27 | avec Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil

tags : Saint-Florent le Vieil, Julien Gracq, 2005

un lieu au hasard

Ce texte est un fragment d’un travail en cours, amorcé le 20 décembre 2020 et non destiné à publication hors site (pour l’instant).

Le principe est d’aller par une phrase par lieu précis de remémoration, et d’établir la dominante sur la description même, si lacunaire qu’elle soit, du lieu — donc public, puisque bar, bistrot, resto — de la remémoration.

La rédaction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s’appuie principalement sur la navigation par mots-clés depuis la page des index lieux, noms, dates.

Point régulier sur l’avancée de ce chantier dans le journal #Patreon.

 

27 | avec Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil


À l’opposé il y aurait ces deux fois avec Gracq à Saint-Florent le Vieil, la Gabelle : la première fois on ne savait pas qu’il y occupait quasiment au quotidien la table 3, on a marché sur l’île Batailleuse, longé la rue du Grenier à Sel et les quelques rues étroites du centre bourg, on s’est offert le resto avec les enfants, il est avec un invité (ou plutôt : il est avec qui l’a invité, je n’ai pas retenu le nom), au café je vais jusqu’à eux et me présente, il y a un moment déjà qu’avec Gracq on échange des lettres (moi) ou des petites cartes (lui), il me reconnaît de suite et on parle, puis il me salue quand on s’en va, les deux aînés de nos enfants savent ce qu’il représente pour leurs parents, simplement c’est comme si à ses yeux ils n’existaient pas, traversaient invisibles son champ visuel et ça les étonnera — ou attristera — beaucoup, je m’en souviendrai toujours aussi, et puis une autre fois ou c’est moi l’invitant mais même table et même bouteille de ce blanc frais et sec qu’il a suggéré, discussion prolongée ensuite chez lui dans la pièce sombre avec les photos de famille, le journal local, le téléviseur avec lecteur DVD (des opéras, des documentaires d’histoire) et les deux télécommandes, discussion qu’ensuite je transcrirai au plus près, je me souviens des lumières, je me souviens du petit homme que je chahutais (sur Proust, sur Saint-John Perse, sur Claude Simon) mais on parlait aussi de ce qui lui était cher (ses deux-chevaux quoiqu’à l’époque il avait cessé de conduire, la côte atlantique, Tréhorenteucq) ou de sa réticence sur certains points à évoquer Gracq (« ce n’est pas le même homme ») alors que c’est pourtant avec Gracq, plutôt que lui, que je voulais vider mon verre, ensuite j’avais roulé vers Saint-Nazaire. Dans deux ans il serait mort.

 

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 chez Julien Gracq, déjeuner en bord de Loire
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1ère mise en ligne et dernière modification le 16 janvier 2022
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