Coca-Cola soutient Tiers Livre

trois blogueurs à l’aventure, pour l’optimisme et pour la joie


une fois pour toutes, et merci à tous les happy few, le texte ci-dessous tient uniquement de la mise en scène : il s’agissait juste de visiter à notre mode l’initiative Coca-Cola, qui bien sûr n’est jamais venue jusqu’en France, et – si c’était le cas – ne s’orienterait jamais vers un site littéraire !

 

« It’s not about having the Coca-Cola brand first and foremost, center of the screen », said Adam Brown, director of Coca-Cola’s Office of Digital Communications and Social Media. « It’s about telling the story that involves Coca-Cola, that involves the attributes of what Coca-Cola is about, optimism and joy. » [1]

Alors que l’Internet se professionnalise, parce qu’il est devenu notre premier monde d’information, de curiosité, notre outil pratique pour les formalités, la gestion, la correspondance privée, et qu’il est de nature culturelle, parce qu’il implique ce constant recours à l’image et au texte... Internet est aussi désormais notre premier atelier de création.

Mais vous savez bien comment ça va, grands discours, colloques et proclamations, et les géants derrière raflent la mise, on laisse les petits se débrouiller comme ils peuvent. Eh bien non. Grâce l’audace du groupe américain, son sens du mécénat, Tiers Livre a été choisi comme partenaire exclusif de l’opération du bonheur : le bonheur par les blogueurs !

Mais ce n’est plus un écrivain (ou trois) qu’on envoie à l’autre bout du monde, ni un photographe, ni un cinéaste ni un peintre... Les blogs et le Net font chaque jour la preuve de leur nouvelle maturité. Si Tiers Livre a été choisi par le mécène à la célèbre boisson (qu’on n’en laisse pas couler sur nos touches), c’est parce que le monde de plus en plus appartient au blogueur : et tant mieux !

Nous avons négocié, âprement négocié. La langue française n’est plus qu’une langue régionale, loin derrière le chinois, le russe, l’anglais ? Non, messieurs de Coca Cola, nous avons exigé les mêmes conditions généreuses et audacieuses que pour votre concours américain, et vous nous l’avez accordé.

Il fallait un dossier, nous l’avons rédigé. Nous avons parlé de Jules Verne, du Tour du monde en 80 jours, de Cinq semaines en ballon, de La Jangada, de Voyage au Centre de la terre, vous avez reposé le dossier sur la table sans l’ouvrir : les gens ne liront pas, vous nous avez dit, nous n’avons pas besoin des rêves du passé, vous avez dit. Il vous faut apprendre à parler le langage du temps, a dit votre adjoint à la communication. Mais nous avions gagné : vous n’aviez pas voulu lire Jules Verne, mais vous avez compris que nous comprenions.

...ambitious, involving stays of just a day or two in each of 206 countries, all where Coca-Cola is sold. The three people – who will be chosen in an online vote starting Wednesday – will spend the entire year traveling. Coke will pay their travel expenses and pay them a salary. It wouldn’t disclose the cost of the venture.

Il a fallu régler des points annexes au contrat : malheureusement, non, le webmaster du site Tiers Livre n’aura pas le droit de concourir. Nous avons obtenu que trois blogueurs francophones (et il y en a), puissent, eux, tenter l’aventure.

Les mêmes règles : en un an, traverser les 206 pays qui vendent votre boisson. Et voyager comme ils l’entendent, hôtels, avions, bateaux, compléments de repas et tickets de connexion Internet, Coca-Cola paye. Dépensez tout ce que vous voulez, tout ce qu’un homme peut tenter de dépenser pour se nourrir, se loger, voyager : Coca-Cola tiendra.

Dommage pour nous, gens de lettres, ça aurait fait un livre énorme, hénaurme comme disait Flaubert.... Trois blogueurs vont donc concourir, que vous aurez vous-mêmes, ô lecteurs, élu en ligne après présentation des dossiers. Salariés et coureurs, ils ne s’enrichiront pas, sauf intérieurement. Mais que leur année aura été belle. Et toute détresse pourra être contemplée, Coca-Cola paiera.

