appel à fiction : fenêtre ouverte sur abandon


ruine sur la rampe que doit recouvrir la ville


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Voici, en marchant, dans ces rampes qui sillonnent l’escalade du plateau depuis les gares. C’est à l’abandon, il reste une fenêtre ouverte. La ville va réorganiser tout cela.

Un bref texte : un récit de vie, lié à cette fenêtre ouverte, à cette maison, en ce lieu.

Cela nous emporterait où ? Billet ouvert, comme la fenêtre sur abandon. Et nous inquiétez pas de m’y voir, une fois par jour toute cette semaine, c’est d’abord un exercice que j’aimerais bien pour moi.

 





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écrit ou proposé par : _ François Bon
Licence Creative Commons site sous licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne 27 mai 2012 et dernière modification le 27 mai 2012.
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Messages

  • Je crois que la forme est restée longtemps immobile et invisible dans la pièce vide.

    Je crois que même ceux qui avaient pu fracturer un des volets, ou se glisser par ce soupirail arrière de la cave, en fracturant la plaque de tôle mal scellée au ciment et qui pendait maintenant, quand ils étaient montés silencieux et un peu effrayas jusqu’en haut dans la pièce vide, s’en étaient retirés assez vite, et n’osant rien.

    S’étant juste avancés dans la pièce vide, avec un peu de lumière qui passait par les rais des deux volets fermés. Il n’y avait rien, dans la pièce vide. Un plancher déjà gris par les infiltrations de pluie, l’humidité récurrente (les vitres étaient brisées, de longtemps brisées, les éclats restés là au sol).

    Dans l’angle, un vêtement usé, un genre de vieille veste, ils n’avaient pas osé ramasser. A peine un chiffon.

    Ce n’est même pas eux qui avaient ouvert le volet. Il fallut encore bien des hivers. Tout avait été muré, le soupirail de la cave rescellé (et des ronces, dedans, avec les teintes blanchâtres des végétations albinos, auraient de toute façon interdit le passage).

    On n’aurait pas deviné du dehors le tremblement propre à la forme. C’était bien sûr une nuit de tempête, de vent dans les arbres, de pluie au-dehors, et aucun passant pour en témoigner.

    Une vague expansion du vide, un vague tremblement de lumière, la vieille veste par terre soulevée puis à nouveau jetée.

    Depuis lors, la fenêtre ouverte sur la pièce noire.

  • Je connais l’endroit.Ça ne m’impressionne pas.

    D’ailleurs on est pressé, on redescend vers la gare. On est nombreux à passer là.

    Autrefois le chemin allait droit. On n’avait pas d’écart à faire.

    Ce vieux meuble, ou étagère, jamais compris pourquoi il était là. Ça ne vient pas de cette maison, probablement pas. On imagine plutôt un truc piqué à la fac, quelque part en haut, et puis laissé là. Un truc de cantine, de resto U : ils avaient peut-être fait une bringue ?

    Les graffitis aussi, il me semble les avoir toujours vus (et ce mot TENSION, j’ai vu que vous l’aviez mis sur votre page Facebook ?).

    Il me semble aussi qu’auparavant on mettait moins longtemps à la longer, quand on descendait. Pourtant, le nombre de fenêtres n’a pas varié, évidemment qu’il n’a pas varié. Et pas de fantôme à bord ni de bruit de chaîne – vous en feriez quoi, d’une ruine pareille ?

    C’est juste cet écart en travers du chemin : ce n’était pas comme ça il y a 8 ans, pas comme ça il y a 5 ans, pas comme ça il y a 3 ans.

    C’est ce que je me disais hier soir encore : comment ça fait pour grandir, lentement, tout lentement, une ruine pareil ? Et pourtant c’est ce qui se passe.

  • Anne n’a rien vu venir. Elle en est morte un matin dès le soleil montant. N’existe plus que le fantôme bleu de notre sœur en solitude ouverte comme plaie.

  • C’est un jeu, en fait.

    Ce sont les différentes structures culturelles, qui ont monté ça ensemble. Ça les changeait du sérieux.

    C’est si facile à démonter : principe des décors de cinéma. Une façade en contreplaqué, peinture imitation vieux crépi, vieilles pierres, ferrailles et bois, trois accessoires.

    Le camion vient, on installe. Chaque fois les gens sont surpris, chaque fois ça les amuse. À force, toutes ces années, on l’a vue un peu partout, la maison en ruine. À tous les carrefours, là-haut, ou en pleine campagne. Ou même juste devant la gare.

    Quand c’est Halloween on fait une spéciale, en général en plein milieu du campus, et décorée.

    Depuis un certain nombre de mois, elle ne bouge plus. Il n’y a pas eu d’explication, ni note de service. Une dissension entre organismes, une difficulté à obtenir des ouvriers municipaux la mise à disposition du camion ? Le vieillissement du contreplaqué et ses étais ?

    Le fait simplement qu’on se soit lassé ?

    En ce cas, ne serait-il pas mieux de la démonter simplement, de mettre tout ça aux déchets chez Nicollin, au Christ ?

