernhard, dans son oeuvre de rebonds et d'imbriquements, est cette coupe en travail, &#233;crit les craquements, le hissement de cette &#233;l&#233;vation. Rel&#233;gation par l'oeuvre elle-m&#234;me, jusqu'o&#249; on rejoint la maladie ancienne. Il y a mise au poteau et remise ultime de gr&#226;ce, mais ce sont les premiers romans, dans leur mouvement d'effondrement de l'all&#233;gorie au nu, qui condamnent l'homme et le forcent au face &#224; face, &#224; la col&#232;re pour se d&#233;fendre. Alors seulement la menace de mort, comme pour Dostoievski, la permanente maladie qui en reste, ne sont pas jou&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cycle autobiographique de Bernhard, qui est ce mouvement de coupe et pr&#233;c&#232;de l'&#233;l&#233;vation en cl&#244;ture ouverte des derniers romans, aussi trompe pourtant, s'annon&#231;ant comme genre ; il est bris&#233; d'avance, c'est errer dans des caves, le froid et l'impasse. Miroir noir des r&#233;cits comme eux ne se donnent pas la peine d'&#233;clairer leurs ficelles. Autobiographie qui ne s'accomplit qu'apr&#232;s-coup, dans la bribe qui l'ach&#232;ve, alors de seule venue et de plain chant, voire d'harmonie soudaine dans le sombre univers atonal : Un enfant s'arr&#234;te o&#249; avaient commenc&#233; les quatre pr&#233;c&#233;dentes tentatives, serrage &#224; rebours d'un &#233;crou, sur une m&#234;me enclume ces &#233;clats encore &#224; pans bruts. &lt;i&gt;La cave&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le froid&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'origine&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le souffle&lt;/i&gt; : les titres sont la maison m&#234;me, fondation et creuset indissociable des livres qui suivent, c&#233;sure d'une m&#234;me autorit&#233; que, pour Dostoievski, le bagne. Ils sont l'indissociable th&#233;&#226;tre, la sc&#232;ne m&#234;me des fictions qui s'y m&#234;lent d&#232;s lors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme des &lt;i&gt;D&#233;mons&lt;/i&gt; aux &lt;i&gt;Karamazov&lt;/i&gt; Dostoievski joue plan sur plan, dans un repliement inverse des m&#234;mes et strictes figures (la m&#234;me visite au &lt;i&gt;staret&lt;/i&gt; qui cl&#244;t les D&#233;mons dans la &lt;i&gt;confession de Stavroguine&lt;/i&gt; ouvre les Karamazov ), de renverse &#224; renverse s'&#233;bauche le travail g&#233;ant de sym&#233;tries o&#249; c'est toujours le m&#234;me livre qu'on &#233;crit. Mais la c&#233;sure d'entre autobiographie et fiction, cette &#233;l&#233;vation que prend l'oeuvre soudain dans sa fondation faite, impose &#224; rebours de Dostoievski un accomplissement plus proche de Balzac ; c'est pr&#233;cis&#233;ment l'interstice, le manque de l'entre-livre qui les soude et les enl&#232;ve dans une m&#234;me et d&#233;finitive constellation, o&#249; se l&#233;gitime l'inachev&#233; perp&#233;tuel &#224; quoi semblent contraindre les formes ouvertes de Bernhard : c'est &lt;i&gt;Louis Lambert&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Peau de chagrin&lt;/i&gt; qui attirent au gouffre &lt;i&gt;Le cur&#233; de village&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le cousin Pons&lt;/i&gt;, comme ceux-ci &#224; rebours donnent aux livres mystiques leur poids de chair et leur illusion tragique. D'un grand, en &#233;criture comme en sculpture, on sent le bras &#224; cela : l'in&#233;vitable qui p&#232;se sur la tentative en de&#231;a d'elle, et la heurte au destin o&#249; l'homme &#8212; Balzac m&#234;me &#8212; est muet, et qu'il n'affronte qu'avec terreur, nous ouvrant &#233;cluse avec les n&#244;tres. Thomas Bernhard, d&#232;s &lt;i&gt;La cave&lt;/i&gt;, nous prend par ce qu'on tra&#238;ne soi d'une souffrance physique o&#249; s'incarne bien plus, et tout notre litige d'avec le monde qui nous porte. Cela peut consoler, de se rabattre sur le lieu ou le temps, d'exorciser ces peurs en parlant d'Autriche ou de composition musicale. L'art de la musique est d'apprendre la technique en ses c&#244;tes les plus rudes pour se soumettre soi ensuite &#224; l'&#233;preuve du libre jeu, o&#249; on tient, ou sombre : les col&#232;res de Bernhard ne miment pas l'organisation musicale, il joue et accepte l'aberration qui marque toute avanc&#233;e formelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme peut se reconna&#238;tre telle en gommant ensuite ce qui dans son &#233;mergence aberre : l'&#233;mergence du neuf garde en soi un d&#233;s&#233;quilibre qui tient du monstrueux, et se r&#233;introduit &#224; mesure dans le chantier recommenc&#233; ; ainsi, peut-&#234;tre, de cette impr&#233;cation d&#233;lib&#233;r&#233;e, se frayant chemin par exc&#232;s. On conna&#238;t mieux ce d&#233;s&#233;quilibre de l'en avant &#224; un principe d'expansion dans la derni&#232;re boucle de l'oeuvre s'achevant, chez Proust ou C&#233;line, et que celui-ci travaille par r&#233;treinte ; rebonds, de l'autobiographie au r&#233;cit, et de r&#233;cit &#224; r&#233;cit, que Bernhard retord, contraint &#224; s'ins&#233;rer &#224; force dans l'int&#233;rieur m&#234;me du premier cercle trac&#233;. Et ce puits o&#249; Bernhard nous enfonce enserre chaque fois plus fort et plus pr&#232;s notre r&#234;ve, selon cette marche d'une spirale vers son centre, de livre en livre, comme Dostoievski &#224; l'int&#233;rieur de chaque roman le fait aller par boucles &#224; son terme : du coup de hache au cauchemar dans une chambre, la r&#233;treinte de Raskolnikov comme, de &lt;i&gt;B&#233;ton&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;Ma&#238;tres anciens&lt;/i&gt;, le d&#233;cor s'&#233;lague, le mouvement s'&#233;loigne. Ce n'est pas d'apaisement ou de l&#233;g&#232;ret&#233; qu'il s'agit dans l'&#233;l&#233;vation finale, mais d'un effort moindre pour retenir le r&#233;el : le monde tout entier chaque fois mieux enclos dans le th&#233;&#226;tre m&#234;me, &#224; la seule force accrue de l'impr&#233;cation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oeuvres qui prennent le risque de la rh&#233;torique et du monde. Cela les impr&#232;gne, laisse scories (pages dans &lt;i&gt;Les D&#233;mons&lt;/i&gt; o&#249; malgr&#233; soi on glisse), mais cela s&#251;rement implique l'homme sans que notre mesure suffise : ce &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt; qu'&#233;dite Dostoievski &#224; lui seul, comme cela coupe net sur le roman, et reprend apr&#232;s lui ; il faut &#224; ces hommes-l&#224;, comme &#224; C&#233;line, incarner le hurleur, le saltimbanque qui, plus haut qu'eux, &#233;crit leurs textes et ramasse la mise du si&#232;cle : saisir l'homme par ce bout-l&#224;, et son Autriche comme le baudet de la fable, c'est comme &#224; dire que la premi&#232;re caract&#233;ristique de Bernhard est d'&#233;crire sans paragraphe, cela s'est lu. Mani&#232;re d'&#233;vacuer cette tonalit&#233; o&#249; r&#233;sonner est plus &#226;pre, et la part d'universel :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;i&gt;le droit, et m&#234;me le devoir, d'aller explorer les domaines les plus obscurs ; mais plus il (le po&#232;te) va loin dans cette direction, plus il doit user de moyens d'expressions concrets. Aussi loin qu'il p&#233;n&#232;tre dans l'au-del&#224; irrationnel ou mystique, il est tenu de s'exprimer par des moyens r&#233;els, m&#234;me tir&#233;s de sa vie exp&#233;rimentale. Gardez votre emprise au sol et b&#226;tissez avec tout cela une oeuvre hors du temps, hors du lieu, &#233;difi&#233;e dans cette recr&#233;ation&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Ma&#238;tres anciens&lt;/i&gt; la repr&#233;sentation est fondue jusqu'&#224; l'atome dans la figure narrative, un homme en deuil et au seuil de la mort, qui ne met l'art &#224; bas que pour visualiser, lui &#224; sa limite, la limite o&#249; tous, Beethoven compris, butent devant ce qui ne se peut r&#233;soudre &#224; l'homme de chair et sang, l'art, la pens&#233;e prise dans son autonomie ; figure narrative elle-m&#234;me dans le lieu le plus abstrait, le plus all&#233;gorique possible : un banc devant un mur de mus&#233;e, le tableau lui-m&#234;me d'un vieillard. Alors la phrase de Saint-John Perse, ci-dessus, le&#231;on si commune, vaut pour l'oeuvre de celui qui lui ressemble si peu ; on manque sinon la gravit&#233; qui pr&#233;side explicitement &#224; l'impr&#233;cation d&#233;cid&#233;e. A r&#233;duire Bernhard &#224; ce dont il parle, on manque cet acharn&#233; d&#233;chiffrement int&#233;rieur qui est sa plus forte unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le myst&#232;re reste, chez Bernhard, du sentiment qu'il fut &#233;lu, qu'il participe des &lt;i&gt;illuminations&lt;/i&gt;, ces travers&#233;es lumineuses d'une t&#233;n&#232;bre int&#233;rieure, avec destruction accept&#233;e au bout. De ce travail d'une c&#233;sure dans le jeu double de l'autobiographie et des r&#233;cits, o&#249; s'ouvrait ce puits universel des grands sous la forme close du livre, et par rebonds cette &#233;l&#233;vation o&#249; ils se hissent : creusement inverse d'une m&#234;me figure de folie, o&#249; Anna H&#228;rdtl, dans &lt;i&gt;B&#233;ton&lt;/i&gt;, relaye le &lt;i&gt;neveu de Wittgenstein&lt;/i&gt; d'une m&#234;me parole obsessive et tenue, figure embl&#233;matique de toute l'oeuvre depuis le mot tout aussi embl&#233;matique de &lt;i&gt;perturbation&lt;/i&gt;. Figure d'abord pos&#233;e d'un double, qu'on rapprocherait peu &#224; peu du je mis en sc&#232;ne, jusqu'o&#249; le fr&#244;ler est contagion et que s'ouvre la d&#233;finitive spirale : dans &lt;i&gt;Arbres &#224; abattre&lt;/i&gt;, puis &lt;i&gt;Ma&#238;tres anciens&lt;/i&gt;, le double a cess&#233;, c'est le vide qui est devant le narrateur, il a mang&#233; son fou. Ses suicides m&#234;mes, rapport&#233;s au coup de hache de Raskolnikov, sont moins alors r&#233;currence d'un th&#232;me que pas oblig&#233; du r&#233;cit dans une abstraction, et la mort figure fr&#244;l&#233;e dans la m&#234;me contrainte mais &#233;pur&#233;e et relev&#233;e. On n'a que dans les oeuvres les plus hautes, comme les Karamazov ou la Temp&#234;te, ce sentiment de n'&#234;tre plus dans le roman mais de marcher dans sa part de folie &#224; soi, ouverte : l'oeuvre peut se clore, elle se suffit ; et son livre ultime sera &lt;i&gt;Ausl&#246;schung&lt;/i&gt;, extinction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce travail sur m&#233;moire et honte, la repr&#233;sentation, prise au soliloque, est disloqu&#233;e, comme &#233;cartel&#233;e et pourtant d'une puissance bizarre, comme sous une loupe, &#233;clairante. Quand les premiers officiers entr&#232;rent dans la cave sous le cr&#233;matoire, &#224; Buchenwald, elle &#233;tait vide, et les nazis avaient la veille enlev&#233; les