Didier da Silva | croire ne puis cela que je sçay bien

fier d’accueillir pour les #vasescommunicants un blogueur essentiel : le marseillais Didier da Silva


Je le lis sur blog (Halte-là et Les idées heureuses) comme dans ses livres imprimés (POL et LaureLi), mais il me parvient aussi, dans l’exercice du blog, via ses enregistrements de piano. C’est d’ailleurs le thème que j’ai pris pour son invitation réciproque, avec Tout un monde lointain.

Mais je ne savais pas qu’en l’invitant j’ouvrais mon site à un exercice collectif d’écriture initié au XVe siècle, dans ce magnifique registre de langue qui est celui de Charles d’Orléans.

La photo que me transmet Didier s’intitule « 30 novembre, 8h30 », manière de bien signer que dans son exercice du web les mots, comme l’image et comme ces interprétations de piano auxquelles nous sommes un certain nombre à être si en attente, participent du même geste d’écriture (à preuve la musique que vous lancerez avant même de lire...)

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J’ajoute que DDS aucunement prévenu du rôle biographique de la Pointe Rouge dans ce site. Et bien sûr une seule adresse pour vue d’ensemble des #vasescommunicants ou trouver votre partenaire pour le prochain (moi c’est fait !).

Didier da Silva | croire ne puis cela que je sçay bien


Mercredi 30 novembre, 8h30. Tout juste eu le temps d’appuyer sur le déclencheur avant qu’un message sur l’écran noir m’enjoigne de Changer les piles, cadrage et oiseau sont de purs hasards. J’ai aussitôt refermé la fenêtre car je suis enrhumé depuis une semaine aujourd’hui et il faisait frisquet. La veille au soir, nous avions regardé sur Gulli un conte pour enfants pas si mal dans lequel Michelle Pfeiffer joue une sorcière et Robert de Niro un pirate volant gay. Deux heures auparavant, tout un suçant un Strepsils menthe glaciale, j’avais lu sur le net différentes ballades composées dans le cadre d’un concours poétique initié par Charles d’Orléans (1394-1465), toutes commençant par ce vers imposé : Je meurs de soif auprès de la fontaine. Ma version préférée est celle proposée par de certains Monbreton (ou Montbreton) et Robertet :

Je meurs de soif auprès de la fontaine ;

Je trouve doulx ce qui doit estre amer ;

J’ayme et tiens chier tous ceux qui me font haine,

Je hé tous ceulx que fort je deusse amer ;

Je loue ceulx que je deusse blasmer ;

Je prens en gré plus le mal que le bien ;

Je vois querant ce qu’à trouver je doubte ;

Croire ne puis cela que je scay bien ;

Je me tiens seur de ce dont plus jay doubte.

Si je m’étais intéressé au prince poète, c’est parce que, trois jours plus tôt (le matin même, entre deux quintes de toux, j’avais atteint la page 90 du roman que j’ai commencé à écrire début août), après que son fils de trois ans avait poussé de hauts cris exaltés devant l’impressionnant squelette de spinosaure du Muséum d’histoire naturelle, un ami compositeur, sur un banc de l’aire de jeu du parc Longchamp, m’avait parlé de son projet de le mettre en musique — lui ou Paul Blackburn (1926-1971), il hésitait. Un peu plus tard, autour d’une pizza à la Pointe Rouge, je lui avais parlé, moi, avec enthousiasme, du livre que je suis en train de lire : Ma mère, musicienne, est morte d’une maladie maligne mardi à minuit au milieu du mois de mai mille977 au mouroir Memorial à Manhattan, de Louis Wolfson. Le spinosaure a une formidable mâchoire mais on le soupçonne d’avoir été seulement piscivore ; Paul Blackburn est un poète américain, traducteur de Cortázar, mort d’un cancer de l’œsophage ; Louis Wolfson, né en 1931, a été diagnostiqué schizophrène dès l’enfance et vivrait actuellement à Porto Rico. Tandis que j’écris ces lignes, le soleil inonde mon bureau. Je n’ai donc pas besoin de parapluie, ni d’ailleurs de machine à coudre : le réel y pourvoit.

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 2 décembre 2011
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