    Reste la fenêtre. Jusqu’ici, et quelle que soit l’implantation, tout le monde se souvient de cette silhouette qu’on y apercevait, comme au fond de la pièce, en transparence sur le fond noir. Une silhouette qu’on avait voulu mystérieuse, mais présente.

    J’ai regardé, bien regardé : elle n’y est plus, la silhouette.

  • quelle lumière respirer ce matin-là tout s’était refermé dans la grande maison gravir les paliers jusqu’à ouvrir le bleu pâli d’un poème arrondi distique tenter encore mais c’était l’heure il n’y eut pas de deuxième volet reste béance offrande à rêverie 

    Voir en ligne : http://semenoir.typepad.fr

  • deux heures pour venir là
    les gens de la mairie devant à attendre
    trois équipes retenues
    le programme on l’avait lu et le terrain sur google earth on l’avait vu
    premières esquisses premières réponses

    en groupe on est entré
    le maire a parlé du projet ses envies ses intentions et des détracteurs qui s’y opposaient des associations qui se montaient

    on a marché dans le parc
    tout le monde à faire des photos
    à relever les essences des arbres à inventorier chaque espèce et à les situer sur le plan du géomètre
    envergures et hauteurs
    la maison pour eux était déjà absente

    pourtant
    elle était au centre de l’espace boisé comme un navire en mer
    abandonnée
    elle était debout fière portant encore traces de son histoire et de ceux qui y avaient vécu
    je l’ai photographiée
    ai sorti mon carnet et l’ai dessinée
    aussi écrit son histoire
    inventée
    tout comme la réponse architecturale qu’il fallait trouver

    mon collègue et les autres architectes se perdant dans la géographie du parc
    je recomposais mentalement chaque moment de la vie d’ici et inventais ce que demain elle pourrait encore être
    si

    le concours on l’a perdu
    on avait gardé la maison en y accolant le programme nouveau
    on avait contourné les arbres
    cerné les choses
    on avait révélé le paysage du parc sans rien donner à voir
    quelques verticales de plus un grand toit plat pour monter dessus
    le concours on l’a perdu

    pour que la vie ait lieu

  • Mon moi s’abandonne, part
    Un battant ouvert, tout de mon ventre, de ma maison, s’échappe,
    De moi s’échappe la vie,
    Ventre à deux battants, ouverts, battus, au gré du vent,
    Il ne reste que le vide, même si un battant reste fermé,
    On imagine qu’il bat au gré du vent
    Laisse échapper une part de mon ventre
    De mes tripes, de mes rêves aussi
    Evaporés dans la fumée,
    Dans les nuages,
    Balayés sous la pluie, dispersés.
    Tout, tant d’années,
    Que j’ai dû laisser derrière moi
    Ma vie
    Abandonnée
    Mes amours
    Mes enfantements
    Mon cœur.

  • L’endroit était passant mais en même temps camouflé, elle à l’abri et comme tapie derrière les bosquets et feuillages de saison – c’était le printemps qui était tombé là, pile à la lisière du nouveau tournant de vie qu’il me fallait prendre -, toute proche de la première des gares dans laquelle j’avais échoué, par hasard et inspection systématique aujourd’hui encore de leurs alentours immédiats.
    Je ne l’avais pas vue venir.
    Elle s’était dressée devant moi au détour d’une quête qui ce jour-là s’était arrêtée rapidement et sans préméditation comme un bon présage pour mes recherches futures, arrêt brutal juste après l’incurvation lente du chemin de terre ocre et l’investissement du regard par ce pan de vieille façade grise précédant à peine le double escalier de bois à rampe centrale.
    On se serait cru à la campagne, épargné par le regard tentaculaire de la ville un peu plus bas et dans laquelle, où que tu sois – sur un banc dans un hall d’immeuble une station de métro ou sur un trottoir -, tu restes toujours à la vue de tous et comme continuellement à la portée de leur jugement.
    M’étais rapproché lentement, soulagé d’avoir si vite trouvé ce premier refuge, et c’est alors que j’avais compris que je n’étais pas le seul, que la belle était courtisée et marquée au fer jaune du code de l’appropriation urbaine - un vieux meuble sorti sur le devant, juste au bord du chemin et placé tout contre la façade semblait dire lui aussi une vie de silhouettes grises et désœuvrées qui, récurrente, devait chaque soir s’y déverser ; la vie de ces ombres invisibles à la lumière des lampadaires, mucosités sociales s’écoulant par cet arrière-nez de l’urbanisation.
    J’avais eu peur alors.
    Avais failli rebrousser chemin puis m’étais ravisé et après avoir fait quelques fois le tour, attendu quelques heures jusqu’à la tombée de la nuit sans constater aucune incursion ni agitation alentour, examiné attentivement la physionomie des volets clos – un seul semblait endommagé, il lui manquait un rectangle presque entier de petites lattes en bois mais pas de traces tangibles d’effraction – était entré finalement en faisant d’un pied de biche improvisé sauter l’une des persiennes arrières du rez-de-chaussée, avec en tête l’idée de monter quand même le plus haut possible, jusqu’au dernier étage.

