32 | Bombay Juhu Beach comme j’y retournerais

tags : Inde, Mumbai, 1979


Ce texte est un fragment d’un travail en cours, amorcé le 20 décembre 2020 et non destiné à publication hors site (pour l’instant).

Le principe est d’aller par une phrase par lieu précis de remémoration, et d’établir la dominante sur la description même, si lacunaire qu’elle soit, du lieu — donc public, puisque bar, bistrot, resto — de la remémoration.

La rédaction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s’appuie principalement sur la navigation par mots-clés depuis la page des index lieux, noms, dates.

Point régulier sur l’avancée de ce chantier dans le journal #Patreon.

 

32 | Bombay Juhu Beach comme j’y retournerais


Ou repartir loin, ces trois semaines à Juhu Beach, ces moments dont on ne sait pas comment en un seul cercle restreint du temps ils vont induire une bifurcation générale, est-ce qu’on peut parler d’ancrage si rien ne sera ancré, qu’il n’y aura encore que dérive, longtemps dérive : Bombay (qui ne s’appelait pas Mumbai encore) est une presqu’île, la partie la plus prestigieuse ou coloniale de la ville tout au bout avec la statue face mer, et plus on s’enfonce vers la racine de la presqu’île plus c’est aussi un enfoncement dans les couches sociales et la dureté de vivre, le Bhbha Atomic Center était tout au bout, côté est, et Juhu Beach en face, côté ouest et la suite d’hôtels qui sont autant d’enclaves s’est encore développée, affiche en chacun de ses encerclements un peu plus d’irréalité ou de luxe si artificiel, pourtant en cherchant les photos réseaux de la plage elle-même ça n’aurait pas changé, il n’y a plus les dromadaires ni les vendeurs de haschich à la sauvette mais ça ne doit pas être loin, en regardant les photos de l’actuel Novotel tu reconnais bien cette terrasse avec piscine où tu avais passé les trois premières semaines, le matin un taxi (toujours le même, un vieux bonhomme rieur et bavard qui faisait déguerpir les lépreux des vitres aux feux rouges, et parfois avait des ennuis virulents avec ses collègues, puisqu’on le rejoignait en bout du parking où il nous attendait, course qui devait suffire à sa journée mais pas besoin de rien réexpliquer et un itinéraire sans fioriture), le soir je partais en balade sur cette plage aussi surpeuplée que la ville, le cahier vert était dans la chambre ou là, sur la terrasse, on mangeait dans la grande salle de l’usine à touristes, à l’occidentale mais avec quelques aménagements pour faire oriental — rien à voir avec les épices des plateaux qu’on prenait à la cantine avec les contremaîtres du centre nucléaire — seul souvenir c’est que le samedi soir c’était buffet et au bout de trois semaines plus possible de supporter cette gabegie c’est là que j’avais déménagé dans une résidence pour étudiants du centre lui-même, et les Telex (on se servait encore de Telex et pour se fournir d’argent liquide c’était toute une histoire) de mes chefs et collègues à l’usine disant que c’était une bêtise, qu’ensuite notre taulier n’accepterait plus les notes de frais et ainsi de suite, mais des quatre mois de ce séjour (on le scrutera en détail, la place dans ce récit étant proportionnelle non pas au nombre de semaines mais à leur poids dans le chemin de vie) je reviendrai de temps en temps, quoique rarement, justement pour parfois un plat à l’occidental (on se passe si facilement de viande, mais il vous prend des déprimes du samedi soir), soit ici soit un peu plus bas au Centaur, et une bière genre Bud qui faisait tourner la tête avant de repartir, même plus marcher sur la plage mais en contempler hypnotisé le tableau.

 

Ailleurs sur Tiers Livre :
 1979, Les Indes noires — récit

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 10 janvier 2022
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