une lecture chapitre à chapitre des deux livres du Quichotte
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Lire et partager un grand voyage, sans apprêt ni affèterie, tout au long des chapitres de l’immortel et absolu sommet fondateur de notre littérature, le Quichotte ?
Beaucoup de chantiers en cours ? ah oui : Rabelais, Balzac, Lovecraft... mais de plus en plus la sensation que ce qui organise ma démarche, au profond, n’est pas l’un ou l’autre pris isolément, mais une quête du fait littéraire en lui-même... chaque chantier alors (ajoutons Proust, Edgar Poe, avec aussi des séries vidéo) complétant l’ensemble... et une condition pour moi : se renouveler dans les formes, le récit... tous ces chantiers assignés à un impératif : se continuer ensemble... là, en ce début d’été, il serait trop lourd de me réatteler à Balzac ou Lovecraft, mais pour y revenir avec une force et des formes nouvelles, marcher librement, avancer plus légèrement... quoi, je me dispenserais, dans cette bascule de l’été, de l’envie toute fraîche de m’embarquer, 20 minutes par jour, dans un chapitre de l’océan Quichotte ?
Ces dernières semaines (mais y a-t-il jamais eu pause) lu beaucoup de comment le Quichotte revenait dans les cahiers de Franz Kafka, dans les récits de Borges (lequel enfant a d’abord lu le Quichotte en anglais, et a toujours pensé le texte espagnol comme traduction), ou comment tant d’auteurs, comme Flaubert ou Stendhal, ont laissé témoignage de leur premier accès au livre, ou encore tous les réarrangements, de Diderot à Éric Pessan (son Quichotte comme autoportrait) ou Chesterton, pour rejouer l’aventure du Quichotte dans tous nos présents — une littérature immensément vaste, parce que telle est la dette...
Le souhait aussi, là où j’en suis de ma démarche vidéo, de pouvoir se laisser aller à une parole ouverte, du lu parlé, à peine monté, comme un « live », parce qu’entre micro et caméra on place le livre, non pas pour une lecture intégrale, mais pour y avancer, chapitre par chapitre, pour l’émerveillement, les écarts, ce qu’on ne comprend pas, ce que ça dit sur l’homme... Essayons donc !
Sur une dizaine au moins, je connais et j’ai pratiqué six traductions du Quichotte, dont le texte original m’est inaccessible :
– celle de César Oudin et François Rosset, la première et inimitable, par proximité temporelle même, dès 1614, et qui continue d’être une sorte de référence au quotidien, simplement aussi parce que la première lue, la constamment relue dans mon vieux Pléiade usé de 1949 et la façon dont elle tombe en bouche, à un routier éprouvé de Rabelais comme je suis (on y reconnaît des tournures entières) ;
– la deuxième, celle de Louis Viardot, l’ami de Flaubert, de Littré et de Sand, de Tourguenev amant de Pauline Viardot son épouse et chanteuse, rédigée en deux ans, publiée en 1834 : libre de droits, elle inonde le paysage et les poches, et pourtant je la considère comme la plus pauvre, ou obsolète — si c’est la seule que vous ayez connue, osez-en une autre ;
– la troisième, comme un coup de cymbale avec orchestre : Francis de Miomandre, en 1935, veut redonner au Quichotte ce lustre et cette langue en (ou de) folie, que Viardot lui avait fait perdre — reprise dans l’édition Bouquins, étonnante de vivacité et souplesse : si vous hésitez, mais que le plaisir littéraire commande, foncez...
– quatrième, on trouve aussi en poche celle de Jean-Raymond Fanlo, dont j’apprécie tant le travail sur d’Aubigné (et, dans son édition, son importante analyse d’introduction, presque un livre en soi, une analyse qui déborde largement sa propre traduction) ;
– et de cinq, très singulière et que je n’ai cessé de recommander aux personnes souhaitant découvrir le Quichotte ex abrupto, au Seuil les deux tomes d’Aline Schulman, avec le parti pris d’une langue moderne, qu’on peut trouver raide ou monochrome, mais qui s’installe dans la rythmique même de Cervantès, sa rapidité en avant (elle s’en explique avec un texte passionnant sur la question même de la traduction) ;
– enfin, la traduction majeure de Jean Canavaggio, en 2001, étayée par les notes et le contexte du deuxième Pléiade, et c’est à Canavaggio aussi qu’on doit une biographie référence de Cervantès, indispensable pour donner à chaque instant du texte sa profondeur et sa résonance, irréductiblement espagnole !