    C’est là que j’ai passé ma première nuit dehors, au bout de l’escalier de bois vermoulu, dans cette chambre vide au plancher poussiéreux et par endroit fin comme du papier à cigarette, menaçant à tout moment de rompre sous mon poids. Que j’ai dormi, cette première nuit ici comme jamais plus, ailleurs, par la suite.
    Dormi au point, réveillé avec le jour par le chant des oiseaux, de faire grincer lentement et à peine sur pieds le pan droit du volet de bois qui protégeait – depuis combien de temps ? - la pièce de la lumière extérieure, comme si de rien n’était, comme si j’étais chez moi, comme s’il s’agissait à l’époque d’un matin ordinaire ; au point d’agir par habitude d’une vie d’hier encore vivace et bientôt recouverte par la plaie de l’abandon et de l’errance.

    Gilles PIAZO

  • Au premier regard, les deux maisons se superposent, c’est violent. L’autre, domaine des granges, s’impose : celle-là, je la connais de l’intérieur, elle revient me hanter, surtout depuis que s’accélèrent les métamorphoses du plateau. Avec ses granges historiques, elle fait l’angle, fait la différence. Après elle, le déluge.C’était ma maison, la maison des temps ardents.
    Une fenêtre aux volets forcément fermés aujourd’hui donnait sur la cour de la ferme. Fenêtre de ma chambre, à l’étage, sous le grenier interdit où dormait un océan de lettres échangées pendant la guerre de 14 .
    De la fenêtre de ma chambre, je plongeais vers la ville grimpante et tenais celle-ci à distance, grâce à la présence massive de la ferme-forteresse. C’était comme une victoire. De là-haut, on savait reconnaitre le retour du beau temps quand s’entendait moins le décollage des avions à Orly. De là-haut, on se sentait protégés et en même temps, on savait qu’il faudrait quitter l’enceinte, refaire pour la millième fois le trajet : longer la rue Maurice Berteaux, couper par le parc d’Ardenay où avait un jour atterri le peintre dont je devinais le travail depuis ma fenêtre, descendre les escaliers façon Montmartre vers la gare de Palaiseau, ne plus prendre le train vers Orsay, direction le lycée Blaise Pascal comme de la sixième à la terminale mais partir pour de bon ailleurs.
    Côté INA, la maison est restée. De l’autre côté, là où les granges ont brûlé quand j’avais treize ans, c’est privé, il paraît. Notre maison a été je crois, après la retraite des parents, habitée par l’Ouvrier agricole. Au moins, les volets étaient ouverts, après. Mais l’ouvrier est mort, il parait, écrasé par son tracteur. Depuis, je ne sais plus rien. (Je ne veux plus rien savoir ?)
    Si : en repassant, comme une voleuse, sans pouvoir rentrer dans notre cour (portail cadenassé), j’ai vu fermés les volets des fenêtres donnant sur la route de Saclay -chambre des parents, salle de bains, salon en bas. J’ai vu aussi de nouveaux logements en construction, la terre grignotée, la ferme assiégée. Simplement, j’aurais bien voulu revoir la fenêtre de ma chambre à l’abandon. Juste à cause du rosier qui grimpait lui aussi jusqu’à la fenêtre et invitait à l’évasion pendant la période odoriférante des Gemeaux, au temps du jardin, de la guitare et des orages.
    Voilà : pour ce qui est de l’appel à la fiction, dans ce cas-là on répond comme on peut mais ce qui est sûr c’est qu’impossible de faire autrement.

  • Ces arbres tout autour, c’était elle qui les avait planté, en partie, avec l’éducateur.
    Elle était impatiente, elle imaginait les branches venir frotter la fenêtre du haut, celle qu’elle occupait avec son enfant.
    Elle se projetait.
    Le bonheur était là.
    Quotidiennement et facilement. Elle pourrait rester aussi longtemps que nécessaire.

    Les arbres l’aidaient à fixer le regard.
    De la fenêtre, elle restait immobile.
    Elle l’avait quitté.
    Et son gosse courrait dans les escaliers, avec les autres.

    Elle appelait son enfant quand elle ne le voyait plus. Elle se penchait dans le vide. Elle hurlait. Elle le rejoignait par la porte du jardin. Elle piétinait les fleurs pour le rattraper, pour le voir surgir d’un buisson. Elle revenait essoufflée, coupable, avec son enfant, elle accélérait au coin de la maison avant de s’enfermer à l’intérieur. Elle le serrait fort contre elle et elle pleurait.
    Les autres, ici, étaient comme elles. Toutes sentaient la menace. Elles se faisaient peur, et les gosses avaient les yeux rouges.

    Elle voulait que les arbres poussent plus vite.
    Il l’obsédait, dans sa poitrine, dans ses genoux, la douleur des coups était restée en elle.
    Ici, elle partirait la douleur de son corps, avec le temps.
    Il fallait du temps aux arbres pour pousser, venir s’étirer jusqu’à sa fenêtre, la recouvrir, la protéger, elle et son enfant.

