13.11.19 | la terre est la peau de ses meurtres

Google Maps archive les scènes de crime – source : San Jose Mercury News (via Presse Citron)


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1 _ COMPRESSION

Cela tient à la recherche sur Google Maps : qui donc pourrait explorer la totalité des bords de route, des parkings, des arrières des villes ? C’est aussi long, à fort grossissement, que de les parcourir à pied : tâche de tous (en quel endroit de la terre il n’y aurait pas en tout temps ces passages multiples et incessants ?) et non d’un seul. Seulement voilà : un endroit vous concerne, et vous passez le voir, et vous vérifiez son image même si vous savez parfaitement son état réel. Ma voiture garée dans la cour à jamais devant le garage, même si depuis j’en ai changé de voiture. Comment ce père n’aurait pas été un jour visiter sur Google Maps le lieu précis où fut tué son fils ? Et comment n’aurait-il pas réagi violemment à découvrir que le satellite, tout là-haut et indifférent à ce qu’il photographie, reproduisait le corps même de l’adolescent mort. Et quoi ici aiderait à ce qu’un jour le crime exhibé soit résolu ?

 

2 _ RENVERSE

Les satellites voués à la cartographie terrestre tournaient depuis des années maintenant au-dessus de la terre et n’en laissaient pas un centimètre carré de côté. Quand plusieurs images se superposaient du même lieu, on les conservait toutes, et on pouvait conserver l’histoire précise du lieu, un petit curseur vous déplaçait alors dans le temps. Et désormais, et parce que nous-mêmes nous l’utilisions au quotidien, rien n’échappait jamais. Ce type qui avait séquestré dix ans trois personnes dans sa bicoque infâme, on voyait tout – mais pas les séquestrées elles-mêmes. La précision des détails était incroyable, la fréquence des passages s’accélérait. Et partout que déraillait la terre, voilà : vous en aviez l’image à l’instant même. C’était flagrant sur cette image avec l’adolescent mort, la voiture de police, la bretelle d’autoroute. Croyez-moi, on n’était pas dans une de ces vulgaires séries télévisées. Alors on avait mobilisé les informaticiens sur le problème suivant : puisque la terre était la peau de ses meurtres, et qu’on pouvait en chaque lieu voir l’avant et l’après, mais aussi parfois l’instant du meurtre lui-même, et savoir en chaque coin délaissé de la ville (on avait intégré au logiciel, pour l’exemple, des photos du Dahlia Noir) ce qui s’y était déroulé qui échappait aux lois ordinaires (un clic sur l’angle inférieur droit, et vous remplaciez la photo de la terre par la photo de ses infractions et accidents), il n’était pas impossible – en théorie du moins – de remonter dans le passé en amont du temps des satellites. Et même, pourquoi pas, au temps du premier de tous les meurtres, Abel occis par Caïn – peut-être même que le logiciel y parvenait déjà, et qu’on n’avait qu’à chercher, repasser tous ces lieux de sables et d’anciennes villes.

 

3 _ SOURCE


- MERCURY NEWS (via PRESSE-CITRON).


françois bon © Tiers Livre Éditeur, tous droits réservés
1ère mise en ligne et dernière modification le 19 novembre 2013
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