Michel Volkovitch | Cul de la France

pour les Vases communicants de décembre, Tiers Livre reçoit volkovitch.com (en personne)


Pour accéder aux grands espaces d’Internet, je dois passer par un portail, appelé Portail Orange, page pleine de réclames criardes et d’infos genre presse gratos. Ce lieu sinistre, il faudrait le traverser au plus vite, mais à chaque fois je m’y attarde, m’y englue — non pas dans les pubs ou les news, mais dans les commentaires d’internautes qui suivent ces dernières, comme c’est la coutume partout sur la Toile :

et oui quand Mr zemours le disait , hein donc il avait raison, puisseque dit dans le titre de l’infos de ce jour.
moi c’est des CRS que j’aurai mis au lycée, pour leurs apprendre le respect
car si il n’avait pas enlever la peine de mort ont n’a serait pas là avec tout ces bandits !Mr BADINTER laisser travailler ceux qu’il veulent que la FRANCE redevienne une bonne FRANCE !!!!

Non, tous les intervenants n’écrivent pas comme ça — mais un certain nombre d’entre eux. Oui, le français sur Internet a une certaine tendance à la déglingue — mais ici plus qu’ailleurs. Non, la droite n’a pas l’exclusivité de cette langue boueuse — mais elle y est nettement majoritaire :

voila un homme qui dit ce qui pense pas comme la plupart qui pete de trouille.ce sont des gens comme eux qui epaule notre gouvernement pour un nettoyage efficace et non des beaaux parleurs qui se planquent derrire des phrases empoulees destinees a noyer le poisson
je trouve que ces sondages ne reflete pas la réalité, la plupart des gens qui m’entoure trouve qu’il faut être plus ferme sur les sanctions et je ne vois pas qui, à par l’extrème droite, serait plus sevére. notre président que je soutiens trouvera la solution, qui certe n’ai pas facile.

Pour lire le texte de l’info et ce qui lui colle au derrière, on doit désormais cliquer ; il y a quelques semaines encore, une partie s’étalait sur le portail lui-même. Il était facile malgré tout de ne pas marcher dedans, comme on enjambe un clodo ivre-mort, mais rien à faire : je m’y arrêtais, je m’y arrête encore invinciblement, fasciné comme le témoin d’une agression, un voyeur face à un viol.

Non, je ne suis pas un maniaque de l’orthographe et de la correction grammaticale ; je me refuse à juger les gens sur leur façon de manier le français, celui-ci pouvant être nul chez certains êtres admirables, et admirable chez certains nuls. L’horreur ici vient de l’association entre les deux débâcles : de la langue, de la pensée. L’une devenant le signe, le miroir de l’autre. Leurs puanteurs s’exacerbant mutuellement. Et puis quelle aberration : ceux qui excluent l’étranger, qui encensent la patrie, sont en même temps les pires bourreaux de leur langue ! Ce sont eux que tu devrais, ma petite Jeanne d’Arc, bouter hors du royaume.

Eux, mais qui sont-ils ? On s’efforce de les imaginer devant leur clavier, tapotant-tâtonnant, vieux sans doute, mâles probablement, votant pour l’extrême droite ou la droite extrême, ou les deux en alternance. Du temps de Vichy ils étaient déjà là, grattant leurs délations à la plume sergent-major, ils seront toujours là demain, race d’immortels, mais pas moyen d’en dénicher un seul hors-Toile : ils se planquent derrière un pseudo, francis06, moustache33, pépé47, tonton hannibal, bonnet phrygien, chéribibi, dudulenénesse, moimoimoi… Le pseudo, cette plaie d’Internet, masque autorisant tous les excès, infection qui donne par moments, à ce café du commerce géant qu’est Internet, une allure de latrines collectives en temps de choléra.

La dégradation de la société et la déresponsibilisation ont à la doit aux gauchos de 68 qui sont aujourd’hui des retraité dodus et repus.
…mais ce tolé de la droite et de la gauche pour une fois et tout à fait logique car tous ces Messieurs se sentent concerné par ce probleme, car bien souvent c’est pas la droite, c’est pas la gauche. Alors la chapeau d’effrayer un peu tous nos chérs (es) élus et d’agiter un peu ce panier qui somnole sur les bancs du sénat ou de la chambre des députés. DONC BRAVO

On pourra s’étonner du temps que je perds à barboter dans un tel marécage : cette frange de la population, ultra-minoritaire, quel intérêt ? N’oublions pas pourtant que cette lamentable troupe, dans quelque temps, va décider du résultat des élections ; que nos maîtres actuels, pour la séduire, imposent à nous tous des mesures qui ressemblent à ces quelques-uns ; si bien que ce cul merdeux de la France, à force, lui tient lieu peu à peu de visage.

