Stones, 3 | de la pédophilie, du solfège et des alleluias

50 histoires vraies concernant les Rolling Stones – un légendaire moderne


Pour moi, ça restait totalement obscur. Keith Richards n’était pas du genre à s’en expliquer, et les livres sur les Stones, depuis celui de Barbara Charone en 1971, répétaient tous les mêmes éléments de base.

Lesquels consistaient en quelque chose de simple : Keith Richards participait à la chorale du lycée, la chorale est conviée à ce grand rassemblement annuel de l’abbaye de Westminster (et non le Royal Concert Hall comme longtemps rapporté) avec toutes les autres chorales de lycée, et Keith en aube blanche est parmi les quelques gamins solistes qui vont pousser l’alleluia au bord de la scène, à quelques mètres de la reine et de la famille royale.

Keith était souvent revenu sur cet instant-là, cette sensation de gouffre et de tomber en avant, et qu’il n’avait jamais pris un solo en public sans se remémorer cet instant.

Keith est quelqu’un d’extrêmement précis et curieux de sa propre formation artistique, il parlera ainsi de ce prof de photographie qu’il aura, les années suivantes, à la Sidcup Art School, parce que ce type arrivait au lycée avec des chaussures mauves à bout pointu et que cela lui semblait le comble de la provocation. Et ajoutant que toute sa vie, chaque fois qu’il mixera un disque, il se souviendra des premières sensations à voir une photographie émerger du bain de révélateur, et qu’il devait ça à ce prof, dont on ne saura pourtant pas le nom. Mystère qui se redouble du fait que tous les Stones ont du matériel photographique et des caméras Super 8, mais qu’il semble que jamais Keith Richards n’en ait fait usage.

Donc, et nous sommes début juin 1955, arrive au collège de Dartford un nouveau chef de choeur. Le grand-père, le père et la mère de Brian Jones ont été très impliqués dans les chorales paroissiales, sa mère est prof de piano et en dirige les répétitions. Rien de tel chez les Richards, même si le père et la mère se sont rencontrés dans le club jeunesse paroissial aussi, et pas de religion par contre chez les Perks (Bill Wyman) et les Jagger.

Il aura fallu attendre Life, l’autobiographie de Keith Richards, pour en savoir un peu plus. Le choeur d’enfants de la cathédrale d’Oxford est le plus prestigieux du pays. Cette année-là, le chef de choeur affronte le soudain déclenchement d’une plainte pour attouchements sexuels. La société anglaise de 1954, lorsque ça concerne le plus prestigieux de son clergé et de son université, ne sait pas comment traiter de la pédophilie. On étouffe le scandale, et le fautif est simplement mis à l’écart : quoi de mieux que le collège d’une misérable gare de la banlieue éloignée, où personne ne le connaît ? He was exiled and degraded for boinky boink with the little boys. Given another chance in the colonies. Mais ils ne le savent pas, à ce moment-là : I found out only many years later... I don’t want to sully his name, précautions oratoires rares chez Keith mais qui témoignent bien de comment pour lui aussi c’était demeuré une curiosité.

Parce que le type (Jake Clare, selon Life) veut sa revanche : en deux ans, la chorale de Dartford s’impose parmi les quelques toutes premières du grand Londres. Il a calmé ses ardeurs, et le vieux crocodile autobiographe ricane : he kept his hands clean, although he was famed for playing with himself through his trousers pocket, on n’ira pas vérifier et c’est le mythe vivant qui parle. Il obtient que les trois meilleurs sopranos de douze ans, un Terry, un Spike, et donc Keith, soient partiellement dispensés de cours pour recevoir une formation chorale intense. Ils remportent toutes les phases intermédiaires, les trophées sont exposés dans le hall du lycée, jusqu’à ce soir à la cathédrale Sainte-Margaret de Westminster.

Richards n’a jamais appris la musique, mais cette année de formation est décisive pour l’oreille : I learned how to put a band together – it’s basically the same job) and how to keep it together. On sait par contre depuis longtemps que la fin c’est le gamin jeté dans le mur : la voix qui mue, plus de chorale. Les cours sautés pour le solfège et l’harmonie, redoublement.

Redoublement perçu comme injustice, abandon de toute velléité scolaire. It was a rough thank you. This was the kick in the guts, pure and unmixed. L’éviction du parcours scolaire principal, la relégation à la Sidcup Art School, en découlent.

On ne sait pas ce qu’est devenu Jake Clare, qui n’est pas resté ensuite à Dartford.

 

L’llustration YouTube ci-dessous : la même année, bien loin, bien loin, Little Richard enregistrera Long Tall Sally : tout est à regarder dans cette émission télévisée : le public blanc, la danse des musiciens, le saut du saxophoniste sur le piano. On sait que Little Richard, quelques années plus tard, se fera déclarer pasteur, parce que cela lui permettra de chanter la même chose même d’être dispensé d’impôts sur les prêches faits en scène. Et que le guitariste à l’arrière sera cette fois un jeune gaucher inconnu appelé Jimi Hendrix.Long Tall Sally, par Little Richard, est en 1956 le premier disque acheté par Keith Richards, 13 ans.

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1ère mise en ligne et dernière modification le 14 juillet 2012
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