    Elle voulait que les arbres la retiennent de fuir.
    Elle s’entendait chanter à son fils, elle résistait à l’angoisse qui lui venait du ventre jusque dans sa bouche, dans sa voix. Elle respirait et fermait les yeux.

    Elle voulait qu’il ne franchisse pas ces arbres. Elle voulait qu’ils l’en empêchent. Elle ne voulait pas que son enfant assiste à ce drame. Elle voulait hurler. Les branches ne cachaient pas. Les branches lui avaient laissé le passage, il était revenu.
    La douleur était restée en elle. L’enfant avait les yeux rouges.

    Audrey Dominguez

  • Je n’ai plus la clef.

    Autrefois, non plus d’ailleurs. Je ne l’ai jamais eue dans la poche. Ni même serrée dans la main. Phalanges repliée. Sur la clef. Jointures bien serrées. La clef, avec une tâche de peinture bleue datant de la dernière fois où on a repeint les volets. Ce n’est pas la mienne. Jamais eue en poche. Et de toutes façons, je ne l’aurai plus.

    Il rentrait à bicyclette à une époque où j’imagine que la vie était douce. C’est absurde. La vie n’avait aucune douceur. Du moins pas plus que maintenant. Ni autrefois ni maintenant. Sauf que, dans mon esprit, les volets bleus se ferment dans le soir sur une odeur de soupe, et sur des draps de lin bien tendus dans les lits. Ça sentait bon.

    Il rentrait à bicyclette de la guerre. L’une et l’autre. Il les avait traversées. L’une puis l’autre. Autour de lui, tout le monde n’y était pas parvenu. Il y avait des absents, de plus en plus nombreux. Il mettait le pied gauche sur le pédalier, commençait à partir, et passait alors seulement la deuxième jambe. Le mouvement était déjà commencé. Il allait chercher de la viande ou du pain, et son journal, dont les liasses de couleurs différentes se détachaient les unes des autres. Et inversement, quand il revenait. Il descendait de son vélo en marche. Je ne savais pas le faire. D’ailleurs je n’ai jamais su le faire. Je n’ai même pas essayé.

    Il ne serait jamais parti en laissant un volet ouvert. Quand il venait nous voir pour passer l’hiver ailleurs que dans la solitude de ses jours, il fermait soigneusement toutes les ouvertures, il coupait l’eau, le gaz, puis l’électricité, selon un cérémoniel jamais démenti. À la poignée de sa valise soigneusement agencée, il avait passé une étiquette, écrite à la main de son écriture penchée, portant son nom et l’adresse de la maison aux volets bleus. Encre violette. Il avait dû la changer quand la municipalité avait débaptisé-rebaptisé la rue. Il ne serait pas parti en laissant les volets ouverts.

    Il y a eu cette histoire de chandelle, et depuis, je n’ai plus la clef. Plus personne n’a la clef d’ailleurs. On passe.

  • Je passais chaque jour.

    Chaque jour, une des fenêtres était ouverte. On n’était pas nombreux à passer sur ce chemin, mais moi j’y passais tous les jours.

    Chaque jour, dans une des pièces, on apercevait un spectacle différent. Des objets, une attente pour le repas, un salon avec des livres qui attendent, une chambre avec de très anciens jouets d’enfants, comme ne les fabrique plus.

    Je n’ai jamais vu personne. Quelquefois, dans les pièces ouvertes, si on distinguait une silhouette, vieille personne avec un châle et son journal, ou l’homme affairé à une réparation, ou la rencontre furtive de deux jeunes qu’on apercevait alors dans la cour en arrière, au défaut des persiennes, c’était bien sûr immobile et faisait partie de la mise en scène.

    Certains jours, à intervalles réguliers, les fenêtres d’en bas étaient fermées et celle d’en haut ouverte. On ne pouvait évidemment rien voir : je prenais cela comme une invitation à l’imaginaire, aux rêves. L’inaccessible offrait tous les possibles.

    Puis le jeu a cessé. Une obscurité, aurait-on dit, était venue. Seule cette fenêtre du haut restait ouverte. Mais quel arrangement alors pouvait seul coïncider avec ce qui restait de possibles ? Qui aurait encore imaginé des couleurs, ou ne serait-ce qu’un mouvement ?

    Combien de fois je m’étais dit qu’un matin, avec un bâton ou une branche (il n’en manquait pas, dans la forêt, tout au long du chemin), j’aurais pu tout simplement pousser ce volet, le refermer.

    • Chaque jour passe et j’ouvre chaque jour les yeux. Chaque nuit arrive et je ferme les yeux pour dormir pour aller voir le lendemain ce qui se passe.

      J’entre dans cette maison abandonnée par le sous-sol. Il n’y a personne mais des choses laissées pour compte comme des jouets, des livres, des journaux, des vêtements au sol.

      Je vais là quelques fois. Rien ne change. Les fenêtres sont fermées et le jour point pour éclairer à travers les volets clos.


