jours variables

beaucoup de papier, juste une fois le train


Jours variables, certains ou incertains. S’immerger quotidiennement 20 minutes dans la Gibson accordée en DADGAD avec un médiator tient d’une sorte d’hygiène du ne plus penser, au point de ne pas s’apercevoir que sa fille de 11 ans se saisit de l’appareil et vous enregistre. Il faut dire que pendant 10 jours non stop c’était travailler sur les 780 pages du tapuscrit de Tumulte avant le départ irréversible pour compo et correction : élimination d’une bonne dizaine de textes qui se révélaient à l’écart du projet, incises ou intros pour en durcir d’autres, et rendre plus net les contrastes.

Il y a aussi la journée annuelle paperasses et la tête qui va avec, de 6 heures du matin à 22 heures le soir (mais pour le copain Thierry, architecte, il paraît que ce fut pire) : déclarer les 13 euros 50 de Castermann et les 16 euros 20 de Gallimard Jeunesse, ne pas zapper. S’y retrouver dans le dédale des billets de train.

Et puis le voyage à Grenoble : la rencontre au "Bokal" cu comité d’établissement Alstom (merci Colette Couédé et Rosa), puis la lecture à TTI (merci Pascale Puig) et l’étonnante discussion qui s’ensuivit, tandis que le soleil décline lentement derrière les vitres. Et dans l’intervalle, Antonio Brescia qui nous a emmenés, Jean-Pierre Burdin, François Rodinson et moi, dans le vieux dédale industriel de l’usine elle-même : des bâtiments qui ont hébergé 2800 travailleurs, il n’en reste plus que 400, et bien sûr photos interdites. Mais ces 400 là sont des orfèvres, qui sculptent au micron près les roues et pales de turbine des plus gigantesques barrages hydro-électriques : on est soudain confronté, dans ce chantier naval en pleine montagne, à une des plus impressionnantes rencontres du geste de l’homme et de la force des éléments, le feu qui fond l’acier, l’eau dont on va appeler et happer le mouvement. Même sans photos, on revient la tête chargée d’images aussi émotionnelles, esthétiquement fortes et construites, qu’un lieu d’art majeur (on pense à Richard Serra, à Piranese aussi).

Enfin le théâtre : les cinq dernières représentations de Daewoo (130 représentations depuis la création à Avignon en juillet 2004) au MC2 Grenoble. Et nous apprenons que Kim Woo Choong, naturalisé français pour "services exceptionnels rendus à la nation" par Chirac en 87, nommé commandeur de la légion d’honneur par Juppé en 96, vient d’être condamné à 10 ans de prison et restitution de 17 milliards d’euros de fric-frac par la justice coréenne : étrange cadeau de dernière. Et puis, puisque le théâtre c’est marcher dans la ville la nuit, comme à Dijon ou à Tours, en tout cas rien qu’en province, ces marchands de chapeaux à vitrine homme, vitrine femme. Je dormirai (peu) à l’hôtel Splendide.

Au retour, cadeau de ces photos prises lors de récente lecture Tumulte à Tarbes, et rencontre avec Jean-Claude Lebrun : on a toujours du mal à se regarder soi-même, mais quand on est sur le plateau ou à la table, on n’y pense pas (heureusement) - merci Martine Duffour et Michèle Pambrun.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 1er juin 2006
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