Vous vouliez qu’on parle de votre campagne Open Happiness, nous vous avons rétorqué : vivre à bonheur ouvert, comme nous avons l’expression vivre à tombeau ouvert. Nous avons eu le contrat, d’autres des prétendants s’en étaient tenus, tant pis pour eux, à l’apologie du bonheur ordinaire.

Oui, dans ce monde en misère, dans ce monde incertain, dans ce monde où les puissants partout se ressemblent, où les guerres et le mépris et les maladies mêmes sont en coupe réglée des marchés, vous voulez le prouver :

Such efforts, which include blogging, posting updates on Twitter and adding videos to YouTube, can generate talk by consumers and sales, companies hope. [2].

Les trois blogueurs choisis par Tiers Livre, pendant un an, blogueront, enverront des messages twitter, des photos sur les billets de nos blogs, des vidéos que nous mettrons en ligne. Et ce ne serait pas Jules Verne, ça pendant un an, ça tous frais payés, tout autour des 206 pays qui vous distribuent ?

Ils sauront bien le dénicher, le bonheur. Bien sûr, qu’il existe encore, le bonheur, si vous le dites, et que vous l’achetez ce prix-là.

Au moins le bonheur d’être blogueur [3] [4].

Au fait, on peut avoir, quelque part, la liste des pays qui résistent ?

[1Telling a story....grand honneur qui est fait ici à la littérature. On a reconnu, sous les paroles du directeur de la Communication de la marque, l’élan naturel qui le porte à citer Shakespeare : This world is a story full of sound and fury, told by an idiot and signifying nothing... Lors du grand oral de ce concours, Arnaud Maïsetti, qui m’accompagnait, a prolongé par cette citation de Koltès : Pour ma part, j’ai seulement envie de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse et qui soit racontable, un désir, une émotion, un lieu, de la lumière et des bruits, n’importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne à tous., ils ont littéralement sauté au plafond de joie, disant à Arnaud pour tout le reste du rendez-vous, Thank you, mister Koltès, so great.... Oui, la littérature seule est dépositaire de la digne tâche de raconter une histoire et les mécènes l’ont compris.

[2Au prix où Coca-Cola finance ce concours, difficile de penser que les termes sont choisis au hasard : on ne dit pas que le concours fera vendre du Coca-Cola, on nous dit que le concours fera parler de Coca-Cola – sans doute rien de neuf par rapport aux panneaux Michelin sur le bord des routes dans le début des années 50, quand elles étaient un tel mirage : sauf que c’est bien cela qui les fait fondre sur le Net, le fait qu’il héberge le parler.

[3À noter que les deux livres symétriques de Jean Echenoz, Un an et Je m’en vais auraient pu être une géniale et parfaite réponse par anticipation au projet de Coca-Cola, moins les billets de blog : on peut tout faire, en littérature, l’imagination suffit.

[4Tous les renseignements sur le concours original ici. Voir aussi l’annonce officielle (« Throughout its history, Coca-Cola has always tried to express a refreshingly positive view of the world »...) Dans le Wall Street Journal, et analyse avec vidéo.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 octobre 2009
merci aux 3087 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page


Messages

  • In fact, Coca-Cola réinvente les Bourses Zellidja, mais celles-ci trimballent un nom qui fait quand même un peu terroriste.

    Pourtant, au vu de l’ampleur de la campagne marketée (la marquette sortit à cinq heures, le 1er janvier), l’entreprise américaine devrait être classée au patrimoine mondial de l’humanité.

    Permettre ainsi, tous frais payés - même glacés - que trois blogueurs (je n’aurais pas dû arrêter Le Chasse-clou) se transforment en globe-trotteurs représente une initiative altruiste au plus haut point qui mérite une récompense de taille.

    Quelle chance pour Jules Veine !