crochets qui servaient &#224; pendre ; il ne restait, des quelques quarante scellements, que les trous. Mais sur le mur parfaitement blanc, r&#233;p&#233;t&#233;es, on a photographi&#233;, qui demeuraient, &lt;i&gt;les empreintes en noir des arcades sourcili&#232;res, des cr&#226;nes, des nez, des m&#226;choires, des sternums, des hanches et des jambes de la derni&#232;re s&#233;rie de pendus&lt;/i&gt;. Qu'une oeuvre prenne le risque de son si&#232;cle, et la repr&#233;sentation disloqu&#233;e, par empreinte interpos&#233;e, du heurt &#224; l'agonie contre un mur, qui signe la figure du corps dans les livres de Bernhard, obsessive et pr&#233;gnante comme le fant&#244;me fictionnel de Glenn Gould abattant son fr&#234;ne, le rapprochement prend force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; une banlieue recouvre le nom aboli de Dachau, l&#224; o&#249; passe en train, requis par les organisations de jeunesse fascistes, le narrateur d'&lt;i&gt;Un enfant&lt;/i&gt;, entass&#233;s dans des wagons sur des voies perdues, des milliers d'hommes meurent &#224; jamais de faim et d'asphyxie, au milieu d'une population, indiff&#233;rente : ce grouillement et cette agonie, la violence sans nom et les pas multipli&#233;s de l'exode sur un territoire clos, au ciel bouch&#233;, ont un temps recouvert la totalit&#233; de son monde, et r&#233;sonnent sous ses figures obsessives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette aune s'&#233;prouvent les corps et les figures convoqu&#233;s, la r&#233;manence d'un homme qui meurt ou se donne mort, et comment son double, celui qui parle, s'en arrache avec mal pour durer : amiti&#233;, est le sous-titre du Neveu de Wittgenstein, amiti&#233; dans l'arrachement, amiti&#233; d&#232;s l'ouverture du r&#233;cit port&#233;e dans la folie et la mort oblig&#233;e, parce qu'on se heurte &#224; l'innommable qui marque, finement mais comme un sable dur, toute l'all&#233;gorie de Bernhard. Le prix qu'on paye au risque pris du temps, et l&#224;-dedans, dans le r&#233;cit lin&#233;aire, ces plaques sans cesse reprises et juxtapos&#233;es, fulguration de grands portraits en pied comme la prose peut-&#234;tre n'avait jamais r&#233;ussi auparavant &#224; les tenir ainsi, o&#249; l'impr&#233;cation cr&#233;e assez d'inertie pour un silence, le temps suspendu d'une verticalit&#233; de surface &#224; l'int&#233;rieur du r&#233;cit, plaque liquide et br&#251;lante. Devant nous d&#233;filent ces grandes et pourtant fr&#234;les figures tenues d'un bloc, un art du volume se dressant &#224; rebours dans l'obsessive lin&#233;arit&#233; des cadences : cette femme de B&#233;ton, Anna H&#228;rdtl, encore, ou ce reclus d'Un enfant visit&#233; trente ans apr&#232;s, &lt;i&gt;le Chorchi&lt;/i&gt; d&#233;ment et d&#233;chu, dans la ferme devenue casse &#224; voitures qui ouvre le r&#233;cit, comme il se ferme sur ce Messerschmidt au-dessus de M&#252;nich : &lt;i&gt;Le spectacle fut une parfaite trag&#233;die. Dans l'image &#233;l&#233;mentaire du ciel de midi plusieurs parachutes ne s'ouvrirent pas et l'on vit des points noirs tomber vers le sol plus rapidement que les parties de l'appareil.&lt;/i&gt; Thomas Bernhard, tomb&#233;, mais l'oeuvre close sur une &#233;l&#233;vation, d&#233;finitivement ouverte et dans la parent&#233; des plus grandes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Thomas Bernhard | de la difficult&#233; d'&#233;diter les grands auteurs </title>
		<link>http://tierslivre.net/spip/spip.php?article879</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tierslivre.net/spip/spip.php?article879</guid>
		<dc:date>2007-06-04T19:36:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Thomas Bernhard</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;les r&#233;cits autobiographiques de Thomas Bernhard rassembl&#233;s en Quarto&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;quelques contemporains&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot154" rel="tag"&gt;Thomas Bernhard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton879.jpg?1352732273' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff879.jpg?1352731929&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 _ de l'importance de lire les oeuvres compl&#232;tes&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Les auteurs qui nous importent, nous ne pouvons les lire en d&#233;tail : on a besoin de l'ensemble, et de les disposer moins par rapport &#224; une vie que dans un temps. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un enjeu qui a toujours travers&#233; l'histoire des livres : l'aberration de placer le &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt; en t&#234;te des &#233;ditions dites &#171; compl&#232;tes &#187; de Rabelais vient du 17&#232;me si&#232;cle, et s'est reproduite de fa&#231;on inepte jusqu'au dernier Pl&#233;iade, qu'elle invalide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 _ avantages et contradictions de la Pl&#233;iade&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
