Stones, 20 | un Steinway dans le Massachusetts, Keith Richards chez Lovecraft

50 histoires vraies concernant les Rolling Stones – un légendaire moderne


Aujourd’hui, j’aurais envie de passer le relais – l’histoire des Rolling Stones c’est aussi l’histoire de ceux qui ont des histoires à raconter concernant les Rolling Stones. Une sorte de bruissement ou de nuage par lequel soudain s’accroit la résolution du microscope. Ainsi Dominique Tarlé, ainsi Dominic Lamblin, mais ce n’est pas à moi de rapporter les histoires qu’ils racontent si bien. Dans ces histoires, celle de Long View Farm, ce 24 septembre 1981. Cela semble il y a très longtemps – mais c’est déjà presque vingt ans de Rolling Stones, et tant de pression et d’écarts.

La tournée qui s’annonce : Tattoo You. C’est le rituel des Stones amorcé en 1978 à Woodstock (un autre épisode de ce feuilleton, et 4 CD de prises clandestines) : avant une tournée, se retrouver pendant trois semaines dans un lieu isolé, avec tout le confort pour chacun, la distance qu’il faut de l’un à l’autre, et de 10 heures le soir à 8 heures le lendemain matin on s’en ira ferrailler dans les vieux morceaux, ou les moins vieux. Non pas de composer, mais de préparer la cinquantaine de morceaux dont une vingtaine seront joués chaque soir, selon la playlist décidée de concert à concert.

Ce qu’il y a de singulier ici, c’est que tout est raconté en détail d’un bout à l’autre, jour après jour, que c’est disponible sur Internet, et uniquement sur Internet. Une de ces célébrités secrètes des amateurs de Rolling Stones, ça s’appelle Diary of a studio owner et le sommaire est dans la marge de gauche.

On est dans le Massachusetts, plein ouest de Boston, un pays de collines difficile à pénétrer, un petit Cessna vous amènera à l’aéroport de Worcester et on finira en voiture– c’est dans ces lieux reculés et sauvages que Lovecraft a placé une de ses plus étranges histoires, Chuchotements dans la nuit.

Long View Farm : une grange début du XXe siècle, un très grand volume d’un seul tenant, et un matériel d’enregistrement très sophistiqué.

D’abord, la venue de Ian Stewart avec le producteur de la tournée, Chris Kimsey. Pour eux, c’est un endroit parmi d’autres. Ils cherchent surtout la discrétion, la possibilité de tenir les curieux à l’écart. Parce que ça leur semble possible, ils décident d’organiser la visite de Keith.

Le Cessna amène cette fois Richards, sa compagne Patti Hansen, Jane Rose qui est dès lors son interface omnipotente et dévouée avec le monde extérieur, et Alan Dunn, technicien du son et logisticien, un vieux routier du premier cercle. Richards doit passer quelques heures et donner son avis. On l’attend à Rome – il y a une histoire compliquée de visa (dans ce système qui les contraint, lui et Mick Jagger, à ne pas passer plus de 120 jours par an dans un pays, pour échapper aux taxes, et donc jouer de leurs différentes adresses).

On nous raconte en détail la visite des lieux. Le terrain de tennis, les chevaux, les chambres, et les appareils à écouter de la musique. Mais il semble que Keith soit conquis d’emblée, demande à appeler Jagger et Wood.

Et c’est parce qu’il est conquis, l’isolement, la rudesse du paysage, la vieille grange, qu’il s’assoit au Steinway – lequel appartient à Pat Metheny, coutumier d’enregistrer ici. Le propriétaire, Gil Markle, a simplement posé tout près de Richards un Neuman 87 avec un anti-pop, et trois autres Neuman à proximité, mais ça c’est l’art spécial des preneurs de son. Une forte compression de la voix enrouée mais précise.

Richards seul en studio au piano qui chante, c’est déjà arrivé – à Toronto, en mars 1977, courant le risque d’être emprisonné pour longtemps, il s’enferme deux jours avec Ian Stewart pour une suite de maquettes, principalement les chansons qu’il jouait avec Gram Parsons.

Cette fois l’inspiration est différente. Et inclut deux vieux standards de jazz, A Neraness Of You et Apartment n° 9.

En fait, Richards, sans conscience des heures de jour et de nuit, va rester trois jours pleins à Long View Farm – où le groupe au complet viendra effectivement répéter quelques semaines plus tard. Ecouter (pour 7 $ seulement) le concert de Hampton pour la musique et la cohérence de cette tournée.

Nous, dans nos bootlegs, on a ces neufs morceaux piano et voix, SIng me back home, Dream, The nearness Of You, Don’t, Blue monday, Oh What A Feeling, Apartment #9, Whole Lotta Shakin Going On, Darlin Say It’s Not You. Echantillon ci-dessous (Keith, deux ans plus tard, reprendra le Whole Lotta... directement avec Jerry Lee Lewis).

Et ne vous gênez pas pour lire tout du Diary of a studio owner, puisqu’il nous le propose. Ni pour écouter, de Richards très loin des Rolling Stones, ses propres chuchotements dans la nuit.

LES MOTS-CLÉS :

responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 31 juillet 2012
merci aux 943 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page