prix unique du livre numérique : on s’en fout complètement, suite

Maginot pas mort : la loi Prisunic enfin votée, s’applique aux bananes, mais le Pôle Sud exclu de son territoire d’application où va-t-on


L’inénarrable et cacochyme mais docte assemblée caractéristique de notre république, ô Sénat si connu pour son assiduité à la lecture numérique, tous un Kindle en poche, a donc voté la loi dite désormais pour l’éternité loi #Prisunic. Ne faites pas ce cadeau-là aux bureaucrates, allez voir : en voici le texte.

Mon billet initial, ci-dessous, a été rédigé et mis en ligne le 30 juillet 2010 – je n’y change rien. Notons, oui notons, ô grands juristes qui nous gouvernent, qu’ils ont consacré du temps de leurs importantes personnes à la rectification suivante, par rapport au premier énoncé du projet de loi – voir mon billet du 16 septembre dernier titré Arrêtez-les, ils sont fous auquel je ne change rien non plus : la loi ne sera plus applicable en Terre-Adélie, mais seulement en Nouvelle-Calédonie – ça nous laisse au moins une possibilité d’aller lire tranquille. Vive Wallis et Futuna, vive la Polynésie française, tant pis pour les Calédoniens nouveaux ! Ça c’est de la précision juridique, et le sens de la lecture numérique, ô Sénat de nos sénateurs !

Il reste une injure symbolique : la loi continue, dans son article 1, d’appliquer le mot accessoire à ce tout ce qui fait le fonds de la démarche numérique, un basculement aussi radical que celui du rouleau au codex, dans l’équilibre même du texte et de ce qui le réalise et le diffuse. Dans cet accessoire nous persisterons. Nous nous revendiquerons désormais de l’accessoire : soyons l’accessoire en marche, ô Sénat de nos éditeurs !

Maintenant, du sérieux, l’article premier de cette loi maintient cette notion pour moi juridiquement invraisemblable du susceptible. Toute personne susceptible de devenir criminelle sera pendue : vous voyez ça, dans notre constitution ? Allez à l’inverse (c’est pour jouer) : toute banane déposée sur un scanner de poche est donc susceptible d’être imprimée et relève de la loi sur le prix unique du livre numérique. La loi sur le prix unique du livre numérique est donc une loi pour les bananes, qu’on se le dise, qu’on le répète.

Pour le reste, je maintiens. Notre petit laboratoire publie.net devrait recevoir le prix Montyon de la vertu de l’Académie française, puisque depuis le début on se l’applique à nous-mêmes, cette loi : un texte proposé 5,99 sur notre site, et qui rapporte très précisément 0,98 euros de TVA à l’État à chaque téléchargement (mais, sur les sites de vente en ligne, vous pouvez toujours déclarer que vous habitez en Guadeloupe [1], ça baisse, et n’est pas repérable par géo-localisation des cartes de crédit), est aussi proposé 5,99 sur l’iBook Store ou chez nos chouettes revendeurs comme bibliosurf et les autres. Ce qu’on applique aussi, et qui en est la conséquence en parfaite illégalité au regard des lois sur la propriété intellectuelle, c’est une rémunération de nos auteurs à 50% de nos recettes. Il semble que la SGDL ait un peu tardivement compris qu’il y avait problème. Donc, loi Prisunic ou pas, ça ne changera rien pour publie.net, et de toute façon on n’entre pas dans leur périmètre.

Notons qu’ils se sont tellement emmêlés les pieds dans leur propre ficelle, qu’il ne reste plus rien de la volonté d’inclure les bibliothèques dans le périmètre, ils ont eu la trouille – tant mieux. Reste aussi la suppression de cette phrase infamante ou débile, qui mettait la littérature scientifique d’un côté, et la littérature tout court de l’autre – tant mieux. Reste quoi, alors ? Une vague volonté d’endiguer les plateformes d’auto-publication, ou tout ce qui ressemblerait à du gratuit, ô l’affreux mot : est-on sénateur gratuitement ? Cherchez sur le web combien ça gagne au mois, un sénateur, calculez aussi ce qui leur est versé de retraite s’ils ne le sont plus, multipliez à l’année et regardez ce que ça fait : ça n’est pas tout à fait les mêmes sommes que l’économie du livre numérique, ô démocrateurs : des fois on devrait les inverser avec l’Académie française, voir si ça fait une différence...

Reste que le SNE, qui a fait tant de lobbying (voir récente et grandiloquente prosternation aux pieds du député sarkozyen Gaymard, co-signée avec SGDL, ABF et SLF, ô joie : "le député Gaymard, auquel rien du livre n’est étranger", encore plus ridicule que comique) pour cette loi banane, se tire une énorme balle dans le pied – elles vont avoir du mal, les structures lourdes, dans les joyeuses vagues à régate de l’invention numérique.

On ne perdra donc pas plus de temps avec tout ça. On leur souhaite bien du plaisir.

Vive le Sénat ! (À qui ça va faire du bien, la retraite à 67 ans, sûr qu’ils vont pourvoir en profiter, de leur Kindle, et peut-être même lire un livre, une fois.)

Ce 2 novembre, depuis le 30 juillet dernier, 5814 personnes ont passé plus d’une minute sur cette page.

FB

 

curieux syllogisme pour une loi sainte

Curieuse maladie quand même, la profusion de bruit sur l’apparition d’un Prix unique du livre numérique, en rapport à la condition naissante dudit livre numérique, et probablement de la consommation personnelle au compte-goutte de livres numériques par ceux qui en parlent.

Reprenons le syllogisme. En 1981, devant la montée en pression des grandes surfaces qui s’accaparent le plus facile du livre de grande diffusion, Jack Lang construit une loi imposant le même prix de vente du livre partout, à 5% près.