La collection Pl&#233;iade a pourtant renouvel&#233; le concept et la mise &#224; disposition de ces ateliers d'&#233;crivain, sous forme d'&#339;uvres compl&#232;tes, qui nous sont si n&#233;cessaires pour la vraie mise en perspective du travail quotidien : investissement aussi n&#233;cessaire que les machines &#224; &#233;crire. Avec corollaire pour l'Internet : parce que l'&#339;uvre compl&#232;te est un geste &#233;ditorial, une construction intellectuelle qui ne se r&#233;duit &#233;videmment pas &#224; l'accumulation des textes num&#233;riques. Internet n'est pas pr&#234;t &#224; prendre le relais de cette fonction &#233;ditoriale, y compris parce qu'il n'a pas encore de mod&#232;le &#233;conomique li&#233; qui le lui permette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des r&#233;ussites : le Pl&#233;iade Nathalie Sarraute, en mettant &#224; disposition les textes th&#233;oriques dans leur cheminement progressif (&lt;i&gt;L'Ere du soup&#231;on&lt;/i&gt;), et disposant la grande s&#233;quence (&lt;i&gt;Entre la vie et la mort, Vous les entendez, L'Usage de la parole, &#171; Disent les imb&#233;ciles&#8230; &#187;&lt;/i&gt;) dans sa progression temporelle, c'est ouvrir &#224; la perception et &#224; une lecture de Sarraute que les titres s&#233;par&#233;s n'autorisaient pas. Le double Pl&#233;iade Gracq fait qu'on circule de texte &#224; texte par des souterrains. Le Michaux est remarquable : voir le dossier du film &lt;i&gt;Images d'un monde visionnaire&lt;/i&gt; si besoin de s'en convaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse, le Pl&#233;iade Claude Simon, choix d'oeuvres en un seul tome, m&#234;me avec un remarquable appareil critique, rel&#232;gue au cimeti&#232;re des titres aussi indispensables au processus global de l'&#339;uvre que &lt;i&gt;L'Accacia&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, et le fait que l'auteur ait donn&#233; son accord &#224; la compilation ne suffit pas &#224; la sauver. Il y a d'autres rat&#233;s consid&#233;rables en Pl&#233;iade : les quatre tomes de Kafka le d&#233;coupant par genre, quand les &#233;ditions allemandes ou anglaises sont chronologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des singularit&#233;s majeures : Alexis L&#233;ger inventant sous forme livre un po&#232;te dit Saint-John Perse, fiction n&#233;cessaire au statut m&#234;me des textes que lui, Alexis L&#233;ger, a produits et publi&#233;s, nous for&#231;ant &#224; consid&#233;rer comme geste majeur la biographie &#224; la troisi&#232;me personne, &lt;a href='http://tierslivre.net/spip/spip.php?article415' class=&#034;spip_in&#034;&gt;largement fictionnelle&lt;/a&gt;, qu'il r&#233;dige lui-m&#234;me en t&#234;te du volume, ou les lettres apocryphes &#224; sa m&#232;re. Il y a des scandales : l'interdiction actuelle faite par Maria Kosama, son ex&#233;cutrice testamentaire, de r&#233;imprimer les deux tomes du Pl&#233;iade Borges, alors que c'est une magnifique circulation dans l'invention fantastique. Sur eBay &#231;a devient tr&#232;s recherch&#233; mais non, je ne revendrai pas le mien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 _ l'innovation Quarto, et r&#233;serves Artaud&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Et puis le concept encore r&#233;cent dans l'&#233;dition fran&#231;aise, o&#249; l'&#233;dition am&#233;ricaine nous avait pr&#233;c&#233;d&#233;s : par exemple le &lt;i&gt;portable Faulkner&lt;/i&gt; de chez Penguin, non pas l'&#339;uvre compl&#232;te, mais l'&#339;uvre essentielle, avec appareil critique et iconographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de la collection Quarto s'inscrit l&#224;, avec un budget bien plus accessible (surtout compte tenu de l'actuelle tendance &#224; transformer les Pl&#233;iade en objet d'art &#8212; les luxueuses reproductions et fac-simile dans le Francis Ponge, qui est aussi un &lt;i&gt;usuel&lt;/i&gt; de travail). J'ai offert d&#233;j&#224; plusieurs fois le Ren&#233; Char (sous-titre &lt;i&gt;l'atelier du po&#232;te&lt;/i&gt;), le Marguerite Duras (sous-titre &lt;i&gt;roman, th&#233;&#226;tre, film un parcours&lt;/i&gt;). Le Desnos est devenu l'&#233;dition de r&#233;f&#233;rence. Le concept d'un volume atelier, incluant documents, mat&#233;riau biographique, textes &#339;uvre et textes d'accompagnement ou p&#233;riph&#233;riques, est passer de la lecture &#224; ce en quoi elle interf&#232;re avec notre table de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes concernant le Quarto Antonin Artaud ne sont pas r&#233;gl&#233;s. L'&#339;uvre d'Artaud continue de cheminer vers le plus important de nos pr&#233;occupations d'&#233;criture et de pens&#233;e. Paule Th&#233;venin a publi&#233; en 20 ans 26 tomes de l'&#339;uvre compl&#232;te, avant d'&#234;tre arr&#234;t&#233;e par des arguties juridiques mercantiles, merci la corporation des h&#233;ritiers &lt;i&gt;de&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Artaud aurait &#233;videmment d&#251; &#234;tre en Pl&#233;iade, et int&#233;gralement, mais le Quarto est un instrument de travail d'une exceptionnelle commodit&#233; : lettres, documents, dessins, et les textes principaux (manquent les &lt;i&gt;Galapagos&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Moine&lt;/i&gt;) sous la main dans un seul volume d'un bon kilo de papier : l'occasion de lire les textes sur le cin&#233;ma, les sc&#233;narios, les textes sur la fonction de l'art dans les civilisations o&#249; il n'est pas pos&#233; comme culture. Mais le Quarto souffre irr&#233;m&#233;diablement de deux taches : l'insulte faite &#224; &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?article888&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Paule