Cette masse que tout pays, plus ou moins, traîne après lui comme un boulet, qui fait les dictatures, les gouvernements musclés, les pogroms, les ratonnades et les ministères de l’Identité Nationale, on peut tout juste espérer la réduire un peu. Les plus vioques semblent irrécupérables ; avec les plus jeunes, pris au berceau, peut-on espérer ? Rêvons un peu : imaginons des élus voulant tous des citoyens instruits qui réfléchissent ; des organes de presse dirigés par des gens qui respectent leur public ; des écoles où l’on aurait les moyens de bien travailler ; chacun de nous impliqué à fond dans des associations, s’efforçant de faire ce que l’État ne fait pas, ou de réparer ce qu’il défait. Quand je pense au boulot qui nous attend, Sisyphe me semble un joyeux vacancier.

Prenant une retraite de prof prématurée, j’ai quitté mon poste de combat ; je ne milite pas, ou si peu ; ce que j’écris ne convaincra que des convaincus ; je me sens triplement coupable. Certes, je ne suis pas le seul, mais pas question d’invoquer une si faible excuse. S’il est une différence entre les malheureux que je décris là et moi, c’est bien celle-ci : la conscience d’être responsable.

Une emmerdeuse, la conscience. Elle chuchote que fustiger ces infirmes, c’est exhiber l’arrogance méprisante d’un nanti de la culture et du portefeuille ; que ces pauvres d’esprit sont pour la plupart des pauvres tout court, dont on devine les enfances cruelles, les études bâclées, les vies ratées, le chômage sans doute, la rancœur, une vie suffisamment pourrie pour leur faire croire que tout est pourri autour d’eux. Et l’on se sent mal à l’aise.

la gauche reve de pouvoir ils critique la droite mais ils s on pas mieux, a par donner le droit aux etrangees qu ils aides dabort les vrais français qui gualere qui n arrive meme pas a finir les fin moi,je peut vous en parler je suis en invalidite
on nous presente des pseudo aritstes sans aucun talant, qui dicent des vérités et phrases toutes faites depuis leurs beaux quartiers........... merci de donner la parlore aux gens vrais, au peuple et tout ira bien

Quelqu’un de plus habile que moi — l’un de ces malins qui savent absolument tout prouver — serait même capable de gloser sur la mâle vigueur de ce français brut, ou sur le côté déchirant de cette langue en lambeaux, etc. etc.

Je ne vais pas si loin, mais je ne me moque pas. Ou plutôt le rire s’étrangle. Ces pauvres types, tout compte fait, ils font pitié. Tous leurs messages ou presque sont suivis de la mention : zéro commentaire. Si en les lisant personne ne proteste, c’est sans doute que personne ne les lit, ce qui rassure un peu et en même temps serre le cœur. Au fond, a-t-on envie de les imaginer en monstres ? Si ça se trouve, il y a dans le tas des braves mecs, de gentils grand-pères ; si la cervelle patine, les mains sont peut-être habiles, au bricolage, à la pêche à la ligne — ne ricanons pas, ce n’est pas rien.

Curieux tout de même, ce besoin qui vous prend de racheter tout le monde, y compris ceux qui n’hésiteront pas, si ça se trouve, à vous faire la peau.

Michel Volkovitch

 

Les lecteurs de la Quinzaine Littéraire (toujours vaillante dans le paysage, voir son blog, et Maurice Nadeau aura 100 ans au mois de mai prochain, on est pas mal à rêver d’en faire une fête nationale) savent que Michel Volokovitch, dans ses coups de langue, n’est pas forcément un tendre. Les enjeux politiques traversent la langue.

D’autres reçoivent régulièrement par mail, le 1er de chaque mois, l’annonce de la mise à jour du site volkovitch.com qui au fil des années est devenu un véritable magazine, incluant des rubriques parfois liées à la vie quotidienne ou carnets de la vie infime et l’enseignement (quand Michel enseignait), mais traductions, inédits, il n’y a qu’à suivre la liste des rubriques en colonne de gauche... C’est la 1ère fois que Michel Volkovitch participe à nos vases communicants du 1er vendredi de chaque mois.

Pour moi, l’occasion de rappeler que, dès le début de l’aventure publie.net, Michel Volkovitch et sa compagne Carole Wessel se sont engagés dans une collection d’auteurs grecs contemporains, traduits par Michel, mis en page par Carole, qui sont une des ressources dont je suis le plus fier. Nous travaillons ces jours-ci à une reprise graphique et ajouts de formats epub.

Michel va donc m’ajouter à ses invités du mois pour cet échange, avec un texte sur Buthrot.

Ah, au fait, mais bien sûr Michel Volkovitch vous connaissez : c’est celui du Verbier, éditions Maurice Nadeau, que vous avez déjà dans votre bibliothèque bien sûr...

Et bien sûr le groupe face book Vases communicants pour retrouver l’ensemble des 22 échanges, 44 pages à lire, et déjà temps de préparer les binômes de janvier !


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1ère mise en ligne et dernière modification le 3 décembre 2010
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