Conséquence évidente : un réseau de librairies riches et pointues maille le territoire (Mollat à Bordeaux, Ombres Blanches à Toulouse, Sauramps à Montpellier, Dialogues à Brest etc...), qui sont des entreprises en bonne santé, des lieux qui ne sont pas seulement marchands mais participent à l’économie culturelle de leurs villes respectives. Cela n’a pas empêché une mutation lourde de la librairie : bipolarisation entre ce réseau de librairies de référence (conforté il y a 2 ans ans par le label LIR, qui a fait parler de lui 6 mois) et disparition progressive des établissements intermédiaires, montée en puissance des enseignes dites culturelles, assurant 60% de leur chiffre sur moins de 500 références, tandis qu’échappe à la librairie une masse de plus en plus considérable de ce que devait protéger cette loi : les dictionnaires, guides et encyclopédies (on n’en achète plus, on utilise Internet), les commandes collectives, bibliothèques notamment, dépendant d’offres de marché public et monopolisées par trois grossistes (dont Fnac et Decitre). Autre mutation : une offre éditoriale pléthorique mais de plus en plus consensuelle et interchangeable, en attente du coup (1,5% des titres représentant 50,6% des ventes) et une production artisanale de plus en plus livrée à l’auto-diffusion (1200 éditeurs se partagent 1% des ventes) : les tables d’une librairie d’aujourd’hui, quand la durée moyenne d’un livre en librairie est de 5 semaines, n’ont plus rien à voir avec celles d’une librairie du temps de la loi Lang – le livre de poche, notamment, avec ses prix entre 5 et 7 euros, assurant le volant essentiel du commerce. Tenez, regardez vos journaux préférés parler de la rentrée littéraire : les 13 livres tirés à plus de 50 000 exemplaires... Et si, longtemps, le marché du livre est resté une sorte d’île de santé, l’érosion désormais est embrayée : oui, à temps lecture global identique, la lecture Internet a commencé de tailler sa place nécessaire, et personne pour ne pas s’imaginer une nouvelle ligne d’équilibre avec un marché du livre probablement à 30% de moins d’ici 3 à 5 ans, et ça n’empêchera pas qu’on en achète et qu’on en lise, des lives, ça n’empêchera pas qu’on aime et fréquente nos librairies.

D’où le syllogisme : une loi sainte a sauvé les librairies de ville, créons une loi sainte sur le livre numérique et on sera sauvé. Ça tombe bien, les administrations ministérielles sont pléthoriques (la direction du spectacle dit vivant envoyait généreusement par la poste, le mois dernier – je l’ai même reçue 2 fois – son organigramme complet comme si on en avait besoin, et je n’aurais pas voulu payer la facture d’imprimeur et les timbres : près de 150 personnes. Au Centre national du livre – CNL –, pas moins de 60 personnes), occupons-les... Ajoutez pour la sauce deux syndicats croupissants qui doivent bien se trouver justification d’existence : créons une loi, lançons le Prix unique du livre numérique !

 

de la lecture et du chou-fleur

On ne sait plus quoi faire pour que ça lise dans les facs et les lycées ? On ne sait plus quoi faire pour qu’il y ait du monde dans les librairies le samedi ? La faute à Internet ! Créons une loi ! Me souviens, il y a quelques années, d’avoir été bloqué sur une route près de Morlaix par des agriculteurs en colère (ma chère Bretagne a toujours eu propension à la monoculture) : pour la survie du chou-fleur, on distribuait un tract demandant le chou-fleur obligatoire dans les cantines scolaires une fois par semaine. La solution ! Voilà ce qu’est le Prix unique du livre numérique ! Pendant ce temps, ceux qui turbinent depuis des années pour des expériences d’écriture en partenariat avec l’éducation nationale, on coupe tous les dispositifs un à un. Les facs, qui voulaient bien nous accueillir (oh, discrètement, pas comme ces départements de création auxquels j’ai participé l’an passé au Québec) nous définissent désormais comme des agents culturels extérieurs : avant on disait écrivain invité – plaignez-vous que le maillon lecture ça ne colle plus avec vos injonctions dites d’un ton pathétique : les jeunes, ah, qui ne lisent plus (et combien de temps par jour sont-ils devant du texte-écran, et qui prendrait ça au sérieux pour assurer la médiation vers la lecture dense ?)... Réponse : créons un Prix unique du livre numérique !

 

et vous avez compris comment ça marche, vous ?

Concrètement, bon, on attendra que ça sorte pour comprendre. Il s’agit de définir pour le livre numérique un prix indexé sur le livre papier. Mais nous, ce qu’on leur suggère, à ces chers vieux éditeurs accroupis sur leur magot d’économie familiale et la BNP du 6ème arrondissement, c’est de jouer le numérique au prix du poche... Hauts cris : – On n’a pas le droit de mettre en danger l’économie du poche ! (Texto, entendu en juillet, et pas d’un moindre.) C’est ça, le prix unique du livre numérique : commencer par évoquer le danger, protéger comme on protège les koalas, dans les zoos, avec reproduction artificielle par insémination.

Tiens, en juin dernier, j’achète 3 Novarina chez POL, des bouquins qui me sont indispensables, qui font partie de moi. Je les paye quasi le prix du papier via la chaîne Eden-ePagine-libraire (voyez comme c’est simple), j’obtiens lien de téléchargement de 3 PDF, et découvre que ces PDF ne disposent ni de la recherche plein texte, ni d’une table des matières interactive (8 minutes pour rajouter à un PDF), et que le copier-coller même de 3 lignes est interdit... Et ça s’appelle produit commercial ? – Achetez ma baguette, mais ce n’est pas une baguette pour manger, dit le boulanger, juste pour regarder. Sans compter qu’avec mes sous ils redistribuent une prime à Adobe qui gère au niveau international les DRM, et là que je viens de changer d’ordi et donner mon vieux au fiston, la galère pour les lire, les Novarina... Réponse évidente : Prix unique du livre numérique !

Bon, ça va servir à quoi ? Voir précédemment, on attendra qu’ils nous l’expliquent. Qu’Amazon et Apple ne diffusent pas le fichier moins cher qu’ils ne le leur vendent ? Mais c’est eux, les éditeurs, qui fixent en amont le prix de vente. Que le même fichier de téléchargement soit vendu le même prix sur toutes les plateformes ? Mais c’est déjà le cas. Remarquez que je ne dis pas, que personne ne peut me prendre en faute à dire ceci : si les éditeurs sont si accrochés à leur Prix unique du livre numérique, c’est parce qu’ils veulent enfin le droit de vendre directement les fichiers depuis leur site, sans passer par le libraire, sous prétexte que ce sera au même prix. Non, je ne le dirai pas, je ne l’ai pas dit.

Le Prix unique du livre numérique est simplement croupion, parce que décalqué du système basé sur le transfert de propriété d’un objet matériel, le livre – tandis que les usages neufs de la lecture numérique créent d’autres écosystèmes, par abonnement à un catalogue et non lecture titre à titre, par accès à distance depuis carte de bibliothèque d’un établissement public, par économie de la contribution, etc. : en bref, là où nous on a commencé d’aller, et pas eux.

