fictions du corps | Notes sur la fatigue

pour en finir avec l’humanité joyeuse, 6


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On n’arrive pas à avancer, on n’arrive pas à se plier. Quand on revient à la table, on est immobile, les mains sur le front, ou accoudé au dossier et rien qui vient.

On bien on s’allonge pour quelques minutes, pense-t-on, avec un livre ou le journal, et vous dormez déjà. Quand on se réveille, l’impression du corps très loin, du corps devenu à vous-même absent. On ne tente même pas le mouvement. On s’imagine que c’est fini, du moins qu’on pourrait se rendormir là jusqu’au matin suivant.

Ou bien c’est dans un couloir ou dans les gares. Voilà un escalier, et même l’idée de le monter est dissuasive, vous vous efforcez pourtant.

Ou bien ce sont les mauvaises nouvelles : mais vous êtes comme un rocher, elles éclatent sur vous et disparaissent. Vous êtes étanches, et ça ne vous plaît pas de l’être.

La fatigue est le renoncement à l’autre, mais elle vous sépare aussi de vous-même. Votre capacité à être assis, longtemps, sans rien dans les mains, rien qui passe dans la tête.

La fatigue cesse seulement la nuit, dans le noir. Le corps immobile, mais tendu, mais anxieux, mais crispé. Et dans la tête cette sérénade hurlante, dansante, tourbillonnante ou fuyante. Elle vous emporte des heures.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 20 mai 2012
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