à Olivier Hodasava, pour son 1000ème jour de voyage

une étape bouclée pour la grande expérience de DreamLands, exploration du monde et voyages via Google Street View, Yandex et les autres


version 1

Olivier Hodasava boucle le 100ème envoi de Dreamlands Virtual Tour, et nous avons rêvé avec lui tout du long. Toutes les configurations possibles d’images de lieux où nous n’irons pas, mais qui disent que notre proximité au monde est partout la même. Nous avions aussi croisé les chemins quand il est venu dans ma rubrique Rolling Stones refaire Altamont et avait accueilli mon il n’y a pas de rue Lovecraft à Providence.

Olivier nous propose, pour cet anniversaire et cette étape, de se joindre à lui avec une image et un texte. J’ai hésité, mais je me suis souvenu de ce clair matin de mars 2009, il y a exactement 4 ans, avec ce qui est pour moi une sorte de rituel le plus établi et le plus intimement profond, les rues qui vont vers la mer, n’importe quel bout de mer dans son arbitraire.

Et comment retrouver cette bicoque où on avait hésité à entrer, minuscule dans l’étendue immense d’un continent, et dont on a oublié quasi tout ? Jean Wilson m’avait invité à l’Université Sainte-Anne, c’était donc à Pointe-de-l’Église (Church Point), et il y avait cette petite rue qui butait sur la mer après une cour d’entrepreneur de travaux publics, ça m’aide à le retrouver sur Google Earth, je me souvenais qu’effectivement c’était à l’écart du downtown avec l’église. Alors je roule sur l’ordinateur comme je l’aurais fait en voiture, et je retrouve mon enseigne open, et la bicoque avec la marque acadienne – cette langue qui me rappelait tant les prononciations de l’enfance vendéenne, très loin de celle du Québec (d’ailleurs, ils ne s’aime pas beaucoup, c’était une des découvertes là-bas). Voilà donc, ci-dessus, la photo Google Street View.

Et spécial merci Olivier.

 

version 2

Et sans toucher ni le texte ci-dessous, ni l’intro ci-dessus, je vais maintenant dans mon disque dur d’archive photo, j’ouvre au hasard dans mars 2009, et tombe sur Halifax, remonte de 3 jours et découvre une photo de Jean Wilson dans son bureau. J’y suis bien... Et découvre donc que la fac c’était le premier jour, et la balade le lendemain matin. J’ouvre au jour suivant, et les voilà, les images du carrefour, de la petite rue, de la mer avec la vieille barque. Et puis 3 photos de l’intérieur du petit café Open. Aves ses tabourets rouges, et trop flou pour savoir ce qu’il y sur les murs. Elles viennent après la balade au bord de mer, c’est donc que j’avais bien eu un café à la maison d’hôte, et que là c’était juste le bis du retour. J’avais photographié le frigo aussi. Mais, comme un plouc, complètement négligé de documenter l’extérieur, la baraque elle-même et son enseigne. Je retrouve une photo du panneau routier, au carrefour : je ne m’étais donc pas trompé, en venant zoomer jusqu’ici. Maintenant, reste une question : qu’est-ce qu’on change aux photos-souvenir en allant les confronter à Google Street View ? Et qu’est-ce qui est différence, ou pas, entre l’image reprise de Google Street View et les miennes propres, sinon que le paresseux conducteur de la Google Car aurait pu prendre 50 secondes pour faire aussi la petite rue perpendiculaire ?

PS : et au fait, Jean Wilson, si jamais tu passes par là, on se redonne des nouvelles ? souvenir et amitié !

 

Pointe de l’Église, mars 2009


Je m’en souviens très bien : c’est cette péninsule sous Moncton, au nord il y a Halifax où je passerai ensuite deux jours, et là on est côté ouest, face à Boston en gros. Ici, à Pointe-de-l’Église, j’avais été accueilli par Jean Wilson, on avait dîné chez lui et il viendrait me prendre en fin de matinée pour une lecture à l’Université Sainte-Anne. Pointe-de-l’Église, c’est une immense route toute droite, chaque maison posée à quelques dizaines de mètres de la voisine, sur des kilomètres. J’avais dormi dans une maison d’hôte très confortable, je me souviens qu’il y avait un piano et qu’on voyait la mer. Mais la dame ne proposait pas de petits-déjeuners, c’était en mars 2009 et j’avais marché le long de la grande route (en face, me dit Google Street View, il y a un vétérinaire et un jeu de quilles acadien). Je suis allé jusqu’à la mer, par une petite route perpendiculaire. Ça s’appelle Little Brook ici. Pour prendre un café, rien, sinon la station-service, j’ai hésité à aller à la station-service et puis sur la petite bicoque j’ai vu Open. Je suis approché, j’ai poussé la porte et oui, c’était ouvert. Une salle sombre, un flipper, des encombrements de choses, des photographies, et puis une dame m’a gentiment servi un double café et je crois bien quelque chose pour manger avec. Je suis resté un bon moment, un autre client était entré et je les avais écouté parler. Je ne sais pas pourquoi on a, dans ces moments-là, cette netteté du sentiment de l’Amérique : une autre confrontation de l’ultra-local et de l’immense général qui recommence dès le parking. Je me souviens avoir photographié, là où la petite route bute sur la mer, une vieille barque.

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 9 avril 2013
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