 

d’un problème pour moi plus sérieux

Alors arrivons à un problème qui me préoccupe beaucoup plus, mais ça ne leur a pas franchi l’étage cheville des baskets : nos textes, numériques ou imprimés, relèvent évidemment de la propriété artistique. Une loi en France contraint à ce que le contrat d’auteur, en matière de propriété artistique, soit basé sur le prix de vente, et non sur la recette. Ce qui oblige, par exemple, lors d’une sortie en poche, à vous faire signer une lettre-avenant spécifiant que vous acceptez 5,5% sur le prix de vente du poche. Or, dans ce qui commence à naître d’un marché du livre numérique, l’important c’est de multiplier les points de diffusion : si vous achetez sur le site de l’éditeur, tant mieux, si vous achetez sur l’iBookStore d’Apple pour lecture immédiate sur votre iPad, tant mieux, là où la chaîne (maintenant que la Fnac se décide !) ou bien le libraire (Dialogues, ou les libraires relayant ePagine) propose votre fichier à son public, c’est sa médiation qu’on rémunère. Prix de vente identique, mais évidemment une chaîne de remises : l’auteur touchera moins par fichier vendu, mais aura un cercle de diffusion plus large, c’est gagnant-gagnant comme disent les commentateurs sportifs. Et c’est exactement comme le poche, où on concède des droits plus faibles, sur un livre vendu moins cher, mais qui donne accès à un public plus large. Seulement voilà : on se met ainsi dans l’illégalité complète. Me voilà locataire d’une piaule d’étudiant à Bruxelles pour le fiston évoqué ci-dessus, faudrait pas me chatouiller beaucoup pour que j’y installe mon publie.net, sans compter toutes les économies que je ferais en impôt sur l’exercice, greffe de tribunal du commerce, etc., indépendamment du fait que publie.net reverse déjà à l’État français plus de TVA que Google et Amazon réunis (ah, faut avoir le moral...). Cette question de la rémunération auteur à la recette, et non au prix de vente, c’est pour moi un vrai problème, mais non, il ne relève pas du Prix unique du livre numérique !

 

ma grand-mère parlait de pansement sur une jambe de bois

Bon, ce sera un pansement sur une jambe de bois, ça alimentera les articles des journaux et ça ne changera rien à rien, parce qu’ils ne sont pas naïfs, les syndicats professionnels (il paraît que le SNE a récemment changé de moquette) : disons qu’à faire tant de barouf sur des choses très obscures, ça conforte les dossiers de subvention : – Ah, payez ma numérisation, ah confiez-moi de ces fonds européens pour la survie des espèces menacées, ah joignez moi au Grand Emprunt du Président-Saint, et tout le monde est content. L’important pour leur messe, c’est de chanter : – Voyez comme tout va mal ! L’édition n’embauche plus depuis longtemps, et vit sur ses stagiaires ? Mais comptez donc les emplois créés en trois ans par la galaxie du web (même nous, à notre toute petite échelle) : alors oui, occuper la galerie ça peut s’avérer vital.

Sauf que nous on rame : parce que ce qui m’intéresse, moi, c’est comment créer un désir de lecture. Comment faire que dans les campus abonnés à publie.net, là où quelques volontaires ont fait l’effort d’insérer nos ressources dans les catalogues, fait l’effort d’autoriser l’accès à distance pour chaque étudiant moyennant son log-in de la fac, il y ait le souhait de découvrir des auteurs, des formes, d’entrer dans un partage actif d’idées et d’esthétiques. Faire qu’on considère le lecteur autrement que comme un client (voir Le Crosnier). Mais ça, débrouillez-vous. On me l’a confirmé au CNL début juillet : pas possible de vous considérer comme éditeur, pas possible de vous aider en quoi que ce soit (chiffre d’affaire annuel minimum 100 000 euros, mais quand j’y arriverai, dans 2 ans mettons, je n’aurai plus besoin de leur aide. Je précise d’autre part : la lecture via les bibliothèques me paraît un chantier des plus décisifs, mais dans la réorganisation Albanel-Sarkozy du ministère de la Culture, les bibliothèques ne relèvent plus du CNL, aberration criminelle mais qui n’est pas de leur fait).

Allez, ne tombons pas dans le piège. On va vous en parler jusqu’à plus soif, partout, du Prix unique du livre numérique. Laissez tomber. Dites : – On s’en fout. Parce que c’est le cas, croyez moi.

De toute façon, ça ne concernera que les croupissants, ceux qui veulent pousser à la main dans les fins tuyaux virtuels leur camelote de consommation standardisée, romans de la rentrée, prix du système à prix, ces mêmes machins qu’on voit partout dans les gares et les supermarchés.

 

passer de la peur au désir, du danger à l’invention

Là où ça invente, ce n’est plus chez eux, et c’est ça qui les terrifie. Mais ça, c’est la loi commune. Et ce n’est pas aider un système bancal, que le considérer comme espèce menacée – ça, c’est plutôt la maladie française, ce qui reste du Tout État en ruine. Mieux vaut d’aller au contact, encore faut-il quitter vos bureaux. Vous voulez que ça lise chez les jeunes : et si vous commenciez par accepter des textes de ceux qui écrivent aujourd’hui ? Ça ne ressemble pas à vos petits romans en 160 pages qui ne se vendent pas plus en numérique qu’en papier ? Ben tant pis pour vous, nous on les accueille – et on les relit, on les travaille, on les édite. Et que ça permette aux auteurs de gagner trois sous, pour s’acheter un micro ou changer leur ordi : on propose partage égal de la recette, 50% pour l’auteur. Aux États-Unis, pas moins de 23% pour l’auteur. En France, les mêmes éditeurs syndiqués : 11 à 14%. C’est comme ça qu’on se fait avoir et qu’on perd sa place ? Bien dommage.

On avait suffisamment proposé, et de bien longtemps, de jouer ensemble, d’oser ensemble. Ce qui les terrifie, c’est ça : que dans ce qui émerge, le pacte éditorial soit différent. On ne cesse pas l’édition, on la recompose dans le paysage neuf. Sans eux ? Pas si grave, on a tout appris chez eux, mais tout le monde est parti sauf eux.

 

Vive le Parti unique, la consommation unique, le Prix unique !

Le Prix unique du livre numérique, on s’en fout, parce que ce qu’on propose n’appartient même pas au livre (qui se définit par son caractère imprimé, d’où le fait que leur loi croupion ne s’appliquera qu’aux ouvrages transposés du papier – s’ils voulaient appliquer leur Prix unique aux pure player du numérique, cela supposerait par conséquence de nous gratifier de la TVA réduite du livre, ce qui n’est pas pour demain).