      Antoine Moreau, "Chaque jour passe", 29 mai 2012, d’après François Bon, "appel à fiction : fenêtre ouverte sur abandon" (FB 3/7 29 mai 08:12, http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2933#forum7199
      Copyleft : ce texte est libre, vous pouvez le copier, le diffuser et le modifier selon les termes de la Licence Art Libre http://artlibre.org

  • Mes yeux d’enfants en avait fait tour à tour un palais et une maison hantée.

    Cela dépendait de la lumière du jour et de ma prédisposition au drame.
    Contre ses murs se cognaient mes rires et mes larmes alors que mon père m’attrapait finalement après une course par le jardin, pour me corriger d’avoir ouvert volontairement le clapier des lapins.
    Aujourd’hui, cette maison me semble être le tombeau de mes rires d’enfants, ils me semblent que gisent quelque part dans ce jardin à l’abandon les tresses blondes de ma sœur et les colères de mon père.
    Je la trouve minuscule, minuscule alors qu’elle était un palais, une maison hanté.

    Elle est désormais trop étroite pour contenir les courses poursuites de mon enfance.
    Elle est désormais le bazooka que je suis venu remuer dans la plaie.
    Assis sur ses marches, j’aimerais qu’elle soit déjà détruite.
    Et endormi le chagrin de ne plus avoir, les cheveux tressés de ma sœur et son rire comme un torrent, les colères de mon père.
    Et je souille ce souvenir de mes larmes adultes, démesurées.
    D’un torrent, l’autre, mon regard est devenu plus étroit.
    Ma prédisposition au drame, intacte.

    Voir en ligne : A Girl Called Georges

  • Il s’est demandé s’il allait mettre son projet à exécution.

    "C’est ta fin, tu sais ?" lui a dit (tension) Jean-Paul.

    La fenêtre n’était pas vraiment haute : son ogive dessinait une atmosphère céleste, ouverture vers l’au-delà ou vers le bas et la terre ocre (il pensa soudain à Roland-Garros).

    Le bâtiment était promis à la démolition, mais lui aussi, quoi qu’il arrive : le grand promoteur ne faisait pas le détail. Alors, pourquoi toujours retarder l’échéance : manque de chance ?

    Saisir l’occasion, cette visite hors des sentiers battus ou maltraités, des virées en dehors des clous, des escapades sauvages avec une sauvageonne, des embrassades dans les fourrés, des rires végétaux, des insectes en colonnes couvrez.

    Depuis la margelle, scruter le sol, ses cailloux, ses herbes toujours revenues, cette fondation payée par personne, ce délaissement au milieu d’une sorte de forêt qui n’était plus vierge depuis longtemps.

    "Stafins, tu vois ?" : Jean-Paul, il emporterait sa question dans son vol plané, planant, planifié.

    Et Dieu, dans tout ça, qui avait fermé à moitié ses volets.

    En colonnes, sautez !

    Voir en ligne : Le Tourne-à-gauche

    • L’appel à fi-friction, coquille, fric-tionner, section d’assaut, go, ils ont enlevé l’escalier après passage, trombes d’eau,
      fictionner, j’temps foutrais moi du flic-tionnage, j’ai comme l’impression - livre-toi, oui , c’est ça d’un parasitage,
      ils ont jeté les livres par la fenêtre, instemps d’énergie dingue, les prendre et les lancer, par la fenêtre, vol de livres, ailes de pages, battements de feuilles, arbres s’y lancent, sylence cieux, licencieux, l’amour est à la page,

      je t’embrasse à pleine bouche, avec ta langue derrière mes dents, dedans-dehors, ils ont ravagé l’étage, j’erre entre ciel et terre, cours, descendu, je regarde par où, passéstoussent, les livres, là fenêtre, contrevent qui bat,

      la ronde lit, la ronde dit du livre l’excès de l’arrondi, clame l’action, l’exclamation ponctuelle, le fendu noir de l’ouvert en bordure de forêt, faudrait dire aussi,
      là, la pelle de fiction du meurtre à la nuit du roman, peau lissée, douce, crime de l’amour instrumental, choral à corps perdus, la peau du cul, é & liminé, les liminaires illuminés, enluminures délimitées, beaux livres du prix, fric, friction du cas Pital,
      mites alimentaires, mon cher Watson ! ton chair en loques, home, ton char Dassault, du bas, regarde, ils ont jeté du haut par mon seau et par veaux, des tonnes, de livres, à pieds, sous terre, archéologie des rivages, la terre sous le V, VOLODINE, sous les pas V. la page. AH AH AH AH AH AH AH ! Balance ton charme ! Baise-moi la langue jussequ’ au fou de lire !

    • Tu,
      je chavire sur coups de nuit, à tes yeux, je n’ai pas d’âge,
      nage,
      tombées du haut,
      les pages mouillées,
      passages en trombes,
      les averses à compte d’hauteur,
      le paysage du ciel et terre,
      ins’temps d’amour,
      les, toucher, de lits, d’élites, de lis, délits,
      tout ce temps du passéprésent à lire,
      mon monde amoureux, j’ai lu,
      avec ma langue derrière mes dents,
      chaude, parfois à dire le vol du son versé à ton oreille,
      je t’écoute lire un paragraphe du dire,
      ensoleille-moi encore sept fois,
      j’attends patience d’écoute,
      ton mot suit en feuilles,
      page tournée, au bas
      chiffres du tiers,
      l’état des lieux de lecture,
      fenêtre ouverte,
      à la survivance des lucioles,
      à l’étincelle de tes langues croisées,
      à la parcelle de nos mains léchées d’un lien
      d’éternelle eau de pluie.
      C’est l’heure donnée à lire.

