échelles pour enjamber la ville

celui qui franchissait la ville par le haut


La ville était devenue compacte. Dans les rues, on ne vivait plus. L’air était mauvais, le vent froid, le monde dangereux. Ceux des sous-sols continuaient, mais on ne les voyait pas.

Dans les tours on vivait encore. Mais comment les rejoindre, leur parler, les observer.

C’est celui-ci qui avait commencé. Traverser la ville, il le faisait par en haut. Montant ses échafaudages à mesure, passant sur les toits, puis s’élançant vers le bâtiment suivant.

On l’apercevait ici, et quelques semaines on le redécouvrait, ses trois échafaudages à quarante mètres en l’air, planté trois blocs plus loin. Il avançait donc.

Ballet très lent. Démontant les échelles de fer là où elles pendaient sur la façade. Lançant le tronçon suivant à l’assaut d’un étage de plus. Passant sur une rue étroite depuis le quarantième étage pour passer d’un bâtiment à l’autre.

On le saluait des fenêtres, on l’entretenait sans doute. Il dormait là-haut, un hamac pendu à ses échelles.

Il démontrait que la ville n’était pas encore la réclusion extrême, qu’elle dialoguait encore avec la lumière. Que la prouesse individuelle avait encore sa possible reconnaissance, son possible champ.

Mais combien de tours vides il surplombait depuis là-haut, et personne qui le salue derrière les vitres, que le silence infini de l’humanité morte.

 

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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 25 novembre 2012
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