une traversée de la France d’est en ouest

début des notes cinétiques 2006-2007


note du 17.09.2016
On m’a demandé récemment où il était possible de consulter ce projet achevé.

Ce projet n’ayant pas eu d’autre existence que ce texte, c’est donc ici qu’on le trouve.

Mais est-ce que l’ensemble du site ou des vidéos n’est pas justement la réalisation permanente de ce projet ?

FB

 

en roulant donc et
la radio dans la voiture
la centrale nucléaire sous sa vapeur en blanc
le comptage de l’argent aux péages la mention affichée pas de liquide en caisse
le quai de déchargement des semi-remorques à l’arrière de l’hyper mais tout cela aperçu loin
chaîne du froid pas interrompre la chaîne du froid pourquoi tu pensais ça
affiches pour le zoo : en semi liberté plus vrais que les vrais
et sur nous tu pensais
puissances détraquées de la terre
les lycées six couloirs trois étages la ville les tendait vers l’autoroute comme à vouloir s’en débarrasser
il faudrait multiplier le nombre de bâtiments gris
par le nombre de villes quand on longe
la ville comme un puits
parcelles en rond et les points blancs les cubes où on vit
cuisine aménagée salon appareillé chambre à coucher pour coucher

 

et là sur le parking tu les voyais avancer comme on flotte
habillés de neuf Schopenhauer disait beaux comme des statues habillées
et moi, moi le tournis
les haut-parleurs les musiques de fond les sons d’ambiance et les annonces
bruit non bruit vibration mièvre du monde
on s’en allait autrefois sac au dos
on trouverait à l’autre bout des montagnes des mers
Décathlon pour vous servir
procession des feux rouges
scintillement des maisons
musique energie musique chérie et bande fm
tous les succès des années 80 que le bonheur vous accompagne
nouvel âge et le pont sur l’autoroute
sculptures d’aluminium au carrefour
et tout le monde habillé de neuf

 

difficile pour l’homme d’échapper tu te souvenais des conversations chuchotées
liste à faire : échapper, suite de ce à quoi multiple on doit échapper
les pièges, les lumières les vitrines, et réfléchir insulté, marcher dans la rugosité disais-tu
liste à faire des pièges, des douceurs, des insultes, des obstacles)
rugosités : l’argent, l’argent, l’argent
les invectives, le mépris, de la marche sombre des jours
quand ils recommencent identiques
difficile pour l’homme d’échapper aux jours identiques

 

dévale l’autoroute
passe près du cimetière
et le drapeau levé devant la mairie
le passage piéton devant l’école
les pylônes pour l’électricité les câbles pour le téléphone
difficile pour l’homme d’échapper à l’usure
« le corps comme il s’use, pire qu’une bête », dit comme ça dans la nuit
et marteaux piqueurs aux matins
bruits des voitures toi mal de tête
les échangeurs lumières sur les immeubles fumée fumée dans le ciel
nous avions traversé la France d’est en ouest
nous dormions dans les hôtels
les villes s’annonçaient loin, blafardes dans le ciel
graffiti sur mur miteux
camions au parking
queue au bistrot et la télé au plafond qui braille
« on ira au cinéma oublier », dit comme ça en redémarrant

 

difficile pour l’homme d’échapper tu disais en roulant
et la radio jouait indifférente
oublier qui pourrait : tout devant les yeux recommence
on traversait la France d’est en ouest
puissances détraquées de la terre
on y croyait, à l’autre horizon et puis tu approches
sortie rocade rond-point
difficile, difficile pour l’homme d’échapper

 

alignements de publicités mortes
toi tu disais : tu vois l’église, c’est la rue juste en face sur la droite
et elle réexpliquait à sa copine, au téléphone
tu vois le Mac Donald, tu passes devant et c’est la première rue devant
alignements des publicités mortes
la vie moins chère les rabais
salon de l’érotisme au parc des expositions
nouveau crédit salle de bains à refaire
on roulait sous les panneaux de six mètres de haut
et quoi de nous ici usé quoi de nous ici défait
avais-tu jamais réussi à t‘empêcher
de lire un mot qui s’offre

 

puissances détraquées de la terre
il disait
à force de le regarder
il disait : je hanterai ce pays
par les vitres des trains, les hublots des avions
dépeigné, disait-il, et la rétine écarquillée
je hanterai ce pays
dans le métro écoutant, dans le bus regardant
et à pied, oui, on s’arrête on regarde
on les photographie même
mais qui, hanté, et qui s’en préoccupait
que le fantôme d’Allen Ginsberg regarde
c’est la ville en retour qui nous fixe et nous hante
nous épingle nous écarquille écartèle

 

puissances détraquées de la terre
alignements de publicités mortes
difficile pour l’homme d’échapper
avais-tu jamais réussi à t‘empêcher
il disait : je hanterai ce pays à force de le regarder
puissances détraquées de la terre
tu roulais l’autoroute à cet instant presque vide et toi


responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne 25 janvier 2007 et dernière modification le 17 septembre 2016
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