[9] des colonnes Vendôme de glace

allégations à Marcel Proust fils naturel de Lautréamont dans les archives de la Bibliothèque nationale


 

Je m’étonne beaucoup, dans le fonds Marcel Proust de la Bibliothèque nationale, de ne plus rien retrouver de cette affaire qui avait pourtant fait assez de bruit, il y a quinze ans d’aujourd’hui. Je cherche depuis plusieurs semaines les différents travaux de cet universitaire : il y avait consacré des mois et des années, recoupement après recoupement. Mais la brochure qui en avait résulté est absente du fonds Proust, elle figure pourtant dans l’inventaire bibliographique. Mieux, ses deux revues qui avaient accueilli les premières révélations de cette étude pour l’une, et sa réponse aux attaques répétées qu’on lui servit, pour l’autre, de ses contributions personnelles ont été arrachées. Au point que je ne dis pas son nom ici, de suite. Qui le reconnaît s’en souviendra, et pour les autres vous attendrez que j’aie fini mes propres recherches et exhumé quelque part ces documents, j’y ai en vain consacré une matinée la semaine dernière à New York mais tout n’est pas perdu, notamment du côté de Philadelphie. La thèse était donc la suivante : rien n’empêchait Marcel Proust, né le 10 juillet 1871, d’être le fils d’Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, décédé le 24 novembre 1870. La beauté fascinante du jeune sud-américain, la tension qui émanait de l’auteur des Chants de Maldoror, et tout simplement le voisinage de quartier, les quelques rues qui séparaient la maison des parents Proust de la chambre de Lautréamont sont des concordances établies. Les distinctions manifestes d’entre Marcel Proust et son frère, mais surtout la vénération grande de madame Proust pour un possible destin d’écrivain réservé à son cadet, la façon dont elle le guida pour que tout, dans l’éclosion de sa vie, puisse répéter ce qui avait été pour elle, dans sa rencontre avec Isidore Ducasse, de l’ordre de la fulguration, sont des concordances intuitives. La visite même de madame Proust au jeune mourant, que rien désormais ne pourrait plus sauver, et cette étreinte tragique mais vitale que tout corrobore, et qui semble s’écrire par anticipation dans le Chant V. Les travaux exposés dans cette brochure allaient plus loin, traces de lettres citées mais dont l’original avait été déchiré, enfin certain objet gardé toute sa vie dans sa chambre par Marcel Proust, et dont l’existence ne pouvait tenir que du Montevidéen, et qu’il n’aurait gardé que parce que trace de son père biologique – secret qui avait donc finalement été mis en sa possession. La figure du père dans la Recherche, la quête de l’écriture, l’ombre permanente de la mort – la mort violente d’Albertine notamment – la fascination aussi pour ces garçons, Reynaldo Hahn lui-même comme double parisien, à une génération de distance, du Montévidéen de la rue Montmartre, tout cela la brochure l’étayait. Je considère, et le dis gravement ici, que celle ou celui qui a subtilisé la brochure du fonds Marcel Proust de la Bibliothèque nationale, a déchiré les pages de ces deux articles de revue, est un goujat. La vérité effraie, peut-être. Elle est bonne à établir, toujours. Si ce n’est qu’une hypothèse, qu’on l’examine. Et, même sans ces documents, je saurai bien moi-même en retrouver la démarche et ce qui l’étayait. L’absence de toute référence à Maldoror dans la Recherche n’est-elle pas la plus haute et la plus décisive de toutes ces preuves ?


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1ère mise en ligne 18 novembre 2012 et dernière modification le 17 février 2013
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