Th&#233;venin&lt;/a&gt;, quasi accus&#233;e de d&#233;tournement de manuscrits pour complaire aux h&#233;ritiers, et le &lt;i&gt;P&#232;se-Nerfs&lt;/i&gt;, texte fondateur, sur quoi bascule toute la litt&#233;rature du 20&#232;me si&#232;cle, tass&#233; en 8 pages l&#224; o&#249; l'&#233;clatement graphique de l'exploration mentale qu'Artaud une suite de doubles pages &#8212; comment, pour nous, faire alors passer l'importance de ce qui s'y joue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres collections forcent &#224; de m&#234;mes interrogations : Perec en Pochoth&#232;que, sous la direction de Bernard Magn&#233;, devait comporter deux volumes. Le premier rassemble les romans, le second n'a jamais paru. Au premier livre ainsi orphelin manquent &lt;i&gt;Esp&#232;ces d'espaces&lt;/i&gt; et les textes qui pr&#233;cis&#233;ment &lt;i&gt;disposent&lt;/i&gt; le geste romanesque de Perec dans sa rupture. Alors on attend.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_540 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L80xH119/bernhard_quarto-21894.jpg?1750685313' width='80' height='119' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;se procurer le livre : voir page &#034;librairie&#034;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 _ bloc charri&#233; de lave noire : Thomas Bernhard&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Deux parutions de Quarto ravivent cette r&#233;flexion. Les deux tomes des &#339;uvres courtes et des r&#233;cits de Balzac, pour la premi&#232;re fois pris chronologiquement. Et le Quarto qui vient de para&#238;tre, intitul&#233; &lt;i&gt;Thomas Bernhard, r&#233;cits&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un livre qui d'abord manifeste l'unit&#233; formelle de Bernhard : hors &lt;i&gt;L'imitateur&lt;/i&gt;, avec ses proses br&#232;ves &#224; fond fantastique, et t&#233;moignage de l'enracinement Walser de Bernhard, chaque r&#233;cit se pr&#233;sente comme un paragraphe d'un seul bloc. Le paragraphe, chez Bernhard, est fait livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi peut-on aborder la r&#233;volution autobiographique &#224; quoi il proc&#232;de dans &lt;i&gt;L'Origine, La Cave, Le Souffle, Le Froid, Un Enfant&lt;/i&gt; : non pas l'autobiographie de Thomas Bernhard, mais cinq blocs chacun centr&#233; sur un moment autobiographique, et la mise en activit&#233; r&#233;ciproque des cinq nous introduit dans une constellation autobiographique, discontinue, incompl&#232;te, mais bien plus pr&#232;s de l'&#233;nigme qu'aucune autre entreprise litt&#233;raire ne pourrait le permettre. Encore plus quand tel &#233;l&#233;ment autobiographique traverse de fa&#231;on r&#233;currente plusieurs des r&#233;cits. Les questions formelles pos&#233;es chez nous par Pierre Bergounioux sont tr&#232;s similaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &lt;i&gt;r&#233;cits&lt;/i&gt;, aussi, deux textes qui interrogent la folie en d&#233;doublant le narrateur dans une rencontre avec dialogue, &lt;i&gt;Marcher&lt;/i&gt; (&#171; C'est un constant va et vient de toutes les possibilit&#233;s de penser d'une t&#234;te humaine &#224; toutes les possibilit&#233;s de ressentir d'un cerveau humain et &#224; toutes les possibilit&#233;s d'un caract&#232;re humain &#187; en exergue) et &lt;i&gt;Le Neveu de Wittgenstein&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'il y a une telle rupture entre r&#233;cit et roman chez Thomas Bernhard ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, si on consid&#232;re sch&#233;matiquement que l'&#233;criture des cinq r&#233;cits autobiographiques le s&#233;pare d&#233;finitivement des &lt;i&gt;romans&lt;/i&gt; tel qu'il en h&#233;rite de l'art formel (&lt;i&gt;Gel, La Pl&#226;tri&#232;re, Corrections&#8230;&lt;/i&gt;), avec pour point d'infl&#233;chissement le monologue du Prince dans &lt;i&gt;Perturbation&lt;/i&gt;, magnifiquement traduit par Bernard Kreiss.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, si cet infl&#233;chissement c'est la naissance de fictions o&#249; le principe du livre bloc, du paragraphe fait livre, devient la loi formelle de Thomas Bernhard pour &lt;i&gt;B&#233;ton, Arbres &#224; abattre, Ma&#238;tres anciens&lt;/i&gt; et autres fulgurations jusqu'&#224; &lt;i&gt;Extinction&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cinq r&#233;cits autobiographiques sont chaque fois une lame plant&#233;e dans l'&#233;nigme compacte de quoi permet d'acc&#233;der &#224; &#233;crire, de quoi du dehors et de nous-m&#234;mes on le nourrit, et de quel prix, seul, on le paye : pourquoi les &#233;diteurs du Quarto se sont tenus oblig&#233;s de nous fournir &#224; la fin une notice sur l'histoire r&#233;cente de l'Autriche ? On a besoin d'une notice sur l'histoire russe pour lire Dostoievski, d'un r&#233;sum&#233; de la premi&#232;re guerre mondiale pour lire Proust ? Mais les cinq r&#233;cits autobiographiques sont indissociables de comment ils se rejouent dans la fiction de &lt;i&gt;Naufrag&#233;s, B&#233;ton&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Arbres &#224; abattre&lt;/i&gt;. Inversement, le statut de la mort et de la folie dans tous les romans, et notamment dans &lt;i&gt;Perturbation&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Extinction&lt;/i&gt; impliquait &#224; Bernhard d'en