Pantin notre humanité

atelier d’écriture : visages de la rue, en Seine Saint-Denis


A Pantin, carrefour des Quatre-Chemins, même sous la pluie on reste dans l’utopie de la ville où tout bouge, marchande, passe.

Le rendez-vous avec Vous qui habitez le temps de Valère Novarina est toujours pour moi un moment fétiche des ateliers, même si j’ai plusieurs biais pour qu’un groupe traverse l’ouvrage : voyez un exercice proposé à partir du même livre l’an dernier à Normale Sup.

Elles, les apprenties coiffeuses et esthétiques du Cifap, je leur propose (voir Tous les mots sont adultes, p 143-149) son relevé, vu et lu, devenu quasi un classique : longtemps que je suggère que Vous aui habitez le temps soit mis au programme des collèges.

Nous avions comme idée, avec Sylvie Soulé et Christine Labeille, leurs enseignantes, de partir mentalement, via le déroulé d’une journée, dans les salons de coiffure où déjà elles travaillent la moitié de leur temps. Mais quelques autres ont préféré traiter de la rue elle-même. La grande profusion des signes de ce lieu emblématique.

Ce qui est important, dans ces textes (vivement une réédition de Tous les mots sont adultes que je complète), c’est qu’elles écrivent à partir des signes en mouvement. La rue perceptible selon sa cinétique, et que la vision du monde alors semble faite d’éclats tous rapprochés, sans distance.

Nassima et Delphine se sont simplement mises derrière la vitrine de la bibliothèque, et ont écrit simultanément. Mais ce n’est qu’au moment de lire ensemble que chacune a découvert le texte de l’autre.

Je le laisse dans leur superposition comme deux peignes passés dans les cheveux de Pantin : évidemment, tout tient à la pluie, à ses reflets...


Trois jeunes marchant sous la pluie.

Trois jeunes marchant du même pas.

Deux Arables qui se sont arrêté pour parler.

Une famille d’Indous, ils étaient cinq tenant un parapluie pour eux tous.

Une vieille avec un sac sur la tête promène son chien avec lui aussi un sac le recouvrant.
Une vieille dame avec un sac sur la tête, manteau jaune, avec un petit chien.

Juste en face, dans le Superlav, deux hommes de disputent pour mettre leur linge.

Une femme pousse une poussette.
Une maman s’arrête et remet le couvre-pousette pour protéger son enfant de la pluie.

Un mec allume une cigarette.

Une fille habillée tout en jean assez moulant, j’ai froid pour elle.
Un garçon de dos avec une chevelure de fille, de dos je l’avais pris pour une fille.

Deux petits Noirs tenant leur devoir.
Un petit garçon âgé de douze ans tient la main de sa petite sœur.

Dans une laverie Superlav, un homme avec un haut bleu assis sur un banc regarde la machine à laver.
Dans la laverie, un homme vient de s’asseoir sur le banc avec son jean bleu, dos à la vitrine : on voit la raie de ses fesses.

Homme tenant ses mains derrière sa tête marche sur le passage clouté.

Opel Corso rouge roulant à toute allure.

Un bus rempli de monde s’arrêtant à un feu rouge.
Le bus passe, il est rempli.

Un homme me regardant par la fenêtre me regarde avec des gros yeux.

Un monsieur avec un sac marche avec difficulté.

Un homme avec une djellaba et une veste de costard marchant très droit.

Un gros camion très sale avec une plaque étrangère.

Une Twingo verte avec seulement une dame au volant, son téléphone portable à la main.

Une dame avec une poussette regarde en l’air pour parler à quelqu’un.
Une dame veste beige avec son caddy marche de gauche à droite puis de droite à gauche.

Un homme devant la laverie avec un sweat blanc regarde de gauche à droite.
Un clandé tient le mur de la laverie avec un sweat blanc tenant une cigarette à la main, il galère.

Un jeune garçon avec un jogging, des tongs et des lunettes de soleil tenant un sac derrière son dos.
Un homme Noir avec des tongs, un survêt, des lunettes de soleil sur le nez, tient sur son dos un gros sac bien rempli : il se croit à la plage alors qu’il pleut dehors.