Alors pourquoi pas repartir de la traduction de César Oudin, et la jouissance de cette langue pleine du jus de l’époque, et revenir à chaque chapitre sur les différentes approches et choix si divergents de Miomandre, Fanlo, Schulman et Canavaggio ? Aucune mise en concurrence ou approche comparative, je dirais presque que c’est plutôt affaire de seule musique et de goût personnel pour telle syncope ou telle autre (même si, de mon côté, « la » Canavaggio reste l’outil de travail principal)...
Alors oui, aventure d’abord égoïste : parce que, lisant chapitre par chapitre, on redécouvre, comme à marcher à pied au lieu prendre le bus, l’ensemble des figures, retournements, transitions... et ce sera mon plaisir de l’été, se lancer, oublier un peu tout le reste !
FB
• image haut de page : le grand Albert Robida !
été 2026, série | le Quichotte, sommaire des vidéos
– 1.1 | de la condition et des occupations du fameux gentilhomme don Quichotte de la Manche ;
– 1.2 | de la première sortie que fit l’ingénieux don Quichotte ;
– 1.3 | où l’on verra de quelle plaisante manière don Quichotte se fit armer chevalier ;
– 1.4 | de ce qui advint à notre chevalier quand il sortit de la taverne ;
– 1.5 | suite de la disgrâce de notre chevalier ;
– 1.7 | de la seconde sortie de notre bon chevalier don Quichotte de la Manche ;
– 1.9 | fin de l’étonnante bataille qu’eurent ensemble le brave Biscaïen et le vaillant Manchègue ;
– 1.10 | du gracieux entretien qui se fit entre don Quichotte et Sancho Pança, son écuyer ;
- 1.11 | de ce qui advint à don Quichotte avec des chevriers (attente 2ème boucle) ;
– 1.12 | de ce que raconta un chevrier à ceux qui étaient avec don Quichotte (attente 2ème boucle) ;
– 1.13 | fin du conte de la bergère Marcelle avec d’autres événements (attente 2ème boucle) ;
– 1.14 | où l’on rapporte les vers désespérés du défunt pasteur, avec certains inespérés événements (attente 2ème boucle) ;
– 1.16 | de ce qui advint à l’ingénieux chevalier en cette hôtellerie qu’il s’imaginait être un château ;
– 1.21 | de la haute aventure et riche conquête de l’armet de Mambrin, avec d’autres choses arrivées à notre invincible chevalier ;
– 1.22 | de la liberté que don Quichotte donna à plusieurs malheureux que l’on menait malgré eux là où ils n’eussent pas voulu aller ;
– 1.23 | de ce qui advint au fameux don Quichotte en la Sierra Morena, qui fut une des plus rares aventures qui se racontent en cette véridique histoire ;
– 1.24 | suite de l’aventure de la Sierra Morena ;
– 1.25 | des choses étranges qui arrivèrent au vaillant chevalier de la Manche en la Sierra Morena, et de l’imitation qu’il fit de la pénitence du beau ténébreux ;
– 1.26 | où se poursuivent les finesses d’amoureux que fit don Quichotte en la SIerra Morena ;
– 1.27 | comment le curé et le barbier vinrent à bout de leur projet, avec d’autres choses dignes d’être racontées en cette grande histoire ;
– 1.28 | où l’on traite de la nouvelle et plaisante aventure qui arriva au curé et au barbier dans la même montagne ;
– 1.29 | qui traite du gracieux artifice et de l’ordre adopté pour tirer notre amoureux chevalier de la dure pénitence à laquelle il s’était soumis ;
– 1.30 | qui traite de l’esprit et du bon sens de la belle Dorothée, avec d’autres choses qui donneront agrément et bon passe-temps ;
– 1.31 | des savoureux entretiens qui se passèrent entre don Quichotte et Sancho Pança, son écuyer, avec d’autres incidents ;
– 1.32 | qui traite de ce qui arriva en l’auberge à toute la quadrille de don Quichotte ;
– 1.33 | où l’on rapporte l’histoire du curieux impertinent ;
– 1.34 | suite de l’histoire du curieux impertinent ;
– 1.35 | où l’on traite de l’héroïque et formidable bataille que don Quichotte livra à des outres de vin rouge, et où l’on termine la nouvelle du curieux impertinent ;
– 1.36 | d’autres rares accidents qui survinrent en la taverne ;
– 1.37 | où se poursuit l’histoire de la fameuse infante Micomicona, avec d’autres plaisantes aventures ;
– 1.38 | qui traite du curieux discours que fit don Quichotte sur les armes et les lettres ;
– 1.39 | où le captif raconte sa vie et ses aventures ;
– 1.40 | suite de l’histoire du captif ;