  • J’ai rencontré Hamid avant-hier.
    Ils vont détruire la grande maison, mais je ne sais pas comment il l’a appris, il prétend qu’il vit dans le Sud maintenant.
    Je ne comprends jamais rien avec Hamid, de toute façon. De sa vie ou de ce qu’il en raconte, on ne sait jamais ce qui est le plus délirant.

    Je me fous de la maison. C’est une bonne nouvelle.

    Au début, c’était un conte de fée. Toutes ces belles choses, les tableaux, les meubles.
    Ce qui m’avait émue, c’est de dormir dans ces grands lits avec les jolis draps propres. On a essayé tous les lits. Les draps ne sont pas restés propres.
    Les objets ont disparu un à un. C’était inévitable. Moi j’ai pris de la vaisselle, je l’ai refourguée à la mère de Natacha. Le service en porcelaine pour 50 euros. Je n’ai pas traîné, je ne voulais pas que les assiettes soient ébréchées. La mère de Natacha était contente. Moi aussi, 50 euros.

    Tant qu’on était tous les quatre, c’était une fête. On avait pris des grands cierges à l’église, et on s’offrait des dîners aux chandelles dans le grand salon. On avait décidé dès le début de n’ouvrir à personne, de n’accueillir personne, un cadenas à la grille du jardin et un à chaque porte, celle du perron et la petite derrière. Cette maison devait rester notre secret. On faisait l’amour l’après-midi derrière les bambous.

    Le secret a tenu deux semaines. Bourré, Lu a ramené ces types sympas, ils avaient trois bouteilles de whisky et de l’herbe, on a fait la fête jusqu’au milieu de l’après-midi. Le lendemain Hamid s’installait, puis l’autre, le grand, j’ai oublié son prénom. Un junkie agressif, antipathique. Avec lui, j’ai commencé à flipper.

    Je n’ai plus envie de penser à cette foutue baraque. Quelque chose a dû mal tourner, la maison était soudain remplie de ces types horribles. J’ai mis le cadenas sur la porte de ma chambre pour conserver mon lit, mes affaires, mon intégrité.

    Si je voulais vraiment y réfléchir, je dirais que dès le début c’était un peu glauque, à cause des problèmes de Karina. Mais je ne veux pas vraiment y réfléchir.

    Je restais enfermée dans ma piaule, Lu et Francky étaient partis, je devais les rejoindre mais j’avais perdu le numéro de téléphone. La maison sentait mauvais. Les volets de ma chambre se décrochaient tout le temps. J’avais suspendu une couverture pour maintenir l’obscurité. Mais j’étais réveillée chaque nuit par ces volets qui claquaient. Dans le creux de la nuit, les gars avaient fini par s’écrouler, je profitais du calme pour sortir.
    Les glycines étaient en fleurs, l’aube était presque tendre. J’attendais le grondement du premier train. J’ai toujours rêvé d’habiter tout près de la voie ferrée.

    Quand je me suis sauvée, la nuit où j’étais persuadée qu’ils allaient foutre le feu, j’ai pensé à ça. Il faudra réparer ces volets.

    J’ai gardé les mouchoirs brodés découverts le premier jour.

    Voir en ligne : ghostinthesupermarket

  • Moi je marche à côté des routes, à côté des rocades, des sillons tracés pour les autos entre ce qui s’est construit là depuis mon enfance.
    Moi je reste, à la lisière, dans cette maison, plus loin, qui n’est même pas celle de mon enfance mais.. c’est sans intérêt
    Moi je tue mon vague ou mes peines, ou je danse ma joie, sur le plateau, parce qu’il y a place pour ça et puisque je suis seule à y marcher
    Moi je marche dans le présent, dans ce qui a enrichi, vivifié le plateau, disent-ils, et je marche dans le passé, enfoui, qui revient par endroits, régulièrement, comme un rite, se glisser sous le cheminement de mon crâne, ou la contemplation absente
    Moi je marche dans les passés, les strates, et ce n’est pas toujours la même qui s’impose
    Moi je passe et repasse devant elle, cette maison condamnée, disent-ils, parce que, dans mes trajets réglés par les clôtures, c’est plus simple, logique et parce que c’est elle.
    Elle la maison où ils vivaient, et je marche dans notre temps - elle la maison qui va mourir, et le présent encombre ma marche
    Elle la maison où nous nous disputions, insultions, rions, aimions, où nous avons appris à danser, où leur père nous lisait des textes ennuyeux le soir à la veillée, où une soeur chantait sur la flûte de l’aîné, où nous nous regardions
    Elle la maison à l’escalier, nos pas furtifs, la chambre en haut, celle qui ne persiste à ne pas vouloir se fermer sur la vue calme de l’espace, et je marche les yeux sur ce volet rabattu - et je marche dans la recherche du souvenir de notre émoi
    Et je marche dans le refus de cette fin qui ne veut pas s’effacer complètement, et je marche dans le refus de l’oubli, et je marche dans le soupçon que c’est excuse lâche pour mon repli
    Et je marche dans le désir passionné que cela ne disparaisse pas, et je marche dans les calculs chimériques, évidemment chimériques, pour l’empêcher
    Et je talonne l’herbe, et je me montre mon refus, total
    Et je pense, je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est ma chance, qu’il me faut cette disparition, et puis alors, peut-être, partir ..
    Moi je marche, sachant que ne le ferai pas, je suis arrivée, qu’importe la maison, et lui dis ainsi adieu.