affronter esth&#233;tiquement le statut dans ces livres hors dispositif romanesque, mais o&#249; la fiction est essence de l'&#233;criture, &lt;i&gt;Le neveu de Wittgenstein&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Marcher&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Memento mori&lt;/i&gt;, dit Bernard Lortholary dans son introduction aux r&#233;cits autobiographiques. Un rep&#232;re essentiel, d'un noir transparent, dans sa biblioth&#232;que. Mais qui renvoie aux romans, les r&#233;impose depuis un autre statut, les contraint &#224; racine. Et tout au bout, dans cette opposition des romans aux r&#233;cits, la confrontation &#224; la folie : Thomas Bernard, nous n'avons pas le choix que le lire sous forme d'&#339;uvres compl&#232;tes. Il y a deux livres dans ce Quarto, un &#233;lan pour emporter le reste de la boucle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Offrez Thomas Bernhard, si vous avez d&#233;j&#224; ces r&#233;cits-l&#224; dans votre biblioth&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Thomas Bernhard | L'Imitateur (extraits)&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'imagination&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Pr&#232;s du quartier copte du Caire nous avons &#233;t&#233; frapp&#233;s par des rues enti&#232;res o&#249;, dans les immeubles de quatre ou cinq &#233;tages, on &#233;l&#232;ve des millions de poules, de ch&#232;vres et m&#234;me de cochons. Nous avons essay&#233; d'imaginer ce qu'on peut entendre quand ces maisons br&#251;lent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un auteur pas commode&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Un auteur qui n'a &#233;crit qu'une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre, dont il n'a autoris&#233; qu'une unique repr&#233;sentation sur ce qui &#233;tait &#8211; &#224; son avis &#8211; la meilleure sc&#232;ne du monde, par &#8211; toujours &#224; son avis &#8211; le meilleur metteur en sc&#232;ne, et &#8211; encore &#224; son avis &#8211; les meilleurs acteurs du monde, s'&#233;tait, pour la premi&#232;re, avant m&#234;me le lever de rideau, post&#233; &#224; la place du balcon qui s'y pr&#234;tait le mieux, mais ne pouvait &#234;tre vue du public, et il avait point&#233; le fusil mitrailleur construit &#224; son usage par la firme suisse Vetterli, et une fois le rideau lev&#233; il logeait une balle dans la t&#234;te &#224; tout spectateur qui &#8211; &#224; son avis &#8211; riait &#224; contretemps. A la fin de la repr&#233;sentation, il n'y avait plus dans la salle de th&#233;&#226;tre que des spectateurs ex&#233;cut&#233;s par lui, et donc des spectateurs morts. Pendant toute la repr&#233;sentation, les acteurs et le directeur du th&#233;&#226;tre ne s'&#233;taient pas laiss&#233; distraire un instant par cet auteur peu commode et l'&#233;v&#233;nement qu'il avait cr&#233;&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pise et Venise&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Les maires de Pise et de Venise s'&#233;taient mis d'accord pour donner un choc aux visiteurs de leurs villes, qui, depuis des si&#232;cles, ont &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement emball&#233;s par Pise aussi bien que par Venise, et ils avaient d&#233;cid&#233; de faire transporter et installer &#224; Venise la tour de Pise et &#224; Pise le campanile de Venise, en grand secret et de nuit. Mais ils n'avaient pas pu tenir leur projet secret, et, la nuit m&#234;me o&#249; ils voulaient faire transf&#233;rer la tour de Pise &#224; Venise et le campanile de Venise &#224; Pise, ils avaient &#233;t&#233; intern&#233;s d'office, comme il se doit le maire de pise &#224; l'asile de Pise et le maire de Venise &#224; l'asile de Venise. Les autorit&#233;s italiennes avaient su traiter l'affaire avec la plus grande discr&#233;tion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vice versa&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
J'ai beau toujours avoir d&#233;test&#233; les jardins zoologiques, et m&#234;me avoir toujours trouv&#233; suspects les gens qui visitent ces jardins zoologiques, il ne m'a pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233; d'aller une fois dans le parc de Sch&#246;nbrunn, et, &#224; la demande de mon compagnon, un professeur de th&#233;ologie, de rester plant&#233; devant la cage des singes, &#224; qui mon compagnon donnait de la nourriture (dont il savait bourr&#233; ses pochez &#224; cette intention). A la longue, le professeur de th&#233;ologie, un ancien camarade d'&#233;tudes, qui m'avait invit&#233; avec insistance &#224; l'accompagner &#224; Sch&#246;nbrunn, avait donn&#233; toute sa nourriture aux singes, quand tout &#224; coup les singes se sont mis de leur c&#244;t&#233; &#224; ramasser des restes de nourriture tra&#238;nant sur le sol et &#224; nous les tendre &#224; travers la grille. Le professeur de th&#233;ologie et moi-m&#234;me avons &#233;t&#233; si &#233;pouvant&#233;s par le brusque changement d'attitude des singes, que nous avons tourn&#233; les talons sur le champ et quitt&#233; le parc de Sch&#246;nbrunn par la premi&#232;re sortie qui se pr&#233;sentait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'erreur de Moosprugger&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Le professeur Moosprugger &#233;tait all&#233; chercher &#224; la gare de l'Ouest un coll&#232;gue qu'il ne connaissait que par ses lettres sans l'avoir jamais rencontr&#233;. En fait, il s'attendait &#224; trouver un &#234;tre tout diff&#233;rent de celui qui a effectivement d&#233;barqu&#233; &#224; la gare de l'Ouest. Quand j'ai fait remarquer &#224; Moosprugger que l'homme qui d&#233;barque est toujours diff&#233;rent de celui qu'on attendait, il s'est lev&#233; et il est sorti aussit&#244;t dans l'intention de rompre et de d&#233;noncer toutes les relations qu'il avait nou&#233;es au cours de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux billets&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
