dans ma bibliothèque | Balzac, L’Intégrale

histoire de mes Comédies humaines


J’ai dans la tête un historique extrêmement précis de la suite de mes lectures Balzac et dans quels livres. La première fois en 3ème, les Illusions perdues dans une édition de poche prêtée par Serge Caillaud à mon père qui avait une grippe et ne dut pas l’ouvrir (il lisait, mais uniquement ce qui concernait la Seconde Guerre mondiale, dont il avait été un si petit rouage). C’est dans la fascination pour cette lecture que l’été suivant, juste après mai 1968, j’emprunte à mon grand-père maternel (dans un carton d’huile Antar vide mais je l’ai raconté) les 18 tomes de ce Balzac relié cuir, actuellement aux Sables d’Olonne chez ma tante J., que je passe un plein mois à lire nuit jour sans discontinuer, événement qui se révélera le plus déterminant de ma vie, mais je l’ai déjà raconté.

Balzac est un engrenage. Chaque livre mène à plusieurs autres, liste qui se recharge et se transforme chaque fois qu’on prolonge la lecture.

Je crois que depuis je n’ai jamais cessé de lire Balzac au moins trois semaines par an.

Je n’ai pas nostalgie de cette édition cuir. Jamais pu savoir où, comment et pourquoi le grand-père se l’était procurée et l’importance subjective qu’il y accordait.

Mais ces années 1978-1980, marchant vers mon premier livre, dans l’ouverture du temps, Balzac devait être présent, et j’ai acheté toute une série (Zola, Hugo, Rousseau...) de cette collection L’Intégrale au Seuil. Imprimée en deux colonne reliure toilée, elle avait l’avantage d’être économique, et contenir un minimum de renseignements sur les oeuvres. Certaines sont ratées, ainsi le Rabelais de Maurice Rat qui, sous prétexte de français « moderne » remplace du coscosson dans un bourrabaquin par du couscous dans une marmite ce qui, du point de vue de la langue, n’est pas du tout la même chose. Le viume 7 de la Comédie humaine porte 80 francs comme indication de prix, ça faisait la Comédie humaine au prix d’un Pléiade d’aujourd’hui.

Plus tard, mais bien plus tard, je m’achèterai le Pléiade en 12 volumes, plus les 2 volumes très importants des Oeuvres diverses, mais ces Pléiade sont pourris de préfaces ineptes. J’achèterai aussi, événement éditorial bien plus intéressant, les 2 Bouquins d’un Balzac chronologique, déterminant pour comprendre la gestation, et depuis un paquet d’années maintenant je lis ça sur mon Kindle, difficile de revenir s’intéresser au livre depuis le confort numérique.

Elle est donc totalement inutile, L’Intégrale en 7 volumes, mais pas question de l’éliminer. Peut-être fait le grand tour 2 ou 3 fois, même si toujours en désordre. Le premier qui m’a fait comprendre que pour lire un auteur il n’y avait pas d’autre choix que lire tout, sinon ça ne colle pas à la cervelle, on n’a pas l’architecture, du moins l’architecture-temps.

Et tout un entassement Balzac à côté, la grande biographie de Roger Pierrot, les Lettres à Mme Hanska que Laffont ne veut plus réimprimer et qui sont donc désormais indisponibles, les Contes drolatiques, bien sûr la Correspondance en Garnier jaune...

À noter que L’Intégrale c’était imprimé chez Mame, à Tours, et que le bâtiment aujourd’hui en désamiantage, et qui va être réattribué à l’école des Beaux-Arts puisque tout a fermé. Et qu’en vis-à-vis il y a la publicité pour cette belle collection des Écrivains de toujours, présentant la vie et l’oeuvre, dont on sait que pour le 150ème volume il s’agit d’un auteur complètement inventé, extraits et biographie, mais qui du coup a passé dans toutes les encyclopédies et manuels, un des plus beaux fake du monde.

Et puis, dès qu’on l’ouvre, reste la magie des titres, la magie des incipit, la magie de l’enfermement roman. Et si vous n’aimez pas Balzac, comme madame Proust mère, eh ben tant pis pour vous, on ne raconte pas ça ici pour convaincre.

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 21 juin 2014
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