    • Certains lieux nous abandonnent plus que nous les abandonnons. C’est en revenant ici de nombreuses années plus tard que je l’ai découvert, moi qui avais toujours pensé avoir délaissé cette maison. Etre partie si loin si longtemps, était donc l’ illusion de l’abandon décidé et consenti. J’avais emmené avec moi le délaissement des lieux tellement aimés. C’était moi l’abandonnée. De tout mon être , j’ai reconnu l’odeur de terre humide, en entrant dans le parc . Petite fille, allongée sous des arbustes, au fond du jardin, serrée contre mon petit amoureux d’enfance, l’odeur de la terre collait à mes joues. Ensemble nous tentions de découvrir l’énigme des grands . Il fallait alors que s’habillent de rêves et de mythes ce qui refusait de s’habiller de sens. Nous inventions les mots qui nous manquaient , une langue rien qu’à nous, seule susceptible de faire danser nos vies d’enfant. Les moments devenaient éternels , nous nous abandonnions, rien ne pouvait défaire notre monde.
      Puis le monde s’est défait et c’est loin d’ci , éxilée de l’enfance et de sa langue que ce lieu logé en moi a survécu. J’avance, je ne rentrerai pas dans la maison .Je veux seulement retourner au fond du jardin.

  • Non, je n’avais rien inventé. Le panneau Fermeture était apposé contre la devanture du ROYAUME DES JOUETS. Mon mentor reviendrait. En lui racontant mon histoire, j’avais construit un univers invisible que personne d’autre que moi ne pouvait supprimer. De l’ancienne maison de garde-barrière à la maison démolie, la roue de l’éternel retour avait tourné plusieurs fois dans le bon sens. J’avais appris la patience. Nos vies fissurées avaient une chance d’être comblées...

    Le contact nous avait installés dans cette maison que j’avais trouvée si jolie et confortable, avec de l’eau et de l’électricité. J’allais souvent contempler dans la cour, abritée par des lilas, le passage incessant des trains, qui ne s’arrêtaient plus. Mon père m’avait emmenée déposer notre histoire dans un dossier de la Préfecture. Je me souvenais que des suites de sons inconnus s’évaporaient de la file d’attente...

    La table vibrait et les objets posés sur elle cliquetaient à chaque passage de train. Je ne savais pas écrire mais un peu dessiner. Les lignes que je pré-voyais droites se transformaient en zigzags.

    Les trains glissaient sur les rails en déplaçant l’air qui les gênait. Leur vitesse était si grande que je n’avais pas le temps de fixer mon regard sur la tête des voyageurs. La nuit, je voyais des traînées de lumière et des traces de couleurs. Nous n’étions pas sur la trajectoire des personnes qui ont le droit de monter dans les trains...

    Ma mère avait posé sur un empilement de cageots embellis par une étoffe la photo d’une réunion de famille. Tout le monde souriait dans la même direction et se serrait les coudes pour tenir dans le cadre. Un matin, la police avait frappé à notre porte. Notre présence dans la maison abandonnée avait été dénoncée. Le temps de réunir nos affaires, nous avions été obligés de sortir...

    Une fenêtre était restée ouverte à l’étage, je me souvenais que les volets battaient.

  • La pluie vient de cesser et laisse une chaleur humide qui rappelle les anciens jours.

    Les photos retrouvées sont étalées sur la table, un mince rayon de soleil tombe sur elles à travers le carreau délavé. Photos anciennes et abandonnées dans une malle d’osier, que le déménagement prochain a invité à ouvrir. Les retrouvailles avec la maison abandonnée sur les photos est saisissant. Les couleurs rappellent la chaleur humide des anciens jours.

    Tout se mélange.

    La végétation des parcs martiniquais que l’on visite à l’occasion d’un temps moins ensoleillé. La terre battue et le chemin en pente qui invite à venir après lui. Les tours et détours à faire pour gagner la verdure abondante et la fraicheur. Derrière la maison, qu’y-a-t-il déjà ? on a oublié ce qui ne valut pas la peine d’être photographié. Ces photos ont été prises juste au moment du départ, quand il fallut tout laisser en plan. On avait pris soin de fermer les volets, au cas où le retour fût possible. Mais il ne le fut pas. Peu de temps avant, les vandales avaient commencé de vandaliser et de défigurer les murs qui leur faisaient face, quand même.

