questions à l’urbanisme : la grotte ou la lumière ?

vivre ensemble dans un espace parcellaire et ouvert, le rêve et l’usage


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Attention : je le redis encore et encore – ceci est un journal, le journal parfaitement subjectif de mes naïvetés, découvertes et apprentissages. Je n’ai pas avis ni opinion, je laisse se construire les questions. Et, en tant que questions, elles sont passionnantes. Elles concernent aussi la culture et où on la met, le passé et ce qu’on en fait, l’invention architecturale et comment on s’approprie l’espace, les noms qu’on donne... Stendhal disait que le roman était un miroir qu’on promène au bord de la route, dans le pacte qui me lie à S(cube) pour quelques mois, c’est moi-même qui devient ce miroir. Et ce site ne tranche pas, ne décrète pas d’image, juste il reflète. La notion de journal est une forme littéraire ancienne, solide, et je m’y astreins – quitte à réviser, quitte à apprendre, si les questions évoquées méritent qu’on les renverse.

Donc, voici : reçu à l’Etablissement Public Paris Saclay, le mois dernier, je m’initie à quelques-unes des problématiques très fines, très complexes, de ce qui se joue dans ce grand projet d’urbanisme. Par exemple, aujourd’hui, sur le plateau il y a ces îlots dispersés, et rien entre. Une cabane à frites au parc-club qui accueille les bureaux de la communauté d’agglo.

Urbaniser le plateau, y laisser entrer la ville, c’est donc créer du même coup l’espace communautaire de sa socialité. Immense défi, assumé ici radicalement : la notion de paysage d’emblée associée à celle de l’urbanisme, par exemple.

Dans ces questions d’urbanisme, la première c’est la discontinuité actuelle de ces îlots, précisément parce que les missions d’intérêt national, liées à la Défense et à l’armement, imposaient cette dispersion. Elle a modélisé les arrivées suivantes, sur le modèle dominant du campus. Deuxième question : urbaniser, c’est casser l’écart du campus par rapport à la ville, mais le campus de Polytechnique, par exemple, c’est 170 hectares, et 1200 étudiants qui vivent sur place.

Puis tous ceux qui travaillent, et se débrouillent pour grignoter le midi ou monter avec leur pochon.

Sur les plans de l’EPPS, la belle façade de verre d’un projet neuf, et l’appellation par contre terriblement bureaucrate : espace de vie, qu’on retrouve exprimée lieu de vie dans le projet architectural. Bien sûr, après, on baptise – du nom d’un responsable politique en général, comme bibliothèque François-Mitterrand ou centre André-Malraux, ici on trouvera bien quelqu’un. L’EPPS assume aussi l’idée qu’il faut une recherche spécifique de toponymes, notamment pour le Moulon.

Cet espace de vie donne évidemment à réfléchir : justesse du geste par rapport à l’environnement rural qui sera préservé, certes. Insertion du sport comme pratique acceptée dans l’univers même du travail : voyez la Défense, où on n’aurait jamais eu l’idée de mettre des douches dans les tours, quand beaucoup de gens qui y travaillent pratiquent vélo ou course à pied, ou fitness à la pause du midi. Réflexion mûrie depuis Le Corbusier (usage du toit) : ne pas laisser la machinerie commerciale tout absorber (pour manger aux Ulis, l’autre jour, on s’est retrouvé à la cafet Le bon pain du Auchan), et accepter des fonctions commerçantes (se nourrir) dans un espace a priori voué au communautaire...

Et c’est à ce bâtiment que je me suis mis à penser, avant-hier, en me baladant dans Polytechnique, puisqu’on s’y promène à sa guise, et que ça mérite vraiment qu’on fasse l’exploration de tous ces couloirs.

Le modèle urbain qui va se développer à l’ouest de l’X n’est pas si différent du modèle de l’X devant son lac : l’intégration et la séparation des cités étudiantes et des labos, les circulations piétonnes (même encloses dans le campus spécifique) sont globalement à même échelle.

Ce qui est surprenant, c’est l’usage : à Polytechnique, pour espace de vie et lieu de vie, ils ont construit une grotte, comme en opposition très précise à la normalité des couloirs et laboratoires organisant l’espace. Non seulement cette grotte est habitée, mais on la visite avec surprise : il faut donc autant de billards, de baby-foot, de jeux vidéos, et même un punching-ball, pour qu’habiter soit possible ? L’appropriation du lieu inclut le travail sur le toponyme : le jeu sur la lettre K, belle référence littéraire à Buzzati. Même si la bibliothèque (celle du lieu de vie, pas la bibliothèque universitaire) semble centrée sur la BD et la lecture loisir. L’affichage sauvage, l’art du tag promu comme occupation intérieure et identité globale d’un espace réservé, l’obscurité même, c’est compatible avec une de nos plus grandes écoles ? Eh bien oui, la preuve. D’ailleurs, si ça grouillait vers 13h, quand j’y suis repassé vers 16h30, plus personne. Et pauvreté architecturale globale du campus Polytechnique, bientôt 40 ans de bons et loyaux services, avec ses hernies de préfabriqués, son bâtiment de prestique qui singe un X, la desserte qu’eux disent le peigne pour rejoindre à la perpendiculaire les labos en couloirs parallèles...

Pas plus : une notion commune, lieu de vie communautaire, dans territoire à activité d’abord intellectuelle et bâtiments éclatés, deux types de réponse, l’une en projet, l’autre pragmatique. Et comment l’architecte peut-il anticiper, voire même autoriser contre son propre bâtiment, le développement de ces usages pragmatiques, sans lesquels il n’y a pas appropriation ? Et donc invitation à ouvrir ces 2 pages en parallèle :
- les Terrasses suspendues de l’agence Muoto
- la grotte communautaire au centre de Polytechnique.

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne 27 mai 2012 et dernière modification le 15 décembre 2014
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