Nous, ce qu’on propose, c’est un autre pacte de lecture, plus près de ce que Duras nommait le lire-écrire avec tiret, et là pour moi c’est un enjeu profond. C’est construire une communauté d’auteurs-lecteurs, ce sont des abonnements à un service consenti et participatif, c’est une facilité de lecture en ligne tous appareils et toute géo-localisation, ce sont des paysages de formes et d’écriture qui naissent déjà en fonction des façons neuves de lire – c’est de toujours que la littérature est née directement d’une énonciation renouvelée du monde, ça valait pour Hérodote autant que pour Balzac ou Proust. Écoutez-les pleurer sur les réseaux sociaux : parce que ça ne bavassait pas, dans les bistrots de Saint-Germain ou du boulevard Montparno ? Moi j’y suis, sur Face Book et sur Twitter, et non seulement j’y trouve beaucoup de plaisir, mais un espace critique bien plus nerveux et réactif, et insolent, et perspicace, et découvreur, que les vieux suppléments littéraires des journaux papier. Ah, qu’ils l’établissent, leur Prix unique du livre numérique, pendant ce temps-là on est tranquilles pour avancer, et quand ils se réveilleront tant pis si on a un tour d’avance – leur Prix unique du livre numérique ne peut même pas nous concerner...

Allez, je vous fiche la paix, sinon vous allez m’en vouloir aussi. On a tellement mieux à faire. Sauf qu’à partir de maintenant on prononcera à chaque fois la phrase en entier, d’un seul souffle (suffit de bien placer la virgule) : – Le Prix unique du livre numérique on s’en fout, complètement !

Prix unique du livre numérique ? Zappez tranquille. (Photo : beauté des outils agricoles périmés, le râteau – ce n’est pas une métaphore.)

[1Inscrivez par exemple systématiquement 6 boulevard Général Félix Eboué 97100 BASSE-TERRE – on rappelle que sur les ventes hors UE, téléchargements comme abonnements, la TVA n’est pas applicable, et déduite automatiquement du prix de vente annoncé.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne 2 novembre 2010 et dernière modification le 2 novembre 2010
merci aux 10690 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page


Messages

  • ... analyse encore une fois percutante. Mais combien d’écrivains s’intéressent-ils à ce sujet ? Combien seraient-ils prêts à s’organiser au sein d’un véritable syndicat (style CGT...)pour défendre leurs intérêts et contrer les éditeurs ?

    • bien d’accord, chez Boz’, même si suis assez réticent sur idée syndicat auteurs, il y en a déjà plusieurs, mais pas trop sur nos fronts de taille – difficile comprendre pourquoi telle désaffection côté auteurs et côté universitaires – ce qui change, au risque aussi d’une bipolarisation, c’est que ceux qui auraient naturellement accédé maintenant à l’édition papier arrivent avec expérience web et blogs, donc risque de superposition d’une génération par une autre, plutôt que continuité – signe positif : des sites comme remue poezibao liminaire qui font centre de gravité et permettent dossiers et ressources à auteurs qui ne s’impliquent pas directement dans le web – c’est chantier essentiel, mais difficile de les attendre, depuis 5 ans au moins qu’on le serine (notamment : on bosse avec Livre au Centre sur stages auteurs uniquement sur maîtreise web, infos début septembre)

  • Bonsoir,
    Une loi pour protéger les librairies et le livre est selon vous inutile ?
    Regardez le marché du livre en Angleterre ou aux états unis. De même je ne comprends pas votre mépris sous entendu pour les fonctionnaires travaillant au ministère de la culture. Mais rassurez vous je ne pense pas que ce ministère passera le prochain quinquennat. Nul doute que quand vous paierez moins d’impôts et qu’il n’y aura plus aucune politique culturelle dans ce pays vos livres électroniques se vendront mieux.
    Pour tout le reste je pense que vous voyez encore une fois juste.

    Cordialement
    V

  • Vous y allez un peu fort, là, quand même, non ? Je suis d’accord avec ce que vous dites de la tendance au rejet complet du numérique, à l’autruche de l’édition papier... Mais je me dis quand même qu’on peut détacher cette loi de cette tendance et en tirer quelque chose, un petit quelque chose.

    Voir en ligne : terrain ouvert

    • On est des petits graviers devant un gros bulldozer, Valentin, alors on ne va pas se priver de parler fort. Tu as expérience de l’édition, si je disais de grosses bêtises ce serait facile de rectifier.
      Ce qui m’énerve, ce n’est pas SNE-SLF & Co, c’est que l’État, au lieu de jouer son rôle régulateur , ignore les vrais acteurs de la cration numérique, et je ne parle pas que pour publie. Net.

  • Eh bien, bravo, cher François Bon, en la faisant si longuette, vous avez réussi à rendre votre analyse de l’affaire parfaitement "infalsifiable", comme disait Karl Popper. En effet, vous y mêlez des constats indiscutables, des raccourcis fort contestables et des informations factuellement fausses (beaucoup, vraiment). Il faudrait commenter chaque phrase ou presque pour les assigner à ces trois catégories et c’est le manque de temps nécessaire pour ce faire qui ne permet pas de démontrer la non-pertinence du titre de votre post, devenu par cette grâce "infalsifiable". Trop fort !
    Ayant fait partie au titre d’un "syndicat croupissant" (le SNE) du groupe de travail avec les libraires qui planche depuis quelque temps sur cette question du prix unique du livre numérique avec les libraires du SLF et le ministère de la Culture, je voudrais simplement témoigner de l’une de vos erreurs factuelles.
    Contrairement à ce que vous dites, le CNL (et ses 60 bureaucrates oisifs selon vous) n’est en rien concerné, puisque, du côté du ministère, ce sont les très maigres effectifs restant de feu la Direction du livre et de la lecture (disparition justement dénoncée en son temps par l’excellent auteur d’un article consacré à la "fin de la direction du livre", vous devriez le lire) qui ont bossé avec beaucoup d’intelligence sur ce projet de loi.
    Lequel projet est porté avec le plus de détermination par les éditeurs soucieux d’une vraie diversité de création et par les libraires indépendants (que vous saluez d’une façon qui ressemble beaucoup à un faire-part de deuil, heureusement que vous vous trompez aussi sur ce point).
    Son objet est (assez)simple : l’utilisation du "contrat de mandat" entre les éditeurs et les libraires en ligne (permettant aujourd’hui à l’éditeur de fixer un prix unique du livre numérique afin d’éviter les dégâts sur la création éditoriale que représenterait la liberté de discounter laissée au géants commerciaux du Web) n’est pas assez assurée, et une loi transposant dans le monde numérique l’esprit de celui de la loi de 1981 pour le livre papier est donc indispensable.
    Indispensable pour permettre aux incontournables passeurs que sont les libraires de ne pas disparaître dans les nuages numériques de la lecture de demain, nuages qui se diviseraient sinon violemment entre pénibles cumulo-nimbus des gros marchands du Web et les évanescents et sympathiques cirrus des éditeurs innovants comme Publie.net, relégués dans la troposphère numérique.
    Il faudrait des pages (ou des heures de discussion) pour expliciter cela plus avant. Et j’ai déjà été trop long. Sachez seulement que j’admire le travail de pionnier de Publie.net, et que je m’autorise de ce respect pour vous dire que, sur ce coup-là, vous vous plantez complètement et que vous tirez allègrement contre votre propre camp...

