hors Défense | la vie par ses rideaux

résidence Paris en Toutes Lettres, immersion d’une semaine à la Défense


Je savais, pour les avoir pratiquées par hasard, à différentes occasions, que j’avais rendez-vous avec les jonctions : comme le wharf d’embarquement des îles, n’importe quelle île, le lieu des jonctions de l’île terre avec la ville qui l’entoure, reprend indifférente. Ce soir, j’en explore une première. C’est abrupt. On descend un roc. Dessous, entre rails et ponts, des gamins jouent au ping-pong. On respire mal, pour l’évacuation de l’odeur des parkings. Cette façade, en descendant, était devant moi, verticale, immense, comme décorée. Sur le parvis, près de 200 oeuvres sculptées contemporaines, parfois des plus grands (d’ailleurs, en venant ici, je comptait tomber sur le Richard Serra, mais non, j’avais dépassé la bifurcation. Je pensais à Christian Boltanski : ainsi, un des artistes invités ici – peut-être même Christian, tant ça semblait de lui, avait mis sous verre, sur cet immense pignon, ce que sont les balcons de la vie quotidienne, ceux qui nous enchantent dans le Sud, ceux qui à Bobigny m’étonnait parce que, faute de sécurité dans les caves, on y montait tout ce qu’on pouvait.

Mais non. Et les soirs au balcon, voilés de vapeur rose, me disait Baudelaire sardoniquement : parce que la Défense, avec ses falaises de béton, avait rejoint ici la ville plus vieille, on avait isolé l’ancien immeuble, et protégé sa façade à balcons d’une structure de verre immense comme lui, et jointoyée de noir comme un vitrail. C’est peut-être ce jointoiement au noir qui donnait cette illusion d’un grand magasin de jouets, d’un livre pour enfants de tradition anglaise. Le soleil ça tape, sur les vérandas minuscules qu’étaient devenus les anciens balcons, alors la plupart (pas tous) s’étaient équipés de rideaux.

Mais c’est la vie elle-même, qui devient image.

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1ère mise en ligne et dernière modification le 2 mai 2011
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