A la biblioth&#232;que universitaire de Salzbourg, le biblioth&#233;caire s'est pendu au lustre de la grane salle de lecture parce que &#8211; ainsi qu'il l'a &#233;crit sur un billet qu'il a laiss&#233; &#8211; il ne pouvait plus supporter, apr&#232;s vingt-deux ans de service, de classer des livres et de pr&#234;ter des livres qui ne sont &#233;crits que pour causer des malheurs, et, par l&#224;, il entendait tous les livres jamais &#233;crits. Cela m'a fait penser au fr&#232;re de mon grand-p&#232;re, qui &#233;tait garde-chasse &#224; Altentann, pr&#232;s de Henndorf, et qui s'est tu&#233; d'un coup de fusil au sommet du Zifanken, parce qu'il ne pouvait plus supporter le malheur des hommes. Lui aussi avait not&#233; cette conclusion sur un billet qu'il avait laiss&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perast&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
A Perast, nous nous &#233;tions adress&#233;s &#224; plusieurs personnes pour demander &#224; qui avaient appartenu les palais abandonn&#233;s et d&#233;j&#224; presque en ruine, ainsi que d'autres maisons, parce que nous n'avions rien lu &#224; ce sujet. Mais, &#224; nos questions, les gens auxquels nous nous &#233;tionss adress&#233;s n'avaient fait que rire, s'&#233;taient d&#233;tourn&#233;s et avaient pris la fuite. Quelques kilom&#232;tres plus loin, &#224; Risan, nous avons entendu dire qu'il n'y avait plus un &#234;tre normal &#224; Perast : la ville enti&#232;re avait &#233;t&#233; abandonn&#233; &#224; un grand nombre de fous qui pouvaient y faire ce qu'ils voulaient et qui &#233;taient ravitaill&#233;s par l'&#233;tat une fois par semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Folie&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
A Lend, un facteur a &#233;t&#233; suspendu parce que, pendant des ann&#233;es, il n'avait pas distribu&#233; les lettres dans lesquelles il soup&#231;onnait de mauvaises nouvelles, et, bien entendu, aucun des faire-part de d&#233;c&#232;s qui lui tombaient entre les mains, mais qu'il les avait br&#251;l&#233;s chez lui. Finalement, l'administration des postes l'a fait interner &#224; l'asile psychiatrique de Scherrnberg, o&#249; il circule en uniforme de facteur et distribue continuellement des lettres jet&#233;es sp&#233;cialement &#224; cet effet par l'administration de l'asile dans un bo&#238;te appos&#233;e contre l'un des murs de l'asile, et qui sont adress&#233;es &#224; ses compagnons d'infortune. Ce facteur avait, d&#232;s son internement &#224; l'asile de Scherrnberg, demand&#233; un uniforme de facteur, &lt;i&gt;pour ne pas devenir fou&lt;/i&gt;, &#224; ce qu'on raconte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#169; Thomas Bernhard, L'Imitateur, extraits, traduction Jean-Claude H&#233;mery, Gallimard Quarto, 2007&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Thomas Bernhard | tentative de sauvetage, non-sens</title>
		<link>http://tierslivre.net/spip/spip.php?article81</link>
		<guid isPermaLink="true">http://tierslivre.net/spip/spip.php?article81</guid>
		<dc:date>2005-04-09T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>_ tiers livre, grandes pages</dc:creator>


		<dc:subject>Thomas Bernhard</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; en moyenne un demi-million de pens&#233;es en une heure d'apr&#232;s-midi / je fais effort pour parvenir au lointain &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique1" rel="directory"&gt;le mag | grandes pages&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://tierslivre.net/spip/spip.php?mot154" rel="tag"&gt;Thomas Bernhard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Tentative de sauvetage, non-sens&lt;/i&gt; est le sous-titre de &lt;i&gt;Dans les hauteurs&lt;/i&gt;, un des premiers &#034;romans&#034; de Thomas Bernhard, &#233;crit en 1959, et publi&#233; seulement en 1989. Traduit par Claude Porcell en 1991 pour Gallimard.