fiction dans un paysage | où la terre était rouge

on avait eu cette nouvelle idée pour la ville...


Qu’est-ce qui pose problème, dans la ville, les villes, toutes les villes, sinon précisément la promiscuité, le croisement, les gens, trop de gens, tous les gens – pas les gens chez eux, pas les gens à cause d’eux, mais justement parce que la ville c’est d’abord les gens quand ils ne sont pas chez eux, les gens dans la rue, les gens qui entrent et sortent des magasins, des bars, des bureaux, des voitures (et les voitures elles-mêmes, les rues pour les voitures, les carrefours, les feux, et tout ça, tout ça).

Ici, où la terre était rouge, on avait donc décodé de construire la ville inverse. Une ville qui serait l’idéal pour les gens, ou bien même la ville idéale, parce que ce serait une ville sans les voitures (ça, ça existait déjà) mais bien au-delà : une ville sans les rues, sans les gens dans les rues, sans les gens qui entrent et sortent des magasins, des bars, des bureaux, des voitures.

Le seul étonnement, c’est que personne n’y ait pensé auparavant. C’était tellement simple. Et puis, en reconsidérant cet étonnement, on découvrait qu’en fait plein de villes s’étaient conçues comme cela, c’est seulement qu’ensuite elles avaient évolué autrement, ou bien que tout simplement elles étaient restées, vides, inhabitées.

Une ville qui reste vide, une ville avec plein de cases inhabitées, est-ce que ce n’est pas encore une ville ? Ici on prétendait que si. On avait aussi pris l’engagement, cette fois, pour toutes celles et tous ceux qui viendraient habiter ici, qu’on garderait l’idée première, que la ville resterait telle qu’on l’avait conçue, justement pour éviter les désavantages de la ville.

Elle n’avait pas encore de nom, la ville. D’ailleurs on ne s’y arrêtait pas. D’ailleurs, on ne pouvait pas réellement l’atteindre : à moins d’y habiter soi-même, elle défilait devant vous à distance et c’était tout.

Peut-être pour ça, que là où la terre était rouge, comme on la dénommait, la ville nous apparaissait encore comme un rêve de ville.

 

Pour qui s’intéresserait de plus près à ces questions et ces images, je recommande plus qu’hautement le magnifique travail de Fayçal a Bentahar, découvert grâce à Didier Da Silva. J’ai été surpris, lors de mes différentes rencontres au Maroc, que mes interlocuteurs n’aient pas connaissance de ce film. Il est en libre diffusion sur le web, allez-y, ne passez pas à côté – c’est Le Regard aveugle.

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 8 avril 2013
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