    Le meuble du grand-père auquel on n’avait pas accordé assez d’attention pour le remiser traînait au premier plan et imprimait un sentiment violent de honte à avoir laissé le passé se détériorer. Quel passé ? quel coin caché derrière la maison ? Le volet ouvert sur les souvenirs était bien trop haut pour qu’on pût espérer le rappeler précisément.

    Ne restent que ces photos étalées sur la table de bois, qui mélangent les souvenirs de lieux différents mais on éprouve les mêmes impressions de chaleur moite qui tâchent de calmer la douleur dans la verdure rougeoyante, même sans soleil.

    Il n’y a plus de gros plan possible, seul l’isolement de détails - mais ce n’est plus suffisant.

    Voir en ligne : retrouver - mais quoi ?

  • LE CADRE

    Je ne sais pas qui n’a pas refermé la fenêtre. Le battant tape sous la bourrasque, heurte le volet bleu et revient se placer contre l’encadrement, mais jamais la fenêtre ne se ferme.

    Par jour calme et tiède, l’air chaud et le silence passent d’un côté à l’autre. Dedans - dehors. Dehors - dedans. La vie se compose de perspectives infinies dans un cadre délimité : 90 par 45 cm.

    Dans ce cadre “je” semble toujours ailleurs, projeté et pourtant je comprends qu’à travers lui j’ai peut-être une chance de m’abandonner complètement, pleinement aux événements de ma vie. Ce cadre tendu qui métamorphose possibilités, points de vue au gré du vent, du jour, de la nuit...

    Du dehors, la fenêtre sous les toits me paraît inaccessible. Une sorte de doux rêve, de désir subtil, fugitif comme celui d’une passante qui traîne, frisonne quelques secondes ; et en pensée s’allonge sur le canapé face au feu de cheminée, prend une tasse de thé ou un bel homme dans ses bras selon son état, ses besoins...

    Le soir, la fenêtre éclairée devient irrésistible du dehors et la passante a une envie soudaine et viscérale d’être téléportée de l’autre côté.

    Du dedans, la lune énorme écarte la nuit contre les carreaux d’une profondeur marine. L’enfance n’est pas loin, avec ses monstres et ses serpents, ses ombres et ses gouffres. La brise souffle et siffle.

    Jour et nuit, la fenêtre s’ouvre et jour et nuit tout est ailleurs et de nouveau possible...
    Quelqu’un n’a pas fermé la fenêtre.

    Voir en ligne : Traversée Littéraire en RER C

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    en la maison quelqu’un est entré

    oh

    je crois qu’ils ont fermé deux fenêtres au rez-de-chaussée
    je crois qu’ils ont fermé la pièce aux deux fenêtres au rez-de-chaussée
    je crois qu’ils ont fermé la pièce avec une fenêtre au-dessus de la cheminée
    je crois qu’is sont peureux
    je crois qu’ils ne veulent pas que visible le grand meuble à incrustation ivoire et nacre
    je crois qu’ils ne veulent pas que visibles les gongs bronze achetés expositon coloniale les déesses à tant de bras la peau de serpent les sabres les nappes en cachemire

    il a dû faire sombre
    ils devaient être peureux

    la maison dit que quelqu’un est arrivé dans la maison un jour de juillet
    la maison dit que quelqu’un s’est avancé dans le passé de la maison
    la maison dit que quelqu’un est venu au présent
    la maison dit qu’elle a bien voulu l’à venir
    la maison dit que quelqu’un a ouvert les fenêtres toutes les fenêtres de la maison du passé
    la maison dit que le soleil a bien voulu entrer dans la maison du passé
    la maison dit que tout est présent
    la maison dit qu’il restait de grands vêtements de laine dans les grands placards du grenier

    la maison dit que les mites

    la maison dit qu’il y a aussi le jardin

    Voir en ligne : http://semenoir.typepad.fr

  • Deux brèves fictives, pour essayer

    J’ai attendu
    Dessous, assise, l’oeil en l’air
    L’oeil bruisse
    Le vent dans les feuilles
    L’attente frêle
    Suspendue
    Tu n’es pas venue

    Ruisselle, ruisselle
    A l’abandon
    La langue de vie s’est pendue

    Ou encore, un dernier essai

    Une lueur, si, une lueur
    Au fond de la chambre
    Une étincelle
    Une luciole
    ou un court circuit
    Bref, le courant passe encore
    Il suffirait d’un bruit
    Un rire ou un pas
    Une main pousse le volet
    Et deux mains ferment la fenêtre.

    • 27 mai - 8 juin

      rien même plus

      l’obscurité décrite
      en cercle d’amateurs
      illusionnée

      défiance deux mains fermes
      apposées sur le court circuit
      la chair grelotte
      infernale carillon silencieux
      un corps suspendu
      observe l’interrupteur
      il n’y a plus
      de vie suspens
      ne reste à ton oreille
      les sons
      du loin proche
      parviennent.

  • à l’écoute, un premier essai.