    Voir en ligne : "Fin de la Direction du livre et de la lecture"

    • Cher François Gèze,
      Que les grandes huiles du SNE connaissent notre existence, vous m’en voyez touché, on n’avait pas eu l’occasion de le constater.
      Pour le CNN, flagrant délit d’ hypocrisie, j’ai juste dit qu’ils étaient contraints d’appliquer une politique pas de leur goût.
      Pour les libraires, un bon noyau d’entre eux diffusent déjà publie.net. Mais nier comme vous le faite la recomposition en cours n’est certes pas leur rendre service, ni une loi qulésés met en respiration artificielle.
      Pour le reste, cette loi si typiquement franchie ne me concernant pas, et publie.net n’entrant pas dans son périmètre. Je n’entrerai pas plus dans ces débats d’arrière-garde, faites comme bon vous semble.

    • Désolé pour les coquilles, connexion fruste.
      Je voulais dire "loi si typiquement frenchie", pas de gaieté de cœur qu’on voitun métier préférer solution bureaucrate au lieu de se battre et inventer.
      C’était juste ça l’intention de ce billet, auquel je n’ai rien à corriger ni retrancher.

    • Deux jours que je suis cette discussion, mais si on évoque des "erreurs factuelles" de Bon, personne pour dire lesquelles. ça mériterait pourtant un petit effort, non ?

    • > Eh bien, bravo, cher François Bon, en la faisant si longuette, vous avez réussi à rendre votre analyse de l’affaire parfaitement "infalsifiable", comme disait Karl Popper

      Karl Popper a inventé ce concept dans le contexte de la philosophie des sciences. Il sert à déterminer si une thèse relève de la science ou pas. Je ne sais pas ce qui a pu vous laisser croire que F. Bon prétendait faire de la science, je pensais qu’il voulait juste donner son opinion.

      Si j’étais méchant, je dirais que vous avez lu un vague article sur Popper que vous avez mal compris, et que vous voulez étaler votre culture-confiture et faire croire que vous vous êtes tapé des milliers de page de philosophie autrichienne. Eh, moi je peux faire pareil et vous balancer des _paradigm shifts_. Ca pête, _paradigm shift_. (Thomas Kuhn, vous en avez entendu parler ? Ou votre ersatz de marmelade de philosophie des sciences ne s’est pas encore étalée jusque-là)

  • Merci François de préciser et de rappeler que ce prix unique n’a pas de sens. Que l’éditeur doive décider du prix du livre, en accord avec ses auteurs, soit 25 à 50%, que le prix du livre soit adapté à son public, soit moins de 6 euros, en ligne. Et que les modes de diffusion distribution se multiplient, se diversifient, l’usage du web déplaçant considérablement l’usage du monde économique du XXe siècle.

    Je réagis depuis une petite ville de province désertée par la proximité d’un centre commercial gigantesque, subventionné, auprès de qui tous les commerçants encore économiquement vivants se ruent, croyant ne pas y mourir si vite que dans le centre-ville. Les bijoutiers, merciers, épiciers du centre ont pris leur retraite plus vite, ayant peur du L ; ; ;c, les boutiques de sport, de vêtement ferment l’une après l’autre, les restaus se vident au profit d’un fast-food à cadeaux "gracieusement offerts", le libraire râle à cause du "centre culturel" mieux pourvu... En quoi le prix unique du livre dispense-t-il les grands surfaces culturelles de ce type de négocier des remises de 60% quand les libraires ne peuvent aller au-delà de 37%, voire le plus souvent, 20% ?

    N’est-ce pas plutôt dans l’unité des remises accordées aux différents types de librairies qu’il faudrait travailler ? Pourquoi un barème différent selon qu’on est libraire de 1er, de 2e ou de 3e niveau ? Ou libraire en ligne ? Et un prix décidé par l’éditeur en accord avec ses auteurs. Selon des contrats adaptés au monde du web.

    Voir en ligne : http://amontour.net

    • merci, Constance, de rappeler que la loi Lang est actuellement détournée à leur profit par ceux-mêmes qu’elle devait contenir, effet paradoxal et bien désastreux - suffit aussi de faire recherche Amazon sur quelques bouquins récents pour constater comment elle est de plus en plus détournée dans les faits - ce qui n’autorise pas les tentatives UMP de la fiche en l’air, comme l’an passé, mais rend méfiant sur nouvelle tentation de légiférer à tout va

  • D’accord avec le propos général ; je tiens à réagir sur ce point :

    "Je les paye quasi le prix du papier via la chaîne Eden-ePagine-libraire (voyez comme c’est simple), j’obtiens lien de téléchargement de 3 PDF, et découvre que ces PDF ne disposent ni de la recherche plein texte, ni d’une table des matières interactive (8 minutes pour rajouter à un PDF), et que le copier-coller même de 3 lignes est interdit... Et ça s’appelle produit commercial ? "

    Scandaleux effectivement. Comparons avec les PDF gratuits dont je dispose (certains légalement gratuits, d’autres qui sont des piratages de livres populaires — une réalité dont il faut bien tenir compte) :

    - table des matières interactive : non
    - copier-coller : illimité
    - recherche plein texte : c’est uniquement pour ça que j’ai téléchargé Harry Potter (je voulais vérifier si dans le 5, Harry a raison de dire que seuls les Mangemorts disent "Dark Lord")

    Et c’est payant ?

    La comparaison est claire. Prix unique ou pas, le produit commercial est clairement inférieur à son homologue illégal, ou aux livres non commerciaux.

    Et il est évident que le livre numérique arrivera d’abord en force par la voie du piratage, et que l’offre légale ne s’adaptera que bien après. Comme ce fut le cas pour la musique.