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Thomas Bernhard | Tentative de sauvetage, non-sens&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;je n'entre pas en contact avec les gens des journaux, je ne me laisse pas &lt;i&gt;bousculer&lt;/i&gt; par eux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je d&#233;pose mon article, re&#231;ois mon argent, les pires articles qui aient jamais &#233;t&#233; &#233;crits !, je les d&#233;pose, je suis content de n'avoir rien &#224; faire avec les r&#233;dacteurs,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on acquiert un champ, un morceau de pays, on fait le tour de ce morceau de pays on ne prend personne avec soi, on s'isole, on suit son chemin, on d&#233;crit son petit cercle, tout d&#233;truire, effacer, rendre non avenu, sa salive &#224; la figure des curieux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pas de communication, pas de d&#233;couvertes : que l'on fait pour les communiquer ; on en est maintenant &#224; n'avoir plus de point de rep&#232;re pour les limites : on &#233;l&#232;ve un haut mur, on le construit de plus en plus haut, on pousse la construction de ce mur, on lui sacrifie tout, on se sacrifie en fin de compte soi-m&#234;me, &lt;i&gt;l'id&#233;e&lt;/i&gt; ; le mur est devenu si haut qu'on ne peut plus avoir aucune relation,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai &#233;puis&#233; mon argent, je remue du lait en poudre dans mon bol, cach&#233; dans la salle de bains, je remue et je me prom&#232;ne au milieu de mes id&#233;es de suicide comme dans un jardin exotique, je rajoute du lait en poudre, le mange &#224; la cuill&#232;re, j'arpente le jardin,&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;je partage les tripes avec mon chien,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'arpente le jardin sans me fixer,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tripes : en &#233;t&#233; leur odeur est insupportable,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai travers&#233; le jardin aux plantes exotiques,&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;j'ai &#233;tal&#233; mon atlas devant moi et les heures du soir passent, parfois le professeur de coll&#232;ge me traite de haut : &lt;i&gt;de tr&#232;s haut&lt;/i&gt;, de l&#224; o&#249; l'on ne peut plus rien exclure, o&#249; les d&#233;s sont jet&#233;s ; du point de vue le plus &#233;lev&#233; de tous, il parle comme si j'&#233;tais un chien de l'esprit ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;puis il reprend ce sont ridiculement pleurnichard qui &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; met au niveau de &lt;i&gt;mon&lt;/i&gt; chien, au &lt;i&gt;niveau canin, au niveau le plus bas de tous&lt;/i&gt;, conform&#233;ment &#224; la nature,&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;savez-vous ce que cela veut dire quand la chaleur &#233;lectrique nous tue ?, vous ne savez pas ?, j'ai entendu quelques orateurs pr&#233;c&#233;dents, mais je peux vous dire que la chaleur &#233;lectrique nous tue tous,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je suis sur mon chemin, mon interminable chemin, je suis parti sur mon interminable chemin, mon interminable chemin me convaincra qu'il est interminable,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je p&#233;n&#232;tre dans la nature, et je vois qu'elle ne sert &#224; rien, je dois &lt;i&gt;ressortir&lt;/i&gt; de la nature,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;en moyenne un demi-million de pens&#233;es en une heure d'apr&#232;s-midi,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je fais effort pour parvenir au lointain, j'ai toujours devant moi le lointain et les hauteurs les plus hautes, mais la proximit&#233; m'effacera, les profondeurs m'effaceront,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;victime des lointains sans limites, victime de la proximit&#233; sans limites,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par-del&#224; toutes les ombres et par-del&#224; toutes les humiliations, je souffre mon p&#232;re, ma m&#232;re, mes amis,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;cette pens&#233;e folle de la communaut&#233; de vie, cette pens&#233;e folle des innombrabilit&#233;s,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et cependant c'est un crime de commencer quoi que ce soit, tout est mensonge, chaque virgule est mensonge, tout n'est rien qu'un bavardage effrayant, une insignifiance, une bassesse, une humiliation pour moi,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mais je m'accroche &#224; ces quelques pens&#233;es, et chaque lettre importe et la perception de l'abrutissement,&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;un orage &#233;clate, et me pousse dans une maison,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la peur du signal m'emp&#234;che de dormir, la peur de l'expression &lt;i&gt;effrayant, que j'ai invent&#233;e&lt;/i&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;nous faisons les bagages et partons : nous avons un compartiment de premi&#232;re classe, nous voyageons en wagon-lit, nous avons tout un train pour nous tout seuls, nous avons tir&#233; les rideaux afin que personne ne nous salisse, afin qu'aucune pens&#233;e ne nous salisse, afin de ne pas &#234;tre sali par le pays tout entier : la salet&#233; du monde n'entre pas,&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;passer dix mille fronti&#232;res, passer dix mille contr&#244;les, sans passeport, sans tournures stupides, sans d&#233;tours, avec notre but seul, avec notre p&#232;re et avec notre m&#232;re, &lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
noue ne sommes pas sanctionn&#233;s : tous les noms se sont trop &#233;loign&#233;s de nous, nous les avons laiss&#233;s loin derri&#232;re nous,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;quoi ?, vers o&#249; ?, nous ?, qu'avons-nous fait de nous ?,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la mort, avec sa conscience de soi, intervient&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
