Stones, 46 | Jumping Jack Flash

50 histoires vraies concernant les Rolling Stones – un légendaire moderne


Crossfire Hurricane, c’est le nom du film documentaire projeté ce 18 octobre à Londres pour la 1ère fois, en présence du groupe entier (j’entends par là, Bill Wyman et Mick Taylor avec les quatre officiels). On revient donc sur l’expression...

1967 est une année trou : les complications en impasse de Their Satanic Majesties Request, la descente de flics chez Keith Richards à Redlands, il y a juste en an, en février, puis le procès et la prison. La fuite au Maroc, la cassure entre Brian et Keith à cause d’Anita.

Ce début d’année 68, d’abord à l’hôtel Minzah de Tanger avec Anita Pallenberg et juste sa guitare acoustique, puis enfermé à Redlands qu’il clôture d’un mur de 4 mètres de haut, avant d’acheter progressivement les terrains attenants, Richards revient au blues : le Mississipi Blues, la rigueur acoustique, le sol ouvert de Mississipi John Hurt, la fascination à Robert Johnson. C’est l’époque de ces grosses Gibson J-200 Jumbo avec la plaque de protection gravée finement de fleurs, au son clair.

Deuxième moitié de janvier, premiers essais avec le nouveau producteur, Jimmy Miller, qui est aussi batteur. Enregistrements pirates légendaires, dans le grenier de Redlands, que Keith aménage en studio. Un Catfish de quinze minutes. Une austérité du son.

Du 21 février à la mi-mars, les Stones ont loué le studio R.G. Jones à Morden, dans le Surrey, à une douzaine de kilomètres au sud-ouest de Londres. Pas vu mention de ce studio auparavant, ni après, quand ils établiront leur base au studio Olympic. Besoin d’écart et discrétion par rapport à la ville ?

Ils ont probablement commencé ce qui sera leur tradition ensuite : se retrouver en fin d’après-midi ou carrément le soir, et travailler jusqu’au lever du jour. Les membres salariés du groupe (c’est le cas de Watts et Wyman) sont là aux heures prévues. Puis on attend Keith et Mick. Brian viendra très peu, et pour juste un peu de figuration. Dans l’enregistrement officiel de Jumping Jack Flash, et lors du Rolling Stones Circus en décembre, il tiendra seulement les maraccas. Keith fait l’ensemble des guitares.

Ce jour-là, Wyman et Watts s’échauffent. Wyman a des petites mains : si le piano a été son premier instrument (avec la clarinette), il a du mal à tenir l’octave. Il s’est assis sur le tabouret d’un orgue électrique, et vient de trouver – insistant bien que c’est à cause de ses mains trop petites –, cette manière de riff sur un seul accord.

Quand Richards entre dans le studio, c’est ce qui le surprend : Sounds good. Il prend la guitare qu’on lui tient prête, à cette époque une vieille Gibson Les Paul de 1949 a sa préférence. Il s’accorde en ré ouvert, place le capodastre à la 4ème case et rejoint le riff de Wyman. Deux heures après, deux jours après, ils sont toujours sur ce qu’ils nomment, comme titre de travail, Title 5.

Quand Richards en parle trente ans plus tard, il dira encore et toujours la même chose : quand tu commences à tenir ce riff, sur scène, c’est comme d’enfourcher un cheval sauvage. Le jeu de doigts est pourtant élémentaire, simple jusqu’à la caricature : mais tout tient à la syncope. Tout le monde le jouera (Ike Turner, et magnifique version Johnny Winter), personne ne saura trouver ce balancement qui est la marque Richards.

Quand Jagger se greffe à son tour, il commence les paroles en yaourt (son expression : on les marmonne, et puis, quand cela se fixe, on écrit le texte). Reste que le titre est en général très vite associé au riff, et vient de Richards. À Redlands, près de la maison, il y a un étang (Keith achètera même un aérocraft à coussin d’air pour s’y amuser, s’en servira une fois). Le jardinier est un type du coin, qui se promène en bottes de caoutchouc et raconte des histoires auxquelles personnes ne comprend rien, sinon que les bombardements de Londres pendant la guerre y tiennent une grande place et sont ce qui l’a dérangé. On y met une shakepearienne sorcière barbue mais sans les dents : I was raised by a toothless bearded hag... L’idiomatique Jumping Jack Flash, it’s a gas gas gas, viendra tout droit du jardinier et du non-sens – largement illustré sur scène par Dylan et Lennon, mais où ils n’étaient pas allés.

Bill Wyman l’a mauvaise : les deux signatures sous la chanson, c’est Jagger-Richard (qui retrouvera bientôt son S). Pourtant, il revendique la paternité de l’inimitable riff. Quand il quittera le groupe, en 1993, c’est encore Jumping Jack Flash qui sert de cristallisation : Je serais resté dix ans de plus, j’aurais joué cinq cents fois de plus Jumping Jack Flash et j’aurais dix millions de dollars en plus…

Reste l’étonnante création, quand nous la découvrirons pour la première fois, entendrons et verrons : les Stones déguisés et maquillés.

Un des tout premiers enregistrements circule, de cette session à Marden, dans le Surrey, quand rien encore n’est réglé. La guitare de Keith y résonne seule, la voix de Mick est haut perchée, encore très bluesy. L’arrangement du 45 tours est plus enveloppé, plus dans le ton d’époque.

Ma version préférée, c’est toutefois celle de décembre 1968, ce Rock’n roll Circus qu’on fait pour la télévision, et qui n’est pas franchement une réussite. Voici le seul enregistrement public de Jumping Jack Flash avec une seule guitare (et le son Les Paul auquel renoncera Keith l’année suivante), et non le duo de guitare qui est la base essentielle du groupe – s’ils laissent Brian reprendre la guitare, elle est carrément shuntée au mixage, hors cette belle nappe d’aigus à la fin. Jumping Jack Flash à jamais le seul titre majeur du rock sans solo de guitare. Les Rolling Stones en quatuor : et s’ils avaient tenté le coup d’en faire leur forme définitive ?

Et Bill Wyman n’est même pas convoqué pour la photo de lancement du 30ème anniversaire, les 4 Stones officiellement dits the band devant le vieux Marquee.

 

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1ère mise en ligne 12 juillet 2012 et dernière modification le 19 octobre 2012
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