hors-série | « lavez, ô pluies... »

conjurer l’ombre des temps : l’impératif de Saint-John Perse en 1943


 

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hors-série | « lavez, ô pluies... »


Après 3 « transversales » sur genèse et développement d’une histoire (le mot le plus simple est toujours le plus puissant) -– et on reviendra bien sûr régulièrement à ces réflexions sur l’amont de l’écriture –-, retour au cycle « vers un écrire/film », mais le contexte est lourd, et aimante, alors un hors-série pour conjurer, reprendre pied dans notre territoire d’écriture.

On a fait plusieurs fois, dans les cycles précédents (voir contre le passé simple dans outils du roman) des exercices directement liés aux temps verbaux (ou l’absence de verbe, aussi, ou ce que change l’implacable utilisation du présent...). Et pourquoi pas l’impératif ?

L’impératif a un statut particulier dans la langue : il désigne un faire, donc échappe à la sphère close sur elle-même du langage. Il est de fréquence d’usage inverse, dans la narration et dans le quotidien.
Mais l’imprécation (voir Jean de Sponde au XVIe siècle, ou même la quadruple répétition narrative d’Exode a aussi un statut propre. Là on heure au réel, et d’autant plus fort qu’il tourne le dos.

Et c’est la raison d’en revenir à cette suite majeure des quatre textes de Saint-John Perse écrits en pleine guerre, ou — Vents -– dans cette échappée enfin au massacre des temps. C’est seulement rétrospectivement que le titre Exil a rassemblé Exil, Pluies, Neige, Vents. Avec Pluies, on est en 1943, dans le fond même de la guerre une fois de plus à échelle mondiale, et comme sans perspective possible.

Dressez... vannez... lavez... la suite des impératifs conjure, exorcise, tient en respect faute de renverser. C’est ce qu’il faudra déterminer d’abord : et pourquoi pas une petite liste préalable des cinq à huit verbes qui seront les vôtres ? Les verbes considérés seuls, en amont même de l’adresse.
Puisque c’est la spécificité de l’impératif : ne pas se séparer de son destinataire, l’embarquer avec lui, même si c’est sur soi-même qu’on le retourne.

Rappel de son introduction dans le petit Aimer la grammaire de Pierre Bergounioux (indisponible, rejoindra ce matin même, la liste des fac-simile pour les abonnés) : « Le mode. Cette catégorie verbale concerne la réalité de l’action. Elle comprend sept variantes [...] l’impératif la donne comme incertaine mais souhaitable (ou nécessaire) : –- Partons ! »

Bergounioux invite aussi à se souvenir que l’impératif est un mode « semi-personnel », n’a pas de temps et ne s’applique pas aux pronoms à la troisième personne.

C’est donc d’abord à cette machine verbale qu’on invite, en relisant ce chant VII de Pluies (voir pièce jointe).

Attention portée aussi à ce formidable outil syntaxique qu’est le verset : Saint-John Perse s’inscrit dans ce qu’ouvrent les Cinq grandes odes de Claudel. Forme poétique, mais forme en prose. Le verset, même bref, appelle au suivant et se refuse à la coupe qui définit le vers. Penser poétique, mais rester dans le corps à corps monde qu’est la prose, ce sera notre versant du défi.

Rappel aussi : un exercice préalable depuis Exil : dans le cycle Vies, situations, personnages, une généalogie au féminin.

Et s’y appliquer ensemble, quelle chance.

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 6 mars 2022
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