#été2024 #prologue | Peter Handke, je suis venu au monde

le cycle été 2024, anthologie



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#prologue | Peter Handke, Je suis venu au monde


Nous avions d’abord exploré cette proposition lors du cycle Pousser la langue. Enregistrée fin juin 2019 et mise en ligne depuis un hôtel à Sept-Îles, en route pour Natashquan, c’était même cette situation de nomadisme et découverte qui m’avait aidé pour ce cycle. On peut trouver ici la vidéo originale : introspection sous verbe, et ici sur le blog WordPress de publication collective l’ensemble des contributions reçues.

Plus de 80 contributions à cette proposition (dont certain·e·s parmi vous sont toujours avec nous !), et cela m’est resté en mémoire comme d’une trappe très singulière et mystérieuse ouverte par Peter Handke.

Ce livre de Peter Handke rassemble quatre de ces pièces parlées, sous le titre Outrage au public, 1966 chez Suhrkamp, 1968 à l’Arche, traduction de Jean Sigrid.

Au départ, un texte écrit pour le théâtre, deux personnages avec micro, alternant ou superposant les voix. Trente-neuf paragraphes, en ampliation progressive (vers la fin, un seul paragraphe occupera quatre pages du petit volume de l’Arche).

Ce qui nous intéresse : le traitement des verbes, évidemment. Mais surtout, qu’à enraciner les premiers paragraphes, par l’expérience de l’embryon puis du nourrisson, et des étapes principales de la petite enfance, de trouver un registre où le soi s’exprime en amont de toute possible autobiographie ou dévoilement.

Ce qui s’écrit, c’est le rapport du corps à la conscience, de l’appropriation des sens, enfin des premières étapes du rapport au monde, voir, toucher, marcher. Et quand cette même transcription du rapport au monde devient abstraite, les signes, l’éducation, obéissance ou obligations, éveil aux autres, c’est la même matrice narrative qui reste l’outil d’exploration.

Reprendre les verbes qui, à trente-neuf reprises, servent d’incipit à Peter Handke. S’inscrire soi-même dans les étapes qu’il décrit. Utiliser pareillement les accumulations, les infinitifs.

La difficulté de la proposition : se contraindre à la première partie du voyage, l’avant-naître, le développement du toucher, de la vue, de la perception au monde, avant l’enfance, avant l’école. Si vous voulez prolonger, bien sûr. Mais mieux vaut la fouille en profondeur de ce territoire avec un tel enjeu : une impossibilité de sujet, puisque c’est justement l’accès à la parole, l’accès à la marche, qu’on va creuser et construire. Le grand trouble, c’est ce « je » omniprésent, mais un je non encore rassemblé en lui-même, c’est cela la porte étroite ouverte pour y inventer à notre tour.

Grammaticalement, noter qu’à aucun moment le texte de Peter Handke ne comporte de propositions relatives. On interpole les verbes, les syntaxes. On utilise le point ou le point-virgule pour les accumulations, mais toujours en s’en tenant à une marche linéaire par propositions principales. Noter comment le blanc qui sépare les paragraphes les constitue en blocs indépendants, accroissant la force rythmique du texte, et nous offrant un procédé d’expansion inédit : recommencer, rejouer les paragraphes, y compris depuis un verbe ou un nom déjà utilisé, pour augmenter le texte de l’intérieur plutôt que de lui donner une suite par linéarité.

Noter aussi le paragraphe uniquement bâti sur les points d’interrogation.

Noter aussi, tout à la fin, le long paragraphe de quatre pages où des éléments quasi minimes mais si concrets (« J’ai posé le vélo contre le mur ») donnent son achèvement au texte.

Et bien sûr, si vous êtes de celles et ceux qui avez participé, l’été 2019, à la première exploration de cette consigne, ce paragraphe-bloc de la fin, en quatre pages, peut vous servir de point de départ pour une nouvelle phase d’exploration.

 


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
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1ère mise en ligne et dernière modification le 13 juin 2024
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