marche d’approche #2 | du dehors ? une bien sombre histoire !

cycle été 2020 | outils du roman


 


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- ici les 30 exercices de John Gardner

 

du dehors ? une bien sombre histoire !


On rappelle le principe : une succession rapide, multiple, de modes narratifs qui font partie du vocabulaire usuel du roman.

C’est une question de rapport entre une bulle de réalité complexe, indémêlable, aux frontières ouvertes (temporellement, spatialement, relationnellement), et le récit qui — non pas s’en ferait l’image — mais suscite son illusion, avec assez de force pour que cette construction langagière ait effet de réel. Non pour la copier, mais pour la remplacer.

Le souhait, à démultiplier ces exercices (et à chacun.e de les faire à son rythme, on a 3 mois devant nous, possible aussi de zapper ceux qui ne vous conviennent pas) que le seuil d’entrée en soit réduit, pas plus que de franchir une porte.

Puis accumuler ces exercices comme autant de rouages minuscules : mon pari, qu’à force de les répéter, on dispose de lignes de forces qui bascule progressivement dans un projet plus large.

Pas question d’être normatif : il n’y a pas de technique unique, de principe qui soit seulement technique. C’est ce qui me fait aimer tant John Gardner, un précurseur du creative writing celui qui mit le pied à l’étrier à Raymond Carver.

Alors, pour entrer progressivement dans ce cycle (d’où l’intitulé « marche d’approche », à nouveau, pour se garder justement de vouloir de suite afficher le panneau « roman en cours »), une relecture attentive du dernier chapitre de son livre, intitulé « 30 exercices ».

La première fois, dans l’exercice n° 5, c’est le mot omniscient qui m’avait accroché : narrateur omniscient, quoi de plus général dans la production romanesque. Mais s’interroger précisément sur comment ça fonctionne, l’écriture depuis un point de vue omniscient ? Et l’atelier était lancé.

Dans l’exercice suivant, à nouveau l’impression que Gardner désamorce, banalise : « écrire un début de roman » on ne peut pas dire que ce soit vraiment défini. Mais il lâche l’artillerie lourde, avec un autre paramètre de l’usage le plus général des formes romanesques : « narrateur objectif ».

Alors c’est vraiment de penser fort, très fort à ce point de départ qui va être important. Et de s’y tenir. C’est lui aussi qu’on examine : ça veut dire quoi, narrateur objectif ? Ça impose quoi, de tout considérer mais à distance, sans se mêler de rien, ne savoir que ce qu’on sait ? Prendre totalement au sérieux, exagérément, outrancièrement, le fait d’être en dehors de l’histoire. Mais reprenez après ça les nouvelles de Henry James, vous verrez...

Alors, narrateur objectif, mais de quoi ? Gardner ne propose rien, ne nous aide pas. Donc restons dans le plus élémentaire, le plus originel, depuis Eschyle et Sophocle, voire plus. Tension, conflit. Affrontement larvé. On refait Sophocle ? Ah non : nous on reste dans le petit ! C’est une histoire de brouille entre deux collègues de bureau (je me souviens une fois, au Seuil, m’être servi d’un mug sur une étagère, sans savoir qu’il était dédié : je m’étais fait une ennemie à vie, à vie vous dis-je). Un différend familial qui n’en finit pas de prolonger ses conséquences dans des choses pourtant petites, si petites (ah oui, mais vous n’avez pas le droit d’en parler ? Et si c’était aussi à ça que servait la fiction, et la prise de distance du narrateur objectif ?).

Prenez la Cerisaie de Tchékhov : un oncle veut vendre la propriété, une tante veut la conserver (je dis de mémoire, mais relu pas mal de ses nouvelles, ces derniers temps). Pas plus que ça, et toute cette magie qu’il déroule...

J’essaye de m’en expliquer dans la vidéo, consigne : un seul paragraphe, un paragraphe-bloc. C’est la frustration de ne pas pouvoir le diviser, l’obligation de tout emboîter phrase sur phrase qui va devenir l’outil optique pour démêler la situation.

Or cette idée du bloc, à vous de jouer. Prendre le temps de laisser les idées venir, ces petits conflits, ces haines confites. Au pire, un fait divers, mais attention de ne pas s’embarquer là où par exemple on était parti en suivant Laurent Mauvignier et son Ce que j’appelle oubli sur un fait de société comme nous en éprouvons trop, et tout le temps. Privilégier le privé, le voisinage.

Difficile ? Pas tant que ça, parce qu’on se venge de ce qu’ils nous font subir. Et, à l’inverse, bêtise ou pas (ah Bouvard, ah Pécuchet), on les aime, nos petites marionnettes ! Ne pas prendre trop grand. Savoir qu’il y a un avant et un après, et qu’on ne racontera pas tout (même ainsi, les temps vont se superposer, se heurter dans l’intérieur de notre paragraphe-bloc).

C’est que ça remonte à loin, des fois, ces petites affaires-là.

L’appui, la source de tout, c’est de toujours se souvenir de John Gardner comme d’une ruse, presque un piège (piège sympathique) : du dehors, oui, narrateur objectif qui n’a pas le droit de se mêler de rien. Au point que ça peut être la première phrase du bloc : du dehors, d’un point de vue extérieur, vu comme ça.... Et la fin ? Eh bien, bien sûr, on ne saura pas tout. C’est prévu pour durer, cette affaire-là, pensez... Alors au point de s’exclamer, tou.te.s ensemble : Une bien sombre histoire ! Et pourquoi pas ?

Alors à vous d’écrire ! Et bien sûr, et bien sûr : vous n’oubliez pas le petit codicille, hein ? Trois ou cinq brèves lignes sur comment l’écriture et pourquoi, à propos de votre texte !

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 23 juin 2020
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