fictions du corps | Hypothèses sur l’élaboration de ce livre

pour en finir avec la vie joyeuse, 43


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On dispose de plusieurs hypothèses sur l’élaboration de ce livre.

La première et plus vraisemblable tenait à l’évolution de la communauté même : éclatée, sans plus rien savoir de son voisin le plus immédiat, un nostalgique, un archiviste, un scribe probablement borné avait entrepris cette enquête et cet inventaire, soit qu’il puisse avoir connaissance directe de ce qu’il établissait, soit qu’il se base sur des on-dit ou des textes de lois et constats conservés par l’administration centrale.

La deuxième disait que la communauté elle-même, sur toute l’étendue de la ville, avait enjoint qu’on lui transmette un état précis des qualificatifs, témoignages et modes de vie, qu’on avait ensuite synthétisé ces rapports et établi les principales catégories avant de les rassembler dans ce bref ouvrage.

La troisième disait que rien de tout cela n’était qu’invention : dans l’éclatement de la communauté, dans le désarroi de la ville morne et comme à elle-même absente, un scribe angoissé et rejeté, sans fonction ni emploi, avait voulu se venger en exagérant ainsi tous les traits invisibles de l’époque.

La quatrième était tout simplement une tentative de se consoler : on pouvait interpréter ce livre comme l’état d’une ville et d’une communauté il y a longtemps disparus, on pouvait l’interpréter comme une sorte de menace prophétique sur ce qui attendait désormais la communauté confrontée à son étiolement ou sa fin de plus en plus inéluctable.

Restait la plus immédiate et la plus simple : c’était juste l’exacte transcription de nous-mêmes, par un témoin direct de ce qu’était devenue notre ville, notre communauté.

En tout cas, il existait, ce livre. Et qui pour dire que ce n’était pas nous-même, notre communauté, notre ville ?

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne et dernière modification le 10 mai 2014
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