Claro, sa soeur, Kant et la vieille dame

texte lu, parole contée, improvisation et inédits : du statut de l’intervention publique de l’écrivain


 

La Baule, jeudi 18 juillet 2013, Ecrivains en bord de mer. Claro, dans l’heure qui lui est confiée, organise une lecture en 3 blocs : un texte qu’il considère comme poème, sur lequel il travaille depuis plusieurs années (« objet de publication improbable », le nomme-t-il), réflexion sur la langue et pratique de la langue (« l’oubli a vocation d’éclipse », je noterai, parmi autres éclats), susceptible d’expansions et de rétractactions (le retravail et l’ajout supposent souvent une compression et élimination de ce qui a été écrit auparavant). Puis un autre bloc principal : une réflexion sur l’opposition du roman et de la poésie, avec un événement inclus dans le texte, une réflexion sur l’invention de l’image photographique au temps de Daguerre et de Niepce (sans compter qu’à certaine époque les Claro habitaient rue Niepce).

La veille au soir, nous avions discuté avec Claro, à propos du statut de l’improvisation dans ma propre intervention Proust. Non je n’ai pas de notes, oui j’ai des repères précis sur certains passages du livre, oui j’assume le statut de l’improvisation comme forme littéraire (nous partageons même admiration de Tarkos), et la vieille fonction du conteur. Je raconte à Claro comment je n’aurais pas osé me lancer dans de telles formes il y a quelques années, que ça m’est venu via mes perfs sur Led Zep ou les Stones, alternances moments construits et parole contée, et le long travail avec Pifarély – la notion d’improvisation préparée, le chemin intérieur des heures qui précèdent et la capacité d’abandon dans la relation scénique.

Question de Claro : comment dans la parole contée échapper aux facilités du discours (dans mon impro Proust, je me sers plusieurs fois des amis et auteurs présents dans la salle, notamment Jacques Roubaud et Antoine Emaz) quand la parole écrite est de tenue littéraire et non discursive...

Alors quelle surprise à ce troisième bloc : Claro commence son heure par un moment de parole contée. C’est l’histoire dont vous entendrez le premier volet dans ma captation appareil-photo, ci-dessus. Trois personnages : Claro, sa soeur, une vieille dame. Des objets : un livre de Kant, un cheese-cake, une valise. Aucun lien énoncé de l’histoire contée avec le premier moment lu. Et puis, une fois le premier texte lu (qui comporte cependant de brèves incises auto-commentées), reprise de l’histoire de la grand-mère et de la valise, deuxième texte lu, enfin retour à l’histoire de la valise.

Quand Écrivains en bord de mer proposera la mise en ligne intégrale de l’intervention Claro, vous aurez donc la suite et la fin.

Là, simplement le premier temps de l’histoire en trois temps (et tous ceux qui ont assisté pourront vous assurer des rebondissements garantis jusqu’à dernière figure !) – et la question que nous avons en partage : il se passe quoi, dans l’échange littérature en public, selon qu’on improvise en parole contée, qu’on lit un texte issu de son atelier à vif, ou une intervention plus théorique sur le comment et le pourquoi de l’écrit ?

Pas de réponse, seulement qu’un tel festival permet de l’expérimenter en tant que tel, en direct, et dans le partage immédiat des expériences.

Et, au fait, merci Claro pour le fantascope Proust. Ci-dessous, même jour, même lieu, Claro avec Harry Mathews.

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 19 juillet 2013
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