fictions du corps | Notes sur l’homme transparent

pour en finir avec la vie joyeuse, 20


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Dans le dedans de l’homme transparent, tout était limpide, simple, presque luminescent.

Autant dire qu’était rare la catégorie de ceux qu’on pouvait qualifier d’homme transparent.

On disait qu’on n’avait inventé les vitrines – et les faux êtres qu’on y installe –, que pour les capter, eux les transparents, hommes de reflets, hommes de non-essence. Que les vitrines, à côté de leurs mannequins pour la montre et la marchandise, avaient su séduire et immobiliser tel ou tel homme transparent de passage, que c’était la preuve de l’existence dans la ville de l’homme transparent.

Mais pour les autres, parmi vos collègues, vos proches, comment les reconnaître de ces mêmes silhouettes, dressées derrière les vitrines pour faire piège – comment savoir qui était homme transparent.

Pour vérifier qu’un des nôtres relevait de la catégorie des hommes transparents, il fallait l’ouvrir.

On n’y condescendait qu’en des circonstances très précises.

La question de la transparence restait totalement ouverte (et rien moins que transparente), comme une sorte d’idéal – mais qui pour prétendre avoir en lui-même conquis son idéal ?

Parfois, longeant l’hiver quelque fantastique arrangement de glace dans les galeries commerciales de la ville, vous y pensiez pour vous-même : comment la transparence pour vous-même pouvait être un rêve.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 24 janvier 2014
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