théâtre et mort d’Alexander McQueen

chez Lewis Caroll, et offert à la rue de New York, le chant de mort du styliste ?


Évolution de ces dernières années : à la villa Kujoyama ou à la villa Médicis, les cuisiniers ou artistes de la mode sont acceptés comme les architectes, les musiciens et les écrivains. Je ne vais pas aller contre : ce qu’on définit par art ou littérature est rétrospectif, et on apprend à être humble sur ces questions. Et à Rome encore plus. Quelquefois, les 2 ans où je donnais mon cours aux Beaux-Arts de Paris, c’était avec un peu de froissement que j’observais la grande verrière accaparée par les défilés (ou à Beaubourg), et le curieux peuple à talons aiguilles et grosses voitures qui envahissait la vieille cour. Mais je sais bien qu’il n’y a pas de hiérarchie : un typographe aussi est un grand artiste, qui peut toucher aux vecteurs fondamentaux du lire. Aux « Arts déco » sont passés quelques-uns des plus dérangeants de l’art Internet naissant. Ce mois de décembre, premier soir à New York, après un voyage décalé de 5 heures pour cause de tempête de neige, ces vitrines explorant l’univers de Lewis Caroll et d’autres mythologies du conte nous avaient retenus longtemps, surtout dans ce milieu de nuit sans passants. Alexander McQueen n’était pour moi qu’un nom associé à la mode. Son suicide à 40 ans (l’âge de Collobert ?) me ramène devant ces images : théâtre offert à la rue, chant de mort ? Dans les livres laissés en France, et qui me manquent (on ne sait pas, quant on part, lesquels manqueront), il y a le gros volume CNRS des dessins et préparations de Tadeusz Kantor pour la scène – magie qui s’installe par les objets pour préparer le glissement, ce même glissement que la littérature cherche justement via ces signes de la rue, ou cet appel à distance d’un autre, qu’on ne connaît pas, anonyme ou célébrés qui se rejoignent alors au même endroit.

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 13 février 2010
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Messages

  • Je suis abonné, sur tumblr, à quantité de blogs de jeunes filles ou de jeunes femmes, presque toutes anglo-saxones, où se cultive un art de l’image superbement élaboré, auquel ton billet (texte & photos) me fait songer.
    Tout cela tourne autour de la mode, du commerce, de la décoration et de l’érotisme.
    Les photos y sont souvent retravaillées.
    En lien, l’un parmi beaucoup d’autres.
    Je crois que se dessine là un mouvement culturel important, qui ne peut manquer d’avoir des incidences sur l’avenir du livre (numérique). D’aussi important peut-être qu’a pu l’être la pop music pour notre génération (à la différence que ce sont à présent les filles qui montrent la voie).
    Je ne suis pas surpris de te voir pointer ainsi le point scintillant d’une nouvelle sensibilité. Mais connais-tu ces blogs ?

    Voir en ligne : Books, paper, scissors

    • merci du lien, Christian, et surtout de cette idée a priori extravagante : effectivement, dans notre propre chemin à publie.net, pas seulement les couvertures, mais la composition, la navigation dans le livre, les portfolios, le fait que les auteurs ne soient pas seulement gens du texte, tout incite à pousser les frontières

      cela pose une progressive rupture de fond avec l’univers du livre "homothétique", transposition numérique de la lecture papier, et des appareils qui lui sont voués, Kindle ou PRS-600 et ça rejoint ce qui risque de surgir vite avec tablettes d’un côté (pour la consultation à faible interaction) ou ce que nous demandons de plus en plus à nos ordis, netbooks, laptops : l’écriture-lecture intervenante, en réseau, multi-disciplinaire

      le lien l’ancien univers du texte (lettres et enveloppes par avion, vieux livres, machine à écrire, arbres surgissant du texte) dans ces vitrines de Noël d’Alexander McQueen étant indice que cette rupture, effectivement, ne concerne pas que nous

    • Bonjour, je suis ému qu’ Alexander McQueen trouve un peu de place ici.

      deux liens que j’ai trouvé très intéressants sur son travail.
      le NY Times a publié plusieurs très bon articles dont celui-ci

      Aussi son interview avant les défilés d’octobre 2010 (27 minutes) , même si le son rend parfois le propos difficile à suivre.
      défiléPlato Atlantis et interview à droite

      Voir en ligne : McQueen’s Outer Child