résidence Louvain | 5, le bâtisseur de pont

dans les sous-sols des archives


Je reprends une par une lentement, ces 240 images faites, mais à la volée, un peu clandestinement, lors de cette visite des archives de l’université.

Ce qui marque le plus, ce sont ces files entières d’anciens cahiers, parfois trois siècles, parfois quelques décennies, laissées en legs par d’anciens étudiants – notes de cours, avec les annotations, les croquis. Comme si chacun devait se refabriquer la propre base matérielle de son savoir.

Agronomie, médecine, philosophie, génie civil : l’université actuelle, comme toutes ses pareilles, sépare des zones. Quand on est dans le quartier des étudiants en sciences on comprend tout de suite qu’on n’est pas dans le quartier des étudiants en lettres.

Il y a beaucoup de photographies, d’albums, de diaspositives, de plaques de verres, enfouies dans ces caisses à bananes (vrai, elles servent d’unité de mesure), empilées en attente d’éventuel classement.

Parmi ces images dont j’ai fait, rapidement, au hasard, une image d’images, ce bâtisseur de pont. Il pose devant le pont dont il a calculé les poutres, supervisé le rivetage et l’assemblage du fer, les maçonneries de superstructure.

En admettant que je puisse retourner dans ce sous-sol protégé (au point que nulle signalétique dans les rues, sur le bâtiment, ni dans le hall même du bâtiment par lequel on accède à ces sous-sols), et de là retrouver le dossier de photographies qui incluait celle-ci, quelle trace je pourrais convoquer qui permette de retrouver un nom, une histoire, des lettres, une vie ?

J’aimerais aussi retrouver le lieu. Ce qui l’environne aujourd’hui. Il n’y a pas de raison que le pont n’existe plus. Photographier ce qu’il y a autour du pont, compter les véhicules qui y passent, et puis revenir à lui, le bâtisseur.

J’ai un texte en cours, pour lequel j’ai du retard. Du mal à reprendre le chantier comme il faudrait. C’est une commande (de l’Institut national d’histoire de l’art), elle concerne aussi un pont. A regarder cette photographie ici anonyme, je sais que je vais m’en tirer, pour mon propre texte sur le pont commandé par l’INHA. J’attendais, lui, le constructeur. Qu’il soit venu poser là, devant un pont bien plus modeste que celui dont j’ai à traiter (histoire des ponts transbordeurs, mais dans la même gloire de l’âge de l’acier que ce dont lui-même témoigne).

Ce ne sont pas des hasards, juste des rencontres.

 

 

 

 

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1ère mise en ligne et dernière modification le 15 octobre 2011
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