Un mec tête en l’air marche très rapidement (je ne sais pas comment il faut).
Un jeune garçon marche la tête haute et le nez en l’air.

Un mec en scooter nous regarde et nous fait un clin d’œil.

Un Asiatique avec des cheveux jaunes marche avec un air prétentieux.
Un Asiatique avec des cheveux moitié jaunes moitié orange marche avec un air de méchant.

Une camionnette blanche de France Telecom laisse passer une dame au passage piéton.
Un camion de France Telecom s’arrête devant nous et nous regarde.

Une jeune avec son mp3 dans les oreilles chante et danse devant l’arrêt du bus.

Un vieux s’arrête devant la vitrine avec de grosses lunettes et me regarde avec des yeux globuleux.

Une jeune fille avec des talons aiguilles traversant le passage clouté a failli se ramasser.
Une jeune fille avec talons aguilles qui traverse la rue, elle avait l’air assez pressée, glisse sur le passage piéton et se tord la cheville.

Une dame avec un bébé dans les bras, un sac de la main gauche et tenant par la main sa petite fille de la main droite.
Une maman tient son bébé avec le bras gauche et avec sa main droite elle tient son autre enfant.

Deux mecs tenant dans leurs mains leur sac courent à toute allure.
Deux mecs en train de courir à toute allure tenant chacun deux gros sacs.

Un mec d’un certain âge fait du vélo sur le trottoir : son vélo, c’est un vélo de fille.
Un mec de trente ans sur un vélo rose.

Un mec marche avec ses mains dans son polo bleu.
Un mec avec un polo bleu marchant, on ne voyait pas bras car il les avait sous son pull.

Deux jeunes se poursuivent à vélo.
Course poursuite de vélo entre deux jeunes.


à comparer avec la vision d’Elodie, même séance, même exercice :

15h53. Une dame avec un parapluie jaune fluo, mais quelle idée d’acheter une telle chose. 15h58. Un monsieur à chapeau très moche. 15h59. Une dame avec son caddy a failli tomber en passant sur une flaque d’eau. 16h01. Un autre monsieur avec le même chapeau qu’il y a trois minutes : mais c’est quoi cette mode ? 16h03. Une maman et ses deux enfants passent tranquillement dans l’avenue, près du trottoir où il y avait une grosse Grosse flaque, manque de chance un bus passe, ils sont tous trempés. 16h07. Deux messieurs passent devant le café où je suis installé, ils parlaient tellement fort qu’on entendait toute leur conversation : quelle discrétion. 16h09. Une femme à cheveux très clairs essaye de réparer son parapluie : eh oui, ça arrive. 16h11. Deux femmes entrent dans le café, ils avaient tous les deux un style qui me faisait penser à Johnny Hallyday. 16h12. Un jeune plutôt pas mal me regardait : manque de pot, il a raté son bus. 16h14. Trois clients du magasin d’appareils ménagers d’en face croient faire une super affaire avec un lave-linge à 649 euros : vive l’arnaque. 16h16. Une dame avec son sac à main aussi long que ses jambes. 16h18. Un homme a pris comme K-Way un sac poubelle noir : économique, non ? 16h20. Un jeune homme est passé devant moi. On croirait qu’il a vidé son gros pot de gel sur son crâne. 16h22. Une dame veut traverser, inconsciente, elle traverse sans regarder à droite et à gauche, une voiture arrive à toute vitesse, la voiture pile, un peu plus et (vaut mieux pas savoir la suite). 16h24. Notre prof de français passe nous voir, rien d’intéressant malheureusement : non, je rigole. 16h26. Mon amie fait tomber son portable, résultat il est en mille morceaux. 16h28. Un homme entre dans le café, il est tellement grand qu’il a dû baisser sa tête pour passer. 16h30. Ce même homme boit sa Desperado sans nous lâcher du regard mais qu’est-ce qu’il nous veut celui-là ? 16h31. Mon amie fait tomber toutes les pièces de son porte-monnaie : le début de la fortune, on dit.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 10 novembre 2005
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