  • Tu as toujours la pêche,il est vrai que c’est l’été ! Ce qui est bien avec l’écran et le bouton ascenseur, c’est qu’on a envie de lire jusqu’au bout de l’article pour savourer ta verve et ton à-propos. Je suis très attachée au numérique, mais j’aime de plus en plus les livres papier et les éditeurs dits petits, ceux qui montrent une pensée créative de maintenant, avec les gens qu’on a autour, sous les yeux peut-être et qu’on ne connaîtrait pas autrement. Bien sûr, il y a toujours trop à lire, alors on alterne chou-fleur, pastèque ou melon avec les concombres et les tomates à l’ancienne. Le jardin est immense, et il est différent dans chaque lopin de terre, et pourtant j’y retrouve cette communauté de sens qui mène à la lecture et à l’écriture. "Comment c’est dit !" dirait Marguerite Duras. Hier encore j’ai ramené mon panier de livres de la LIBRAIRIE DES ARDENTS à Lyon, je n’aurais jamais mis les pieds là-bas si deux libraires de Feu-LA-LIBRAIRIE DES NOUVEAUTES ne s’y étaient pas fait embaucher. C’est une librairie libertine qui a appris à contenter plusieurs sortes de lecteurs, il y a des images ( au fond) et beaucoup de mots ( dès l’entrée). On y est accueillis avec de la sérénité et des sourires, preuve que les libraires restent des gens de chair et de plaisir comme nous. Alors tu sais, comme toi, le PLUNITIF concept d’usuriers high control, on s’en bat les cuisses ici et plus loin. Il vaudrait mieux inventer des machines virtuelles à rendre nos temps de lectures extensibles en mélangeant de petites pilules-écrans avec un verre d’eau aromatisé ( bio bien sûr !). Si tu trouves le truc, surtout n’en parle qu’aux amis et aux amis des amis des amis, comme dans la vache qui rit !

    Voir en ligne : Toc Toc et Troc à volonté

    • attention, chère M-Th., au piège de la fausse antinomie : il ne s’agit pas de savoir si l’automobile va remplacer le cheval (il y a toujours des purs-sang, des centres équestres et même des PMU), mais d’un projet de loi corporatiste qui va embêter tout le monde sans rien améliorer pour quiconque, et certainement pas d’ailleurs les libraires, dont la voix est bien absente dans tout ça – merci quand même pour ta photo et bonnes lectures, mais vraiment ce n’est pas le propos dans cette discussion-ci...

    • Le hors - sujet, face à ton emballement explicatif, c’était couru d’avance... Je prends les éléments à la légère mais parti pour l’essentiel de ce que tu défends... J’ai envie de plaisanter aussi … En mangeant 5 livres numériques et 5 livres d’artistes par jour , crois-tu que les libraires auront meilleure santé militante ? Merci de nous donner si tu as quelques uns parmi tes hauts moments pédagogiques à nous offrir, ton actuelle définition du libraire non aphone. Tes assertions sont pour le vulgus lectopathe plutôt très techniques , et nous sommes quelques uns à savoir que tu as ( pour l’instant) plusieurs chevaux turbo d’avance en numérique, sur la question de la diffusion plus élargie des textes contemporains ou plus anciens. Mais je trouve que l’ergonomie du e-lecteur est encore balbutiante car le matériel est trop lourd et fragile. C’est encore tôt pour qu’il supplante le poche que je glisse tous les jours dans mon sac. Malgré mon abonnement ( Périmé ?) à Publie-net, je m’aperçois que j’ai plus de plaisir à lire un livre dans un fauteuil ou un lit que devant un écran. Pardon pour mon intrusion, j’étais contente de réentendre ta voix plus proche géographiquement. Sur facebook, je passais mon temps à enlever la liste de tes nouveaux amis avant de pouvoir accéder aux nouvelles sur le mur, alors, je t’ai masqué, en attendant ton retour sur le continent européen. Je plaide dans ma petite casemate artisanale de lectrice pour une plus grande liberté des vieilles rosses comme moi et pour la limitation des inséminations élitistes et formatées qui participent à la promotion de nouvelles écuries cotées en coteries, de nouvelles arrière-cours royales où le palefrenier endetté par son allégeance, sert l’avoine à de grands écuyers méprisants. Je me fais une ligne de conduite de n’acheter que de petits livres chez les petits éditeurs qui y croient encore, ou en solde, sauf pour les auteurs contemporains que j’apprécie, chez P.O.L. par exemple. Le P.M.U c’est peut-être le prix du mutisme universel des femmes face à l’addiction de l’exploitation de la viande animale, en attente de labellisation en steack tartare. On achève volontiers les chevaux même de pur-sang s’ils ne rapportent pas assez. Vive les locomotives, les légumes croquants du jour et la vie qui remue-net et sans rature !

      Voir en ligne : Casaque sombre et pointure illimitée...

    • C’est bien ce que j’appelle "fausse antinomie" : comme si défendre des auteurs, impulser des textes neufs sur le web, affaiblissait leur présence en librairie au lieu de la renforcer...

      Les textes que nous diffusons sur publie.net n’ont pas d’existence imprimée ou bien ne sont plus accessibles sous cette forme . D’autre part le numérique permet l’exploration de formes que l’imprimé ne pourrait accueillir Si on regarde le paysage revues, édition de création, critique années 70-80 il était bien plus riche que le paysage actuel et personne ne s’en portait plus mal.

      Les librairies se portent bien et font leur travail. Que nous explorions un terrain supplémentaire de littérature ne saurait en rien leur porter préjudice,

  • On sent beaucoup de rage dans ce texte. Parfois juste. Parfois basée sur des informations erronées : Hors livres scolaires et universitaires, le marché des bibliothèques, notamment municipales et départementales, n’est pas monopolisé, mais bien plutôt très éclaté. En France, même les quelques grossistes qui raflent beaucoup de marchés ne représentent à eux seuls qu’à peine 30% du total.

  • Et si on INTERDISAIT la vente au public de tout texte imprimé,
    et qu’on multipliait par 15 le réseau des bibliothèques, financé par une petite taxe de 25% sur le CA d’ Orange, Bouygues Telecom et SFR ?? (ça leur laisserait largement de quoi payer leur caviar)

    MARRE des réflexions philosophico-humanistes sur les Créateurs, qui aboutissent à des taxes sur les bandes magnétiques et successeurs qui engraissent en priorité les héritiers de Johnny Hallyday et consorts....

  • Ce mercredi 4 août, à 23h55, 3000 personnes ont passé plus d’une minute sur cette page : ça doit donc correspondre à souci plus grand que mon petit jardin. Merci à tous vos contributions, rebonds, relais.

  • Prolongements de cette discussion chez Vincent Monadé (directeur du Motif, région Île-de-France) et chez Hervé Bienvault (Aldus, avec ma réponse)

    - blog Vincent Monadé

    - blog Aldus2006

    • Oui, le prix unique du livre n’a de vertu que pour le lecteur : lui assurant de pouvoir trouver partout n’importe quel ouvrage au même prix - même si force est de constater qu’on ne trouve pas les mêmes ouvrages dans tous les endroits, au contraire. Il n’en a pas vraiment pour les auteurs, comme l’explique François. Il n’en a pas beaucoup pour les libraires (qui gagnent moins à l’exemplaire que de gros distributeurs). Il n’en a pas beaucoup pour les éditeurs.

