ana nb | Laissez-nous taire la nuit

pour les Vases communicants de septembre, Tiers Livre accueille ana nb


Les habitués de Tiers Livre connaissent ce coin plus discret intitulé Petit Journal, chronique irrégulière avec photo du jour. Et le plaisir d’y retrouver des signatures régulières. On ne s’est jamais rencontrés avec ana nb, mais j’ai apprécié de voir surgir dans ce Petit Journal des traversées de la cité du Haut du Lièvre, à nancy, où j’avais fait des ateliers d’écriture.

Et puis est venu ce Jardin sauvage, un blog dense, avec des images qui dérangent. C’est ce blog que j’ai voulu accueillir pour ces Vases communicants, et la surprise d’un texte de théâtre en cours d’écriture, oratorio avec voix et choeurs.

Et une autre tentative : comme j’avais demandé à ana nb qu’elle m’envoie quelques-unes de ces peintures qui surgissaient parfois dans son site, l’idée de les associer à chacun de nos 2 textes, ce Théâtre dedans qu’elle accueille, et ce Laissez-nous faire la nuit que voici...

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post-sctiptum :
- la tour de contrôle pour les Vases communicants, aux bons soins de Brigitte Célérier.
- un problème technique empêche l’affichage des mêmes 6 images reproduites ci-dessous dans le site d’ana nb, voici donc pour les curieux mon propre texte avec les images qui correspondent :

ana nb |Laissez-nous taire la nuit

Le chœur
Sur le plateau sur ce plateau on arrive le soir le soir.
A la tombée des dernières ombres celles des grandes barres de béton celle de la prison neuve.
Le plateau est après la tombée des ombres du soir.
Le plateau est désert le jour.
Une étendue moyenne de terre sombre brun.
Sans végétation ou presque de l’herbe rare, un arbre au nombre d’un, un arbre- totem jeune aux feuilles fines et des fleurs blanches au nombre de plusieurs.
Le plateau se situe à l’une des extrémités cardinales de la ville.
D’ailleurs on ne sait pas si nord si sud si ouest si est.
Le plateau se situe à l’une de ces extrémités plus loin le plus loin du bord de la ville.
Le plus loin presque à la fin de la ville.

Première voix
On les voit le matin le matin tôt on les voit descendre du plateau les épaules chargées de tout et de rien, ils descendent la grande route celle qui va de la fin du plateau au début de la ville.

Seconde voix
Les hommes les hommes de passage les passagers, ici on les appelle les passagers du plateau on ne les voit que le soir, entre eux ils s’appellent gardien de l’arbre-totem et des fleurs au nombre de plusieurs, quand on dit on les voit c’est faux, on ne peut pas les voir sauf de loin, ils sont assis sur la terre la terre sombre brun, un homme est debout et il crie il crie et il hurle comme un fou.

Le chœur
Aidez-nous à taire la nuit aidez-nous à taire la nuit passagers de la ville à l’odeur de cadavres blancs aidez-nous à taire la nuit.

Première voix
On les voit ils traversent le centre de la ville à deux à trois parfois plus des fois seul, ils traversent les grandes avenues, la première la plus longue sous le bleu après ils s’arrêtent au carrefour, des fois ils croisent un visage, alors le noir de leurs yeux cherchent quelque chose dans le visage l’autre visage l’autre visage ne voit rien l’autre visage s’en va vite à pied dans une voiture dans un bus, on les voit ils continuent

Seconde voix
Et il crie il hurle comme un fou, laissez-nous taire la nuit et il répète c’est ça c’est ça c’est ça et il hurle autour des autres et il tourne sur lui sa voix il tourne il hurle il tourne et les autres entendent son hurlement et les autres ils ne bougent pas.

Le chœur
Nos yeux on les laisse ouverts
Sur la cicatrice de notre mère
Sur l’œil fermé de notre père
Sur le corps brûlé de notre frère
Sur le visage croisé de l’homme au carrefour
Sur le mur sur le bas du mur
Sur le sac de petits pains
Sur le corps maigre penché
Sur l’homme – toupie
Sur les mégots près du rail
Sur la fenêtre à la lumière riche
Sur la peau blanche de la grande avenue
Sur la main rouge du cracheur de feu
Sur l’arbre-totem

Première voix
Ils marchent vers le centre au bord de la gare ils restent là l’après-midi, en face de la fille au chien, dans la main une bouteille de vin dans la main une canette de bière, ils disent eh madame souriez eh monsieur souriez, et l’homme-toupie celui qui tourne tourne tourne à toute allure tourne sur lui même tend la main et tombe.

Seconde voix
Et il crie et il hurle comme un fou laissez-nous taire la nuit.

Le chœur
there is no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun no sun

Première voix
Après le soir on les voit plus ici ils partent vers le plateau vers la fin de la ville à l’extrémité nord quelqu’un a dit au nord au bord de la ville au nord à la fin de la ville, sur le plateau ils arrivent après la tombée des ombres celles des grandes barres celle de la prison neuve, ils arrivent le soir, le plateau est désert, le jour une étendue sombre brun pas grande.

Seconde voix
On reste ici pour les voir on les voit de loin, ils s’installent là pour la nuit, on voit les formes sombres des corps assis sur la terre sombre brun, on voit l’obscurité, on entend rien en entend pas une voix, ils sont six dix vingt peut être plus, on entend rien et puis une voix le milieu du plateau s éclaire, on voit l’arbre, l’arbre ils l’appellent arbre-totem, un brasier s’allume puis un autre brasier un autre brasier un autre brasier un autre brasier un autre brasier six brasiers dix brasiers vingt brasiers peut être plus, on voit un cercle de brasiers.

Le chœur
Nous les sans racine nous venons des extrémités cardinales de la ville des extrémités du jour nous venons les épaules chargées de tout et de rien, et dans nos mains et nos bras l’arbre- totem l’arbre vivant à l’écorce bleue bleue comme la grande avenue dans le soir, avec nos mains nous creusons la terre la terre sombre brun avec nos mains nous recouvrons les racines de l’arbre-totem, avec nos mains chaque nuit nous creusons une lettre sur l’écorce bleue comme la grande avenue dans le soir, à la lettre A le nom de A à la lettre B le nom de B à la lettre C le nom de C à la lettre D le nom de D à la lettre E le nom de E chaque lettre porte le nom de chaque visage chaque visage disparu, nous sommes attachés à la fin de la nuit, l’arbre-totem tourne le dos à la fin de la ville, laissez-nous taire la nuit.

Première voix seconde voix
On voit maintenant les corps on les voit à peine les corps allongés sur la terre sombre brun là où les cendres sont encore rouges, au centre du plateau le corps grand de l’arbre-totem se détache de la nuit.

Le chœur
Nous laissons nos yeux ouverts
Sur la cicatrice cachée de notre mère
Sur l’image de l’œil fermé de notre père
Sur le corps de cendres de notre frère
Sur le sac de farine blanche dans la lumière noire
Sur les fresque fissurées du bas des murs
Sur le visage différent croisé au carrefour
Sur la main posée sur l’herbe rare
Sur la course de l’enfant seul

Première voix seconde voix
Maintenant on voit l’arbre-totem seul au centre du plateau, ils marchent
maintenant épaules chargées de leur tout et de leur rien vers le jour arrivé.

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne et dernière modification le 2 septembre 2011
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