    A la recherche de la petite bouteille couleur caramel, si joliment "désignée", dans les bidonvilles (forcément) ou les favelas, dans les banlieues délaissées ou les périphériques suintant le gas-oil, débordant des poubelles sur les avenues du chic ou les rues du choc, même sur un chemin de campagne ou dans une forêt vosgienne.

    La quête du grêle, avec du pétillant dedans, le verre sauveur, la boisson médicamenteuse qui sauve, le célèbre docteur Machin, les films américains, les romans "on the road"... : il fallait que le symbole mondial soit enfin remis en valeur ou en Warhol.

    "Enjoy", disaient-ils. "Travel", well, well !

    Laissée la "bulle" financière, rendez-vous pris, pour l’arrivée, à Atlanta, ville mythique du cinéma ou de la musique : Ray Charles dégoupillera sa canette de "coke" avec les dents.

    Voir en ligne : Le Chasse-clou

    • Ah vous voilà, Chasse-clou ! Moi j’ai pensé à Albert Kahn qui lui proposait à des opérateurs de parcourir aussi le monde tous frais payés pour lui ramener films et photographies (et j’aime assez les jardins de sa maison, à Boulogne en même temps...)... Mais cette boisson pétillante, quelle plaie !

    • Nous venons de recevoir (hier) au lycée Gérard Godde, passeur formidable de la fondation Zellidja. (facile de trouver site et témoignages). L’idée : faire en sorte qu’un jeune ( entre 16 et 20 ans) prépare un projet de voyage seul, autour d’une idée forte, et qu’il présente ce projet au jury, lequel lui attribue une bourse. Au retour, présenter le carnet de voyage. Pendant:envoyer une carte postale . Gérard est venu avec Aurélie, jeune fille sourde qui est partie en Inde, puis au Gabon : merveille de ce qu’elle nous a apporté en signant son récit. Et cet autre jeune, d’un lycée de Trappes, qui est parti au Japon, grâce à la fondation Zellidja puis, l’été dernier dans l’élan est parti en Egypte, en Jordanie, en Israël, et dans les territoires occupés de Palestine. Beauté de son regard quand il dit : "j’avais la tenue du musulman en prière quand je me suis tenu devant le mur des Lamentations et j’ai rencontré partout le même accueil, humain . Chez Fernand, peut-être que certains adolescents se décideront à prendre le large, seuls comme des grands, avec juste ce qu’il faut d’audace et un brin de soutien Zellidja ( rien à voir évidemment avec le terrorisme). Quant à C.C, je ne bois pas de cette eau-là et ne suis pas certaine que le monde appartienne (uniquement)à ceux qui bloguent. L’idée d’appartenance d’ailleurs ne ressemble pas forcément à cette eau sans bulles noires qui toujours coule de libre source .

    • grand merci pour le partage de cette initiative - c’est le grand écart avec le concours Coca-Cola et son vocabulaire promotionnel !

      ce serait génial si un blog ou site pouvait reprendre à mesure les cartes postales envoyées... ?

  • Cela m’embête que mon allusion au "terrorisme" ait été prise au sérieux concernant le nom des bourses Zellidja, auxquelles m’a fait penser, en application dérisoire et marchande, l’opération Coca-cola.

    Quand j’étais en classe de philo, j’avais commencé à préparer un dossier pour Zellidja (thème : "Johann Strauss à Vienne", parce que ma correspondante autrichienne y habitait, Löwengasse...). Mais c’est resté à l’état de projet.

    Donc, je voudrais assurer le commentateur qui s’est offusqué, semble-t-il, de l’emploi du mot "terrorisme" qu’il ne s’agissait en l’occurrence que d’une utilisation toute ironique - j’aurais sans doute dû le spécifier ! - allant dans le sens critique des mesures et fichiers liberticides à la Hortefeux & Besson réunis.

    La chasse au "faciès" se conjugue toujours avec celle aux noms, l’Histoire l’a abondamment montré.

    Il était sans doute inutile de le rappeler en passant ici, j’avoue.

    Voir en ligne : Le Chasse-clou