      Dans le livre numérique, ce ne pourrait pas être un mal, que le consommateur puisse avoir confiance dans les structures où il achète, convaincu de trouver partout un produit identique au même prix. Qu’il puisse acheter sur iTunes comme sur la Fnac ou sur Bibliosurf le même contenu au même prix. Sans régulation, le risque est que les gros taillent dans la masse, comme le fait déjà Amazon en vendant à perte une poignée d’ouvrages pour faire un appel du pied aux lecteurs.

      Cela dit, je comprends et partage largement ton énervement François, d’autant que le projet de loi ne s’intéresse qu’au livre homothétique - et pas au reste, ce qui est une aberration - et qu’il ne pense pas à ce que devient la diffusion à l’heure du numérique (peut-on mettre un prix unique à un fichier perpétuel et à des volumes papiers qui finissent pas s’épuiser ? Le risque du prix perpétuel est bien là : http://lafeuille.blog.lemonde.fr/2010/05/04/livre-numerique-du-prix-unique-au-prix-perpetuel/ ). Enfin, comme le dit très bien Xavier Cazin chez Thierry Couzet - http://blog.tcrouzet.com/2010/07/30/hypocrisie-du-prix-unique-du-livre/#comment-79889 - la promesse de personnalisation du numérique aura du mal à s’accommoder du prix unique, sauf à construire un dédale de tarifs (c’est déjà le cas sur certaines librairies) où chacun se perdra d’autant plus facilement que les droits de ce que l’on achète sont mal décrits (comme le dit très bien ton expérience d’achat de livres numériques de POL).

      Pour ma part, je suis plutôt favorable à un prix unique du livre numérique. Au fait qu’on trouve partout l’offre au même prix au même moment. Cela favoriserait la confiance des acheteurs, la diversité des modes d’achats dans le produit et continuerait à distinguer le livre et la lecture des autres produits culturels. Mais pas au prix du livre papier, comme le répètent éditeurs et libraires (qui n’ont pas compris leur spécificité et le fait que celle-ci perdure), et encore moins au prix de l’homothétie du livre.

      Voir en ligne : laFeuille

    • merci de ton passage et de ton écoute, Hubert – mais tu es toi-même si souvent intervenu sur la notion du livre comme "service" : la prestation d’un même texte uniquement sur l’iBookStore, ou en version Smartphone, n’est pas forcément la prestation qu’on fournira sur notre propre site avec multiplicité des formats, actualisation permanente etc

      d’autre part, le changement de paradigme c’est aussi de passer de la diffusion "objet" (que le livre concrétisait) à la lecture abonnement – me souviens d’un récent billet je ne sais où expliquant très bien qu’un abonnement à Spotify (c’est mon cas) représentait l’équivalent de 8 CD annuels, alors qu’on n’en achèterait pas tant, mais démultiplie notre écoute, nos découvertes, et les achats plus centrés sur tel ou tel artiste qui nous importe

      c’est pas tant ce réflexe bureaucratique de légiférer, qui m’énerve, ils gaspillent tellement de frics à des conneries qu’une de plus ou de moins... c’est plutôt que l’État, au lieu de jouer rôle régulateur et aider nos expériences embryonnaires (je pourrais dénombrer 7 à 8 plateformes comme publie.net, même si chacune a son propre modèle), se plie à ce corporatisme imbécile – imbécile parce que tout simplement basé sur concept de transfert de propriété matérielle, ce qui restreint son champ d’application à un tout petit périmètre

      on les prendrait au sérieux si, parallèlement, ils avaient une vraie politique d’ouverture et d’innovation sur les nouveaux usages de lecture, et là où c’est vital d’avancer, là où c’est lié à la transmission d’un côté, à la création contemporaine aussi, et pas la lecture loisir ou fourre-tout

      mais bon, j’ai décidé de plus m’énerver sur ces trucs, on a trop à faire de notre côté – dommage pourtant voir tout ce continent éditorial, glorieux comme Louis XIV, s’enfoncer tout raide parce qu’il a décidé qu’il n’aimait pas la couleur des gilets de sauvetage

      après, peuvent faire autant de lois qu’ils veulent, Hortefeux aussi va en faire plein pour protéger la France

    • Merci à Hubert Guillaud de ces précisions.

      Je m’étonne que personne n’ait repris ce que dit F Bon : dans la réorganisation du ministère de la culture, les bibliothèques ne dépendent plus du Centre national du livre... c’est pourtant un comble ?

      Alors je veux bien parler de ce "prix unique", mais il me semble qu’il y aurait beaucoup plus urgent à examiner ensemble, tous professionnels réunis (les bibliothécaires ont-ils jamais été associés à ces discussions ?), ce que le numérique donne comme responsabilité à la lecture publique, et ce qu’il offre aussi de possibilités, à soutenir et développer.

      Imaginons que deux mois avant la parution d’un ouvrage, les bibliothèques aient le droit de le proposer en lecture seule (lecture sans téléchargement) comme nous savons le faire (en BU, du moins) avec nos ressources scientifiques : qui y perdrait ? Pourquoi les éditeurs, au lieu de s’enfermer dans leur arrière-boutique, ne viennent pas chez nous voir comment on pourrait travailler ensemble ? On dépense des sommes folles pour les ressources scientifiques, médicales, juridiques, les dictionnaires en ligne, même de savoir ce pactole tout auprès ne les intéresse pas ?

      Et les libraires dont vous parlez tant, pourquoi ne s’expriment-ils pas ? On a bien l’impression qu’ils ont fait leur choix, qu’ils ont un métier de qualité, et que la diffusion de fichiers numériques ne les intéresse tout simplement pas.

      C’est vrai, dans ce contexte, qu’on aurait tendance à se désintéresser de ce que Bon nomme "ligne Maginot".

  • Une petite experience vécue.

    Il est clair que les anciens joueurs (Fnac et aures) sont en rase campagne au niveau du numérique et du livre pire encore, comme elles l’ont été dans la musique.

    Il y a un an, avec la volonté de faire un travail de qualité, moi qui dirige un site de musique qui a pignon su rue et bonne réputation, je vais voir les éditeurs. Qui m’expliquent que oui, ca pourrait se faire de me livrer, de me concéder leurs précieux catalogues mais alors il faudrait peut être s’associer avec des libraires existant etc

    Bref la totale ringardise sur le thème "sauvons nos libraires". Mais pourquoi j’irais m’adosser à un libraire du passé alors que ma manière de travailler emprunte des outils tout différents, des technos, des systemes de vente etc

    Entretemps on voit arriver l’iPad et ces mêmes éditeurs qui enculaient les mouches pour me livrer et contracter, y sont tous, de même que sur Amazon Kindle.

    Ils auront donc tout fait pour que sur le livre numérique aussi, après la musique, il n’y ait pas de boutique française solide. C’est a pleurer.

    Et bien sur - ces fameuses librairies qui passeraient au numérique, quelle blague, elles échoueront. Il leur a fallu des années pour ne pas avoir un site internet...

    Deja que acheter un livre sur le site de Decitre, presque une merveille par rapport à d’autres, est trois fois plus pénible que sur Amazon... Alors, faire un site de téléchargement... et si l’idée c’est de faire une plateforme commune qui serait cutomisée par libraire, c’est nul aussi, cela n’aura aucune interêt , que celui d’avoir les notules de Marguerite ; libraire de la Joie de Lire à Guinguamp...

    • Trop de loi tue la loi !
      Oui-da, mais dans un contexte économique aussi éprouvant, car c’est aussi la ligne rouge de tout ça,(tiens où sont les Cassandre qui chantaient il y a un an que dans le livre « tout va très bien madame la marquise » alors que l’impact de la crise a mis « juste » un an de plus à se faire sentir ?), légiférer ou tenter de le faire semble être un moindre mal par rapport à un laisser faire ultralibéral à l’anglosaxonne (après l’Edition sans éditeurs, la Librairie sans Libraires, la Bibliothèque sans Bibliothécaires, l’Ecriture sans Ecrivains ad nauseam). Alors, oui, les ronds-de-cuir semblent s’être pris les pieds dans le tapis et avoir un TGV de retard, et des corporatismes agissent en coulisses pour défendre leur pré carré(un peu moins d’ambiguité M. Gèze). La France du livre a peur, pour paraphraser feu Roger Gicquel, et on pourrait glauser à l’infini sur les causes sans tenter de trouver des solutions. Des débatteurs comme vous sont là pour induire des directions de réfléxions et sont du nanan dans la prose agressive qui se lit parfois. Nonobstant, quelques objections votre horreur : les rameurs sont partout face au virage numérique ! Une vraie régate sans barreurs ! Auteurs, libraires, bibliothécaires, éditeurs classiques et indépendants ont une longueur de rame inversement proportionnelle à leurs connaissances/intérêt pour le Web 2.0, les NTIC et autres néotrucs qui ont fleuri dans cette nouvelle révolution Gutenberg (après McLuhan, McIntosh !). Alors quands VOUS vous dites ramer, la sueur froide glisse dans mon dos de béotien. Les ceusses qui ont eu l’idée de s’y intéresser se demande comment en être pour :
      - ne pas rater ça !
      - ne pas mourrir !
      - en croquer !
      - s’adapter !
      C’est l’enfant illégitime de la boîte de Pandore et de l’Auberge Espagnole, matîné aussi de narcissisme. Et je suis sincèrement épaté par le niveau de recherche atteint par beaucoup de Bibliothécaires sur ces domaines (ils sont inquiets à raison aussi et ont du temps sans doute ; non là j’ironise), ils sont pour le moins au taquet sur ces sujets et haut la main (bravo Gérard L). Les libraires, dont je fus (mort au champ d’horreur de la real politic économique, la librairie labbellisée LIR où j’officiait en tant que responsable étant étouffée par un espace dit "culturel" à 200 m en plein centre ville de province malgré mes ruades d’arrière-garde) ont pour la majorité un seul credo : il est urgent d’attendre ! Seul les GROS indés des grandes villes peuvent gagner leur survie de ce constat là, les autres sans soutiens, sans le demander même, voit de facto,disparaître le qualitatif de leurs étagères. Grignoter par les Grandes surfaces, les centre-villes désertés, les cadres métiers licenciés, les successions infaisables, les sites de ventes petits ou gros, par les téléchargements et le piratage (qui amplifie encore l’effet podium des blockbusters) etc etc etc...Alors des bornes de téléchargements en librairies, des sites pour indés (que donnera lalibrairiecom ?) why not, mais à terme cela redeviendra du selfservice comme la musique et la photo (grandes victimes récentes sur le front numérique), et feront florès à la poste, ,au champi etc...(pas merci à jeanpaul au passage pour son mépris des libraires de province mais il vend du disque ce me semble adonc on lui pardonne ; quoique) Et oui, les vrais donneurs d’ordre sont les tycoons de l’éditions, filiales de groupes de com’, filiales de groupes d’industries, vassaux de la bourse,inféodés aux caisses de retraites US, esclaves des actionnaires...
      Rentabilité, performance voilà le credo. Et le livre numérique rentrera dans le rang quand la fumée du GrandIncendie retombera (après la chute des tours, l’Histoire et Mère Nature envoient des symboles sacrément parlant depuis quelques années !) et que l’on comptera les morts. L’imprimerie en son temps, a pu dans le même contexte impactant, avec l’arrivée de la Pao, trouver, dans la douleur, un nouveau modèle économique viable sans mettre en péril les idées et leur diffusion (mais d’envoyer le plomb au musée). Il en sera de même, je le crois du livre et de ses avatars (zavatta ?).
      Le vrai débat se recentre donc sur comment faire payer les services, les options technologiques, les plus culturels, le mieux disant, l’éditeur de contenus (le coeur du boulot de libraire en fait, et des sites comme le vôtre ), hybride ou classique et arrêter de laisser faire le tout gratuit.
      La chaîne du livre crêve comme tant d’autres de l’irruption dans son monde longtemps figé de marketueurs, financiers et autres Kapitaladdicts (désolé pour ce barbarisme) qui sous prétexte de mise de fonds, de reconversion bobo, de nouvel angle d’approche, face aux changements de paradigmes se révèlent nus comme le roi, infoutus d’apporter des solutions métiers, n’ayant comme seule vue, courte et bas du casque la sacro-sainte rentabilité, si monstrueuse en termes de dégats humains.
      Pardon pour la longueur de cette réaction, ma première à vos articles, mais mon désir de lire tangentiel au votre est bien le ressort de mes réflexions actuelles. Continuer ou non de le propager et sous quelles formes. Si j’en viens à abdiquer, c’est à dire à ne plus être en contacts avec un public pour « pandémiser » (hum) ma passion, je me contenterai de lire pour moi, soulagé sans doute de ne plus ramer dans les rapides et de filer humblement la métaphore.
      Cordialement, Marco, (ex) libraire quiet ;-)

      Voir en ligne : un baille

    • Les livres numériques sont beaucoup trop chers (-10%) par
      rapport à un livre papier livré à domicile.
      Que les éditeurs ne s’étonnent pas dans quelques temps de pleurer à cause des copies pirates.
      Ils avaient l’exemple de la musique et du film et ils auront préféré la surdité.